Texte intégral
Sylvie Pierre-Brossolette : Votre nouveau mot d'ordre au PS, c'est "Haro sur Balladur" … Est-ce digne d'un grand parti moderne que de limiter son message à une critique un peu courte de cette nature, ne vaudrait-il pas mieux vous entendre proposer quelque chose, plutôt que de critiquer un chef de gouvernement ?
Dominique Strauss-Kahn : Je pense que ça fait partie du rôle de l'opposition que de critiquer, moi j'entends plutôt mes amis, les gens que je rencontre à Sarcelles, qui est l'endroit dont j'étais l'élu comme vous le rappeliez, je ne le suis plus maintenant, sinon comme conseiller municipal, me dire "l'opposition n'est pas présente, l'opposition est atone, vous ne dites rien". Alors je ne suis pas mécontent que vous releviez avec la finesse qui est la vôtre qu'enfin l'opposition est de retour. Vous avez aussi raison de dire qu'on ne peut pas se limiter à la critique et qu'il faut faire des propositions. Mais au moins constatons qu'en effet ans cette rentrée l'opposition, comme il est normal dans un pays démocratique, joue son rôle, c'est-à-dire qu'elle critique ce que fait le gouvernement, mais il faut aussi qu'elle propose, on va y venir je pense.
Sylvie Pierre-Brossolette : Dans la critique, suffit-il de dire "Balladur ce n'est pas bien, c'est la régression sociale", ou faut-il être un peu plus fin dans la critique ?
Dominique Strauss-Kahn : Je crois qu'il faut être plus fin, et si vous me permettez, je peux essayer de m'y risquer, vous me direz vous-même à l'arrivée si j'y suis parvenu.
Christine Fauvet-Mycia : Lionel Jospin dit qu'il faut d'abord que le PS reconstitue son analyse. Pensez-vous qu'il est en train de le faire, ou bien cette démarche va-t-elle être longue ?
Dominique Strauss-Kahn : Les deux choses existent. Il y a la critique de ce qui se passe, ce qui ne veut pas dire qu'il faille tout critiquer, mais il y a un certain nombre de choses qu'il faut critiquer, nous allons pouvoir y venir ans un instant. Et puis il faut reconstituer, Lionel Jospin de ce point de vue a raison, non pas le corps de doctrine, mais au moins les propositions qui seront les nôtres. Quand on est au gouvernement, on fait marcher la machine, et donc le temps n'est pas vraiment à la réflexion sur l'avenir. Ça doit se faire dans l'opposition, c'est une des vertus de l'alternance démocratique. Nous sommes aujourd'hui dans l'opposition, il faut réfléchir, ça ne se fait pas en 5 minutes, ça ne doit pas se faire non plus en 5 ans. Et donc, j'ai fixé au groupe des experts dont j'ai la présidence, les experts du PS, comme échéance grosso modo le mois de mai prochain, pour lequel il faudra que nous fournissions l'ensemble de nos proportions.
Christine Fauvet-Mycia : Faut-il repartir de zéro, tout réenvisager ? On voit dans les sondages que le PS n'est plus crédible sur un certain nombre de thèmes comme la défense de la liberté, des acquis sociaux ; faut-il repartir de zéro, ou y a-t-il une base qui reste ?
Dominique Strauss-Kahn : Non, il ne faut pas repartir de zéro, mais e PS a pris la grande claque que chacun a constaté aux dernières élections, et ma foi il faut du temps quand on a pris une claque pour s'en remettre. Donc il est normal que les sondages indiquent que nous ne sommes plus crédibles sur rien. On dirait qu'il fait jour à midi, on nous dirait "c'est vrai parce que vous êtes des socialistes", très bien. Ça prend un temps, un certain temps, et puis c'est en train de, je pense, se redresser, vous l'évoquiez tout à l'heure, je ne veux pas gloser longtemps dessus, mais en effet les sondages sont très favorables au premier ministre, ils pourraient bien commencer à l'être un peu moins. Et il y a des raisons à cela, et je voudrais qu'on y vienne une seconde.
Sylvie Pierre-Brossolette : Vos points de critique : est-ce que cette relance voulue par le Premier ministre vous satisfait, ou faudrait-il faire plus, et comment ? Plus de déficit budgétaire en abandonnant la rigueur, comment feriez-vous ?
Dominique Strauss-Kahn : L'instrument principal d'action d'un gouvernement dans le domaine économique, puisque c'est celui-là auquel vous faites allusion, c'est le budget. Et justement ça tombe bien, il vient d'être présenté, donc regardons ce budget. Je ne veux pas revenir sur les critiques qui ont été faites par certains de mes amis et qui sont fondées sur le maquillage des chiffres, etc. c'est classique c'est vrai, mais ce n'est pas très important. Ce qui est important je crois, si il y a maquillage, c'est ce qui se passe sur les intentions. Moi j'ai entendu le Premier ministre, son porte-parole, dire "nous allons baisser les impôts", et les français ont entendu "on va baisser les impôts". Or chacun sait bien, mais il faut que chacun l'entende, qu'en réalité les prélèvements obligatoires augmentent beaucoup, que ce soit la CSG, que ce soient les nouvelles taxes qui viennent d'être annoncées et que personne n'attendait sur l'essence, etc.
