Interview de Mme Agnès Buzyn, ministre des solidarités et de la santé à BFMTV le 5 décembre 2017, sur les soins médicaux, la santé publique, les tarifs des mutuelles et le versement de la prime de Noël.

Prononcé le

Texte intégral


JEAN-JACQUES BOURDIN
Nous recevons ce matin Agnès BUZYN, ministre des Solidarités et de la Santé, bonjour.
AGNES BUZYN
Bonjour.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci d'être avec nous. Vous revenez de Guadeloupe, un fait dramatique et important s'est produit la semaine dernière sans que personne n'en parle en métropole, ou peu en tous les cas, le CHU a brûlé.
AGNES BUZYN
Oui, il y a eu un feu dans un local technique, l'ensemble du CHU, de l'hôpital, a été évacué, 1200 personnes, dont près de 500 malades, qui ont été répartis dans les différents établissements de santé de la Guadeloupe. Il n'y a plus accès à toute la partie technique, et notamment les blocs opératoires, les réanimations, donc la Guadeloupe est en situation de très grande tension, avec un certain nombre de capacités… ce CHU comportait 700 lits, donc des capacités en moins.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Et qu'allez-vous faire ?
AGNES BUZYN
Aujourd'hui nous réorganisons une offre de soins dans l'urgence, donc nous avons monté un hôpital de campagne, de la Sécurité civile, qui est arrivé ce week-end, qui permet de prendre 150 urgences par jour, avec un bloc opératoire, une maternité, et nous allons essayer de réhabiliter très très vite cet hôpital pour qu'il soit fonctionnel dans les semaines qui viennent.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Parlons de la prime de Noël, précision nécessaire. Elle sera donc versée la semaine du 18 au 22 décembre, vous m'arrêtez si je dis des bêtises, Agnès BUZYN, à plus de 2,5 millions Français. Le montant, identique aux années précédentes ?
AGNES BUZYN
Oui, il part de 150 euros pour une personne seule, 152 euros exactement pour une personne seule, et il peut monter jusqu'à près de 450 euros en fonction de la taille des familles, alors selon qu'on est une famille monoparentale ou en couple et qu'on a X enfants, la prime augmente évidemment. C'est 330 euros pour un couple avec deux enfants.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Aucune démarche à effectuer.
AGNES BUZYN
Aucune démarche à effectuer, ce sont pour tous les bénéficiaires du RSA qui sont inscrits au RSA dans le courant du mois de novembre.
JEAN-JACQUES BOURDIN
RSA, allocation de solidarité spécifique ; qui bénéficient donc de cette prime de Noël. Autre sujet, les inégalités, la pauvreté et toutes celles et ceux, femmes, hommes, enfants, qui se retrouvent dans la rue, en ce moment, en France. Je regardais ce chiffre, 150.000 personnes qui dorment dehors en France, dans la cinquième puissance économique du monde, est-ce acceptable Agnès BUZYN ?
AGNES BUZYN
Non, ça ne l'est pas, nous le savons. Le nombre de lits d'hébergement d'urgence nocturne a été augmenté ces dernières années, il est autour de 120.000 places par nuit, pour toute la France, et nous savons que ça ne couvre pas la totalité des besoins. 2700 lits supplémentaires sont ouverts pour la période hivernale dans la région parisienne, et à notre connaissance environ 1000 demandes d'hébergement ne sont pas couvertes la nuit à Paris, avec des enfants…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Avec des enfants, qui sont dans la rue.
AGNES BUZYN
Ce qui est totalement insupportable. Donc, j'ai demandé au ministère de la Cohésion des territoires, et notamment qui s'occupe du logement, c'est-à-dire à Julien DENORMANDIE, de prioriser sur les familles avec enfants, et ces familles sont souvent logées dans des hôtels dont on connaît…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Lui avait demandé, mais effectivement que va-t-il se passer ?
AGNES BUZYN
Aujourd'hui nos derniers chiffres, par exemple le 17 octobre une enquête a été faite auprès du SAMU Social, il semblait qu'environ 45 enfants dormaient dans les rues de Paris, on n'a pas pu accéder à leur demande d'hébergement et nous devons impérativement trouver une solution pour le grand froid qui arrive.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors certains vous demandent de réquisitionner le Val-de-Grâce, l'hôpital. Vous allez le faire ou pas ?
