Article de M. Marc Blondel, secrétaire général de Force Ouvrière, dans "Vendredi" du 11 juin 1993, sur l'indépendance syndicale et les relations parti politique-syndicat.

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Refuser la pratique du consensus

Marc Blondel, secrétaire général de la confédération Force Ouvrière nous précise les points essentiels à prendre en compte, selon lui, dans nos réflexions sur le rôle et le fonctionnement du Parti. Sans oublier de rappeler et d'expliquer l'attachement de son syndicat aux principes de la charte d'Amiens.

L'indépendance syndicale n'étant pas une formule de salon pour Force ouvrière, nous nous interdisons, en tant qu'organisation, d'intervenir dans le fonctionnement des partis politiques, ce qui ne signifie cependant pas une obligation de réserve pour les militants à titre individuel.

Cela sous-entend que, par rapport au gouvernement, et quel que soit celui-ci, nous entendons jouer pleinement notre rôle d'organisation syndicale, en toute liberté.

Cette distinction des rôles entre syndicat et parti est, pour FO, une des conditions essentielles de la pratique démocratique et le seul espoir de regrouper un jour syndicalement les travailleurs. Elle réadapte au monde contemporain le concept de la charte d'Amiens.

Cela étant, dire que FO est apolitique serait une erreur. Quand nous revendiquons, négocions et agissons, nous influençons l'évolution de la société. Ce que nous refusons, pour sauvegarder l'union interne, c'est d'être partisan au sens politicien du terme. Un parti, en démocratie, a pour objectif de conquérir le pouvoir, donc d'assumer la gestion de l'intérêt général.

En situation de pouvoir, il ne peut prétendre représenter exclusivement tel ou tel intérêt particulier sans compromettre la démocratie, ne serait-ce par exemple qu'en voulant anesthésier ou phagocyter le syndicat, ou se laisser phagocyter par lui.

C'est notamment l'une des raisons fondamentales pour lesquelles FO s'est toujours opposée fermement à l'idéologie et à la pratique du consensus dont l'une des caractéristiques est la négation des conflits d'intérêt.

Pour FO, le rôle des partis est essentiel en démocratie.

Et si l'on devait synthétiser les points clefs à prendre en compte, il faudrait citer :

1. Un attachement indéfectible aux valeurs républicaines (laïcité, liberté, égalité, fraternité) dans la réflexion et l'action.

2. La définition d'orientations et d'objectifs de manière démocratique, intégrant la prise en compte du temps, et notamment du moyen et long terme, ce qui conduit à désacraliser l'économisme et ses dogmes quasi scientifiques considérés comme des contraintes incontournables.

3. Une redéfinition du rôle de l'État et des pouvoirs publics, conforme aux valeurs républicaines et démocratiques ainsi que l'objectif de progrès social.

4. Respecter le rôle des interlocuteurs sociaux, sans chercher à en faire des partenaires.

5. Ne jamais oublier d'où l'on vient et qui l'on représente pour comprendre où l'on est et savoir où l'on veut aller.

Enfin, qui dit parti dit militants et adhérents.

L'un sans les autres dérives comme un ballon d'hélium dont on aurait coupé la ficelle.

Les autres sans l'un sont livrés à eux-mêmes, en proie à l'arbitraire.

Dans les deux cas, c'est la démocratie qui vacille.

Finalement, savoir retrouver le sens de l'idéal, sans oublier le réel, certes, mais aussi sans s'y enliser.