Interview de M. Edouard Balladur, Premier ministre, dans "Jeune Afrique" le 23 décembre 1993, sur la politique de coopération avec l'Afrique et le Maghreb et sur la politique étrangère de la France.

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Média : Jeune Afrique

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Crise économique, démocratisation, islamisme… "Je ne viens pas de découvrir l'Afrique !" Le Premier ministre français avait eu à connaître des affaires du continent sous Pompidou. Il fait un tour d'horizon de ce "domaine partagé" avec Mitterrand.

Jeune Afrique : La politique arabe et africaine de la France sous la Ve République a souvent été considérée comme le domaine réservé de la présidence. Est-ce encore le cas ?

Édouard Balladur : Je ne pense pas que votre postulat soit juste. La politique arabe et africaine de la France, comme l'ensemble de notre politique étrangère, fait l'objet, dans nos institutions, de dispositions très précises, qui imposent une coordination étroite, surtout dans les domaines que vous évoquez, entre les diverses autorités de l'État. Ces dispositions sont évidemment toujours valables. II s'agit, en fait, d'un domaine partagé.

Jeune Afrique : On a pourtant le sentiment que l'Afrique est pour vous un centre d'intérêt relativement neuf…

Édouard Balladur : Je ne viens pas de découvrir l'Afrique ! J'ai déjà eu à connaître des affaires du continent, notamment lorsque j'étais secrétaire général de l'Élysée, sous la présidence de Georges Pompidou. J'ai rencontré alors des hommes remarquables, tels les présidents Senghor, Houphouët-Boigny, Bourguiba. L'Afrique correspond à mon intérêt, parfois à ma préoccupation, mais aussi à la mission normale du Premier ministre : la politique africaine est un élément très important de la politique étrangère de la France.

Jeune Afrique : Comment avez-vous réagi à la mort de Félix Houphouët-Boigny ?

Édouard Balladur : J'ai éprouvé la peine personnelle que cause le départ d'une personnalité hors du commun. J'avais eu l'honneur de rencontrer le président Houphouët-Boigny a de multiples reprises ; son charisme et sa qualité humaine ne pouvait laisser personne indifférent. C'était indiscutablement un des grands dirigeants de ce monde.

Jeune Afrique : On a impression qu'une page est désormais tournée dans les relations franco-africaines…

Édouard Balladur : Je pense que la mort de Félix Houphouët-Boigny est un événement historique ; il a joué dans les quarante dernières années un rôle déterminant dans la décolonisation, dans la grande entreprise de développement de l'Afrique et dans le renforcement de ce lien si particulier qui unit la France au continent noir.

Dans sa vie, dans son action, il a été animé par les valeurs africaines et par un attachement francophone qui serviront de référence à la nouvelle génération africaine. C'est notamment l'attachement à la liberté et une constante volonté de concertation et de paix ; c'est aussi la volonté inébranlable de faire accéder son pays au progrès.

Jeune Afrique : Vos partenaires africains sont parfois déroutés par la multiplication de leurs interlocuteurs à Paris. L'Élysée a une cellule africaine, Jacques Chirac a la sienne, Charles Pasqua aussi. Et vous-même intervenez dans le débat…

Édouard Balladur : Je ne vais pas où se situe la confusion. La politique africaine de la France est faite par les autorités institutionnelles habilitées. À ce titre interviennent la présidence de la République, le Premier ministre, le ministre de la Coopération, celui des Affaires étrangères, éventuellement le ministre de la Défense. Cela étant, il y a des personnalités françaises qui ont des liens étroits et personnels avec l'Afrique. Il est parfaitement légitime qu'elles interviennent. C'est souvent utile.

Jeune Afrique : Pourtant, sur certains dossiers, il semble que la France ne parle pas d'une seule voix.

Édouard Balladur : Sincèrement, je ne l'ai pas constaté. Nous agissons toujours de manière coordonnée. Je ne crois pas que vous puissiez relever des divergences ou des dissonances entre les différents acteurs de la politique française. J'y veille personnellement.