Sylvie Pierre-Brossolette : Vous auriez pu faire autrement ?
Dominique Strauss-Kahn : Je crois qu'on pouvait conduire les choses autrement.
Sylvie Pierre-Brossolette : On pouvait baisser les prélèvements obligatoires cette année ?
Dominique Strauss-Kahn : Non, non, non, je crois qu'on pouvait faire autrement. Il ne faut pas de façon démagogique dire qu'on va baisser les impôts quand on a besoin d'argent pour faire fonctionner les services publics. Et ce que je constate c'est que le gouvernement prélève beaucoup, et d'un autre côté qu'il fait semblant de dire on va baisser les impôts. Ce n'est pas très raisonnable. Autre exemple contre lequel s'est élevé même M. Fourcade, qui autant que je le sache soutient le gouvernement. M. Fourcade, parce qu'il est le président du comité des finances locales, c'est un comité qui examine tout ce qui se passe pour les finances des communes, des départements, etc. Et il dit "dans ce budget le gouvernement serre tellement la vis aux communes qu'il va falloir que nous élevions les impôts locaux". Alors, est-ce que c'est bien raisonnable, est-ce que c'est bien honnête, est-ce que ça n'est pas hypocrite dans un pays comme le nôtre de dire : "nous baissons les impôts" au moment même où on serre tellement la vis des communes qu'il va falloir augmenter les impôts locaux.
Sylvie Pierre-Brossolette : Est-ce que vous n'approuvez pas le redéploiement à l'intérieur des prélèvements, c'est-à-dire CSG d'un côté, que tout le monde paie à la proportionnelle pour le financement des déficits sociaux, et une réforme de l'impôt sur le revenu qui allège sur les classes moyennes la pression fiscale ; est-ce que ce n'est pas une bonne direction générale ?
Dominique Strauss-Kahn : La principale conséquence de la double opération CSG-impôt, chacun la connaît. C'est que la CSG, tout le monde la paie, mais que l'allègement d'impôts ne touche que la moitié supérieure des français, puisque vous savez qu'il n'y a que la moitié des français qui paient des impôts. Autrement dit…
Sylvie Pierre-Brossolette : Oui, mais comme on ne diminue pas la dernière tranche, ce sont les classes moyennes, grosso mode, qui sont gagnantes…
Dominique Strauss-Kahn : Les classes moyennes et les classes supérieures, et les seules qui paient plus, net, mais qui ne bénéficient évidemment d'aucun allègement d'impôts puisqu'ils ne payaient pas d'impôts, ce sont les couches inférieures. Le résultat des courses, c'est un prélèvement beaucoup augmenté par la CSG sur les petits revenus, et seulement un petit peu augmenté, vous avez raison, sur les classes moyennes et les classes supérieures. Moi je trouve que ce budget n'est pas très raisonnable. D'abord, je le disais à l'instant, parce qu'il maquille les intentions en matière de prélèvements, on parle beaucoup, on entend sur toutes les radios, sur toutes les télévisions, dans les journaux, on parle beaucoup de cette baisse des impôts, alors que chacun sent bien en regardant sa feuille de paie qu'en réalité c'est une augmentation des prélèvements. Mais aussi parce qu'on fait un rideau de fumée, moi j'ai entendu ce gouvernement dire "la ville est un sujet très important", et moi qui suis l'élu d'une banlieue, je le ressens peut-être plus que d'autres. J'ai entendu le ministre de l'Intérieur, qui n'est pas chiche de rodomontades, dire "l'aménagement du territoire est le grand pari de l'avenir", sauf qu'on ne fait pas d'aménagement du territoire, justement, quand on diminue les crédits des collectivités territoriales, départements ou communes. Et donc, ce qui me déplait dans ce budget, c'est la façon très hypocrite ont il fait semblant de poursuivre ses objectifs, alors qu'il fait exactement le contraire. Et puis il y a le point, Sylvie Pierre-Brossolette, que vous évoquiez sur la relance. Chacun s'en rend bien compte, la crise que nous vivons aujourd'hui est internationale, la France ne peut pas la combattre seule, ça c'est vrai je le sais, je l'accepte, mais c'est une crise de la demande en France. Le gouvernement a d'ailleurs beaucoup hésité là-dessus, vous vous souvenez au mois d'avril dernier, quand il est arrivé, il y a eu un plan dans un sens, et puis un plan dans l'autre, une semaine après on faisait marche arrière, il ne savait pas très bien où il allait, il a prélevé par la CSG beaucoup d'argent, beaucoup d'argent, alors que sans doute il fallait soutenir la consommation. Il s'en rend compte et donc il essaie de revenir un peu en arrière, tout ça est très hésitant, je réponds à votre question "est-ce que c'est suffisant" ? Non, ça n'est pas suffisant, le résultat des courses, c'est un prélèvement qui vient peser sur la consommation, et donc je crains uns situation qui risque de s'aggraver. En ce sens, la politique qui est suivie est très différente de celle que nous suivions. Je dis cela pour faire écho à la phrase que vous énonciez. Je crois que le gouvernement manque d'imagination, comme sans doute nous avons manqué d'imagination, ça c'est la partie qui se ressemble, mais que dans sa gestion quotidienne il ne soutient pas l'activité, alors que nous le faisions, et je pense qu'on va en avoir malheureusement les conséquences.
