Interview de Mme Frédérique Vidal, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation à CNews le 7 septembre 2017, sur la réforme de l'enseignement supérieur, notamment le contrat de réussite étudiant et les inscriptions à l'université.

Prononcé le

Média : CNews

Texte intégral


JEAN-PIERRE ELKABBACH
Soyez la bienvenue, Frédérique VIDAL, bonjour.
FREDERIQUE VIDAL
Bonjour.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et merci d'être avec nous. Ce matin comment ne pas penser à ce qui est en train de se passer dans les Antilles qui sont si proches de nous, ce qui est en train de ravager avec un ouragan complètement inédit dans ce siècle, oui on a envie de dire, c'est en effet cruel.
FREDERIQUE VIDAL
C'est cruel et puis vraiment je tiens à dire à l'ensemble de la population de Saint-Martin, de Saint-Barthélemy, mais des Antilles en général, à quel point nous sommes attentifs à ce qui se passe là-bas et nous mettrons tout en oeuvre pour les aider à se relever et à se reconstruire.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Le président MACRON annonce un plan de reconstruction national, quelle est la contribution, par exemple pour les écoles et les universités qui sont en Guadeloupe et en Martinique ?
FREDERIQUE VIDAL
Alors, on en parlait hier avec Jean-Michel BLANQUER, reconstruire l'école sur Saint-Martin, Saint-Barthélemy, et puis bien sûr accompagner de tous les moyens possibles, y compris matériels, pour que la vie puisse continuer après ce drame.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc il y aura vite des gestes de solidarité ?
FREDERIQUE VIDAL
Absolument.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais, face à ces ouragans, successifs, les hommes paraissent impuissants devant les forces naturelles, devant les forces de la nature, est-ce qu'on est impuissant ? Est-ce que, par exemple, vous ministre de la Recherche et de l'Innovation, il n'y a pas un accent à faire mettre par exemple sur les recherches concernant le climat, en prolongeant la COP21, 22, etc., pour mieux maîtriser les éléments naturels ?
FREDERIQUE VIDAL
Absolument, c'est ce que nous avons fait d'ailleurs, nous avons mis en place un plan climat, financé la recherche sur tout ce qui concerne le changement climatique, nous avons été rejoints par les Allemands, nous en parlons avec les Italiens dans le courant du mois. Il est vraiment extrêmement important maintenant de se saisir, puisqu'on voit de plus en plus les effets et les impacts du changement climatique.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Nous sommes un peu responsables de ce qui se passe, si je vous comprends bien.
FREDERIQUE VIDAL
Nous sommes un peu responsables, oui.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui ?
FREDERIQUE VIDAL
Oui.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
En tout cas qu'il y ait des efforts dans ce domaine, ils sont attendus. Vous vous occupez de la rentrée universitaire, c'est tout à fait normal, elle approche et elle paraît périlleuse. Les étudiants sont inquiets, leurs familles aussi, est-ce que vous ne craignez pas, Frédérique VIDAL, que les étudiants rejoignent les manifestations organisées par messieurs MELENCHON et MARTINEZ ?
FREDERIQUE VIDAL
Alors moi j'ai l'occasion de beaucoup travailler avec les étudiants en ce moment, puisque nous avons lancé une concertation pour préparer le contrat de réussite étudiant, qui est porté par ce gouvernement et qui interviendra à la rentrée 2018, en attendant nous avons fait tout ce qui était possible pour que la rentrée 2017 se passe le mieux possible, à la fois…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qu'est-ce qu'il y a eu comme couacs, comme dysfonctionnements ? La France va donc se débarrasser, vous l'avez dit, du système honteux d'accès à l'université…
FREDERIQUE VIDAL
Oui, on ne tirera plus au sort.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
On ne tirera plus au sort, et le logiciel Admission post-bac, c'est-à-dire l'APB, celui-là aussi vous le mettez à la casse ?
FREDERIQUE VIDAL
Il va être profondément modifié…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Modifié ou cassé, changé, avec peut-être des algorithmes plus efficaces ?