Jeune Afrique : N'y a-t-il pas une sorte de contradiction entre le contenu de votre message aux chefs d'État africains, dans lequel vous les appelez à s'entendre avec le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, et le discours du président François Mitterrand au dernier sommet de la francophonie à Maurice, qui, lui, fustigeait les règles "aveugles, sourdes et impitoyables" de ces mêmes organismes financiers internationaux ?

Édouard Balladur : Ce sont les deux faces de la même réalité et les deux éléments du même discours. Quand j'ai écrit dernièrement aux chefs d'État africains, c'était essentiellement pour leur manifester le soutien de la France. Seulement, faut être très clair : la France ne peut pas seule résoudre tous les problèmes économiques et financiers de tous les pays africains. Il est nécessaire que les organisations internationales s'intéressent à l'Afrique plus qu'elles ne le font, alors qu'il y a aujourd'hui de l'indifférence, voire de l'éloignement de leur part. Dans ce cadre, la France demeure le meilleur et le plus constant des avocats des pays africains auprès de ces organisations. Il faut donc, comme vous le voyez, que les deux choses soient présentes à la fois. Que la France soit disponible, qu'elle puisse aider dans la mesure de ses moyens. Et que la communauté internationale se mobilise davantage. Pour cela, il est nécessaire que les pays africains acceptent de prendre chez eux un certain nombre de mesures. Tel était le sens de mon message.

Jeune Afrique : Avez-vous bien mesuré le risque d'explosions sociales auquel peut mener un surcroît d'austérité ?

Édouard Balladur : C'est là une question grave. Les difficultés économiques du monde depuis une dizaine d'années et leurs répercussions sur les cours des matières premières et les échanges ont réduit considérablement les moyens des pays africains. Je suis tout à fait conscient que l'on ne peut pas demander des efforts intolérables aux populations. Chaque fois que la France a été appelée pour participer au maintien de la stabilité, elle l'a fait. Mais où se situe le bon équilibre ? Faut-il maintenir la situation actuelle ? Tout le monde sait que le statu quo n‘est pas viable. Pratiquer une rigueur aveugle sans tenir compte des préoccupations des citoyens est impossible. Il est donc nécessaire de trouver un équilibre juste, qui doit être défini par chaque pays en fonction de ses conditions propres. II ne s'agit pas, bien sûr, de définir de Paris ou de Washington les politiques économiques nationales. Mais j'ai voulu, par mon message aux chefs d'État, concourir à une prise de conscience : on ne peut plus laisser aller les choses comme cela. Il faut un nouvel équilibre. Tout comme il faut assurer aux pays africains des revenus plus justes pour leurs produits. Là encore, la France ne peut pas agir seule. D'où la nécessité d'un dialogue avec les organisations internationales. C'est à cela que j'ai appelé.

Jeune Afrique : La dévaluation du franc CFA est-elle dès lors inévitable ?

Édouard Balladur : Il m'est difficile de répondre à votre question. Elle relève, en effet, de la souveraineté des pays de la zone franc, lesquels font face à des difficultés économiques et financières et à des pressions internationales que vous connaissez aussi bien que moi. Récemment, ces pays ont pris des mesures courageuses et importantes pour limiter les sorties frauduleuses de capitaux en interdisant notamment l'exportation des billets. Pour le reste, il ne m'appartient pas de me substituer aux pays africains en la matière.

Jeune Afrique : Vous admettez que ces pressions existent et qu'elles s'exercent en faveur d'une dévaluation…

Édouard Balladur : Je ne souhaite pas en dire plus.

Jeune Afrique : Peut-on parler de concurrence entre la France et les États-Unis en Afrique ?

Édouard Balladur : Pas du tout. Il faut d'ailleurs être clair. La France n'entend pas se réserver, par une sorte de droit immémorial, le monopole des relations avec l'Afrique. Nous ne voulons pas enfermer les pays africains dans un dialogue exclusif avec nous. Tout ce que je vous ai dit prouve que nous souhaitons, au contraire, que l'Afrique soit mieux intégrée à l'ensemble de la communauté mondiale. Que d'autres pays s'intéressent à ce continent, y investissent. Si d'autres veulent venir, fort bien. Cela dit, nous restons le premier partenaire de l'Afrique francophone.