Christine Fauvet-Mycia : Vous auriez été au pouvoir aujourd'hui, quelles sont les mesures révolutionnaires que vous auriez été en mesure de proposer ?
Dominique Strauss-Kahn : Je crois que si nous étions restés au pouvoir, nous n'aurions peut-être pas eu de mesures révolutionnaires, je vous le disais tout à l'heure, il faut réfléchir un temps, s'arrêter pour réfléchir un temps. Ce temps est en train de s'écouler, et nous réfléchissons, et en effet on s'aperçoit…
Christine Fauvet-Mycia : Mais vous réfléchissiez déjà pendant le…
Dominique Strauss-Kahn : Oui, vous êtes gentille de le dire…
Christine Fauvet-Mycia : … Pendant le gouvernement de Bérégovoy…
Dominique Strauss-Kahn : … Vous êtes gentille de le dire…
Christine Fauvet-Mycia : … Et déjà, vous faisiez des interviews en disant "il faut aller beaucoup plus loin que ce qu'on fait". Donc vous aviez déjà l'idée de ce qui pourrait être fait ?
Dominique Strauss-Kahn : Je ne voulais pas tirer la couverture à moi, mais puisque c'est vous qui le dites, je l'accepte volontiers. En effet ça fait un moment que je dis cela, je crois que nous avons besoin de changements très importants, pourquoi, pourquoi ? Je crois que je le disais déjà sur votre antenne, une fois où vous aviez eu la gentillesse de m'inviter, c'est que les changements technologiques face auxquels nous sommes dans les années 90 sont sans commune mesure avec ce que nous avons connu pendant les années 80 qui déjà, étaient sans commune mesure avec le passé. Et donc il faut des vrais changements dans l'organisation de notre production. Alors on parle de réaménagement du travail, c'est évidemment une piste mais il faut y aller vraiment, ça ne fait plaisir à personne, je ne dis pas que c'est facile, mais il faut vouloir s'y engager. Or on ne voit rien, même dans le plan quinquennal sur l'emploi que le gouvernement nous a annoncé à grands frais, à grands renforts de trompettes, on ne voit rien dans ce sens-là. Réaménager l'emploi, c'est absolument nécessaire, tous les pays vont y venir. Au cours du siècle qui vient de s'écouler, la réduction du temps de travail a accompagné le progrès technique, c'est le revers du progrès technique. Quand il y a progrès technique, on produit avec moins de travail. Si le progrès technique s'accélère, il faut accélérer cette réduction du temps de travail. Je le dis encore une fois, je ne prétends pas du tout avoir une baguette magique et dire que c'est facile, mais il faut au moins vouloir y aller. C'est pareil sur un ensemble de questions commerciales qu'on abordera peut-être tout à l'heure. Autrement dit, organiser l'Europe commerciale, organiser la croissance en Europe et pas simplement à l'échelle de la France, réorganiser le travail, ce sont des données dont à nouveau je dis ça n'est pas facile, et donc je ne critiquerais pas le gouvernement s'il s'y engageait mais qu'il y réussisse partiellement. Ce que je critique c'est qu'il ne s'y engage pas, et qu'il continue cette gestion notariale, un petit peu de politique monétaire, un petit peu de politique budgétaire, on essaie de faire avancer les choses doucement, mais ça ne suffit pas et malheureusement on le verra sur le chômage.
Sylvie Pierre-Brossolette : Avec les moyens dont le gouvernement dispose, feriez-vous différemment, feriez-vous un déficit budgétaire plus important, tenteriez-vous de baisser les taux ?
Dominique Strauss-Kahn : Je crois que la tentative de baisse des taux qui a été engagée a été un peu rapide. C'est mieux d'avoir des taux moins élevés, c'est sûr et tout le monde le souhaite. Mais la façon dont ça a été fait a conduit à la crise monétaire que chacun a constatée au début du mois d'août, et dont, on a beau dire ce qu'on veut, il ne faut pas se raconter d'histoires, le franc a dévalué, le Franc a dévalué, ce qui n'était pas arrivé depuis 86-87, c'est-à-dire à l'époque où le même gouvernement était en place. Pourquoi il a dévalué, mais parce que cette volonté de baisser les taux trop vite, plus vite que la France ne pouvait le supporter, a conduit à ce résultat-là. Vous savez, la gestion de la politique économique n'est pas quelque chose que l'on puisse improviser, où il suffise de faire des grands discours de campagne électorale comme j'en ai entendu en février et en mars, pour obtenir des résultats. Et on voit bien aujourd'hui, avec les différents plans qui sortent, je ne reviens même pas sur l'hésitation des mois d'avril et de mai, avec les différents plans qui sortent que ce qui est proposé est beaucoup trop timide. Et donc mon reproche principal à ce que fait le gouvernement, et je constatais que au sein de l'UDF ou ailleurs parfois ce reproche était formulé aussi, c'est que nous sommes dans une politique timide, alors que nous avons besoin parce que la situation est très difficile et assez grave, nous avons besoin d'une politique audacieuse.