AGNES BUZYN
Non, tout cela est en cours de travail avec les différents services…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous y êtes favorable ?
AGNES BUZYN
Je suis favorable à réquisitionner des lieux. En fait il m'est totalement intolérable, et je pense, comme tous les Français, que des enfants soient dans la rue, totalement intolérable, donc il faut qu'on trouve une solution, on y travaille.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc la réquisition du Val-de-Grâce est possible ?
AGNES BUZYN
Non, le Val-de-Grâce, je ne veux pas m'avancer sur le Val-de-Grâce, je dis des réquisitions de lieux doivent pouvoir être travaillées avec…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez réquisitionner des…
AGNES BUZYN
Alors, ça dépend du ministère du Logement, donc je travaille avec eux, mais ma priorité c'est qu'aucune famille, aucun enfant, ne dorme dans la rue cet hiver.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Aucune famille, aucun enfant, ne dormira dans la rue. Enfin, ça a commencé ; mais, ne dormira dans la rue cet hiver…
AGNES BUZYN
Non, je n'ai pas dit « ne dormira dans la rue » parce que, encore faut-il que ces personnes aient envie d'accéder, vous le savez, à un logement, et parfois les centres d'hébergement sont considérés comme violents, ou insalubres, et certaines familles ne veulent pas y aller. On essaye de pousser les gens, les maraudes de nuit essayent de convaincre les gens d'aller dans les lieux d'hébergement d'urgence, mais parfois certains refusent.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Agnès BUZYN, le pouvoir d'achat des retraités continue de baisser, j'ai regardé les chiffres. Revalorisation de la pension en octobre, 0,8 %, l'inflation prévue pour 2017, 0,9 %, est-ce que la pension de retraite, régime de base, sera revalorisée en 2018 ?
AGNES BUZYN
Elle sera revalorisée au 1er janvier 2019.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc elle ne sera pas revalorisée en 2018.
AGNES BUZYN
Elle devait être revalorisée en octobre 2018 et elle sera décalée de 3 mois.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Elle sera décalée de 3 mois. Donc, il n'y aura pas de revalorisation de la pension de retraite de base en 2018, c'est clair.
AGNES BUZYN
Elle sera décalée de 3 mois. Ce n'est pas une année blanche, c'est un décalage de 3 mois de la revalorisation, parce que…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais dites-moi, entre 2017, octobre 2017, et janvier 2019, ça fait plus d'une année blanche, Agnès BUZYN !
AGNES BUZYN
C'est ce qui permet de revaloriser le minimum vieillesse, vous le savez, il sera revalorisé de 30 euros, au 1er janvier 2019 également, et donc cette revalorisation du minimum vieillesse sur 2,5 ans est permise grâce à cet alignement des revalorisations, que ce soit les pensions de base, ou le minimum vieillesse, au 1er janvier 2019.
JEAN-JACQUES BOURDIN
La réforme des retraites c'est pour quand ?
AGNES BUZYN
Alors, nous ne fixons pas de calendrier pour l'instant, ce qui laisse le temps d'une concertation sereine, parce que, vous le comprenez, c'est une réforme structurelle de très grande ampleur, et plus on met la pression sur les acteurs, plus on risque d'aller vers des tensions, donc moi je préfère qu'on n'annonce pas de calendrier, plutôt qu'on annonce un calendrier qu'on ne tiendra pas.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Agnès BUZYN, ce matin je recevais sur RMC le président de la Mutualité française, vous l'avez peut-être écouté. Que nous a-t-il annoncé ? Qu'au 1er janvier prochain, dans moins d'1 mois, nos cotisations mutuelle allaient augmenter entre 2 et 4 %, ce qui est énorme. Que lui répondez-vous ?
AGNES BUZYN
Je regrette un peu cette annonce puisque nous sommes en pleine négociation avec la Mutualité, et avec les assureurs au sens large, pour aller vers un reste à charge zéro pour l'optique, le dentaire et les audioprothèses. Donc cette négociation elle remet tout à plat, c'est-à-dire que nous essayons d'identifier les paniers de soins qu'il faudrait rendre pris en charge à 100 % pour les Français, et donc nous négocions aujourd'hui avec l'ensemble des assureurs pour savoir ce qui sera à la charge des assureurs, à la charge de la Sécurité sociale, et ce que nous pourrons négocier sur les prix, notamment de fabrication, je pense aux lunettes ou aux audioprothèses. Donc aujourd'hui je trouve que, dans une négociation en cours, annoncer d'ores et déjà une augmentation des prix, c'est peut-être anticiper un petit peu les discussions que nous allons avoir en 2018.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Augmentation de 2 à 4 %, ce n'est pas rien Agnès BUZYN, ce n'est pas rien.