FREDERIQUE VIDAL
Oui, avec des algorithmes plus efficaces, donc, de fait, modifié. Ce logiciel a été créé pour éviter les queues qui duraient des nuits entières, puisqu'à l'époque c'était premier arrivé, premier servi, pour déposer son dossier, donc le fait d'avoir dématérialisé c'est une bonne idée, mais ce logiciel-là est à bout de souffle.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc plus de tirage au sort, plus de loterie, pour l'avenir de tant de jeunes. Le scandale, vous dites, a trop duré.
FREDERIQUE VIDAL
Oui. En fait ce tirage au sort, je pense que c'est à la fois totalement injuste, et en plus totalement incompréhensible.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Tout l'été on a vu que les recteurs, comme le recteur de l'académie de Paris Gilles PECOUT, ont mobilisé les universités, pour Paris c'est 7 universités dont celle de Paris Sorbonne 1 de Georges HADDAD, avec les autres universités, et vous avez réglé les étudiants au cas par cas, ils ont tous été prévenus ?
FREDERIQUE VIDAL
Ils ont tous été accompagnés, il y a une plateforme complémentaire qui a été ouverte, sur laquelle ils pouvaient s'inscrire, on leur montrait l'ensemble des places disponibles dans l'enseignement supérieur, il y en a encore beaucoup, le problème c'est qu'il n'y a pas une adéquation entre les places libres et ce que souhaitent faire les étudiants. Et c'est là qu'il a fallu faire ce réglage étudiants/formations.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais ce matin, ici, est-ce que vous affirmez que chaque étudiant aura bien son affectation ?
FREDERIQUE VIDAL
Alors, je peux dire que chaque étudiant aura une proposition, après, ça se construit à deux, un plan de formation, il y a des places, mais il faut encore que ça corresponde aux souhaits des étudiants.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
On va voir que c'est un peu tardif comme choix qui est laissé à l'étudiant avec l'université. Au début de l'été il y avait des dizaines de milliers de bacheliers généraux qui attendaient leur affectation, ce matin il y en a combien ?
FREDERIQUE VIDAL
159, sur lesquels nous avons encore à travailler.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire ça bouge tout le temps…
FREDERIQUE VIDAL
Ça bouge tout le temps.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Je vous ai entendue il n'y a pas longtemps dire 200, 159.
FREDERIQUE VIDAL
Ça bouge tout le temps puisque les rectorats, les universités, les responsables de programmes, tous les jours sont au travail et trouvent des places aux étudiants.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et vous avez dit qu'il y avait 3000 bacheliers professionnels et technologies…
FREDERIQUE VIDAL
Oui.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'abord, ceux-là trouveront aussi leur place ?
FREDERIQUE VIDAL
Ceux-là on va travailler avec eux, leur faire des propositions, mais en fait ils souhaitent majoritairement aller dans des filières sélectives comme les BTS ou les IUT, et donc c'est pour ça qu'au moment de la rentrée, comme on voit quels sont les étudiants qui viennent effectivement en cours, en BTS, en IUT, il y a encore des places qui se libèrent, donc c'est ce travail en dentelle qu'on est en train d'essayer de faire.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il y aura plus de places d'IUT, de BTS, on peut l'imaginer ?
FREDERIQUE VIDAL
L'an prochain, oui, oui, on va travailler là-dessus, avec Jean-Michel BLANQUER pour les BTS, et puis avec les présidents d'université pour les IUT.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'une manière substantielle, ce n'est pas quelque…
FREDERIQUE VIDAL
Oui, d'une manière substantielle puisqu'il faudra qu'on accompagne l'ensemble des étudiants vers la réussite.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors, vous dites qu'il y en a 3000 en attente, qui vont peut-être trouver des solutions à leur sort, et vous dites aussi qu'il y a 100.000 places disponibles et libres. Est-ce que ce n'est pas la preuve d'un extraordinaire gâchis et dysfonctionnement ?
FREDERIQUE VIDAL
C'est surtout la preuve qu'on manque d'information, on manque d'orientation, on n'accompagne pas les étudiants vers les filières dans lesquelles ils peuvent réussir. Par exemple, il y a encore, au niveau des BTS, plus de 3000 places sur les BTS agricoles. Je ne suis pas, d'abord, complètement persuadée que les étudiants le sachent, et puis peut-être qu'on ne valorise pas suffisamment certaines filières, et je pense que ça aussi c'est important. Il y a des talents partout.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est le devoir de qui ?