Christine Fauvet-Mycia : Est-ce qu'on peut aller jusqu'à dénoncer une politique de régression sociale ?
Dominique Strauss-Kahn : Je n'aime pas les formules à l'emporte-pièce…
Christine Fauvet-Mycia : C'est Michel Rocard qui a parlé de régression sociale…
Dominique Strauss-Kahn : Chacun son style, il a raison sur le fond, il a raison sur le fond…
Sylvie Pierre-Brossolette : Vraiment, on régresse sur le plan social ?
Dominique Strauss-Kahn : Oui, j'entendais ce matin, et vous l'entendiez comme moi sur les radios, les directeurs ou présidents des différentes mutuelles expliquer que pour préserver les remboursements tels qu'ils existaient jusqu'à maintenant, compte tenu de ce que fait l'État, ou plutôt la Sécurité sociale à la suite de la politique du gouvernement, il faudra augmenter les indices de 10, les indices de 20, les cotisations des mutuelles. Est-ce que ça n'est pas de la régression sociale ? Alors ça ne veut pas dire qu'on est retournés à la situation u 19ème siècle, c'est pour ça que je disais que les formules ne doivent pas être trop emphatiques, mais c'est vrai, ce gouvernement mène une politique qui, non seulement n'améliore pas, c'est peu de le dire, mais même à tendance à réduire la couverture sociale.
Sylvie Pierre-Brossolette : En étant un peu honnête, ce n'est pas un peu à cause de la crise ?
Dominique Strauss-Kahn : Attendez, le problème n'est pas celui-là. Que la crise pose des problèmes, j'en suis bien d'accord, il y a donc des choix à faire, et le gouvernement doit faire des choix. Et faire des choix, c'est savoir si, par exemple, on préfère baisser les impôts sur les couches supérieures des revenus, ou bien baisser les remboursements de la Sécurité sociale en matière de maladie, ça c'est un choix. Qu'on ne puisse pas faire les deux à la fois à cause de la crise, vous avez tout à fait raison. Et donc je ne dis pas que les difficultés économiques globales dans lesquelles nous sommes viennent du gouvernement, ça serait absurde, mais ce que je dis c'est que les réponses qu'il apporte sont des réponses typées sur le plan politique: on baisse les impôts de la moitié supérieure des français, mais par ailleurs on baisse les remboursements de la Sécurité sociale.
Christine Fauvet-Mycia : Cette timidité du gouvernement ne l'empêche pas de temps en temps d'avoir des petits coups de gueule, notamment envers les entreprises publiques, en leur demandant de geler les licenciements. Y voyez-vous aussi un soupçon d'hypocrisie ?
Dominique Strauss-Kahn : Un peu, je suis au regret de devoir le dire, mais un peu. Je comprends mal comment un gouvernement peut prétendre qu'il faut à tout prix privatiser. Moi j'ai toujours dit qu'il y avait des entreprises dont il valait mieux qu'elles restent publiques, et d'autres qui pouvaient être privées. Et celles qui devaient rester publiques touchaient d'une manière ou d'une autre à des problèmes stratégiques, qu'il s'agisse de stratégie militaire, de stratégie technologique, etc… Je ne rentre pas dans ce détail. Je ne comprends pas comment un gouvernement peut dire aujourd'hui qu'il faut à tout prix privatiser, faire une très longue liste d'entreprises à privatiser où quasiment on trouve tout, et dans le même temps dire "heureusement qu'il y a les entreprises publiques parce que je peux leur donner des instructions pour ne pas licencier". Si c'est si bien que l'entreprise soit publique, puisque justement ça permet d'avoir la politique que vous évoquiez en matière de licenciements, alors gardons-les publiques, gardons-les publiques. Ou alors, si on veut à tout prix privatiser, et si on pense qu'il ne doit pas y avoir de différences entre l'entreprise publique et l'entreprise privée, ce qui fait qu'il n'y a pas de justification à l'entreprise publique, alors laissons-les fonctionner toutes seules, mais on retrouve l'hypocrisie que j'évoquais tout à l'heure: à la fois on dit "il faut privatiser, la nationalisation des entreprises c'est archaïque, c'est d'hier", et puis on s'en sert parce qu'on en a besoin.
Sylvie Pierre-Brossolette : Si le pays ne va pas très bien, le PS non plus, Jean-Paul Huchon admettait tout à l'heure que la météo n'était pas très bonne et qu'il pleuvait un peu pour tous. Comment pourrait-il y avoir une éclaircie à brève échéance ?
