Déclaration de M. Edouard Philippe, Premier ministre, sur le caractère privilégié des relations entre le Gouvernement et le Mouvement Démocrate (MoDem) au sein de la majorité, à Paris le 16 décembre 2017.

Texte intégral

Si j'osais, cher François, je te dirais que ce que je viens de vivre est très désagréable ! C'est très désagréable d'entendre des choses aussi gentilles devant du monde. Vraiment, je ne te remercie pas !
On me dit, François, que, très récemment, tu aurais été élu Président du Modem.
Je pense que vous aurez tous remarqué la qualité de l'information du Premier Ministre !
Je constate, avec ton élection dont je te félicite chaleureusement, qu'il demeure dans le monde politique français tel qu'il est aujourd'hui, au fond, un peu de stabilité !
Tu l'as dit, François, tu l'as laissé entendre, nous partageons l'amour de notre ville respective : toi, c'est Pau, la ville d'Henri IV, le premier des Bourbon et, j'imagine à tes yeux, le plus grand. Moi, c'est le Havre, la ville de François 1er, le premier des Valois-Angoulème et le plus grand des Valois à mes yeux !
Nous étions ensemble à Pau au début du mois de septembre. Tu m'avais très gentiment invité à inaugurer un événement organisé par tes soins. Je voudrais commencer par-là en disant que, ce jour-là, sans aucune surprise, mais avec une véritable jubilation intérieure, j'ai vu chez toi ce que je constate à chaque fois que je me déplace dans une ville : l'attachement profond qu'un maire peut avoir pour la commune qu'il administre et le terme "administrer" est peut-être un peu sec pour la richesse de la mission.
Pourquoi est-ce que j'en parle ? J'en parle parce que tu as dit qu'au fond, cela avait compté. Oui, évidemment, cela a compté, comme toutes les missions et tous les mandats locaux comptent chez tous ceux qui prennent le risque ou, en tout cas, qui assument le fait de vouloir s'engager.
Pour toi, cela a été Pau, donc la ville d'Henri IV, dont on mesure souvent trop peu le fait que sa popularité a été, pour l'essentiel, posthume, ce qui ne dit rien du maire de Pau, mais ce qui doit toujours inciter les responsables politiques à savoir que la recherche pour elle-même de la popularité n'est jamais en quoi que ce soit le garant de la persistance dans la mémoire et de la qualité de l'action.
La devise d'Henri IV - et, là, je le dis avec prudence car je m'exprime devant le congrès du Modem et devant un latiniste chevronné - me dit-on, c'est : "duo protegit unus", ce qui, comme chacun sait, signifie qu'un seul, en l'occurrence, lui Henri IV, protège les deux, en l'occurrence, la France et la Navarre.
Eh bien, cher François, entre le Modem, entre la République En Marche et avec la majorité, c'est l'inverse. Ce sont les deux qui protègent l'un et, l'un, c'est l'unité d'une majorité et la volonté déterminée, tranquille, mais ferme, de faire en sorte que nous puissions ensemble réparer notre pays. C'est une mission formidable que nous faisons avec une diversité intellectuelle et politique assumée, reconnue, évidente, mais avec une volonté commune d'une très grande force, et je veux la saluer.
Henri IV, puisque nous sommes un peu partis pour parler d'Henri IV, on lui prête, c'est aussi cela les grands hommes, des maximes formidables. J'en cite une : "les grands mangeurs et les grands dormeurs sont incapables de quelque chose de grand" disait, paraît-il, Henri IV. Je ne sais pas ce qu'il faut en penser à vrai dire !
Il disait aussi : "un acte vaut cinq dires". C'est une maxime assez actuelle celle-là, et il faut en avoir conscience quand on aborde l'action publique, y compris quand on vit dans une société surmédiatisée, twitteuse et facebookienne, peuplée de chaînes d'information en continu, de petites phrases, de dépêches, de contre-dépêches, de surdépêches, de corrections de dépêches.
"Un acte vaut cinq dires", souvenons-nous-en.
Nous partageons, cher François, cet amour de nos villes respectives. Nous partageons aussi quelques amitiés solides dont une que je veux saluer ici qui est évidemment celle que nous portons à Alain Juppé pour sa manière d'aborder la politique, pour sa manière de l'envisager, à la fois faite d'actions précises, fermes, déterminées et, en même temps, avec un esprit d'ouverture, de tempérance, de mesure qui n'a jamais exclu la détermination, là encore, et la très grande résolution.