Jeune Afrique : Il semble pourtant, à titre d'exemple, que Paris ait mal pris la "concurrence sauvage" à laquelle se serait livrée la compagnie pétrolière américaine Occidental Petroleum vis-à-vis d'Elf au Congo. Et que l'on ne s'est pas privé de le faire savoir au président Lissouba…

Édouard Balladur : Je ne sais pas si nous l'avons "mal pris". Nous avons le droit de défendre nos entreprises, et le Congo est un pays souverain. Nous avons aussi le droit de parler au Congo, tout comme tel ou tel pays africain a le droit de parler à la France.

Jeune Afrique : Et Elf ne fait pas la politique africaine de la France…

Édouard Balladur : Elf a-t-elle jamais fait la politique africaine de la France ? Elf est une grande entreprise qui est l'un des éléments de la force et de la solidité économique de notre pays. Mais chacun doit agir dans son domaine : la politique relève du gouvernement et non des entreprises. Cela est valable pour Elf comme pour les autres.

Jeune Afrique : L'intérêt de la France pour Europe de Est ne risque-t-il pas de s'exercer au détriment de l'Afrique ?

Édouard Balladur : Je connais cette inquiétude. On veut nous placer face à une alternative : l'Est ou le Sud. Mais jusqu'à présent, et je l'espère dans le futur, notre aide à l'Afrique n'a pas diminué. Nous n'avons jamais eu l'intention de favoriser ou de défavoriser telle ou telle zone.

Jeune Afrique : Le budget du ministère de la Coopération est, pourtant, en baisse.

Édouard Balladur : Certes, le budget du ministère de la Coopération est en légère diminution. Mais vous savez comme moi qu'il existe bien d'autres éléments dans les concours de la France à l'Afrique. Et contrairement à tous les grands pays occidentaux, la France maintient son aide à son niveau actuel, qui s'élève à 38 milliards de francs, et qui est l'un des plus élevés des pays membres du G7.

Jeune Afrique : Beaucoup d'Africains ont l'impression que la France, de plus en plus, se ferme à eux. Il devient très difficile d'obtenir des visas, le droit d'asile leur paraît remis en cause…

Édouard Balladur : Mettons d'abord de côté la question du droit d'asile. Ce droit n'est pas remis en cause par la politique de mon gouvernement. Au contraire, avec la récente réforme, il est maintenant inscrit dans la Constitution. Pour le reste, alors que nous vivons une époque de chômage important et de grands mouvements migratoires, la coexistence sur un même territoire, parfois dans une même ville, de populations de traditions et de culture différentes pose de sérieux problèmes qui existent aussi dans de nombreux pays d'Afrique. Dans chaque État il y a en ce domaine un point d'équilibre à atteindre. Où se situe-t-il ?

Il n'y a pas de vérité scientifique. La France a, certes, une tradition d'accueil, mais nous devons prendre garde à ce que notre structure sociale et économique ne soit pas déstabilisée par une immigration trop importante et désordonnée. Tout cela recoupe d'ailleurs notre approche économique : nous voulons que l'Afrique redécolle afin qu'elle crée chez elle des emplois. L'avenir des Africains est en Afrique.

Jeune Afrique : L'Europe ne doit-elle pas faire plus et mieux pour intégrer ces deux pôles de stabilité du Maghreb que sont le Maroc et la Tunisie ?

Édouard Balladur : Certainement. C'est ailleurs la raison pour laquelle la Communauté européenne a entamé avec ces deux pays un processus de rapprochement. Vous savez que, d'ici quelques semaines, des négociations auront lieu entre la Commission de Bruxelles et le gouvernement marocain. Les experts français et marocains travaillent ensemble pour mieux préparer ces négociations. Nous en avons décidé ainsi avec le gouvernement de Rabat lorsque j'ai été invité à rendre visite au roi au mois de juillet dernier. L'idée est de parvenir à la signature d'un "accord euro-maghrébin de partenariat" qui donne un nouvel élan à la coopération entre les deux rives de la Méditerranée. Des pourparlers de même nature s'engageront bientôt, je l'espère, avec la Tunisie.