Dominique Strauss-Kahn : Il y a deux manières de voir les choses. Il y a l'aspect électoral où il est clair que le PS n'est pas au mieux e sa forme, ce n'est pas un scoop, encore que les deux élections partielles qui viennent de se dérouler aient montré des résultats plutôt encourageants. Bien sûr Claude Evin n'a pas été élu, j'aurais souhaité qu'il le fut cela va sans dire, mais il a perdu avec plutôt moins de voix qu'il n'avait perdu au mois de mars, quant à Henri Emmanuelli, il a été brillamment réélu au premier tour alors qu'il avait été élu au deuxième tour en mars. De ce côté-là, on est loin évidemment de retrouver une santé électorale satisfaisante, et de ce point de vue-là il pleut, c'est vrai, mais les choses vont sans doute commencer à s'améliorer. Et puis il y a l'autre manière de voir les choses, et qui a trait au PS, qui avait besoin je crois, de se renouveler, de se ressourcer. C'est ce que nous avons tenté de mettre en œuvre au lendemain des élections législatives, et je me souviens qu'à ce moment-là, lorsque Michel Rocard en a pris la direction, beaucoup étaient très critiques, tout le monde disait "tout ça ne sert à rien", je me rappelle de Louis Mermaz disant "vous héritez d'un moignon". Et puis je constate que nous avons un congrès dans quelques semaines, à la fin du mois d'octobre, que tout le monde y vient, que chacun réfléchit et veut y apporter des éléments, et je crois que de ce point de vue-là, le PS, il faudra encore un peu de temps, je ne prétends pas que tout soit fait, mais le PS est en train de se reconstituer.
Sylvie Pierre-Brossolette : Mais son présidentiable est en train de s'effondrer ; Michel Rocard, apparemment, ça ne lui a fait aucun bien. Ça a peut-être fait du bien au PS qu'il prenne le parti, mais lui, son image de chef de parti semble restreindre ses chances à la prochaine présidentielle. Est-ce un bon pari pour lui que d'avoir pris le PS ?
Dominique Strauss-Kahn : C'est à lui qu'il faut le demander. Je crois qu'il a fait le choix de remonter la gauche avant de s'intéresser à son avenir personnel, ce dont on ne peut quand même pas le critiquer. Et je crois qu'il a compris aussi qu'il ne pouvait avoir de chances à l'élection présidentielle que si le PS se requinquait un peu, donc il fallait passer par là. Être chef de parti vous savez…
Christine Fauvet-Mycia : Ça ne brouille pas son image ?
Dominique Strauss-Kahn : Oui, il la brouille un peu vous avez raison. Être chef de parti n'est pas la meilleure image pour être candidat à l'élection présidentielle. Regardez la cote aujourd'hui, aussi bien de M. Chirac que de M. Giscard d'Estaing. Ce ne sont pas à droite ceux qui sont le mieux placés. Cela montre qu'être chef de parti n'est pas une bonne situation pour être candidat à l'élection présidentielle. Mais l'élection présidentielle, c'est dans deux ans, aujourd'hui il faut remonter le PS, Michel Rocard s'y emploie, et je crois avec succès.
Christine Fauvet-Mycia : Vous pensez que sa manière de gouverner le PS est propre à provoquer une éclaircie ?
Dominique Strauss-Kahn : Oui, regardez les contacts qui se prennent avec l'ensemble de la gauche un peu éparse aujourd'hui. Regardez la façon dont se sont passés les états-généraux au mois de juillet, tout ceci ne se fait pas en un jour mais je crois que la reconstruction, la refondation, se fait, et ma foi on la constatera dans les mois qui viennent.
Christine Fauvet-Mycia : Et pour vous, il est évident que Rocard continuera à être le candidat du PS à la présidentielle ?
Dominique Strauss-Kahn : Aujourd'hui je n'en connais aucun autre qui se soit d'une quelconque manière déclaré, donc je pense qu'en effet Michel Rocard est naturellement aujourd'hui le candidat.
Sylvie Pierre-Brossolette : Vous souhaiteriez qu'il y ait un choix possible, si Delors continue à avoir la cote qu'il a, est-ce que ça serait sain de choisir entre les deux, ou alors, puisqu'on a décidé que ça serait Rocard aujourd'hui, il faut que ce soit lui en 95 ?
Dominique Strauss-Kahn : Non pas du tout, si Jacques Delors manifeste sa volonté d'être dans la course, elle sera prise en compte par tous les socialistes. Autant que je sache aujourd'hui, il ne l'a pas fait, et donc c'est pour ça que je vous dis autant que je sache aujourd'hui ça sera Michel Rocard qui sera le candidat. Mais c'est loin d'être décidé, ça sera décidé dans peut-être 6 mois ou un an d'ici et, par conséquent, c'est un peu prématuré aujourd'hui.
