Interview de M. Stéphane Travert, ministre de l'agriculture et de l'alimentation, avec RTL le 12 janvier 2018, sur l'affaire des laits infantiles contaminés par les salmonelles.

Texte intégral

JEROME FLORIN
Elizabeth MARTICHOUX votre invité ce matin Stéphane TRAVERT.
ELIZABETH MARTICHOUX
Bonjour Stéphane TRAVERT....
STEPHANE TRAVERT
Bonjour.
ELIZABETH MARTICHOUX
Merci beaucoup d'être avec nous ce matin dans ce studio de RTL. Vous êtes sur le pied de guerre depuis votre retour de Chine, hier matin convocation des distributeurs, déclaration ferme et même fracassante, on a aussi entendu LACTALIS, cela dit on n'a pas avancé d'un pouce sur ce qui s'est passé, est-ce que vous considérez-vous que LACTALIS est toujours la première responsable dans ce scandale sanitaire ?
STEPHANE TRAVERT
Il y a eu une faute de l'entreprise, LACTALIS aujourd'hui la seule responsable de la sécurité et de la qualité alimentaire des produits qu'elle met sur le marché et donc, aujourd'hui, cette responsabilité elle doit l'assumer et elle doit trouver tous les moyens en sa possession pour détecter les origines de cette contamination à la salmonelle et elle doit mettre tous les moyens en oeuvre pour faire en sorte que tous les produits soient enlevés des plateformes et que les consommateurs puissent ne plus trouver un seul des produits incriminés.
ELIZABETH MARTICHOUX
Le préfet a ordonné la fermeture de l'usine de Craon le 9 décembre, c'est lui qui ordonnera la réouverture ?
STEPHANE TRAVERT
Il ordonnera la réouverture si, et seulement si, nous avons la preuve que l'entreprise LACTALIS a bien mis en place toutes les actions correctives nécessaires, si des solutions pertinentes ont été trouvées pour chasser d'une part la bactérie et, d'autre part, prévenir l'apparition de nouvelles causes comme celle-ci.
ELIZABETH MARTICHOUX
Ça peut prendre du temps ? Le chômage technique a été ordonné pour les plus de 300 salariés de l'usine de Craon jusqu'au 4 février à ce stade, ça peut bien sûr aller au-delà ? Est-ce que le site même ne pourrait jamais rouvrir ? Est-ce que c'est une hypothèse ?
STEPHANE TRAVERT
Mais l'hypothèse aujourd'hui c'est que – et ce que nous demandons - c'est que l'entreprise qui est dans sa responsabilité ici mette tous les moyens en oeuvre pour permettre de rouvrir le site dans les conditions les plus optimales.
ELIZABETH MARTICHOUX
Est- ce que ce site pourrait ne jamais rouvrir, est-ce que c'est une des hypothèses ? On ne va pas crier au loup, mais est-ce que...
STEPHANE TRAVERT
S'il n'y a pas la preuve qu'il n'y ait pas de danger et si l'entreprise LACTALIS n'apporte pas la démonstration qu'il n'y a plus de risque, eh bien oui cela peut durer et cela durera tant que tout risque ne sera pas écarté.
ELIZABETH MARTICHOUX
Question sur la réglementation, LACTALIS a découvert la bactérie Monsieur le Ministre en août sur du matériel - en l'occurrence je crois que par exemple on a trouvé la bactérie sur un balai - quand ça ne touche pas le produit il n'y a pas d'obligation à transmettre les résultats aux autorités sanitaires, est-ce que cela ça pourrait changer ? Parce que c'est vrai que si on avait été au courant, si vous aviez été au courant dès le mois d'août, il n'y aurait pas eu cet enchaînement ? Est-ce que c'est une possibilité d'évolution ?
STEPHANE TRAVERT
Je pense qu'il faudra tirer les retours d'expérience de ce qui s'est passé, il faudra prendre l'analyse complète des éléments - d'ailleurs je vous rappelle qu'il y a une enquête judiciaire qui est en cours et qui doit déterminer d'abord les causes de l'apparition de la bactérie - la salmonelle - à l'intérieur du site et comment cette bactérie a pu être portée jusque-là et, donc, contaminer un certain nombre de produits - tant qu'il y a un risque, nous ne pouvons pas à prendre le risque de remettre sur le marché un certain nombre de produits, aujourd'hui nous sommes encore dans la crise mais il faudra tirer les conséquences de ce qui se sera passé pour améliorer un certain nombre de fonctionnement pour les entreprises.
ELIZABETH MARTICHOUX
Donc on peut imaginer qu'on aille encore plus en amont dans la prévention et que, dès que la bactérie apparaît où que ce soit dans le dans une entreprise, on prenne les décisions qui s'imposent ?
STEPHANE TRAVERT
Il y a aura des décisions à prendre bien évidemment.
