Intervention de M. Alain Juppé, ministre des affaires étrangères, sur la situation politique et économique de l'Amérique latine et sur les grands axes de la politique étrangère de la France vis-à-vis de cette région, Paris le 9 décembre 1993.

Prononcé le

Intervenant(s) : 

Circonstance : Colloque France-Amérique latine, le 9 décembre 1993

Texte intégral

Colloque France-Amérique latine

Intervention du ministre (Paris, le 9 décembre 1993)

Mesdames et Messieurs,

Malgré les affaires du GATT qui nous tiennent ces jours-ci et jusqu'au 15 décembre, j'ai tenu à dégager un petit peu de temps pour participer à ce colloque dont l'initiative a été prise par le Directeur d'Amérique à la suite des réunions que nous avons tenues début septembre.
 
Il nous était apparu en effet, à ce moment-là, devant l'ensemble des ambassadeurs de France réunis à Paris, qu'une réflexion sur la situation en Amérique latine et la politique de la France vis-à-vis des pays qui la constituent était nécessaire. C'est donc la raison pour laquelle nous vous avons demandé aujourd'hui, que vous apparteniez à des entreprises, à des administrations, à des organisations non gouvernementales, à des collectivités locales, à des organismes de recherche, de participer à ce colloque afin de réfléchir d'abord au bilan de notre action passée, d'échanger des idées et des analyses pour mieux coordonner nos efforts afin, qu'ensemble, nous puissions apporter à l'Amérique latine d'aujourd'hui, le message de la France d'aujourd'hui.

Je suis heureux de saluer l'arrivée de Mme Lucette Michaux-Chevry qui connaît bien cette région et à qui j'ai demandé de s'y consacrer tout particulièrement.

J'attends beaucoup de vos observations et de vos propositions d'aujourd'hui et M. Rouquier vient de me dire que depuis ce matin bien des choses intéressantes ont déjà été dites.

Vous nous permettrez de préciser ainsi les orientations à donner à la politique française vis-à-vis de cette région à laquelle, je tiens à le rappeler, la France appartient par ses départements français d'Amérique – la Guadeloupe, dont Mme Michaux-Chevry est Conseiller régional, la Martinique et la Guyane.

Avant que vous ne poursuiviez vos travaux et je serais heureux d'y assister quelques instants après mon intervention – je voudrais faire quelques brèves remarques qui paraîtront sans doute tout à fait superficielles aux spécialistes que vous êtes.

D'abord un constat : peut-être me trompé-je, peut-être cette impression est-elle excessive, mais je sens que subsiste un grand décalage entre l'image que conserve l'Amérique latine dans une large partie de l'opinion publique française, même éclairée, et ce qu'elle est réellement devenue depuis quelques années. Je ne suis pas sûr que nous ayons assez perçu le profond changement qui s'est opéré sur ce continent. Et si notre colloque pouvait contribuer à cette prise de conscience, je crois que pour cela seul, il aurait déjà fait œuvre utile.

En quelques années en effet, les pays de cette région ont connu pour la plupart, une formidable évolution. Bien peu d'entre eux, au milieu des années 80 connaissaient une situation stable et bien peu parmi nous étaient ceux qui pariaient sur ce continent longtemps déchiré par des guerres civiles et le terrorisme, endettés, souvent sous-développés, pris politiquement entre des dictatures et des mouvements révolutionnaires. Il semble que cette Amérique latine-là appartienne désormais, et nous nous en réjouissons tous, à un monde ancien. Certes, des fragilités, des difficultés persistent, quelles soient de nature politique, économique ou sociale ; il ne faut pas les ignorer, mais en quelques années, que de progrès accomplis ! Dans la plupart des pays qui nous intéressent aujourd'hui, les institutions démocratiques sont stabilisées, la croissance a repris, le problème de la dette est géré et ne menace plus comme il le faisait avant l'économie internationale, les pays d'Amérique latine redeviennent des interlocuteurs écoutés dans les affaires internationales. Je voudrais très rapidement revenir sur quelques-uns de ces points.

Progrès de la démocratie en premier lieu. Peu à peu, et dans la paix civile, les régimes militaires dont certains avaient ruiné leur pays se sont effacés en Amérique latine. Pour justifier leur pouvoir autoritaire, ces régimes mettaient en avant la résistance aux mouvements révolutionnaires. Ni les uns ni les autres n'ont survécu à la fin du système soviétique, même si la région abrite encore quelques guérillas isolées et l'un des derniers régimes communistes du monde.

Mais à part ce cas et celui dramatique qui nous touche tout particulièrement nous Français, Haïti, tous les pays du continent ont aujourd'hui des dirigeants issus d'élections pluralistes, souvent supervisées et appuyées par la communauté internationale.

Le Paraguay, la Bolivie, le Venezuela, le Honduras viennent d'élire leurs dirigeants. Ce sera le cas prochainement du Chili, du Brésil, du Salvador, du Mexique et d'autres.

Après des années où de nombreuses erreurs ont été commises, les politiques économiques mises en œuvre dans la plupart des pays ont porté leurs fruits.

