Interview de Mme Marlène Schiappa, secrétaire d'Etat à l'égalité entre les femmes et les hommes et à la lutte contre les discriminations à Europe 1 le 5 novembre 2018, sur la taxation des carburants, le pouvoir d'achat et les inégalités salariales entre les femmes et les hommes.

Texte intégral


AUDREY CRESPO-MARA
Bonjour Marlène SCHIAPPA.
MARLENE SCHIAPPA
Bonjour.
AUDREY CRESPO-MARA
Et désormais aussi secrétaire d'Etat à la Lutte contre les discriminations.
MARLENE SCHIAPPA
Merci de le préciser.
AUDREY CRESPO-MARA
Alors, Emmanuel MACRON en visite dans l'Est et le Nord de la France. Est-ce que les Français ne préféreraient pas voir des résultats, que de voir le président ?
MARLENE SCHIAPPA
Je pense que les Français ont l'air toujours contents d'avoir une occasion d'échanger directement avec le président, si j'en juge à l'accueil qui lui a été fait et réservé, mais je pense que l'un n'est pas exclusif de l'autre et que les résultats sont aussi en train d'arriver.
AUDREY CRESPO-MARA
Chômage, pouvoir d'achat, on n'en n'est pas encore aux résultats.
MARLENE SCHIAPPA
Alors, ça arrive. Sur le pouvoir d'achat, moi, vous savez, je ne me risque jamais à des chiffres, parce que moi, lorsque je dis à ma grand-mère « on va gagner + 0,4 % de pouvoir d'achat », ça ne lui parle pas, donc je pense que ce qu'il faut voir, c'est vraiment au cas par cas comment on améliore la situation de chaque personne, et je pense que ça c'est un travail qui est véritablement en cours.
AUDREY CRESPO-MARA
Alors, à la Presse régionale de l'Est, Emmanuel MACRON a déclaré ceci : « Je préfère la taxation du carburant à celle du travail ». Mais pour aller au travail, il faut souvent du carburant, donc ça revient au même.
MARLENE SCHIAPPA
Alors, c'est un peu différent. Ce qui se passe c'est qu'il y a effectivement une augmentation du carburant, mais qui principalement…
AUDREY CRESPO-MARA
+ 15 à 20 % sur un plein.
MARLENE SCHIAPPA
Voilà, alors il y a une grande partie de cette augmentation qui n'est pas due au gouvernement, qui est dû au cours de ces taux qui évoluent, d'ailleurs ce que dit le président…
AUDREY CRESPO-MARA
Et il y a les taxes écologiques aussi…
MARLENE SCHIAPPA
Voilà, c'est que quand il se bat aussi pour faire en sorte qu'il y ait une stabilité dans les pays qui sont fournisseurs de ces carburants, eh bien c'est aussi une manière de se battre pour les Français, au quotidien, pour que ces prix n'augmentent pas, parce que plus il y a une instabilité dans ces pays, plus les prix augmentent, et ça je crois que les Français le comprennent.
AUDREY CRESPO-MARA
Mais l'Etat pourrait baisser les taxes, ce qui n'est pas le cas.
MARLENE SCHIAPPA
Alors là il y a une taxe sur le diesel qui est tout à fait assumée, parce qu'on ne peut pas, d'un côté les quand Nicolas HULOT quitte le gouvernement : « L'écologie doit être la priorité absolue des Français, du monde, il faut faire tout ce qui est en notre pouvoir », et quand on apporte une solution, être contre cette solution. La question de l'écologie, c'est comme l'égalité femmes-hommes, c'est-à-dire que dans l'absolu tout le monde est pour, et dans la pratique au quotidien, qui est prêt à faire quoi pour ça ? C'est ça la vraie question.
AUDREY CRESPO-MARA
Emmanuel MACRON se rend dans des départements où Marine LE PEN est arrivée en tête du premier tour à la présidentielle, qu'est-ce que MACRON le progressiste va bien pouvoir dire aux gens qui ont prévu de voter pour les populistes, puisque c'est le clivage actuel pas aux européennes ?
MARLENE SCHIAPPA
Vous savez, moi je crois qu'au-delà de ça, c'est très important de faire cette itinérance mémorielle et que le président de la République rappelle finalement ce lien, cette continuité historique. Le peuple français, c'est un peuple qui s'est relevé et qui a reconstruit son pays après la Première guerre mondiale, après la Deuxième guerre mondiale, et c'est un peuple qui a une capacité de résilience hors normes, et ça je crois qu'il faut le dire, et c'est aussi le sens de cette itinérance mémorielle du président de la République.