ELIZABETH MARTICHOUX
Monsieur BESNIER, le patron de LACTALIS, ne s'est pas exprimé encore publiquement, c'est regrettable ?
STEPHANE TRAVERT
Son porte-parole s'est exprimé hier, il sera...
ELIZABETH MARTICHOUX
Est-ce que vous regrettez qu'il n'ait pas pris la parole ?
STEPHANE TRAVERT
Il sera reçu ce matin par ou cet après-midi, pardon, par...
ELIZABETH MARTICHOUX
Bruno LE MAIRE.
STEPHANE TRAVERT
Bruno LE MAIRE, nous espérons qu'il puisse y avoir une expression du PDG de LACTALIS, parce que je crois que c'est ce que nos concitoyens attendent aussi.
ELIZABETH MARTICHOUX
Par parenthèse votre prédécesseur Stéphane LE FOLL disait ne pas avoir le numéro de monsieur BESNIER, qui est quand même un acteur très important – c'était à l'époque d'une crise du lait, du prix du lait - vous l'avez, vous, son numéro ?
STEPHANE TRAVERT
Oui je l'ai, j'ai son numéro. Je l'ai rencontré deux semaines après ma nomination, nous avions échangé sur la filière laitière et nous avions convenu de nous revoir à intervalles régulières - et je pense que ce sera fait - et ça peut être l'occasion.
ELIZABETH MARTICHOUX
Au-delà de l'anecdote c'est vrai qu'on parle beaucoup, on écrit aujourd'hui le fonctionnement opaque de cette entreprise qui ne publie pas ses résultats par exemple, qui préfère payer des pénalités plutôt que d'être transparent, est-ce que c'est un exemple d'entreprise j'allais dire modèle ou en tout cas moderne, digne de 2018, entreprise responsable, franchement ?
STEPHANE TRAVERT
Il y a deux choses ! Sur le fait de ne pas publier ses comptes, là l'entreprise n'est pas responsable, il y a la loi et la loi doit s'appliquer et elle doit s'appliquer aussi pour LACTALIS, et le président de la République l'avait rappelé d'ailleurs dans son discours des Etats généraux du 11 octobre qu'il fallait durcir d'une part les sanctions et que les entreprises qui ne publieraient pas de leurs comptes seraient là aussi incitées fortement...
ELIZABETH MARTICHOUX
Encore plus.
STEPHANE TRAVERT
A pouvoir le faire ; Et puis d'autre part l'entreprise LACTALIS c'est aussi un acteur majeur de la filière laitière en France, en Europe...
ELIZABETH MARTICHOUX
Elle est abîmée aujourd'hui, elle est abîmée aujourd'hui l'image de la filière laitière française.
STEPHANE TRAVERT
Alors, de quoi parle-t-on ? Là il s'agit d'une problématique, d'une salmonelle sur un site, sur un endroit du territoire, par ailleurs il y a d'autres usines du groupe LACTALIS qui continuent à fonctionner - et qui fonctionnent plutôt bien - et il y a d'autres groupes laitiers importants que je ne citerai pas, mais d'autres groupes laitiers qui sont aujourd'hui... qui font l'actualité de la filière laitière et, aujourd'hui, la filière laitière a traversé une crise que l'on connaît à travers la volatilité des prix, mais c'est vrai que nous nous serions bien passés de cette mauvaise publicité pour la filière.
ELIZABETH MARTICHOUX
Est-ce que d'ailleurs les agriculteurs sont pénalisés par la fermeture du site de Craon, ils ne peuvent plus aller livrer leur production ?
STEPHANE TRAVERT
Pas à ce stade, parce que la collecte continue, c'est-à-dire qu'il y a des camions qui continuent à ramasser le lait dans les fermes mais la collecte est redirigée vers d'autres sites du groupe LACTALIS, notamment un autre site en Mayenne et des sites en Ille-et-Vilaine.
ELIZABETH MARTICHOUX
Les distributeurs vous les avez réunis hier avec Bruno LE MAIRE à Bercy, par parenthèse ils affirment - certains affirment – qu'ils ont toujours été livrés jusque début janvier, donc bien après la fermeture et évidemment les rappels en chaîne, vous avez des preuves vous, vous pouvez avérer ces déclarations ou à ce stade c'est déclarations contre déclarations ?
STEPHANE TRAVERT
A ce stade, nous avons demandé à ce qu'on puisse nous communiquer l'ensemble des éléments qui nous permettent effectivement de bien vérifier l'ensemble de ces informations. Mais ce que nous avons demandé d'abord aux distributeurs c'est de bien mettre en oeuvre toutes les actions possibles pour qu'il n'y ait plus une seule boîte et une mesure importante a été prise notamment...
ELIZABETH MARTICHOUX
Il y a encore des boites, à votre avis, qui sont dans les rayons ?