AGNES BUZYN
Non, j'ai appris cette augmentation, comme vous ce matin, et je pense m'entretenir avec le président de la Mutualité dans la journée.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous n'acceptez pas ce genre de… vous acceptez mal en tous les cas, je le sens, Agnès BUZYN.
AGNES BUZYN
Je pense que cela aurait pu être discuté, en tous les cas on aurait pu me prévenir en amont, et je trouve que, alors que nous ouvrons une très grosse négociation sur le reste à charge zéro, je trouve que c'est une anticipation malvenue.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, parce que ça va peser sur le pouvoir d'achat, sur notre pouvoir d'achat, Agnès BUZYN. On nous dit qu'on va améliorer notre pouvoir d'achat, et puis tout à coup voilà que nos mutuelles augmentent entre 2 et 4 %.
AGNES BUZYN
C'est la raison pour laquelle j'ai prévu de m'entretenir avec le président de la Mutualité.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Qu'allez-vous lui dire ?
AGNES BUZYN
Je vais lui dire que la façon de procéder, avant une négociation, me paraît malvenue.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Et que c'est trop ?
AGNES BUZYN
C'est trop, probablement trop, en tous les cas sans négociation. Si on n'est pas certain, avec cette augmentation, d'assurer un reste à charge zéro, qui était l'engagement du président de la République, sur les lunettes, le dentaire, et l'audioprothèse…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous savez ce qu'il dit ? Il dit le reste à charge zéro, très bien, mais il faut baisser les prix.
AGNES BUZYN
Il faut baisser les prix, c'est vrai, on sait qu'on peut baisser les prix, c'est la raison pour laquelle nous négocions avec l'ensemble de la chaîne de production de ces produits, notamment lunettes et audioprothèses, pour aussi négocier sur les prix et les coûts de fabrication.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Agnès BUZYN, vous avez vu cette étude sur les lunettes, 1,6 million devis étudiés, étudiés, des devis établis auprès, ou par, 6400 opticiens français. que nous dit cette étude ? Que 15 millions de salariés, de moyennes et grandes entreprises, globalement sont couverts à 100 % pour les frais de lunettes, globalement, entre la Sécurité sociale et leur mutuelle. 26 millions d'assurés ont un reste à charge moyen de 293 euros pour une paire de lunettes, et les retraités, 400 euros de reste à charge pour une paire de lunettes.
AGNES BUZYN
En fait on sait bien que certaines populations sont moins bien couvertes…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Inégalités.
AGNES BUZYN
Très grandes inégalités, parce qu'avec, aujourd'hui, des contrats dans les entreprises, les salariés du privé sont assez bien couverts. Les jeunes, aujourd'hui, les familles les plus pauvres, et les personnes retraitées, sont moins bien couvertes, et donc c'est évidemment sur ces populations que nous devons aboutir à un reste à charge zéro.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors vous dites il faut baisser les prix, oui, mais l'optique rapporte beaucoup à l'Etat, vous avez vus les chiffres, vous les connaissez mieux que moi, Agnès BUZYN, 2 milliards d'euros par an. Est-ce que vous savez que l'optique médicale est le produit le plus taxé en France ?
AGNES BUZYN
C'est la raison pour laquelle je ne vais peut-être pas m'avancer plus que ça sur les négociations, parce qu'il faut probablement laisser une forme de liberté sur certains produits, je pensais aux produits de luxe ou aux produits dans lesquels il y a du superflu. Moi mon objectif c'est que chacun accède à des lunettes de qualité, pour pouvoir voir à l'école quand on est un enfant, pour pouvoir étudier quand on est un jeune. On s'est rendu compte à Pôle emploi que 25 % des jeunes qui cherchent un emploi, à Pôle emploi, en fait ont des troubles de la vision et ne sont pas corrigés par des lunettes. Vous vous rendez compte ? C'est énorme. Ce qui veut dire que c'est aujourd'hui une perte de chance, pour ces enfants et ces jeunes, et ça explique notamment le décrochage scolaire pour certains.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Reste à charge zéro, c'est pour quand ?