Enfin, nous partageons cette passion de l'histoire et de la lecture sans lesquelles nous ne serions pas ce que nous sommes et, sans remonter à Henri IV, je vois bien qu’il y a dans la relation qui est la nôtre une forme d'ironie... Si, si ! Il y a 15 ans précisément, aux côtés d'Alain Juppé, j'étais le premier Directeur général d'une formation politique dont le nom a changé - il n'y a pas que le nom ! - et que tu avais alors choisi de ne pas rejoindre avec ton fameux discours de Toulouse en février 2002. Je ne sais pas si vous vous en souvenez... J'entends oui dans la salle. Oui, moi aussi. Si nous pensons tous la même chose, disais-tu, c'est que nous ne pensons plus rien. Je ne sais pas, François, si c'était vrai. Je vous le dis comme je le pense, je ne sais pas si c'était vrai, mais je sais que tu en étais convaincu. C'est au moins aussi important. Tu en étais tellement convaincu que tu as fait toute une série de choix à ce moment-là qui étaient des choix politiquement à l'aune du succès politique que l'on peut avoir quand on fait ce type de choix, qui était un choix risqué, mais tu l'as fait parce que tu y croyais et tu as probablement bien fait.
Première ironie.
Puis, deuxième ironie peut-être, nous avons mené ensuite en 2015 et en 2016 un combat commun aux côtés d'Alain Juppé, 15 ans après. Et, aujourd'hui, nous sommes tous les deux, et tous ensemble du reste, membres d'une majorité qui soutient Emmanuel Macron.
Je ne pense pas qu'il était écrit au début de l'histoire que la route serait aussi longue et peut-être aussi semée de rebondissements, mais j'ai toujours su, même lorsque je n'étais pas d'accord avec toi, que tu faisais partie de ceux qui pensaient que la politique était affaire d'engagements, de convictions, bien entendu, mais aussi de discussions et qu'au fond, ne pas être d'accord n'était pas très grave pour autant que l'on puisse se parler et pour autant que l'on puisse s'écouter et pour autant que l'on puisse faire valoir ses arguments et peut-être, avec le temps, avec la puissance de l'argumentation, avec l'évolution des choses, qui sait, se convaincre.
Tu as parfois résumé l'année qui s'est écoulée d'une belle formule : "j'ai semé, il a récolté". Je précise que le "il" ne s'adresse pas à moi ! Moi, je ne récolte pas, je bine !... "J'ai semé, il a récolté".
Je me souviens aussi, et l'expression a du sens, alors qu'une des plus belles images en matière de semence, c'est celle par laquelle on désigne le geste, ce geste auguste du semeur qui n'a jamais aussi bien porté son nom.
La recomposition politique autour d'un grand mouvement central, tu en as eu la prescience et, pendant des années, bien peu y croyaient, beaucoup théorisaient qu'elle était même impossible compte tenu de la structure même de notre texte constitutionnel, de la mécanique institutionnelle imprimée par ces dispositions qui rendaient, au fond, impossible, par l'effet du droit constitutionnel, par l'effet du suffrage majoritaire, toute idée de recomposition. Il y avait la droite, il y avait la gauche et, marginalement, il y avait le centre, dont le Président M. Mitterrand disait, avec cruauté mais aussi avec un certain réalisme, qu'il n'était ni à gauche ni à gauche.
Pendant longtemps, j'ai pensé ou en tout cas certains ont affirmé que tu cherchais à démontrer le contraire, à savoir que le centre n'était ni à droite ni à droite. Mais, comme d'autres et comme tous ceux-là nous faisions d'une certaine façon fausse route parce que François Bayrou et ceux qui l'accompagnent avaient vu avant d'autres que le vrai clivage était ailleurs, que le vrai clivage, ce n'était pas forcément le clivage entre la droite et la gauche, mais que c'était bien davantage un choix entre l'accent que l'on peut porter sur ce qui constitue un espoir et l'accent que l'on peut porter sur ce qui peut susciter la peur. C'était un clivage entre une société ouverte et une société fermée.
Le choix entre l'élévation des consciences, le discours rationnel, l'acceptation d'une certaine façon d'une forme d'impopularité et la flatterie des bas instincts, ce réflexe populiste qui nous menace tous, je dis bien "qui nous menace tous", nous devons toujours l'écarter. C'est bien autour de ces quelques principes, de ces quelques choix que la vie politique française est en train de se recomposer.