AUDREY CRESPO-MARA
« Emmanuel MACRON doit échanger vraiment avec nos concitoyens, sans leur faire la leçon », met en garde Xavier BERTRAND, le président de la région des Haut-de-France. Sans leur faire la leçon, c'est-à-dire leur proposer autre chose que de traverser la rue.
MARLENE SCHIAPPA
Oui, moi je trouve ça un peu, enfin, c'est un peu démagogique de la part de Xavier BERTRAND qui de venir lui justement dire qu'il ne faut pas faire la leçon, lui-même faisant la leçon au président de la République. Ce n'est pas le sujet. Vous savez, au-delà des petites phrases qui peuvent faire le buzz, il y a des échanges profonds et sincères entre le président de la République et les Françaises et les Français…
AUDREY CRESPO-MARA
Qui sont parfois rudes.
MARLENE SCHIAPPA
... qu'il croise. Non, là par exemple regardez, en Normandie on a vu beaucoup d'échanges avec des gens, des citoyens qui étaient contents de pouvoir échanger et parler sincèrement et franchement et directement au président de la République.
AUDREY CRESPO-MARA
Marlène SCHIAPPA, les résultats tombent ce matin selon l'enquête de la Fondation des femmes, les femmes ont 22 % de réponses positives en moins que les hommes, quand elles sont candidates à des emplois dits masculins. Est-ce qu'il faut revenir à l'idée d'un CV anonyme pour lutter contre cette discrimination ?
MARLENE SCHIAPPA
Personnellement, je ne suis pas favorable au CV anonyme, parce que je crois que quand on recrute quelqu'un, on a besoin de savoir qui est cette personne, donc ce n'est pas quelque chose que je retiens…
AUDREY CRESPO-MARA
Qu'est-ce qu'on peut faire alors ?
MARLENE SCHIAPPA
Néanmoins, ce que j'observe, c'est que c'est quelque chose qui fait partie d'un schéma global, du plafond de verre, parce que quand vous savez, quand vous êtes une femme et vous savez que vous quand vous postulez, vous avez moins de probabilité d'avoir des réponses que quand vous êtes un homme, ça va vous inviter à une forme d'autocensure et d'ailleurs il y a beaucoup de femmes, jeunes diplômées de grandes écoles, qui demandent moins, qui ont des prétentions salariales moindres, par rapport aux jeunes diplômés hommes de ces grandes écoles, parce qu'elles ont intégré cette forme d'autocensure. C'est contre ça qu'on se bat avec la ministre du Travail Muriel PENICAUD et que nous avons présenté déjà un certain nombre de mesures concrètes pour enrayer ce phénomène.
AUDREY CRESPO-MARA
Alors, Marlène SCHIAPPA, est-ce que vous avez prévu de faire quelque chose de particulier demain à 15h35 ?
MARLENE SCHIAPPA
Alors, je crois que vous faites référence au fait que demain à 15h35 les Françaises en moyenne ne seront plus payées.
AUDREY CRESPO-MARA
On travaillera gratuitement.
MARLENE SCHIAPPA
Voilà, exactement, en moyenne, si on prend la moyenne des salaires, eh bien les hommes continuent d'être payés et les femmes s'arrêtent là. Donc effectivement c'est une réalité qu'il faut dénoncer. En France il y a encore 9 à 27 % d'écarts de salaires entre les femmes et les hommes, c'est énorme et donc avec la ministre du Travail nous avons pris les dispositions dans la loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel, des dispositions ont été votées pour faire en sorte d'aller vers la transparence des écarts de salaires, c'est-à-dire que vous va obliger les entreprises à publier ces écarts de salaires entre les femmes et les hommes, pour savoir où il y a des discriminations, où il n'y en a pas, et quand il y en a, on leur donne 3 ans pour se mettre en conformité et faire cesser ces écarts de salaires.
AUDREY CRESPO-MARA
Marlène SCHIAPPA, et vous ? On vous a fait comprendre que vous ne pouviez pas être à la fois au gouvernement et à la tête d'un parti La République En Marche, pourtant c'était exactement la situation de Christophe CASTANER. Donc ce qui est possible pour un homme ne l'est pas pour une femme ?
MARLENE SCHIAPPA
Alors, on ne m'a pas fait comprendre quoi que ce soit.
AUDREY CRESPO-MARA
Un peu quand même.