Je suis convaincu que nous devons intensifier le dialogue avec ces deux pays, qui connaissent une croissance économique remarquable et avec lesquels nous entretenons depuis longtemps des relations étroites. Faire "plus et mieux", c'est créer de nouvelles solidarités concrètes avec des partenaires qui ont fait le choix de se rapprocher de l'Europe. Au moment où celle-ci va s'élargir vers le Nord, je suis personnellement très attaché à ce que l'Union européenne maintienne et développe une relation privilégiée avec les pays du Maghreb. La politique extérieure de l'Europe doit comporter une dimension méditerranéenne affirmée qui corresponde à ses intérêts historiques, économiques et de sécurité.

Jeune Afrique : Pourquoi avoir choisi le Maroc comme lieu de votre première – et jusqu'ici unique - visite au Maghreb ?

Édouard Balladur : Comme je vous l'ai dit : parce que le roi m'a invité. Mais il est également prévu que j'aille en Tunisie. Vous savez, je ne voyage pratiquement pas, sinon pour quelques heures. J'ai fait un aller et retour aux États-Unis, afin d'y rencontrer le président Bill Clinton, en moins de dix heures. Je suis allé à Moscou pour vingt-quatre heures. Je me suis aussi rendu en Espagne pour voir M. Felipe Gonzalez : arrivée à 11 heures, départ à 15 !

Jeune Afrique : Vous aviez déclaré à Rabat que Paris était disposé à accueillir des négociations entre le Maroc et le Polisario à propos du Sahara occidental, pour peu qu'on vous en fasse la demande - ce qu'a fait pour sa part le Polisario. Où en est-on ?

Édouard Balladur : C'est aux deux parties d'exprimer leur souhait en ce sens. La France ne peut en aucun cas se substituer à cette volonté commune.

Jeune Afrique : Comment définir la politique française vis-à-vis de l'épreuve que traverse l'Algérie ?

Édouard Balladur : L'Algérie traverse actuellement une grave crise économique et politique qui risque de porter atteinte à sa stabilité. S'agissant d'une affaire intérieure, il revient aux Algériens eux-mêmes et au gouvernement de ce pays de faire face à cette situation.

La France ne peut cependant être indifférente à ce qui se passe en Algérie tant ses liens historiques, culturels, économiques et sociaux avec ce pays sont étroits et anciens. Comment pourrait-elle se désintéresser de l'avenir de l'un de ses principaux voisins au sud de la Méditerranée ? Il nous revient de tout faire pour favoriser le rétablissement d'un consensus social et surtout de la croissance économique, qui sont les conditions essentielles du retour à la stabilité durable de cette nation amie.

Jeune Afrique : La vague d'interpellations récentes dans les milieux proches du FIS en France ne risque-t-elle pas d'entraîner une extension du confit sur le territoire national ? Craignez-vous des représailles ?

Édouard Balladur : Le libre exercice de toutes les religions, et en particulier de l'islam, est un principe essentiel à mes yeux. La France est respectueuse de toutes les religions et les musulmans qui vivent sur son sol dans le respect des lois bénéficient de la protection de ces mêmes lois. Ils n'ont rien à craindre pour la libre pratique de leur culte.

La France, cependant, ne peut accepter que, sous couvert de pratiques religieuses, se développent des mouvements de caractère politique qui visent à créer des désordres et portent atteinte aux principes fondamentaux de la République. Le gouvernement ne tolérera pas de telles déviations. C'est en application de ces principes qu'une opération de police judiciaire a été autorisée par le juge dans le cadre de la loi antiterroriste du 9 septembre 1986.

Comme l'a indiqué récemment le ministre de l'Intérieur et de l'Aménagement du territoire, cette opération était préparée de longue date, et n'avait donc pas de lien direct avec les évolutions actuelles en Algérie.

Jeune Afrique : La France a paru bien marginalisée dans le processus de paix israélo-palestinien. Est-ce une conséquence du rôle secondaire joué par Paris au Proche-Orient depuis la guerre du Golfe ?