La réduction du déficit budgétaire, les réformes fiscales, la déréglementation et les privatisations, l'ouverture internationale ont succédé à l'hyperinflation, au dirigisme et au protectionnisme. La volonté politique n'aurait sans doute pas été suffisante si elle ne s'était accompagnée d'une profonde évolution des mentalités. En tout cas, un certain nombre de résultats semblent acquis au moment où nous parlons ; un taux de croissance moyen de 3 %, fait déjà à lui seul rêver les pays de l'Union européenne, taux qui atteint, qui dépasse même 5 % dans des pays comme l'Argentine, le Chili, le Brésil, et, indice d'une confiance internationale retrouvée, des flux de capitaux très largement positifs.

Parallèlement, la tendance à l'intégration économique se confirme, avec le groupe des trois qui réunit la Colombie, le Venezuela et le Mexique, le MERCOSUR dans le cône sud et désormais, depuis le 17 novembre dernier, l'ALENA, l'accord de libre-échange nord-américain auquel s'intéressent déjà d'autres pays de la région.

Il ne faut évidemment pas tracer un tableau idyllique. Cette évolution générale n'est pas homogène, la modernisation économique a entraîné bien souvent des coûts sociaux très élevés avec leurs cortèges de violence urbaine. Les productions et le trafic de stupéfiants sont souvent un moyen de subsistance pour une partie des populations. En outre, plusieurs pays ont encore besoin d'une aide au développement accrue pour mieux participer au progrès général que j'évoquais et assurer à l'ensemble de la population un niveau de vie décent mais, quoi qu'il en soit, des progrès spectaculaires ont été réalisés.

Rayonnement international enfin. Les pays d'Amérique latine, forts de la double évolution démocratique et économique que je viens de rappeler rapidement, redeviennent, je le vois tous les jours, d'importants partenaires pour la communauté internationale. Ayant renoncé à un tiers-mondisme militant ou à des alignements sans nuance, ils veulent faire entendre leur voix et jouer pleinement leur rôle : nous le voyons à l'ONU, en matière de non-prolifération, nous le voyons aussi ces temps-ci, dans le cadre de la négociation du GATT – c'est précisément ce qui se passe aujourd'hui même à Genève ; il est bien de se mettre d'accord entre Américains et Européens, encore faut-il ensuite multilatérialiser comme l'on dit, c'est-à-dire faire accepter par tous les autres ces accords et l'on voit le poids que, dans ce genre de discussions, pèsent les pays d'Amérique latine.
 
Il y aura bientôt 30 ans, c'était en 1964, le général De GAULLE effectuait sa tournée historique en Amérique latine. Comme sur bien d'autres sujets, il avait été le premier à comprendre l'immense enjeu que représentait pour l'Europe, pour la France, ce continent si proche de nous par sa volonté d'indépendance nationale et par ses références culturelles. Le premier, il avait su lui adresser le message de liberté et de fraternité de la France. Les vicissitudes de l'histoire politique et économique, et d'autres, celles de l'Amérique latine, ont peut-être distendu les liens entre l'Europe et l'Amérique latine, un temps assimilée dans bien des esprits à un tiers-monde lointain et instable que j'évoquais en commençant.

Certains y avaient trouvé, c'est vrai, un terrain pour des affrontements idéologiques stériles, coupés des réalités qui ne servaient ni les intérêts de ces pays ni ceux de la France.

Mais cet ensemble résolu, quelles conséquences devons-nous en tirer, car au-delà du constat que vous avez sans doute déjà tracé plus savamment que je ne l'ai fait, ce qui nous intéresse aujourd'hui, ce sont des conclusions opérationnelles à en tirer et des enseignements pour la conduite de notre diplomatie.

Les transformations récentes de l'Amérique latine appellent à mon sens une mobilisation des énergies françaises pour répondre à un nouvel impératif : créer, recréer avec les pays d'Amérique latine qui le veulent la relation intense et forte qu'ils sont en droit d'attendre de notre pays et, au-delà, de l'Europe. C'est ce que très souvent ils nous demandent d'ailleurs. J'ai pu moi-même en faire l'expérience lors des nombreux contacts que j'ai eu à Bruxelles ou à New York avec plusieurs de mes collègues ministres des Affaires étrangères. Tout ceux qui sont attachés à cette région, comme c'est votre cas, qui s'intéressent à son avenir et veulent y travailler ont leur rôle à jouer : l'État bien entendu, les entreprises, et notamment les PME, les ONG, les collectivités locales, les organismes de recherche, la liste n'est pas exhaustive. Pour cela, les schémas des deux précédentes décennies sont bien évidemment obsolètes. L'Amérique latine a retrouvé la voie du progrès, elle veut désormais appartenir au premier monde, si cette terminologie a encore un sens ; elle observe l'Europe qui se construit aujourd'hui avec intérêt et parfois avec inquiétude. Dieu sait si l'expression ô combien injustifiée de « forteresse Europe » nous a fait du mal dans ces pays-là en particulier.