FREDERIQUE VIDAL
C'est notre devoir collectif que d'informer et d'orienter.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce qu'il est vrai, Madame VIDAL, que les trois filières les plus encombrées sont le droit, la psychologie et l'éducation physique ?
FREDERIQUE VIDAL
Alors, c'est le droit, la psychologie et les sciences et technologies des activités physiques et sportives, les STAPS, qui ne sont pas des facs de sport contrairement à ce qu'on pense…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, parce qu'on croit que dès l'arrivée on va faire de la natation, de la gym, etc., ce n'est pas ça.
FREDERIQUE VIDAL
On va commencer par faire beaucoup de physiologie humaine, beaucoup de biologie.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc ça décourage quelques-uns ?
FREDERIQUE VIDAL
C'est-à-dire que ça ne correspond pas à ce qu'ils avaient envisagé en allant dans ce qu'on appelle les facs de sport.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors, on est en train de dire, et vous aussi, que vous voulez réformer les universités, vous savez que ça fait 50 ans que ça dure. Ecoutez.
EXTRAIT GENERAL DE GAULLE
Il faut aussi que la réforme réponde à ce que la Nation attend de son université, car l'université est faite pour la Nation, ça veut dire que l'Etat, en pratique le gouvernement, doit y exercer son impulsion et son autorité.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'était le Général DE GAULLE, vous savez quand ?
FREDERIQUE VIDAL
J'ai reconnu, oui.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Le 11 septembre 1968, 50 ans. Alors, le même mot reste tabou, à l'époque et aujourd'hui, « la sélection », d'ailleurs vous ne l'employez pas vous non plus, on craint les retombées. Mais est-ce que la sélection elle n'a pas lieu, déjà, dans les grandes écoles ?
FREDERIQUE VIDAL
Alors, la sélection elle a lieu dans de très nombreux lieux, les grandes écoles, les BTS, les IUT, un certain nombre de licences à l'université…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc ce n'est pas mauvais l'élitisme de temps en temps !
FREDERIQUE VIDAL
Absolument, moi je n'ai pas de problème à prononcer le mot « sélection. » Maintenant, l'objet de la réforme que nous sommes en train de construire dans la concertation, ce n'est pas une sélection dans le sens où l'objectif n'est pas de dire « oui » ou « non » à un étudiant, l'objectif c'est de lui dire « oui par rapport à tes acquis qui correspondent aux prérequis, il n'y a pas de sujet et tu peux faire ce que tu veux, ou bien, si tu veux faire ça, alors nous allons t'accompagner pour y réussir. »
JEAN-PIERRE ELKABBACH
On va y arriver, mais il y a une grande hypocrisie. La sélection, est-ce qu'elle n'est pas d'abord sociale ? Est-ce que la sélection elle ne se fait pas, aussi, et surtout, par l'abandon en cours d'études, la sélection par l'échec ?
FREDERIQUE VIDAL
Absolument, c'est ce que j'ai tendance à dire régulièrement, la sélection existe déjà y compris dans les filières dites non-sélectives, c'est la sélection par l'échec, vous avez absolument raison. 60 % d'échecs sur la licence, seulement 40 % des étudiants qui obtiennent leur licence en 3 ou 4 ans, avec deux phénomènes majeurs, les phénomènes d'abandon, et puis les phénomènes, vraiment, d'échecs répétés, et ça c'est aussi extrêmement mauvais pour l'image que les jeunes ont d'eux-mêmes, parce que ça veut dire qu'on les place aussi, alors qu'ils sont jeunes, alors qu'ils devraient être dans une situation…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
On les culpabilise.
FREDERIQUE VIDAL
On les culpabilise, absolument.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Frédérique VIDAL, vous parlez, et on parle de prérequis, c'est quoi, c'est qui un prérequis ? C'est un étudiant qui a été requis avant, mais avant quoi, à quel moment, et à partir de quelle base ? Parce qu'on lance des mots, comme ça, difficiles à digérer.
FREDERIQUE VIDAL
Non, c'est très simple. Quand on commence le premier cours de la première année à l'université on considère qu'un certain nombre de choses sont acquises par les étudiants puisqu'ils viennent d'obtenir le baccalauréat. Si les filières qu'ils ont suivies sont adaptées aux filières qu'ils suivent à l'université, ils ont les acquis, et donc les prérequis ne posent pas de problème. En fait on ne repart pas de zéro à l'université, on considère qu'il y a des bases qui ont déjà été acquises par les étudiants.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que ça veut dire que, désormais, l'orientation doit commencer peut-être au collège ou au lycée ?