Édouard Balladur : Ce n'est pas ce que me disent Yasser Arafat ou Shimon Pérès ! Chacun connaît l'ancienneté des relations de la France avec le Proche-Orient. Ces relations, nous les avons, bien sûr, avec les Arabes, mais aussi avec les Turcs, les Iraniens et les israéliens. Elles définissent une politique et cette politique existe plus que jamais. Je m'étonne donc que l'on puisse, ici et là, s'interroger sur la "marginalisation" de la France. Celle-ci a longtemps été seule à préconiser un dialogue entre Israël et à l'OLP. Finalement, elle a rallié ses partenaires européens et bien d'autres à cette manière de voir. Croyez-vous que la poignée de main entre MM. Arafat et Rabin aurait pu avoir lieu si le terrain n'avait pas été préparé depuis longtemps dans les opinions publiques et si les tabous n'avaient pas déjà été un peu brisés ?

La meilleure preuve que la France n'est pas tenue à l'écart est que la première visite de M. Pérès, puis celle de M. Arafat, dans un pays occidental après l'adoption de la déclaration de principe d'Oslo a été pour la France. Nous avons d'ailleurs été aussi les premiers informés du contenu de cette déclaration. Enfin, mon gouvernement joue un rôle très actif dans les négociations multilatérales, en particulier dans le domaine du développement économique régional et celui des réfugiés. Nous avons, par exemple, été chargés d'une mission sur le regroupement familial des Palestiniens et avons déjà obtenu des résultats concrets.

Jeune Afrique : Jusqu'où, jusqu'à quand poursuivre l'embargo contre l'Irak ?

Édouard Balladur : La position de la France sur ce sujet est bien connue et n'a pas varié : la mise à l'écart de la société internationale d'un pays aussi considérable que l'Irak est une décision fort grave qui entraîne des conséquences très pénibles pour sa population. Il ne tient qu'aux responsables irakiens de mettre fin à cette situation en respectant la loi internationale.

Jeune Afrique : Vous avez passé vos premières années à Smyrne, en Turquie, donc en terre d'islam. En avez-vous conservé un souvenir particulier ?

Édouard Balladur : Non, rien de très spécial. Mais par la suite, j'ai vécu un an en Algérie, à l'époque département français. C'était en 1953, juste avant la guerre. J'étais très jeune à l'époque, moins de 20 ans, et j'accomplissais mon service militaire. Je me suis bien rendu compte que la situation était très complexe et que les relations entre les communautés étaient très difficiles. Était-il possible d'éviter l'affrontement ? Je l'ignore…

Jeune Afrique : La cohabitation très courtoise entre l'Élysée et Matignon peut-elle servir d'exemple à certains pays africains ?

Édouard Balladur : Cela ne sert même pas de modèle en France ! Doit-on exporter, comme un produit de consommation courante, la cohabitation à la française ? Franchement, je n'en sais rien. En Afrique comme dans le reste du monde, il faut se garder de toute idée de modèle. Même s'il est vrai que la cohabitation est une leçon de tolérance et de respect pour l'autre.

Jeune Afrique : Vous serez probablement le dernier Premier ministre de François Mitterrand…

Édouard Balladur : Ah, allez savoir ! Une seule chose est claire : le président est là pour encore dix-huit mois. En ce qui me concerne, je ne suis que Premier ministre et rien n'est sûr.

Jeune Afrique : Si l'on en croit les sondages, les Français souhaiteraient que vous soyez son successeur. Cela vous inspire-t-il quelque chose ?

Édouard Balladur : Non, rien de particulier.

Jeune Afrique : Il y a quelques années, vous disiez : "Je n'organise pas ma carrière à l'avance." Est-ce toujours le cas ?

Édouard Balladur : Plus que jamais.

Jeune Afrique : Pourtant, la politique de redressement que vous menez s'inscrit dans la durée. Peut-elle être menée sans vous ?

Édouard Balladur : Ce gouvernement a, comme vous le savez, une durée de vie limitée. L'objectif que je poursuis est que, lorsqu'il quittera le pouvoir, les choses aillent mieux et que l'économie du pays ait commence à se relever.

Mais il est clair que l'efficacité de son action s'inscrit dans une perspective à long terme : que ce soit en matière d'emploi, de comptes sociaux ou d'aménagement du territoire, dix-huit mois ne peuvent suffire pour redresser une situation. Des objectifs à cinq ans, qui correspondent à la durée de la législature, sont un horizon plus lisible par les français.