Article de M. Bernard Bosson, ministre de l'équipement des transports et du tourisme et secrétaire général du CDS, dans "Démocratie moderne" du 23 septembre 1993, sur les règles devant régir les relations commerciales internationales, intitulé "Un GATT au service des hommes".

Prononcé le

Intervenant(s) : 
  • Bernard Bosson - Ministre de l'équipement, des transports et du tourisme

Média : DEMOCRATIE MODERNE

Texte intégral

Un Gatt, au service des hommes (1)

Par Bernard Bosson, ministre de l'Équipement, des Transports et du Tourisme, Secrétaire général du Cds

Au plan des relations commerciales internationales, nous avons toujours, au nom de nos valeurs, combattu aussi bien le protectionnisme que l'ultra-libéralisme :

Le protectionnisme qui, loin de représenter une certaine idée de la France, serait tout au contraire la traduction d'une France heureuse, la croyance que l'on pourrait avoir un grand avenir dans le monde tout en se mettant à l'abri de l'effort et de la compétition derrière une soi-disant infranchissable ligne Maginot. En un mot la peur, le refus de se battre qui, chacun le sait, n'ont jamais conduit qu'au déclin.

L'ultra-libéralisme qui ne saurait conduire au bonheur puisqu'il ne peut mener qu'à une jungle sans pitié où l'homme n'a pas sa place, monde que nous ne voulons pas connaître.

Ce double refus est aujourd'hui celui du gouvernement dans le cadre des négociations du Gatt.

Au-delà de ce double refus, c'est à nous, démocrates-chrétiens, de rappeler que les règles du Gatt ont été imaginées après de nombreux conflits commerciaux ayant débouché sur d'abominables guerres.

Le Gatt, ce ne sont, en effet, pas seulement des règles techniques, le Gatt doit être impérativement la traduction concrète d'un idéal, d'une vision positive de l'avenir du monde. Le Gatt doit être au service des hommes. C'est à nous d'expliquer que loin de toutes règles purement techniques, loin de toute idéologie simpliste, protectionniste ou ultra-libérale, ces règles doivent représenter en permanence un équilibre difficile à établir, toujours à redéfinir, tout entier au service du progrès de l'humanité. Ce ne sont pas les mêmes règles qui peuvent régenter les rapports commerciaux :

Entre l'Europe de l'Ouest et l'Amérique du Nord, alors que nous sommes à égalité de concurrence et que des règles largement libre-échangistes peuvent intervenir, sous réserve que nous fassions admettre par l'Amérique du Nord, nos valeurs d'aménagement du territoire et de service public auxquelles nous sommes très attachés.

Entre ces deux ensembles le Japon, qui par sa culture et sa manière de vivre se protège de nos produits.

Entre ces deux ensembles et le Sud-Est Asiatique, qui créait les conditions d'un inacceptable et permanent dumping social, en utilisant ses profits, non pas pour faire monter le niveau de vie intolérablement bas dont il fait une arme dans la compétition.

Entre ces deux ensembles et le tiers monde, qu'il faut protéger de nos produits à la fois trop chers et créant une sorte d'accoutumance, alors que dans le même temps nous devons ouvrir nos marchés à ses produits pour lui permettre d'obtenir les devises qui lui sont indispensables.

Il est clair que les règles du commerce international doivent être différentes, ensemble de pays par ensemble de pays et produit par produit, qu'elles doivent être perpétuellement rediscutées et réadaptées.

C'est une voie difficile, mais c'est la seule qui peut permettre le progrès social d'humanité et un avenir d'espérance et de paix. Ce combat est un combat de valeurs. Ce combat, c'est le nôtre !

(1) Gatt. (General Agreement on Tariffs and Trade) : accord général sur les tarifs douaniers et de commerce. Traité signé à l'origine par 20 pays (116 actuellement) entré en vigueur le 1er janvier 1948.