Il nous appartient de proposer à ces pays un nouveau type de rapports, de renouveler notre pensée, notre discours, d'adapter notre coopération. Nous devons aussi mieux faire connaître ce que nous sommes, et pour cela, mieux diffuser l'image et la voix de la France aujourd'hui une France ambitieuse, moderne, ouverte, celle qui, après la conclusion du cycle de l'Uruguay, reprendra, je l'espère, confiance en elle-même dans la compétition internationale. Les distances sont largement abolies aujourd'hui. À nous d'en profiter pour diffuser notre langue et nos savoir-faire pour assurer le rayonnement de nos idées et de notre culture.

Quelles sont dans ces conditions les grandes lignes que j'entrevois et sur lesquelles vos lumières me seraient fort utiles ? Premièrement, là où cela est encore nécessaire, nous devons aider à conforter l'État de droit et soutenir sans ambiguïté les gouvernements qui luttent contre le terrorisme et le trafic de stupéfiants, afin d'assurer la stabilité politique de leurs institutions. C'est la première ligne de force de notre action diplomatique.

Deuxièmement, partout, nous devons inciter nos entreprises à s'implanter. Je suis heureux de saluer la présence du Président du CNPF international qui a participé au mouvement d'ouverture et de libéralisation en cours. Il y a en Amérique latine des perspectives immenses de développement et de croissance. De nombreuses entreprises françaises ne nous ont pas attendus pour s'en rendre compte, pour être présents, mais ce mouvement doit s'amplifier et concerner l'ensemble de notre tissu industriel, les PME aussi comme les grandes. La coopération scientifique et technique doit jouer à cet égard un rôle d'appui actif en faveur du développement de notre présence économique, et c'est dans cet esprit que travaille le nouveau Directeur général des relations culturelles scientifiques et techniques de mon ministère.

Troisièmement, dans les pays ou les régions qui ont moins bénéficié que d'autres des récents progrès, la France entend continuer à apporter son aide au développement. C'est l'intérêt de l'Amérique latine et c'est l'intérêt de la France. Je voudrais à cet égard rappeler, parce qu'on ne le dit pas quand on le sait, et on ne le sait pas toujours, que les pays de l'Union européenne sont les premiers contributeurs d'aide à l'Amérique latine, très loin devant les autres. Ce n'est pas le seul continent où nous sommes trop modestes. Nous entendons parfois des annonces tonitruantes, venues d'ici ou là, qui occultent totalement l'action en profondeur qui est celle de l'Union Européenne. Qui dit action de l'Union européenne dit action de la France. Car dans 100 ECUS versés par l'Union européenne, il y en a 20 ou 25 qui sont des ECUS français si je puis dire ; en tout cas en provenance de la France. La France donc, à titre bilatéral ou multilatéral, a toute sa part dans cette aide de l'Union, la première je le répète.

La coopération non gouvernementale joue de son côté un rôle exemplaire qu'il faut encourager.

Quatrième orientation : la France souhaite que les pays d'Amérique latine soient des partenaires actifs et écoutés au sein de la communauté internationale. Leur rôle doit s'affirmer, la voix de ces pays doit être entendue, la France est prête à développer avec eux le dialogue et, parallèlement, souhaite que s'approfondissent les liens déjà institués entre l'Union européenne et des groupes régionaux tel que le dialogue de San José avec l'Amérique centrale, ou le dialogue avec le groupe de Rio – j'ai déjà eu l'occasion depuis ma prise de fonctions de participer à plusieurs rencontres, l'une à Copenhague et l'autre à New York, du groupe de Rio et des Ministres de l'Union européenne.

Voilà les quatre grands axes que j'esquisse pour l'instant, en attendant de connaître le résultat de vos travaux conforter l'État de droit, encourager nos entreprises à s'implanter, poursuivre l'aide au développement bilatéral et multilatéral et entretenir un dialogue politique avec nos partenaires d'Amérique latine qui ont un grand rôle à jouer sur la scène internationale.

Le message que nous devons adresser ensemble à l'Amérique latine tient finalement en quelques mots l'Europe, et la France au premier rang bien sûr, veulent établir avec les pays qui la constituent des liens toujours plus étroits, respectueux de leur indépendance et de leur spécificité, fondés sur une culture partagée, des valeurs et des intérêts communs, des objectifs définies ensemble.

C'est ce que je compte dire lors de mon premier voyage dans la région qui est prévu pour le mois de janvier, puisque je me rendrai à ce moment-là au Mexique. J'espère pouvoir dans ce travail, non seulement au Mexique mais par la suite, m'appuyer alors sur les conclusions de votre colloque, dont, je le répète, j'attends beaucoup, et je tiens en tout cas à vous remercier tous, organisateurs et aussi participants dont je connais les charges, de l'aide que vous apporterez ainsi à la diplomatie française et à la France pour l'ambition qu'elle s'est fixée.


Réponses du ministre et du ministre délégué à l'Action humanitaire et aux Droits de l'homme aux questions des participants (Paris, le 9 décembre 1993 – Deuxième partie)

Je vous remercie de votre attention, je serai maintenant heureux de vous écouter, non pas pour vous répondre parce que mon ignorance est évidemment pyramidale, en regard de la somme de compétences réunies autour de cette table, mais si quelqu'un d'entre vous souhaitait s'exprimer, faire part soit de réactions à ce que j'ai dit, soit de perspectives, de remarques nouvelles, je serais très heureux de vous entendre.