MARLENE SCHIAPPA
Non non, c'est une décision vraiment personnelle de ma part de ne pas être candidate à la tête de la République En Marche. Mais je crois que ce qui est important pour notre mouvement, c'est vraiment le collectif, et ce qu'il faut comprendre…
AUDREY CRESPO-MARA
Dirigé par une femme ce parti ? Le président de l'Assemblée est un homme, le président du groupe parlementaire La République en Marche est un homme.
MARLENE SCHIAPPA
Bien sûr…
AUDREY CRESPO-MARA
A la tête du parti il faudrait une femme, non ?
MARLENE SCHIAPPA
Vous savez que la République en Marche a déjà été dirigée par une femme, par Catherine BARBAROUX, qui a été la première présidente de ce mouvement, juste après le président de la République, fondateur de ce mouvement, Emmanuel MACRON…
AUDREY CRESPO-MARA
Mais elle n'est plus là.
MARLENE SCHIAPPA
...et ensuite par un triumvirat avec Astrid PANOSYAN, Arnaud LEROY et Bariza KHIARI donc nous avons davantage de femmes.
AUDREY CRESPO-MARA
Donc il faut une femme maintenant ?
MARLENE SCHIAPPA
Il faut la meilleure personne qui pourrait l'incarner, mais au-delà, la question de la féminisation en politique, elle ne se résume pas à ma personne, elle se résume à toutes les autres femmes. Actuellement il n'y a que 16 % des maires en France qui sont des femmes. Moi mon souhait c'est que la République En Marche poursuivre ce travail de féminisation, comme nous l'avons fait à l'Assemblée nationale, y compris dans les municipalités en investissant des femmes.
AUDREY CRESPO-MARA
Marlène SCHIAPPA, couper vos cheveux pour les offrir à des femmes qui ont un cancer, c'était une bonne action, d'ailleurs majoritairement saluée, mais pour certains, en rendant votre geste public sur Facebook, vous avez transformé une bonne action coup de com.
MARLENE SCHIAPPA
Alors, d'abord, je n'ai pas cherché ni à faire une bonne action, ni à faire un coup de com. Ce qui se passe, c'est la réalité, et merci de souligner que ça a été effectivement unanimement salué sur Instagram et Facebook, il y a des aigris et des gens qui critiquent tout, on ne pourra pas les empêcher, ceux qu'on appelle les « haters », sur Internet. Et vous savez que la meilleure manière de ne pas être critiqué, c'est de ne rien faire. Mais sur ce sujet précisément, ce qui se passe c'est qu'il y a des femmes qui souffrent de cancer et qui perdent leurs cheveux avec les traitements, et les perruques actuellement ne sont pas très bien remboursées.
AUDREY CRESPO-MARA
Justement, donc le rôle d'une ministre, est-ce que ce n'est pas de faire en sorte de pousser la Sécu à rembourser totalement ces perruques, ce qui est loin d'être le cas ?
MARLENE SCHIAPPA
Il y a deux choses. Un, c'est la parole publique et c'est ce que j'ai fait en rendant public ce geste, parce que moi j'ai reçu des dizaines et des dizaines de photos de femmes qui ont aussi coupé leurs cheveux pour en faire don à ces associations. Je voudrais saluer Patrick et Sophie qui ont fondé l'association Solidhair ou en Belgique l'association Coupe d'Eclat, où vous pouvez envoyer vos cheveux, même s'ils sont colorés, mais au-delà de ça…
AUDREY CRESPO-MARA
Et faire pousser la Sécu à tout rembourser.
MARLENE SCHIAPPA
Mais, au-delà de ça, vous savez que l'un n'est pas exclusif de l'autre, ce débat et ce message de solidarité que j'adresse à toutes ces femmes qui courageusement se battent contre le cancer, il va avec le fait que le gouvernement ait commandé un rapport à la Haute autorité de santé, pour justement arriver vers une meilleure, un meilleur remboursement des perruques. Je crois qu'il faut comprendre que perdre ses cheveux c'est quelque chose qui est aussi grave pour les femmes qui souffrent de cancer, au-delà bien évidemment de la maladie et des soins, et donc le gouvernement se battra pour faire en sorte que les perruques que soient mieux remboursées et plus accessible à toutes ces femmes qui le souhaitent.
AUDREY CRESPO-MARA
Merci Marlène SCHIAPPA.
PIERRE DE VILNO
Merci Audrey CRESPO-MARA. L'interview politique de la matinale tous les jours à 08h15. Et je vous rappelle : demain 07h40, interview exceptionnelle d'Emmanuel MACRON, invité de Nikos ALIAGAS sur Europe 1.
source : Service d'information du Gouvernement, le 7 novembre 2018