Christine Fauvet-Mycia : Huchon a remarqué qu'il n'y avait aucun problème entre Delors et Rocard, puisque ce sont des hommes qui nourrissent entre eux une amitié qui date de très longtemps. Donc j'imagine que vous tirez la même conclusion puisqu'il y a une vieille amitié aussi entre Balladur et Chirac, donc il n'y aura pas plus de problèmes entre Delors et Rocard qu'entre Balladur et Chirac ?
Dominique Strauss-Kahn : Je ne vois qu'une seule différence dans la comparaison de ces deux situations, c'est qu'Édouard Balladur et Jacques Chirac se croient obligés d'en parler tous les jours. Et si il n'y avait pas de problème, ils n'auraient pas besoin d'en parler. Vous savez, moi j'ai des raisonnements assez simples. Quand je rentre chez moi le soir, et que avant même de me dire bonsoir, mon fils me dit "c'est pas moi qui ai mis la main dans le pot de confiture", je me dis que sans doute il a dû le faire. Et quand j'entends à longueur de journée Jacques Chirac et Édouard Balladur, surtout Jacques Chirac d'ailleurs, dire "il n'y a aucun problème entre nous", je pense qu'il y en a. Avez-vous entendu Michel Rocard et Jacques Delors se livrer constamment à des déclarations publiquement ?
Sylvie Pierre-Brossolette : Alors quand Laurent Fabius dit "il n'y a aucun problème entre Michel Rocard et moi", vous en tirez la même conclusion ? N'avez-vous pas l'impression qu'il a déjà mis une croix sur les chances de Michel Rocard aux présidentielles, et qu'il prépare tranquillement avec ses troupes l'après 95 ?
Christine Fauvet-Mycia : Une main dans le pot de confiture ?
Dominique Strauss-Kahn : Non, je ne crois pas. J'ai souvent entendu Laurent Fabius dire que le candidat, pour lui, en 95 était Michel Rocard. Laurent Fabius a le temps devant lui et sera peut-être un jour candidat à l'élection présidentielle plus tard, mais il n'a jamais manifesté d'une quelconque manière l'envie d'être candidat en 95, et au contraire il a souvent répété que ce serait Rocard.
Sylvie Pierre-Brossolette : Vous pensez qu'il va aider sincèrement Rocard ?
Dominique Strauss-Kahn : Absolument, j'en suis convaincu parce que…
Christine Fauvet-Mycia : Même s'il a mis une croix sur 95 ?
Dominique Strauss-Kahn : Mais voyez-vous, je crois que tous les socialistes aujourd'hui sont conscients que ce qui leur a fait le plus grand mal, ce qui pourrait continuer à leur faire le plus grand mal, c'est de passer leur temps en petites phrases, en critiques les uns vis à vis des autres. Qu'il y ait des différences entre les hommes, qu'il y ait des ambitions, elles sont légitimes. Mais nous savons aujourd'hui que nous voulons mener une politique différente, nous avons besoin d'être tous unis, et ma foi je crois que, ça peut vous paraître naïf, ça peut vous paraître un peu optimiste, mais je crois sincèrement, je crois que les socialistes aujourd'hui ont envie de tirer la charrue dans le même sens.
Christine Fauvet-Mycia : Comment ces socialistes devenus très raisonnables vont-ils s'organiser pour l'échéance des européennes ? Il n'y a pas afflux de candidats, est-ce que vous pensez que la meilleure solution serait que Michel Rocard s'investisse dans cette élection…
Dominique Strauss-Kahn : Vous parlez de la tête de liste ? Parce que sur la liste je pense qu'il y aura un afflux de candidats. Pour la tête de liste, moi j'ai dit mon sentiment. Là aussi, une élection qui se tient au mois de juin 94, on n'en détermine pas la tête de liste aujourd'hui. Et je vois que dans la majorité, aujourd'hui à droite, il y a aussi des hypothèses diverses qui sont avancées. M. Balladur a dit qu'il était candidat avant l'été, et puis un mois après il a dit qu'il ne l'était plus, etc. Très bien, c'est normal, tout le monde cherche avant de prendre exactement sa position. Moi je crois que nous n'avons pas de meilleur candidat que Michel Rocard, mais ça sera à lui d'en décider, et peut-être ne sera-t-il pas opportun qu'il y aille. On verra à ce moment-là. En tout cas, je ne crois pas que ce soit un sujet de conflit. Et si Michel Rocard décide de ne pas conduire la liste européenne, je n'ai pas de doute sur le fait que nous trouverons une bonne tête de liste.
Sylvie Pierre-Brossolette : Plutôt Jospin dont vous êtes très proche ?
Dominique Strauss-Kahn : Je ne crois pas qu'il soit candidat, mais enfin il serait certainement une bonne tête de liste. Il y en a d'autres qui sont envisageables. Posons les questions quand le moment arrive, le moment n'est pas encore venu de désigner la tête de liste.
Sylvie Pierre-Brossolette : Autre problème, sur quel thème de fond allez-vous faire campagne ; faites-vous maintenant partie des euro-sceptiques ou en tout cas un peu plus sceptique qu'avant Maastricht, la donne a complètement changé ; qu'allez-vous proposer aux français, plus ou moins d'Europe ?