FREDERIQUE VIDAL
Absolument, c'est pour ça que tout ce programme d'orientation, d'information se travaille avec les professionnels de l'orientation, du secondaire comme du supérieur.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, mais jusqu'à présent ils ont failli, mais aujourd'hui vous annoncez qu'il y aura des efforts, si je comprends bien, des efforts en matière d'orientation avant l'université, avant l'accès, déjà on va les repérer au collège, et à partir de quelle classe par exemple ?
FREDERIQUE VIDAL
Alors, idéalement il faut que l'orientation commence le plus tôt possible, donc je pense que ce qui serait raisonnable c'est que progressivement on fasse cette orientation dès l'entrée au lycée.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire ?
FREDERIQUE VIDAL
Seconde.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Dès la Seconde, et donc qu'il y ait une sorte de « mano et la mano », de main dans la main, des profs des lycées et des collèges, et des responsables des universités.
FREDERIQUE VIDAL
Ce n'est pas nouveau, ç fait longtemps qu'on parle de ce qu'on appelle « le bac-3 bac+3 »…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais il faut le faire.
FREDERIQUE VIDAL
Il faut le faire.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Edouard PHILIPPE a annoncé que l'Enseignement supérieur est une priorité, on dit beaucoup ça, comment ça va se traduire pour le prochain budget 2018 ?
FREDERIQUE VIDAL
Ça va se traduire par une augmentation du budget de mon ministère, donc j'aurai l'occasion, lorsque les arbitrages seront faits…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Combien ?
FREDERIQUE VIDAL
Je ne vous le dirai pas aujourd'hui…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ce n'est pas 4 sous, c'est important ?
FREDERIQUE VIDAL
Non, ce n'est pas 4 sous et ça permettra d'accompagner l'Enseignement supérieur, d'accompagner la réforme, d'accompagner la recherche.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il vous en faudrait combien, dans l'idéal ?
FREDERIQUE VIDAL
Alors, il y a plusieurs chiffres qui sont avancés par plusieurs études…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais vous ?
FREDERIQUE VIDAL
Il m'en faut suffisamment pour faire la réforme que j'ai envie de faire et pour accompagner les universités.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est quoi suffisamment ?
FREDERIQUE VIDAL
Pour vous donner un ordre de grandeur, il y a un programme de 250 millions d'euros qui est ouvert pour accompagner la création des nouveaux cursus à l'université, donc vous voyez l'ordre de grandeur de l'accompagnement des nouveaux cursus…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est beaucoup, mais c'est encore petit.
FREDERIQUE VIDAL
Voilà, c'est de cet ordre-là.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et est-ce que vous allez récolter un peu des crédits, par exemple, excessifs du logement, ou de la formation ?
FREDERIQUE VIDAL
Là on aborde le deuxième volet qui est extrêmement important, puisque la réussite étudiante c'est aussi la vie étudiante, et effectivement nous avons travaillé avec le ministre MEZARD, qui va présenter son Plan logement la semaine prochaine, pour des accompagnements spécifiques pour les étudiants.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire, quoi ?
FREDERIQUE VIDAL
C'est-à-dire le lancement de la construction des 60.000 logements, c'est-à-dire un système de caution unique, facilité, c'est-à-dire des baux…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ils vont être pénalisés par les 5 euros de moins par mois pour l'APL, mais qu'est-ce que vous faites contre la précarité, la pauvreté ?
FREDERIQUE VIDAL
Contre la précarité et la pauvreté il faut qu'on mette les choses sur la table et qu'on essaye de simplifier l'ensemble des dispositifs d'aides sociales qui sont actuellement disponibles, qui sont au niveau de l'Etat, au niveau des régions, qui sont chacun sur des guichets différents, de manière à ce qu'on puisse aboutir le plus rapidement possible…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qu'est-ce qu'il y a à faire, c'est quoi les aides sociales ? Parce que, pas de formule, du concret, c'est combien les aides sociales ?