STEPHANE TRAVERT
S'il existe encore des boîtes à l'intérieur de certains magasins, elles ne pourront plus de toute façon sortir puisqu'ils ont décidé de mettre en place le blocage en caisse, c'est-à-dire bloquer le code barre qui existe sur les produits qui fait que le consommateur qui prendrait par mégarde une boîte qui resterait ne pourrait de toute façon pas la payer en caisse.
ELIZABETH MARTICHOUX
Et là nos auditeurs se disent, puisque les moyens techniques existaient, pourquoi ils ne l'ont pas fait avant ?
STEPHANE TRAVERT
Oui, pourquoi cela n'a pas été mis en place ? Mais il y a...
ELIZABETH MARTICHOUX
Et vous répondez quoi ?
STEPHANE TRAVERT
Aujourd'hui, parce que nous avons demandé aux distributeurs, parce qu'il y a une erreur des distributeurs, il y a une défaillance majeure de la part des distributeurs dans l'application du décret qui avait été signé par Bruno LE MAIRE pour retirer et rappeler l'ensemble des lots, aujourd'hui je dirais cette crise nous permet d'avancer et de nous prémunir sur le futur au cas où il pourrait y avoir d'autres cas comme celui-là.
ELIZABETH MARTICHOUX
Oui ! Et l'Etat ? Vous avez entendu hier les accusations de Benoît HAMON sur RTL, selon lui le premier budget du quinquennat Macron va réduire le nombre de contrôleurs de la Répression des fraudes, la DGCCRF, très vite écoutez.
BENOIT HAMON, SUR RTL HIER
Nous avons une réduction des effectifs de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes, vous avez là les conséquences d'un budget où à force de vouloir couper, à force de vouloir réduire les administrations, on fait prendre des risques aux consommateurs, c'est incompréhensible.
ELIZABETH MARTICHOUX
Et le syndicat Solidaire confirme, le budget 2018 va supprimer 45 postes de contrôleurs de la DGCCRF, c'est-à-dire la Répression des fraudes.
STEPHANE TRAVERT
Ecoutez, il y a deux responsabilités qui ont été identifiées dans cette affaire : la première des responsabilités c'est LACTALIS, la deuxième responsabilité ce sont les distributeurs, aujourd'hui l'Etat c'est 2013 2.508 agents de la DCRRF qui font des contrôles et qui font un travail formidable, 2017 c'est 2613 agents, donc il n'y a pas défaillance de l'Etat.
ELIZABETH MARTICHOUX
2018, 2018.
STEPHANE TRAVERT
2017 -? 2018, 2.613 agents de la DGCRRF.
ELIZABETH MARTICHOUX
Est-ce qu'il y a ou non un nombre un petit peu réduit de contrôleurs en 2018 ?
STEPHANE TRAVERT
Non, parce qu'aujourd'hui vous le savez...
ELIZABETH MARTICHOUX
Non !
STEPHANE TRAVERT
L'Etat a pris la décision que sur la question sanitaire nous ne devions pas baisser la garde et dans le budget que j'ai proposé en ce qui me concerne au ministère de l'Agriculture – notamment sur les services vétérinaires - nous avons souhaité mettre un accent particulier sur la sécurité sanitaire.
ELIZABETH MARTICHOUX
Donc, vous dites non. Un dernier mot, est-ce que ça ne fiche pas par terre toutes les ambitions de vos Etats généraux de l'alimentation qui étaient justement d'afficher des ambitions bien différentes, est-ce que tout d'un coup là trois semaines après ces E.G.A qui devaient penser une organisation vertueuse pour tout le monde on n'a pas reculé de beaucoup de cases ?
STEPHANE TRAVERT
Mais là aussi de quoi parle-t-on ? Un site, un cas, un produit, les Etats généraux c'est beaucoup plus vaste que cela, c‘est justement apporter la démonstration qu'aujourd'hui nous devons avoir une alimentation sûre, saine et durable et, ça, c'est ce vers quoi nous voulons emmener l'ensemble des consommateurs, c'est ce vers quoi nous souhaitons emmener l'agriculture, une agriculture qui va produire des produits de meilleure qualité, qui va monter en gamme pour recréer du revenu, pour recréer de la richesse et recréer les capacités d'innovation et d'investissement dans le monde rural.
ELIZABETH MARTICHOUX
Voilà ! Les grands principes rappelés par Stéphane TRAVERT, notre invité ce matin sur RTL, merci à vous.
STEPHANE TRAVERT
Merci et bonne journée.
JEROME FLORIN
Et merci à tous les deux. Le ministre de l'Agriculture qui vient donc de mettre en cause la responsabilité de LACTALIS - il parle de faute - et qui accuse les grands distributeurs, défaillance majeure dit Stéphane TRAVERT mais pas de défaillance de l'Etat, en revanche le message est passé, il est très clair, interview à retrouver en vidéo sur rtl.fr
source : Service d'information du Gouvernement, le 15 janvier 2018