Je dis bien, Mesdames et Messieurs, "en train de se recomposer", parce que la recomposition politique n'est pas achevée. On le voit tous les jours. Tout le monde n'est pas à destination, beaucoup ne se sentent pas à leur place là où ils sont. Je vous le dis tout de suite, ce n'est pas mon cas. Je sais que ce n'est pas le vôtre, et je m'en réjouis.
Dans ces périodes où les plaques tectoniques bougent, il est important d'être une force d'attraction plutôt qu'une force de répulsion et je suis heureux d'être ici, d'être accueilli chaleureusement et de vous dire que nous avons beaucoup à faire ensemble.
Pendant cette recomposition, je vois, comme vous, la gauche et la droite nous regarder collectivement un peu comme la poule regarde le couteau ou un peu comme quand on regarde le couteau quand on voit une poule. Je ne sais pas comment le dire ! La gauche comme la droite se regardent le nombril en se demandant ce qui s'est passé et, pendant ce temps, nous avançons. La gauche comme la droite proclament que le clivage gauche / droite est bien vivant et, pendant ce temps-là nous avançons. La gauche se gauchise, la droite se droitise et, pendant ce temps-là, nous avançons.
La gauche nous trouve très à droite et la droite nous trouve très à gauche, sans se rendre compte que ces reproches s'annulent au lieu de s'additionner et sans se rendre compte que, d'une certaine façon, c'est pour nous le plus beau des compliments.
La gauche pense que les Français veulent plus de gauche et la droite que les Français veulent davantage de droite. Je vais vous dire, Mesdames et Messieurs, laissons-les se poser la question longtemps, très longtemps ! Car, à mes yeux, et probablement aux vôtres, cette question est parfaitement vaine et une question vaine, ce n'est pas forcément une question... Si, c'est souvent une question sans intérêt. C'est une question qui, au fond, n'a aucune prise avec la réalité. C'est pour cela qu'il ne faut pas s'énerver. C'est une question qui, à mon sens, n'a aucune prise sur la réalité.
La réalité est ailleurs. Elle est plus sérieuse, plus difficile, plus compliqué. C'est celle de l'action, de ce que nous faisons, de ce que nous essayons de faire, de comment nous réparons, comment nous écartons les obstacles qui se dressent sur le chemin d'une France qui ira mieux.
Dans une belle unanimité, d'ailleurs la gauche et la droite nous disent que c'est bien dangereux une force centrale comme la nôtre, qui s'élargirait, car cela voudrait dire que l'alternative serait forcément aux extrêmes. En disant cela, ils ne font que mettre en lumière leur propre impuissance à incarner eux-mêmes une alternative. Et, se faisant, ils misent sur notre échec. Pourquoi pas, c'est une stratégie comme une autre.
Laissez-moi dire que j'ai déjà vu une formation politique penser que l'échec de la majorité suffirait à la propulser au pouvoir.
Nous pensons, à la différence de la gauche et de la droite, qu'il est possible de réussir, qu'il est possible de réparer ce pays et, curieusement, beaucoup de gens, pas forcément dans le monde politique, mais dans notre pays, ont pu tenir et tiennent parfois encore un discours consistant à dire que, non, ce n'était pas possible.
Depuis 13 mois, au moins pour moi, rien ne se passe comme prévu. Je vous le garantis ! Il y a 13 mois ou un peu plus de 13 mois, j'ai entendu des commentateurs, des responsables politiques, peut-être d'ailleurs l'ai-je dit moi-même, dire : "non, Emmanuel Macron ne quittera pas le Gouvernement, il ne se présentera pas à l'élection présidentielle. Il ne peut pas la gagner, il n'a pas de formation politique. Il ne s'est jamais présenté à une élection. Ce n'est pas possible". Il a démissionné, il s'est présenté, il a gagné l'élection présidentielle.