Dominique Strauss-Kahn : La donne a changé, pour autant je continue d'être fondamentalement européen. Je suis convaincu que nous n'avons d'issue que dans la construction européenne. Alors en effet, celle-ci a été pas mal bousculée au cours de l'été, il y a eu les affaires monétaires, il y a actuellement les affaires du GATT, et pour autant, pour reprendre votre expression, je crois que c'est par plus d'Europe qu'on en sortira et pas par moins d'Europe. Le repli sur soi, les relents un peu nationalistes qu'on entend parfois, au-delà de ce qu'ils reflètent en matière de culture historique, c'est-à-dire la volonté de se replier sur soi-même, de fustiger l'étranger, etc… et qui me déplait foncièrement, au-delà de cela je crois que ça n'est de toute façon pas une solution. La France comme l'Allemagne comme l'Italie, comme l'ensemble des pays qui composent la communauté, a besoin de cette communauté pour peser face aux autres grands. Et donc il nous faut plus d'Europe. Alors c'est facile à dire et pas facile à construire, c'est très évident, mais c'est quand même dans ce sens-là qu'il faut aller.
Christine Fauvet-Mycia : Sur le dossier du GATT, qu'avez-vous compris après le conseil européen de lundi : que la France avait avancé ou qu'elle se réjouissait trop vite ?
Dominique Strauss-Kahn : Dans ce dossier, ce qui est sur le devant de la scène c'est l'aspect agricole, et c'est vrai qu'il est important. Ce que je regrette pour ma part, c'est qu'on ait tendance à beaucoup oublier les autres aspects qui sont encore plus importants. Tous les aspects industriels, de services, etc.
Christine Fauvet-Mycia : Et de l'exception culturelle ?
Dominique Strauss-Kahn : Et de l'exception culturelle, vous avez tout à fait raison de le dire. L'agriculture, c'est 10 % de la valeur ajoutée, le reste c'est 90 %. Alors ça ne veut pas dire qu'il faille négliger l'agriculture, mais ça ne veut pas dire qu'il ne faut s'occuper que de l'agriculture. On a un blocage entre la communauté et les États-Unis, et la communauté, il faut le dire, fortement poussée par les français, pas seulement les français, mais fortement les français. Quelle a été la stratégie que nous avons employée sous le gouvernement d'Édith Cresson puis de Pierre Bérégovoy ? C'est une stratégie qui visait à ce que, puisque le problème agricole nous gênait, on ne soit jamais confrontés à devoir le trancher. Le gouvernement Balladur a pris une stratégie différente, avec je crois un peu de rodomontades, en disant vous allez voir ce que vous allez voir. On va voir ce qu'on va voir, c'est quoi ? C'est que nous pouvons, en menaçant d'une crise européenne, convaincre nos alliés européens de venir nous aider et d'envoyer à nouveau un missionnaire Sir Brittain aux États-Unis. Mais à l'arrivée des courses, on sait très bien que les États-Unis ne vont pas céder, ou du moins on peut craindre qu'ils ne cèdent pas là-dessus. Si bien qu'il ne faut pas tout miser sur cet aspect-là du dossier, je crois que c'est très déraisonnable. Il faut traiter les autres aspects, avancer sur les autres sujets, les services financiers, les banques, les assurances, les Telecom, l'exception culturelle que vous évoquiez.
Christine Fauvet-Mycia : Mais vous aviez dit il n'y a pas très longtemps que vous craigniez qu'on n'arrive jamais au bout de cette négociation…
Dominique Strauss-Kahn : Oui, vous avez tout à fait raison, je crains deux choses: soit que l'on n'arrive jamais au bout, que par conséquent les vrais problèmes, non pas que l'agriculture ne soit pas un vrai problème, mais les problèmes au moins aussi importants, j'évoquais les Telecom par exemple, ne soient pas traités. Je crains une autre chose : c'est qu'en se fixant des délais impératifs comme le 13 décombre, en disant il faut que ce soit tranché le 15 décembre, las français finissent par accepter une sorte de petite sucette qu'on leur donnerait pour dire "ah finalement on a eu satisfaction, alors on accepte". Alors qu'en réalité sur le fond, on n'aurait pas eu satisfaction. Voyez-vous, chaque année, moi j'ai entendu le G7, la réunion des 7 pays les plus industrialisés, au mois de juin dire "il faut finir avant la fin de l'année". Et puis comme nous français, trouvions que ce n'était pas satisfaisant, on faisait en sorte que ça ne se conclue pas et que ça se reporte. Cette année, on se fixe un tel obstacle au 15 décembre, que si vraiment les français sont confrontés à ça, on leur donnera un "susucre", et puis quand on aura un "susucre", le gouvernement dira comme il a dit en revenant de Bonn, il y a de ça un peu moins d'un mois, "ça y est, nous avons tout obtenu", et puis une semaine après on s'aperçoit que ce n'est pas vrai. Je crains beaucoup que à s'être mis dans cette sorte de tunnel, le gouvernement ne soit amené, soit à faire une crise énorme en matière européenne ce qui serait dommageable, soit pour l'éviter et sauver la face, à accepter une petite, petite satisfaction bien insuffisante au regard de l'ensemble du dossier.