Question : M. le ministre, nous ne sommes qu'au début de ce colloque, mais il est parfaitement clair que l'Amérique latine a pris une place nouvelle dans les préoccupations de tous. Je vous avais dit pourquoi. Le changement politique y est pour beaucoup, la révolution économique dans nos entreprises donne le sentiment qu'elles peuvent y intervenir. Sur le plan économique, nous partageons le sentiment qui a été exprimé ce matin, qu'il y a des risques dans l'évolution mais nous pensons qu'elle est radicale. Elle est radicale, parce qu'elle s'attaque à la crise budgétaire qui était la base même de l'hyperinflation et parce que la révolution n'est pas seulement une révolution d'attitude, mais que les structures ne sont pas près de changer. Les privatisations, c'est une forme de révolution, l'instauration d'une vraie fiscalité, c'en est une autre, tout ceci est en train de se passer et il y a pour nous une raison supplémentaire. Je parle des entreprises : c'est que nous avons besoin de nouveaux marchés. Notre croissance passera par ce type de partenariat, aussi bien pour les investissements que pour les échanges. Mais ceci, nous devons en prendre conscience, face aux très grands marchés qui sont en train de se développer, bien sûr l'Est asiatique, mais aussi l'Amérique latine.

La deuxième remarque sera très brève, nous nous félicitons de la manière dont votre ministère aborde le problème. L'une des choses, ici, qu'il soit d'un secteur ou de l'autre, entreprise ou organisation, que les participants ressentent, c'est l'absolue nécessité d'une vision commune et d'une intégration des efforts. Nous y avons nous-mêmes, entreprises, beaucoup poussé. Nous tentons de le faire entre nous avec un certain nombre de gens représentatifs d'autres institutions. Nous l'avons proposé au ministère lorsqu'il s'est agi de coopération industrielle et je crois qu'il faut poursuivre dans ce sens. C'est une évolution qui pourrait être une révolution, si une forme de familiarité réelle s'établissait. Elle implique que nous reconnaissions des priorités, elle implique que vous sachiez les nôtres, elle implique donc un dialogue constant et elle implique un type de réunions comme celle que nous avons mais aussi leur suivi, et sur ce plan-là, je pense que cette trame qui est en train de s'établir sera très utile au développement de l'influence française, je ne pense pas qu'à son influence économique.

Le ministre : Merci M. le Président. Je peux vous rassurer sur un point, c'est que la tenue d'un colloque tous les ans, tous les deux ans, ne serait pas de nature à nous satisfaire. Ce genre de manifestation est extrêmement utile, mais dans 9 cas sur 10, ensuite tout se perd dans les salles. Ce que je souhaite, c'est que nous puissions avoir ensemble une politique de suivi, pour savoir s'il en sort des choses précises et concrètes. Nous n'allons pas tout révolutionner en quelques mois, bien entendu, mais j'ai demandé à mes collaborateurs ici réunis, d'obtenir que ce dialogue se poursuive sous d'autres formes, moins lourdes, mais plus permanentes et plus régulières.

Sur ces aspects économiques qu'a abordés le Président Ortoli, sans doute y a-t-il autour de la table d'autres intervenants ?

Question : Monsieur le ministre, la région qui se développe le plus dans le monde, c'est l'Asie, l'Extrême-Orient en particulier, où la France est malheureusement dramatiquement absente, à part dans les pays de l'ex-Indochine.

L'autre région qui commence à décoller actuellement, qui précisément possède des régimes démocratiques qui permettent une certaine stabilité et durabilité dans le progrès futur, c'est l'Amérique latine. L'ALENA vient d'être ratifié par le Congrès il y a quelques semaines et l'ALENA s'étendra de l'Alaska à la Terre de Feu, comme l'avait dit le Président Bush. Par conséquent, c'est tout un continent qui bouge actuellement et qui se développe. Or nous avons dans ces pays une culture absolument exceptionnelle. Nos lycées, nos alliances françaises, sont des points d'ancrage de la présence française. Et je crois maintenant de plus en plus que la culture mène l'économique.

Par conséquent, les deux maintenant s'appuyant l'un sur l'autre, une possibilité d'avenir extrêmement importante existe pour l'Amérique latine. Et nous nous réjouissons que le gouvernement actuel s'intéresse davantage à l'Amérique latine.

Le ministre : Merci, M. le Sénateur, si j'ai bien compris, il me faudra organiser aussi un colloque sur l'Asie et le Pacifique. Je vais vous rassurer, nous essayons là aussi d'être présents. J'ai accompagné le Président de la République à Séoul, il y a quelques semaines, c'était au mois de septembre, je crois. Nous avons remporté quelques succès économiques. C'est un pays qui curieusement, je n'en avais pas conscience, possède certaines formes d'affinités là aussi, culturelles et linguistiques avec la France. Par ailleurs, comme j'ai déjà eu l'occasion de le déclarer dans certains organes de presse, j'essaie de renouer le fil avec la Chine qui était malencontreusement sinon rompu, du moins distendu. Donc c'est aussi une préoccupation que nous avons.