Ensuite, chacun a dit : "il n'est pas possible de nommer Premier Ministre quelqu'un qui ne serait pas issu du parti qui l’a créé, du mouvement qui la créé pour conquérir le pouvoir. Il n'aura pas de majorité, pas de majorité législative, ses candidats sont inconnus, les composants de sa majorité ne représentent rien ou qu’eux-mêmes". Il a nommé un Premier Ministre - C'était la première fois qu'un Président prenait cette décision - qui ne l'avait pas soutenu avant le premier tour, qui n'était pas un de ses lieutenants ou un de ses obligés. Il a été cherché dans une autre formation politique très différente quelqu'un avec qui il pensait que l'on pouvait engager un profond mouvement de réforme de ce pays et nous avons obtenu, ensemble, une majorité, une majorité forte, une majorité équilibrée, une majorité à la fois diverse politiquement et très fortement animée par une force aimantée, je dirais, qui est de réussir et d'être à la hauteur des responsabilités que les Français nous ont confiées dans cette période si particulière.
Et les mêmes commentateurs - pas du tout écrasés par le poids, pas du tout ! - nous ont dit : "ils ne pourront pas gouverner. Le pays va se bloquer immédiatement. Ils ne pourront pas tenir cette majorité si hétérogène, hétéroclite". Et que constatons-nous ? Nous constatons que les Français comprennent ce que nous voulons faire et nous sommes probablement, je ne dirai pas reconnaissants, mais nous savons gré de vouloir transformer les choses, de le faire avec méthode, dans la clarté, y compris dans la difficulté, en essayant d'exprimer nos choix, de garantir une cohérence entre les décisions que nous prenons.
Et j'ai la conviction, dont je sais qu'elle est partagée par tous ceux qui, un jour, ont exercé les responsabilités de maire, que les Français savent reconnaître la cohérence, la clarté et l'engagement. Ils peuvent ne pas être d'accord avec telle ou telle mesure, ils peuvent même se dire : "je ne sais pas si elle produira des effets", mais lorsqu'ils voient de la cohérence, lorsqu'ils voient de la clarté, lorsqu'ils voient de l'engagement, ils savent la reconnaître et je pense que c'est ce que nous voyons en ce moment.
Enfin, il n'est pas, je crois, interdit et il serait même malvenu de passer sous silence un élément qui m'apparaît clairement à l'heure où je vous parle, c'est que le Modem, que tu présides, cher François, est, pour le gouvernement, un partenaire de tous les instants, utile, fiable et inventif, un partenaire exigeant en privé et solidaire en public, ce qui, je ne vous le cache pas, est assez préférable à l'inverse.
J'aimerais remercier, outre toi-même, François, ceux qui oeuvrent chaque jour pour notre réussite collective et, d'abord, si vous me le permettez, Jacqueline Gourault et Geneviève Darrieussecq qui, au Gouvernement, oeuvrent avec talent.
Chère Jacqueline, je constate qu'à chaque fois que nous devons attribuer une mission de confiance, nous pensons à toi ! Il n'est pas totalement impossible que d'autres aussi délicates arrivent ! Chère Geneviève, merci pour ton investissement quotidien au côté de Florence Parly et merci pour la sensibilité et la connaissance des territoires que tu apportes à notre travail quotidien. J'aimerais également saluer votre président, pardon le Président du groupe Modem à l'Assemblée Nationale, Marc Fesneau, parce que, voyez-vous, Président de groupe, ce n'est pas facile. C'est même souvent un peu ingrat.
Nous ne nous connaissions pas avec Marc. D'ailleurs, on peut peut-être dire les choses plus directement, nous ne nous connaissions pas du tout ! Et donc nous nous sommes découverts. Je dois dire que j'ai découvert un partenaire apaisant, un homme de parole, deux caractéristiques qui ne sont pas si fréquentes. À ton invitation, et comme je le ferai chaque fois que nécessaire, je viendrai mardi prochain devant les Députés du Groupe Modem à l'Assemblée Nationale. Je veux vraiment dire qu'avec le Président du groupe Modem à l'Assemblée Nationale, cette formation politique, l'Assemblée Nationale, et nous tous, avons un très bel atout et quelqu'un de remarquable. Je le dis très honnêtement.
Merci enfin chère Marielle d'abord de nous accueillir ici chez toi, dans ta circonscription, merci aussi et surtout pour ton implication à la tête de la commission des affaires étrangères de l'Assemblée Nationale. Nous allons avoir besoin de vrais, de bons spécialistes des affaires internationales, mais peut-être au moins autant que des affaires internationales, des affaires européennes dans la période qui s'annonce. Je sais que ces affaires te passionnent, que tu les connais bien, bien mieux d'ailleurs que beaucoup de ceux qui s'expriment sur ces sujets et, comme la période prochaine débouchera immanquablement sur des débats européens qui ont déjà commencé mais qui vont s'intensifier, je veux par avance te remercier pour ce que tu as fait et pour ce que tu vas faire.