Sylvie Pierre-Brossolette : Autre dossier qui a provoqué une polémique franco-française, les accords de Schengen, dont le ministre de l'Intérieur pensait qu'ils étaient incompatibles avec la constitution. Le conseil d'état donne son feu vert au gouvernement pour faire une révision constitutionnelle, allez-vous l'approuver ?
Dominique Strauss-Kahn : Je ne vais pas refaire toute l'histoire de cette affaire, mais reconnaissons quand même que, on aurait consulté le conseil d'état plus tôt que ça aurait été plutôt mieux. Il reste que la question qui a été posée au conseil d'état, était posée, chacun l'a remarqué, les journalistes l'ont beaucoup souligné, de telle manière que la réponse de celui-ci était quasi-contrainte. Si bien que le conseil d'état a donné la réponse que le gouvernement attendait, et il y avait une sorte d'entonnoir tel qu'il ne pouvait pas en donner une autre. Alors ce qui compte ce n'est pas tellement l'aspect juridique, aujourd'hui, c'est le fond. Et le fond, c'est qu'il y a une sorte d'amalgame que je crois inadmissible entre le problème de l'immigration et le problème du droit d'asile. Or, ce à quoi on va arriver, c'est à remettre en cause le droit d'asile, alors qu'on aurait très bien pu éviter cette remise en cause. Et j'entendais tout à l'heure le journaliste sur votre antenne qui justement disait "la réforme constitutionnelle sur le droit d'asile". C'est-à-dire qu'il est entré maintenant dans l'esprit de chacun qu'il s'agit bel et bien d'une réforme constitutionnelle sur le droit d'asile…
Sylvie Pierre-Brossolette. : Oui, pour les 6 pays européens signataires des accords de Schengen… Est-ce que ça vous choque ?
Dominique Strauss-Kahn : … Alors que nous n'avions absolument pas besoin de remettre en cause le droit d'asile…
Sylvie Pierre-Brossolette : Mais vous l'européen, ça vous choque que le droit d'asile soit traité par un autre pays européen que nous ?
Dominique Strauss-Kahn : Ce qui me chagrine, et plus que me chagrine, c'est que plutôt que de faire en sorte que les autres pays, qui avaient une politique moins noble sur le droit d'asile que la nôtre, viennent à la nôtre, nous acceptions de remettre en cause la constitution pour un problème qui, je le répète, n'avait pas besoin d'être traité comme ça. Aujourd'hui, la plupart des juristes le reconnaissent, je lisais encore quelque chose du doyen Vebel il y a quelques jours, on pouvait s'en sortir avec [mots illisibles] qu'ils puissent traiter quasiment en temps réel, comme on ferait dans n'importe quelle grande entreprise, c'est-à-dire en 2 heures avec l'équipement technique nécessaire les demandes, pour que le problème ne se pose plus, puisque traité quasiment immédiatement. Le problème de la rétention à l'aéroport, de ces fameux camps de rétention etc. ne se poserait plus. Je ne sais pas si c'est exact ou pas, peut-être fallait-il quand même une loi, c'est mon opinion. Mais une loi était bien suffisante, toucher à la constitution pour un problème qui n'était pas directement lié au droit d'asile, mais qui était lié à l'immigration, est je crois une dérive extrêmement grave. Voyez-vous, la constitution n'est pas quelque chose de sacré qu'il ne faille jamais toucher, mais il ne faut pas non plus que, chaque fois que la constitution gêne et que le conseil constitutionnel dit "vous faites quelque chose qui n'est pas conforme à la constitution", la majorité dise "qu'à cela ne tienne, puisque nous sommes majoritaires on va changer la constitution".
Christine Fauvet-Mycia : Faudrait-il dans ce cas accompagner cette révision d'une déclaration solennelle du Premier ministre et du président, insistant sur l'intangibilité du droit d'asile ?
Dominique Strauss-Kahn : J'ai vu que Roland Dumas avait fait cette proposition, moi elle ne me paraît pas malheureuse du tout, mais elle ne suffira peut-être pas à changer les choses : les choses, c'est que nous sommes à la veille d'une révision de la constitution sur le droit d'asile, qui était sans doute quelque chose dont la France pouvait s'enorgueillir, alors que nous n'avions pas besoin de le faire.
Sylvie Pierre-Brossolette : Et vous souhaitez que le PS vote non ?
Dominique Strauss-Kahn : Écoutez, aucune décision n'est prise là-dessus, donc on verra comment les choses vont se passer…
Sylvie Pierre-Brossolette : Et votre souhait ?
Dominique Strauss-Kahn : Moi, je ne suis pas favorable à cette révision.
Christine Fauvet-Mycia : M. Strauss-Kahn, merci d'avoir participé à cette émission, prochain invité sera André Rossinot, ministre de la Fonction publique.