Question : M. le ministre, dans le prolongement de ce que vient de dire mon collègue, nous nous félicitons de l'intérêt que vous témoignez pour l'Amérique latine. En tant que Président du groupe d'études France-Amérique latine du Sénat, je voudrais simplement dire qu'à partir du moment où l'économie se développe, les entreprises françaises sont maintenant de plus en plus présentes, notamment dans le pôle sud – il me paraîtrait important que l'appui du ministère des Affaires étrangères soit fort dans le domaine des Alliances françaises car quelquefois en investissant peu, on peut récolter beaucoup dans la mesure où nous formons des gens aux technologies françaises, nous formons des gens, des cadres ou des contremaîtres à travailler sur des méthodes françaises, et à partir de ce moment-là, nous pouvons aussi être amenés à acquérir de nouveaux marchés, via l'Amérique du Sud, en Afrique, parce que de nombreuses entreprises argentines ou chiliennes s'intéressent également à l'Afrique et ça passe par la connaissance du français. J'ai l'impression qu'il faut faire un petit effort supplémentaire pour doter nos Alliances dans ces pays de moyens pour pouvoir maintenir la présence française et la développer.

Le ministre : Merci, Monsieur le sénateur. Je crois que c'était en 1974 : j'avais fait pour le compte du quai d'Orsay – j'étais à l'époque un inspecteur des finances à la tournée – un volumineux rapport avec mon camarade M. Michel Bon et notre leitmotiv était de dire que le meilleur investissement que pouvait faire la France pour préparer l'arrivée de ses entreprises c'était de diffuser la langue et la culture françaises. Lorsque l'on a été formé à notre langue et à notre culture, ne serait-ce tout simplement que lorsque l'on feuillette les catalogues d'entreprises, on prend plutôt ceux qui sont en français que ceux qui sont dans d'autres langues. Je partage profondément cette conviction.

Nous avons un problème de moyens que vous connaissez bien, Monsieur le sénateur. Quand je suis arrivé, j'ai trouvé une direction générale des relations culturelles, scientifiques et techniques qui fonctionnait, mais qui était perfectible. J'ai donc demandé à M. Levitte qui est ici présent d'en prendre la direction et ensuite, de me faire un rapport approfondi sur les réformes de structure et surtout sur les réorientations de méthodes et de choix politiques qu'il convient de faire. Je lui avais donné comme date limite le 15 décembre. On me dit qu'il sera prêt le 15 décembre. Donc la semaine prochaine nous serons en mesure d'examiner ces conclusions. Je vous en parle parce que c'est sur cette base-là que je pourrai, je l'espère, avec le soutien du Parlement, pour 1995, repartir sur des bases plus claires et je l'espère plus ambitieuses.

Il y a un certain nombre de régions où nous devons faire plus pour défendre notre langue et notre culture. L'Amérique latine en est une. Il y en a d'autres. Vous avez cité tout à l'heure l'Extrême-Orient et l'ex-Indochine. Si la paix s'instaure au Proche-Orient il y aura en fait, et je le souhaite de tout cœur, deux grands pôles de développement économique, qui seront Israël et le Liban, pour des raisons différentes. Or le Liban nous présente une forte demande – j'y étais il n'y a pas longtemps et nous ne sommes pas capables de répondre à cette demande. N'oublions pas le risque qu'il y a à mélanger les priorités quand on couvre toute la surface du monde. Il y a aussi l'Europe centrale et orientale, la Hongrie, la Pologne où nous avons des possibilités de développement culturel et linguistique considérables.

Nous allons donc essayer, petit à petit, avec des efforts de rationalisation sur le fonctionnement de notre outil, de dégager des marges de manœuvres pour l'intervention. J'espère que nous allons pouvoir convaincre toutes les autorités qui décident en ce domaine. Votre soutien sera le bienvenu.

Question : Monsieur le ministre, je crois qu'un des aspects qui a été souligné par le Président Ostoli était que ce nouvel intérêt pour l'Amérique latine est évidemment dû au premier chef à son redressement économique, même s'il n'a pas aujourd'hui atteint tous ces objectifs et par conséquent, aux nouvelles occasions offertes aux entreprises françaises. Je dois dire que l'on a pu voir, dans un certain nombre de pays, comment ces entreprises étaient capables de réagir très vite et très efficacement, alors que les occasions passaient très vite. Les processus de privatisation en général se déroulent sur quelques mois et ensuite engagent l'avenir des pays pour de longues années. Il n'en reste pas moins qu'une clarification serait peut-être nécessaire et c'est un peu pour le souligner que je prends la parole, non pas dans chacun de ces pays, non pas même dans la direction de telle ou telle entreprise, mais sans doute leurs autorités de tutelle.

Je ne suis pas sûr que nos grandes entreprises publiques soient toujours encouragées avec la vigueur qu'il faudrait à s'intéresser à l'Amérique latine, même quand elles le souhaitent et même quand elles en ont envie. Je crois qu'il y a là peut-être une prise de conscience qui ne s'est pas toujours faite au même niveau, ou avec la même intensité, dans l'ensemble de l'administration. Il y a là sans doute un effort supplémentaire à accomplir pour que nous puissions saisir les occasions qui vont se présenter très rapidement. Je pense maintenant, après l'Argentine, au processus de privatisation qui s'ouvre au Pérou - il y en aura d'autres - et dans les autres pays latino-américains.