AGNES BUZYN
Alors, sur le dentaire les négociations avancent bien, puisque nous sommes en train de négocier avec les dentistes, dans le cadre de la convention qu'ils vont signer avec la CNAM, de façon à revaloriser les soins qui sont des soins de conservation dentaire, améliorer tous les soins de prévention, et ainsi pouvoir aboutir à une filière de prise en charge, y compris pour des prothèses dentaires, à reste à charge zéro. Donc j'espère que dans le courant 2018 nous pourrons faire des annonces sur le dentaire. Sur l'optique et les audioprothèses, nous avons commencé les négociations en novembre, donc ce sont deux filières que nous mettons à plat complètement, y compris avec les producteurs de produits, avec les mutuelles, avec évidemment la Sécurité sociale, avec les usagers, pour voir ce que doit être un panier de soins remboursables, c'est-à-dire ce qui est absolument nécessaire aux personnes pour bien voir ou pour bien entendre, éviter la perte…
JEAN-JACQUES BOURDIN
On peut dire qu'avant la fin 2018 le reste à charge sera de zéro ?
AGNES BUZYN
Non, je ne suis pas certaine qu'on aboutira à un reste à charge zéro pour la totalité des trois prises en charge, mais on aura au moins un cadre bien défini pour continuer les négociations, j'espère pouvoir faire des annonces pour le PLFSS 2019.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Budget de la Sécurité sociale adopté, justement, la transition est toute trouvée, Agnès BUZYN. Parlons du tabac, les débitants de tabac ont une idée, mettre à l'amende les acheteurs de cigarettes de contrebande. C'est une bonne idée ?
AGNES BUZYN
De toute façon normalement ils sont…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Pénalisation du client.
AGNES BUZYN
Oui, c'est une bonne idée, mais enfin, vous me la soumettez ce matin, je ne l'avais pas vue remonter dans les amendements.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous ne l'avez pas vue ? Ça vient d'hier, ce sont les débitants de tabac, le président qui a eu cette idée, de la Confédération.
AGNES BUZYN
Aujourd'hui on va lutter de façon très efficace contre la contrebande, les douanes vont être renforcées, avec 200 pistes supplémentaires, pour lutter contre la contrebande, parce qu'en fait ces trafics, souvent, masquent…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, parce que plus le prix de la cigarette augmente, plus la contrebande augmente !
AGNES BUZYN
Absolument, donc il va y avoir notamment des actions sur la cyber-contrebande, puisqu'il y a maintenant beaucoup d'achats sur Internet, donc on est capable de les pister, et puis nous avons obtenu une grande victoire, en Europe, sur la directive sur la traçabilité des produits du tabac, ce qui va permettre de mieux suivre la production de tabac et d'où vient le produit qui est importé en France. Et cette traçabilité nous la voulions indépendante de l'industrie du tabac, nous la voulions très exigeante, et nous avons obtenu de l'Europe une directive très ferme sur la traçabilité, ce qui va nous permettre de mieux identifier les produits de contrebande.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, nous parlons beaucoup du tabac, vous parlez beaucoup du tabac, mais très peu de l'alcool, pardonnez-moi, 49.000 morts chaque année en France, l'alcool tue. Les droits d'accise, que sont les droits d'accise ? La taxe sur les alcools n'augmente pas, ça fait 2 ans qu'elle n'a pas augmenté, 2016 elle n'a pas augmenté, 2017 elle n'a pas augmenté. Est-ce qu'elle va augmenter en 2018 ?
AGNES BUZYN
A ma connaissance il n'y a pas d'augmentation prévue, ce qui ne veut pas dire qu'il n'y aura pas d'action sur l'alcool.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais pourquoi est-ce qu'on n'augmente pas les taxes ? Pardon, on augmente le prix des cigarettes, on n'augmente pas les taxes sur l'alcool, pourquoi Agnès BUZYN, est-ce que vous le regrettez ?
AGNES BUZYN
D'abord, je regrette toujours qu'il n'y ait pas de politique, mais comme on commence à me coller une étiquette très hygiéniste, je voudrais éviter d'empêcher les Français de faire leur choix. Ce qui compte pour moi c'est que les Français soient bien informés de la nocivité. Il y a deux choses dans l'alcool, sur lesquelles je veux travailler, l'alcoolisme chronique, qui entraîné les maladies, notamment le diabète, des maladies cardiovasculaires et des cancers, et puis le « bringe-driking » des jeunes qui est un vrai drame aujourd'hui, avec les accidents de la route. Il y aura des annonces qui vont être faites prochainement, notamment sur la question des accidents de la route, et donc je…
JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire, sur le taux d'alcoolémie… ?