Je suis très heureux d'avoir pu constituer et de pouvoir animer avec vous tous le comité de la majorité qui nous offre un certain nombre de moments de respiration d'abord et de réflexion pour envisager ensemble la suite.
Je note d'ailleurs au passage que notre majorité a plutôt tendance à s'élargir alors que, traditionnellement, 6 mois après une élection, les majorités ont plutôt tendance à se rétrécir, parfois à s'étioler même.
Je pense que ce n'est pas un hasard et je pense que nous devons cultiver cette capacité à continuer à élargir notre majorité, à accueillir tous ceux qui nous tendent la main, parfois du geste, parfois avec économie de geste, mais qui néanmoins nous tendent la main.
Nous n'avons d'ailleurs pas besoin de leur demander d'être d'accord avec nous sur tout. Le seul critère, c'est de croire et de partager plus exactement les fondamentaux de cette majorité et de vouloir agir responsablement pour réparer le pays.
Par-delà les relations personnelles que nous avons pu nouer, je constate aussi tous les jours que le Modem a su rester fidèle aux valeurs qui l'animent, qui vous animent depuis toujours : le rétablissement de nos finances publiques, l'idéal européen, la cohésion de nos territoires, la préservation de la planète, l'éthique comportementale en politique et bien d'autres.
Et, depuis 7 mois, sur ces sujets comme sur d'autres, nous avons fait beaucoup pour libérer le travail et protéger les actifs avec la réforme du Code du travail, la hausse du pouvoir d'achat par la baisse des cotisations sociales, la suppression du RSI pour encourager l'investissement et l'innovation avec le grand plan d'investissement de 57 milliards d'Euros, la baisse de l'impôt sur les sociétés, la transformation du CICE en une baisse de charges pérennes, la transformation de la fiscalité en général pour favoriser la réussite scolaire et la réussite étudiante pour tous, avec un plan étudiant qui est, en ce moment, discuté à l'Assemblée Nationale et bientôt au Sénat, qui est une transformation importante, souhaitée, indispensable même de l'accès à l'enseignement supérieur et du premier cycle universitaire, le dédoublement des classes de CP en REP plus, le dispositif "devoirs faits", la liberté d'organisation des rythmes scolaires, pour protéger les plus fragiles avec la revalorisation du minimum vieillesse, celle de l’allocation adulte handicapé, le plan logement d'abord, la stratégie de lutte contre la pauvreté des enfants et des plus jeunes, qui est en préparation, pour améliorer le quotidien de nos compatriotes avec la suppression de la taxe d'habitation pour 80 % des foyers, la refonte de la politique du logement pour faire baisser les loyers mais surtout pour permettre des constructions plus rapides et moins cher, le plan d'accès aux soins, l'extension de la vaccination obligatoire, la priorité aux transports du quotidien, pour assurer la sécurité des Français aussi avec la loi sur la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme, l'augmentation sans précédent du budget de la défense, assumée, indispensable, la création de la police de sécurité au quotidien et, puis, pour redonner confiance dans nos institutions, avec la loi confiance chère à François Bayrou et l'exemplarité retrouvée, pour lutter aussi contre le changement climatique avec un plan climat et l'initiative mondiale Make Our Planet Great Again, pour porter une ambition nouvelle pour l'Europe avec un accord, que peu de gens imaginaient possible, sur la directive travailleurs détachés et la vision exprimée dans le discours de la Sorbonne par le Président de la République.
Enfin, pour redonner maîtrise et efficacité à l'action publique, nous avons créé les conditions de maîtrise de la dépense publique pour remplir les objectifs du quinquennat : 5 points de PIB de dettes en moins, 3 points de dépenses publiques en moins, 1 point de prélèvements obligatoires en moins. On ne fait pas rêver avec des points en moins. Ce n'est pas sexy, ça, c'est sûr. Expliquer que le taux de prélèvement obligatoire dans le PIB va baisser, il faut vraiment avoir un amour immodéré des chiffres pour trouver cela excitant. Mais c'est fondamental.