Le deuxième point sur lequel je voudrais insister très rapidement, si vous le permettez, c'est la liaison très étroite entre ces perspectives d'investissements, de présence économique et par conséquent de commerce – tout cela est lié d'exportations supplémentaires pour la France, et notre présence culturelle et linguistique. Or ma conviction, je n'insiste pas, je mesure bien tous les efforts qui sont envisagés et ceux qui restent à faire, est que nous étions ces dernières années à l'extrême limite de ce qui était convenable dans l'ensemble de ces pays. Tout recul supplémentaire en crédits ou en personnel amène à passer, si vous me permettez cette expression un peu facile, en dessous de la ligne de flottaison. Et pour citer les quelques pays que je connais, je crains que nous n'en soyons bien près.

Il y a là certainement un effort urgent à faire mais dont je persiste à penser, je reviens à mon premier propos, qu'il s'agit d'un investissement productif. L'image de la France dans l'ensemble de l'Amérique latine, c'est un investissement productif et dont la productivité apparaît très vite, et apparaîtra de plus en plus, je crois, dans les mois et dans les années qui viennent.

Le ministre : Merci, Monsieur l'ambassadeur. J'étais, il n'y a pas très longtemps – 6 ou 7 ans –  ministre du budget. Je sais donc que la notion d'investissement productif, passant par les relations culturelles, scientifiques et techniques est une idée à promouvoir activement. C'est la raison pour laquelle j'ai souhaité que l'on donne à cette réunion un caractère interministériel. Les préoccupations que vous avez exprimées ont été, je pense, entendues autour de la table et c'est le rôle du ministère des Affaires étrangères, bien entendu que de jouer ce rôle de sensibilisation interministérielle.

Question : La question des droits de l'homme reste toujours aussi présente. Et il est clair aujourd'hui, je m'exprime en tant que représentant d'une association de solidarité, que les demandes qui nous sont faites rejoignent les préoccupations dont nous débattons, à savoir des préoccupations économiques, d'échanges économiques, avec le souci d'un véritable échange, d'un partenariat, d'une coopération. Je crois que c'est le souci que vous avez exprimé.

Je crois aussi qu'il y a un autre souci qui est exprimé par nos amis d'Amérique latine, d'Amérique centrale ou du « Cône » sud, parce que la présence de la France y est quelque chose de très significatif, c'est l'indépendance de la politique de la France. Vous avez signalé la nécessité, dans le cadre notamment de l'Union européenne, de coopérations multilatérales. Mais je pense qu'ils sont très soucieux aussi que nous puissions être témoins d'une présence de la France, d'une politique de la France qui soit représentative de la manière dont notre pays est vu.

La question que je souhaiterais donc vous poser est celle-ci : nous avons tous à cœur une situation très difficile, particulièrement difficile, celle d'Haïti. Nous aimerions savoir – nous savons que la France joue un rôle particulier pour permettre l'évolution dans ce pays – quelles sont les initiatives que votre ministère entend poursuivre pour que nous puissions retrouver une situation de l'État de droit tel que beaucoup d'Haïtiens la souhaitent.

Le ministre : Je citais tout à l'heure dans mon propos le général de Gaulle. Ce n'était pas simplement par conformisme, mais précisément parce qu'il avait su donner à la présence de la France cette lisibilité, comme l'on dit dans le français d'aujourd'hui, qu'attendent beaucoup de nos partenaires. Et nous nous efforcerons avec les moyens qui sont les nôtres aujourd'hui de bien montrer que la France a un rôle spécifique à jouer et entend le jouer sur la scène internationale.

Un point d'application – vous avez raison de l'évoquer – c'est Haïti. Pour toutes sortes de raisons, des raisons de principe, bien entendu, puisque les droits de l'homme sont en cause, mais également des raisons plus spécifiques, nos liens historiques, culturels, régionaux, nous sommes particulièrement attentifs à ce qui se passe en Haïti. Malheureusement, les choses évoluent mal. On s'est enlisé depuis quelques mois. La France a participé très activement à ce qu'on appelle le groupe des amis d'Haïti, qui réunit les États-Unis, qui sont évidemment très présents dans la région, le Canada, le Venezuela, et la France, à l'effort entrepris à la fois par l'ONU et par l'Organisation des États américains pour permettre le rétablissement de l'État de droit et de la démocratie dans ce pays. Nous avons été, tout au long des derniers mois, très actifs dans cette direction, nous avons soutenu l'action du médiateur de l'ONU et de l'OEA, M. Dante Caputo. Nous avons également, au Conseil de sécurité, pris toute une série d'initiatives dans le cadre du groupe des amis d'Haïti, nous avons soutenu les accords de l'Ile des Gouverneurs et leur mise en œuvre, nous avons décidé de participer, avec une centaine de policiers et de gendarmes, à la mise en place de la force internationale qui était destinée à former précisément une police haïtienne. Bref, nous n'avons pas cessé d'intervenir autant que nous pouvions.