FREDERIQUE VIDAL
C'est totalement dépendant des revenus, donc c'est complètement variable, mais c'est évidemment les bourses sociales, c'est les APL, c'est les APS, c'est, dans certains régions, les chèques santé…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais par exemple, les inscriptions, le droits d'inscription…
FREDERIQUE VIDAL
Ça, ça n'a pas bougé.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les Restos U, les tickets ?
FREDERIQUE VIDAL
Les Restos U ça n'a pas bougé. Les loyers du CROUS ça n'a pas bougé…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et est-ce que ça ne bougera pas pendant tout le quinquennat MACRON, est-ce que pendant 5 ans vous n'y touchez pas ?
FREDERIQUE VIDAL
Ça n'a pas beaucoup de sens de dire aujourd'hui si ça bougera ou pas. Ce que j'ai fait moi cette année, ce que j'ai souhaité faire, c'est que ça ne change pas pour la rentrée 2017, et ce que j'ai souhaité faire aussi c'est mettre en place une aide à la mobilité, entre la licence et le master, qui permet à chaque étudiant de recevoir 1000 euros lorsqu'il est justement boursier.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce qu'on ne peut pas imaginer, c'est peut-être une idée folle, que le prix de l'inscription à l'université varie en fonction des revenus des parents, comme c'est déjà le cas pour les cantines dans les maternelles ?
FREDERIQUE VIDAL
Alors, le prix de l'inscription à l'université c'est un prix qui est fixé au niveau national et c'est ce qui garantit que l'enseignement supérieur est effectivement pris en charge par l'Etat pour l'ensemble des étudiants, et ça je crois que nous y sommes très attachés tous.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que vous cherchez aussi à réaliser trois types ou plusieurs types de licences, licence de 2 ans, licence de 3 ans, licence de 4 ans ? Je le lis encore aujourd'hui dans Les Echos avec le président des universités.
FREDERIQUE VIDAL
Une des solutions qui est en cours d'étude dans la concertation c'est effectivement de pouvoir moduler la durée de la licence dans le cadre du contrat de réussite, mais, bien entendu, si on conseille à un étudiant une licence en 4 ans, on l'accompagnera socialement pendant ces 4 années.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire, vous le préparerez, vous l'accompagnerez, la remise à niveau…
FREDERIQUE VIDAL
On le préparera à la réussite, si c'est nécessaire la remise à niveau, oui, absolument.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et les profs sont d'accord ?
FREDERIQUE VIDAL
Les profs sont d'accord parce que c'est évidemment avant tout un drame pour les étudiants et leurs familles quand ils échouent, mais il ne faut pas penser que c'est un plaisir pour les enseignants chercheurs de voir les étudiants échouer.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
En fait il faudrait faire des remises à niveau de tout le monde, de nous tous, avec la formation permanente…
FREDERIQUE VIDAL
La formation permanente, bien sûr…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Quand on voit ce livre de Michel CAMDESSUS, « Vers le monde de 2050 – ce que l'avenir nous réserve », il y a intérêt à être au courant au fur et à mesure des changements parce que, parfois, des jeunes qui se forment aujourd'hui, à la fin des études, le monde aura été complètement différent, c'est ce que dit Jacques ATTALI et des tas d'autres.
FREDERIQUE VIDAL
Vous abordez un sujet essentiel et c'est aussi au coeur de la concertation. Moi j'ai demandé à l'ensemble des gens qui sont autour de la table de réfléchir à la façon dont on peut rentrer à l'université, aller travailler, revenir à l'université, changer de formation, et on travaille bien sûr aussi dans le cadre du plan de formation professionnelle avec Muriel PENICAUD et Jean-Michel BLANQUER.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et puis on peut dire aussi la santé, ce qui va être fait pour les étudiants, il y a des remèdes urgents. Mais vous voulez aussi, à plus ou moins long terme, transformer les universités, quelles sont les pistes de ce que vous voulez, si vous en avez les moyens ?
FREDERIQUE VIDAL
Il faut continuer à accompagner les universités vers l'autonomie, la loi de responsabilité des universités a aujourd'hui 10 ans…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
SARKOZY/ PECRESSE, il faut aller plus loin.
FREDERIQUE VIDAL
On est un petit peu au milieu du gué. Je crois que plus personne ne conteste le fait que plus d'autonomie c'est aussi un meilleur accompagnement des étudiants, la possibilité d'avoir une stratégie de recherche différenciée pour les établissements, il faut qu'on continue à accompagner…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Plus de responsabilités pour les recteurs et les présidents d'université ?