Maîtriser notre dette, maîtriser nos dépenses, remettre de l'ordre dans nos finances publiques, c'est absolument indispensable.
Ce n'est pas une condition de l'adhésion des Français, ce n'est même pas une condition du succès du gouvernement, c'est simplement la condition nécessaire pour réparer notre pays durablement et pour lui redonner crédibilité et souveraineté. Et nous ne mollirons pas sur le sujet.
C'est une encre, un objectif, un cap auquel nous ne renoncerons pas.
Nous avons fait beaucoup, Mesdames et Messieurs, et je crois que les Français le voient. Mais la tâche qui nous attend en 2018 et, au-delà, reste immense.
Je ne vais pas égrainer le programme de travail de l'Assemblée Nationale et du Sénat dans les 6 mois qui viennent parce que François m'a dit tout à l'heure que vous étiez réunis depuis ce matin dans cette salle et qu'il était quand même peu à même de vous laisser encore ici jusqu'au milieu de la nuit, mais nous allons faire beaucoup, nous allons débattre beaucoup, nous allons proposer beaucoup, nous allons légiférer aussi et nous allons essayer de faire en sorte que ce mouvement de transformation qui est engagé puisse aller toujours plus loin, toujours plus loin parce que c'est indispensable sur l'asile, sur l'immigration, sur la formation professionnelle et l'apprentissage, sur l'assurance chômage, sur le logement, sur les retraites. Sur tous ces sujets, j'en oublie, j'en passe, nous devons avancer.
Ce sera, je vous le dis, Mesdames et Messieurs, l'occasion pour le Gouvernement de prendre des décisions qui seront parfois difficiles. Certaines seront forcément impopulaires. Mais je pense qu'elles seront toutes à long terme vertueuses et qu'il faudra toutes les prendre. On dit souvent que l'honneur d'un gouvernement, c'est de penser à la prochaine génération plutôt qu'à la prochaine élection. Je sais que vous partagez cette approche et je sais que vous serez là pour nous alerter si nous étions tentés d'en dévier.
Donc, nous allons garder cette logique : réparer notre pays plutôt que chercher à très court terme un bénéfice politique par l'annonce de telle ou telle mesure.
Cela dit, préférer la prochaine génération à la prochaine élection, c'est décisif. Cela ne veut pas non plus dit dire qu'il faille s'interdire de penser à la prochaine élection quand même et les élections européennes constitueront évidemment un rendez-vous important, le premier, puis viendront les élections locales qui sont décisives pour une implantation durable dans les territoires. François nous alerte régulièrement, probablement en exprimant la force de son ancrage local sur la nécessité de préparer ces échéances locales. J'en suis parfaitement d'accord avec lui et je sais que Christophe Castaner que je salue avec amitié et que vous pourriez saluer aussi avec amitié… !
Parce qu'il la mérite, croyez-moi il la mérite. Je sais que Christophe Castaner est sur la même ligne.
D'ici là, nous aurons de multiples occasions d'échanges et de débats. Vous pourrez toujours compter sur ma disponibilité, toujours compter sur mon écoute.
Les fins d'année sont traditionnellement propices au bilan. Je vous propose de ne pas nous livrer à un bilan. Je vous propose de nous tourner vers l'avenir et de regarder 2018 avec gourmandise, avec sérieux aussi car les enjeux sont sérieux. Mais avec une forme de gourmandise liée au fait que nous avons collectivement une opportunité extraordinaire, celle de faire, celle de transformer, celle d'imprimer dans la réalité la force des idées que nous partageons.
L'année prochaine, comme l'année qui s'achève sera riche en surprises. Bon... j'espère qu'elle ne sera pas plus riche en surprises parce qu'on a déjà été bien lotis de ce point de vue.
Il n'est pas totalement impossible que certaines de ces surprises soient bonnes. Quoi qu'il en soit et sans évidemment préjuger de la pérennité de mes fonctions actuelles dont chacun connaît la fragilité, cette année 2018 nous la passerons ensemble, nous la passerons dans l'action, nous la passerons dans l'atmosphère que j'ai décrite et que François a décrite au début de son propos, faite de respect, de chaleur, sans concession, sans agressivité et avec un esprit qui cherche à avancer et cela, Mesdames et Messieurs, ce n'est pas une bonne résolution, c'est une bonne nouvelle.
Merci beaucoup.

source http://mouvementdemocrate.fr, le 19 décembre 2017