AGNES BUZYN
Non, mais une politique volontariste…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Plus répressible ?
AGNES BUZYN
Une politique sera annoncée prochainement, donc je ne vais pas la dire ici Monsieur BOURDIN, mais, clairement, il faut que nous fassions des progrès sur l'alcoolisme des jeunes, qui aboutit à ces accidents dramatiques…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Ethylotest obligatoire ?
AGNES BUZYN
Je ne….
JEAN-JACQUES BOURDIN
Ethylotest obligatoire, je sens que ça va arriver, je ne sais pas pourquoi, nous verrons bien Agnès BUZYN. Je vais terminer avec le Lévothyrox, nouvelle formule, qui suscite énormément de réactions, toujours. « Les associations de patients essaient de faire du buzz médiatique », c'est ce que dit le président de MERCK France, Thierry HULOT, et il ajoute « je n'ai pas la moindre suspicion sur un risque vital. » Et vous ?
AGNES BUZYN
Pour l'instant moi non plus, c'est à dore que nous analysons la base de pharmacovigilance de l'Agence du médicament, il y a 14.000 signalements, à ce stade, d'effets secondaires, pour l'instant les effets secondaires sont des effets secondaires assez attendus, vertiges, crampes, douleurs musculaires, maux de tête, perte de cheveux. Il y a 14 décès qui ont été signalés dans la base, mais sur 3 millions de personnes prenant du Lévothyrox il est attendu, évidemment, d'avoir des décès parmi ces 3 millions de personnes. Je rappelle qu'il y a 50.000 personnes qui meurent chaque mois en France, donc parmi ces 50.000 personnes qui meurent chaque mois il y en a qui prennent du Lévothyrox, et l'analyse des 14 décès a montré qu'il s'agissait plutôt de personnes très âgées, avec beaucoup de pathologies et qui prenaient beaucoup de médicaments, donc aujourd'hui il n'y a pas de lien établi entre les décès et le Lévothyrox. Donc voilà, l'analyse est en cours et continue, elle sera présentée en janvier.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Comment peut-on être certain qu'il n'y a pas de lien ?
AGNES BUZYN
C'est très difficile d'être totalement absolument certain de l'absence de lien, mais quand quelqu'un prend 12 médicaments, est insuffisant cardiaque, et entre autres prend du Lévothyrox, le lien n'est pas évident à établir à 86 ans, or la plupart des profils des personnes décédées sont des personnes très âgées et très malades. Donc, voilà, il n'y a pas aujourd'hui le moindre signal inquiétant, d'ailleurs je rappelle que plus de 2 millions de personnes aujourd'hui prennent la nouvelle formule de Lévothyrox et n'ont pas d'effets secondaires.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais pourquoi ne pas proposer, c'est la question qui revient très souvent, les deux formules, le Thyrox… ?
AGNES BUZYN
Mais on en propose cinq Monsieur BOURDIN, aujourd'hui, donc il y a l'ancienne formule qu'on a fait revenir…
JEAN-JACQUES BOURDIN
Deux cent mille.
AGNES BUZYN
Deux cent mille, et on s'est engagé, en tous les cas MERCK s'est engagé pour rapatrier de nouveau 200.000 boîtes de l'ancienne formule, de Thyrox, de façon à pouvoir renouveler les ordonnances, et entre temps nous avons diversifié, donc il y a un nouveau médicament de SANOFI, L-Thyroxin, avec 500.000 boîtes qui ont été livrées en octobre. Il y a un générique qui arrive sur le marché ce mois-ci, avec, je crois, 200 ou 300.000 boîtes d'ici la fin de l'année, et qui sera totalement disponible dans toutes les pharmacies à partir de janvier. Il y a parfois des problèmes pour trouver certains dosages, je ne le nie pas, et puis il y a les gouttes, vous savez, il y avait des gouttes qui existaient cet été et qui continuent d'être fournies à ceux qui les veulent, avec 18.000 boîtes par mois.
JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Agnès BUZYN d'être venue nous voir ce matin.
AGNES BUZYN
Merci.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 7 décembre 2017