FREDERIQUE VIDAL
Absolument.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Jusqu'où ?
FREDERIQUE VIDAL
Jusqu'où, l'objectif c'est que nous soyons en capacité d'avoir des universités qui ont des stratégies, qui ont les moyens d'atteindre leurs objectifs, qui rayonnent à l'international, qui travaillent avec leur territoire.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça c'est une des pistes de la réforme, s'il y en a une, de la réforme Vidal, mais est-ce qu'il n'y aura pas plus de science, plus de numérique, plus d'algorithmes ? Je lisais par exemple ce que disait hier dans L'Opinion le professeur Olivier BABEAU, qui travaille pour la Fondation Concorde. Il dit : 18 mois après leur diplôme, seuls 44 % des étudiants diplômés en psychologie ont un emploi stable. Pour les étudiants en informatique c'est 90 %. On voit bien que, une des clés, c'est l'orientation, et le choix de la filière adéquate, à la fois pour l'étudiant et pour le pays.
FREDERIQUE VIDAL
Absolument, et d'ailleurs il y a un groupe spécifique qui se penche sur la formation en psychologie, puisque, vous le savez probablement, mais il y a un numerus clausus pour les psychologues qui intervient au niveau de la cinquième année, donc pendant 5 ans les étudiants se forment, et c'est au bout de la cinquième année que le numerus clausus intervient, en médecine c'est au bout de la première année.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est un sacré chantier que vous avez entre les mains.
FREDERIQUE VIDAL
Oui, c'est un sacré chantier.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et vous avez l'énergie, etc. ?
FREDERIQUE VIDAL
Absolument, je suis pleine d'énergie.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Comment vous êtes devenue ministre ?
FREDERIQUE VIDAL
Je suis devenue ministre suite à un coup de téléphone du Premier ministre suivi par un coup de téléphone du président de la République.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous avez hésité combien de temps ? Pas du tout.
FREDERIQUE VIDAL
Non, pas du tout.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
On ne dit pas non, mais vous voulez rester chercheuse.
FREDERIQUE VIDAL
Alors, évidemment ma formation c'est la recherche et c'est la formation, moi je suis professeure d'université, et j'aime cette association entre chercher et transmettre ce que l'on a.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et en même temps vous avez montré que vous êtes passionnée d'innovation. Une ou deux pistes, l'innovation, brièvement.
FREDERIQUE VIDAL
Pour soutenir l'innovation il faut qu'on soit capable de faire travailler ensemble les laboratoires publics, les laboratoires privés, donc par exemple créer des laboratoires mixtes publics/privés, il y en a déjà, il faut soutenir ça. Faciliter le fait qu'un chercheur puisse faire une partie de sa carrière dans le privé, ou qu'un ingénieur du privé puisse faire une partie de sa carrière dans le public.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Dans quels domaines, par exemple le cerveau… ?
FREDERIQUE VIDAL
Il y a plusieurs domaines qui vont être mis en avant, et notamment, dès demain, l'annonce d'un plan sur l'intelligence artificielle.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Dès demain ?
FREDERIQUE VIDAL
Oui.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Lundi je recevrai le mathématicien VILLANI qui va parler de l'intelligence artificielle.
FREDERIQUE VIDAL
C'est lui qui va porter ce plan.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, parce que c'est essentiel. Est-ce que vous êtes assurée, quelles que soient les difficultés du temps, du soutien du président de la République ? Il vous reçoit samedi, est-ce que si vous lui dites « je veux des moyens », vous les aurez ?
FREDERIQUE VIDAL
Moi je pense que ce gouvernement a la chance de pouvoir travailler de manière extrêmement concertée, extrêmement dynamique…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est ce qu'on dit toujours, entre nous.
FREDERIQUE VIDAL
Oui, en tout cas, moi, c'est le premier gouvernement que je connais, nous sommes particulièrement soudés, et le président a fixé le cap, et nous accompagne pour mettre en oeuvre ce qu'il a fixé.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Merci d'être venue et d'avoir donné autant d'informations Madame VIDAL.
FREDERIQUE VIDAL
Merci à vous.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 12 septembre 2017