Et puis nous avons constaté il y a quelques semaines, que tout cela était en train de se détériorer et de se dérégler. Les conditions dans lesquelles est arrivée la force d'interposition ont été désastreuses. Faire demi-tour devant une centaine de « braillards » rassemblés sur le port d'Haïti, c'est évidemment donner un contre-signal formidable à tous ceux qui ne souhaitent pas le retour à la démocratie.

C'est la raison pour laquelle, devant cet enlisement et le découragement qui est en train de saisir à la fois du médiateur international, et en même temps le gouvernement constitutionnel d'Haïti présidé par M. Malval, nous nous sommes dit qu'il fallait faire quelque chose. Et en accord avec le Président de la République et le Premier ministre, j'ai lancé l'idée d'une réunion des amis d'Haïti à Paris. J'en ai saisi il y a une quinzaine de jours les États-Unis, le Canada, et le Venezuela. Nous avons reçu l'accord de ces trois pays et nous tiendrons lundi et mardi prochain à Paris, ici même, dans ce centre de conférences, une réunion à quatre pour précisément « désenliser » la situation.

Notre idée, j'espère qu'elle sera agréée par nos partenaires, c'est de tenter une nouvelle démarche à quatre, avec la solennité que cela représente auprès des militaires haïtiens, pour leur dire voilà l'alternative. Ou bien vous acceptez la mise en œuvre de l'accord de l'Ile des Gouverneurs, c'est-à-dire l'arrivée de la force des Nations unies, le retour de la mission civile et le processus qui doit s'en suivre, c'est-à-dire le retour du président Aristide constitutionnellement élu, le libre fonctionnement de son gouvernement, nous vous le demandons, nous vous pressons de faire cela. Ou bien alors, nous sommes déterminés à renforcer encore l'embargo qui a été mis en place pour vous faire céder.

Ce n'est pas facile, parce qu'on nous explique ici ou là que l'embargo est une catastrophe et que cela sera 1 000 morts par jour. Je n'en crois strictement rien. Je souhaiterais que la réunion à quatre que nous aurons lundi et mardi prochain permette de clarifier les pensées et les arrière-pensées de tout le monde. Car il n'est pas sûr que les mêmes messages aient toujours été envoyés aux militaires d'Haïti. C'est aussi l'un des objectifs de cette réunion, je n'en dirai pas plus, s'agissant d'une négociation internationale compliquée.

Bref, la France ne se contente pas d'être spectatrice dans cette affaire, elle prend des initiatives. La dernière en date, je l'espère, permettra de faire une démarche un peu forte pour faciliter le retour à la démocratie.

Question : Monsieur le ministre, vous soulignez avec raison le besoin de développer la culture française, notamment à travers l'action des lycées, des alliances françaises, et la présence de l'image de la France à travers le câble en Amérique latine. Cette culture française ne serait-elle pas favorisée également par une action visant à accompagner les processus démocratiques dans certains pays, notamment en Amérique centrale – je pense au Nicaragua, au Salvador – en étant présents dans une phase tendant à la restructuration des instances organiques des États concernés par ce processus démocratique, dans leur instauration d'un État de droit, notamment.

Le ministre : C'est exactement ce que nous tentons de faire. Le meilleur exemple, c'est le très récent voyage de Mme Michaux-Chevry au Salvador, peut-être voudriez-vous, Mme le ministre délégué, en dire un mot.

Mme Michaux-Chevry : Nous sommes présents et nous nous préparons même à suivre la prochaine élection présidentielle qui va se dérouler dans une atmosphère quelque peu conflictuelle et exacerbée s'agissant d'un pays de violences. Mais j'ai assisté incidemment à une réunion de travail de préparation des listes électorales, avec des représentants de la France, des fonctionnaires, qui suivent exactement la même procédure que nous avons conduite au Cambodge et je crois que les choses se présentent régulièrement. Les quelques difficultés rencontrées sur le terrain, c'est la remise des cartes électorales aux gens qui habitent très loin. Je crois qu'au niveau de l'ONUSAL on a arrêté une excellente procédure, c'est de bien faire passer l'information. On enregistre plus de 700 000 inscriptions supplémentaires alors que l'on s'attendait à 350 000.

Donc, le processus démocratique est bien mis en place avec l'installation du procureur des droits de l'homme, qui a un bureau officiel : n'importe quel Salvadorien peut venir déposer des doléances, enregistrer ses plaintes. Il va de soi que la justice ne suit pas pleinement parce qu'il faut incontestablement une réforme des institutions judiciaires, mais je crois que le Président a fait beaucoup et il attend les prochaines élections pour faire avancer les choses.

Le ministre : La France et l'Union européenne sont devenues spécialistes en matière de surveillance d'élections. On envoie des observateurs un peu partout, en Russie, en Afrique du Sud demain, en Europe centrale, en Amérique latine, peut-être. C'est une façon de participer au contrôle du processus démocratique, je rappelle de ce point de vue, je change de région mais je pense que vous vous intéressez tous au vaste monde, que cette ONU tellement vilipendée parce qu'elle ne réussit pas partout, a quand même, sur une initiative française et avec une participation française déterminante, je crois, réussi le processus électoral et le processus démocratique au Cambodge. L'APRONUC est, je crois, l'exemple d'une réussite de l'intervention de l'ONU et la France y était très, très présente.

Question : Au nom de quelques ONG qui sont présentes à ce colloque, je voudrais vous remercier de nous avoir conviés à ce dialogue. Deuxièmement, vous avez souligné dans votre propos que l'embellie dont on a parlé ce matin, l'embellie économique, avait des coûts sociaux et que dans de nombreux pays, ce développement économique que l'on souligne aujourd'hui à juste raison s'accompagne d'un renforcement, d'un approfondissement d'un certain nombre d'exclusions. Je crois qu'il faut être vigilants là-dessus. Vous avez vous-même souligné le rôle exemplaire, je cite vos propos, d'un certain nombre d'ONG qui intervenaient dans ce pays. Je crois que cela encourage à être attentifs au développement de ces actions non gouvernementales justement dans ce cadre-là.

Votre ministère a toujours été ouvert au dialogue avec les associations non gouvernementales. On espère que ce dialogue va se poursuivre et va s'approfondir autour de quelques grands programmes. C'est quelque chose que nous aimerions voir émerger concrètement de ce colloque.

Le ministre : Nous y sommes tout à fait prêts et c'est ce que j'ai demandé au Directeur général et aux Directeurs compétents de faire, sous le contrôle et l'impulsion de Mme Michaux-Chevry J'ai signalé moi-même quelles étaient les imperfections ou les injustices. Je suis convaincu, nous en avons eu la démonstration historique, qu'une approche économique erronée, dirigiste et protectionniste, fait le malheur de tout le monde. Mais il est évident qu'une bonne réforme économique ne suffit pas à assurer la justice. On le constate, hélas, aussi partout et je crois que cela doit être aussi une dimension du message de l'action de la France, par le biais des organisations, par le biais de tous ceux qui interviennent sur le terrain, l'État, bien entendu, et tous les partenaires de ce dialogue. Soyez assurés que nous avons en permanence ce souci et que nous ne nous faisons pas faute de le dire à nos interlocuteurs.

Voilà ce que je voulais vous dire très brièvement.

Question : Je voulais simplement attirer l'attention sur les possibilités du modèle français de la concession, de la gestion de services publics, notamment pour les services urbains. La plus grande concession de l'histoire a été attribuée à un groupe français pour Buenos Aires il y a quelques mois. J'ai moi-même, avec douze opérateurs, mis au point un ouvrage de promotion de cette expérience et je compte le faire traduire en espagnol pour aider nos ambassades et nos postes commerciaux à expliquer ce modèle qui est assez subtil, qui est beaucoup plus subtil que ce que développe souvent la Banque mondiale, et je pense que nous avons là un champ de développement considérable pour nos entreprises. J'ajoute qu'il y a lieu en la matière de coordonner des crédits du Quai d'Orsay et des crédits d'aide à l'exportation, parce qu'il faut enchaîner une aide à l'explicitation des conditions institutionnelles nécessaires à ce type de mécanisme et ensuite des aides classiques à l'exportation, garanties d'investissement, etc.

Le ministre : Il y a deux mots qui m'ont frappé dans votre intervention. C'est traduction et coordination, « Traduction » : nous avons parlé de la nécessaire promotion de la langue française, des alliances, des établissements scolaires. Ce n'est absolument pas exclusif, je crois, que c'est une vérité première, d'une politique de traduction qui doit en être le complément, et non l'opposé.

Deuxièmement, « coordination ». Il me plaît d'entendre ce langage. Vous êtes au ministère de l'Équipement et des Transports. Je voulais rappeler simplement ici que l'une des propositions que j'avais faite au Premier ministre et qu'il a acceptée dans le cadre de la réforme du Quai d'Orsay, plus exactement de la politique étrangère, c'était de créer un comité interministériel des moyens de l'action extérieure de la France auprès du Premier ministre, pour avoir précisément cette vue d'ensemble de ce que font les uns et les autres et que nous n'avons pas toujours.

Évidemment comme toujours dans la mécanique administrative, tout ceci a été ressenti comme une insupportable prétention du Quai d'Orsay à vouloir absorber tous les autres. Je n'ai aucune illusion en la matière, je sais très bien quelles sont les citadelles que l'on peut attaquer et celles qu'il vaut mieux regarder respectueusement ! Mais cela n'exclut pas un minimum de coordination auprès du Premier ministre. Ce « CIMAEF », puisque c'est le sigle qui a été retenu, sera institué par le décret constitutif dans les prochains jours et pourra tenir sa première réunion, je l'espère, avant la fin de l'année ou dans les toutes prochaines semaines.

Je voudrais enfin, malgré tout le respect que j'ai pour les constructions intellectuelles, souhaiter que le débat auquel nous avons procédé ne garde pas un caractère trop théorique, mais qu'il débouche, autant que faire se peut, sur des conclusions opérationnelles même si elles sont modeste. Deuxième vœu je souhaite, comme nous l'avons dit tout à l'heure qu'une procédure de suivi, sous la responsabilité de la direction d'Amérique et en coordination avec la Direction générale, puisse être instituée pour que l'on regarde périodiquement ce qui est sorti de ces travaux.