Interviews de M. Philippe Vasseur, secrétaire général du PR, à Europe 1 et dans "Le Figaro" le 14 avril 1993, notamment sur la stratégie du PR après les élections législatives.

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Média : Europe 1 - Le Figaro

Texte intégral

J.-P. Elkabbach : Le PR se réorganise, cela représente quoi en élus ?

P. Vasseur : C'est en nombre d'élus le deuxième parti de France, 107 députés, 47 sénateurs, 17 présidents de conseils généraux et 10 présidents de conseils régionaux, sans parler des mairies.

J.-P. Elkabbach : Avec un risque d'hégémonie au sein de l'UDF ?

P. Vasseur : Nous sommes une famille diverse au PR, et on sait gérer la diversité.

J.-P. Elkabbach : Les nouveaux, vous ne les connaissez pas encore tous ?

P. Vasseur : On apprend à les connaître, je suis allé soutenir un certain nombre de candidats pendant la campagne, et j'ai découvert de nouveaux députés dont vous entendrez parler. Des jeunes sont en train de monter et ce sont des gens de grande qualité.

J.-P. Elkabbach : Vous êtes un ancien confrère des Échos, du Figaro, de TF1 et même d'Europe 1 ?

P. Vasseur : Oui.

J.-P. Elkabbach : Vous avez été élu au premier tour d'une circonscription plutôt rurale et on peut dire que la FNSEA vous considérait comme un des favoris pour le ministère de l'Agriculture.

P. Vasseur : C'est exact, ce qui montre bien que tant qu'un gouvernement n'est pas formé rien n'est jamais certain. J'ai été déçu pendant 48 heures.

J.-P. Elkabbach : Il y a des chefs de parti comme A. Juppé qui reste responsable du RPR, trouvez-vous cela normal et sain ?

P. Vasseur : Le RPR fait ce qu'il veut. Je pense qu'A. Juppé même avec sa puissance de travail, qui est grande, n'aura pas le temps d'assumer pleinement ses fonctions.

J.-P. Elkabbach : Les chevaliers du PR ont-ils un champion ?

P. Vasseur : Le PR se met en ordre de bataille pour l'élection présidentielle, mais à la différence d'A. Juppé nous avons le choix. Un champion qui serait le nôtre, ou bien soutenir un candidat unique de la majorité.

J.-P. Elkabbach : Et G. Longuet ?

P. Vasseur : G. Longuet reste président du PR, tout le monde l'a souhaité. L'équipe dirigeante l'a souhaité, je l'ai souhaité. L'expression politique du PR revient désormais au secrétaire général.

J.-P. Elkabbach : Qu'elle est votre liberté de manœuvre entre le soutien vigilant à la C. Millon, et le soutien au garde-à-vous ?

P. Vasseur : Le garde-à-vous, surtout pas ! Nous serons un parti indiscipliné mais loyal. Il y a aura des innovations, des propositions, des amendements. Nous avons confiance dans ce gouvernement. Nous soutenons, nous sommes sur le même bateau. Garde-à-vous, non ! Mais nous voterons en notre âme et conscience. Le gouvernement sera suffisamment ouvert pour admettre un certain nombre de propositions de notre part.

J.-P. Elkabbach : Le Premier ministre a lui aussi les moyens de vous faire plier ?

P. Vasseur : Bien entendu, nous savons qu'il existe un article 49.3 dans la Constitution et les procédures de vote bloqués. Mais ce ne serait pas de bon augure pour le gouvernement. Il faut que le Parlement retrouve sa vitalité, son rôle.

J.-P. Elkabbach : Le gouvernement E. Balladur vit encore sur un beau nuage, quel est le principal danger pour lui et pour vous ?

P. Vasseur : Il a l'état de grâce et nous souhaitons que cela dure le plus longtemps possible. Le principal danger est qu'E. Balladur ne soit pas au rendez-vous qu'il a lui-même fixé. Le danger viendrait d'une mauvaise conjoncture économique et sociale, particulièrement à l'étranger, ou de dérapages sociaux qui pourraient se produire dans le pays.

J.-P. Elkabbach : Y-a-t-il un début de réanimation de la vie parlementaire avec l'initiative de P. Séguin qui va commencer cet après-midi ?

P. Vasseur : Oui, on verra le Parlement new-look, ce qui est une très bonne chose.

J.-P. Elkabbach : Les ministres ne connaissent pas une heure avant les questions qui sont posées par les députés ?

P. Vasseur : Il y a deux choses, les députés vont devoir s'exprimer en posant des questions et sans lire un papier, et la seconde c'est que les ministres ne connaitront pas les questions et que donc ils devront potasser leurs dossiers. Il faut que le Parlement retrouve dans ce pays un meilleur fonctionnement, c'est vital pour la démocratie.

J.-P. Elkabbach : Fait-il remettre en cause les délocalisations ?

P. Vasseur : Pas de mon point de vue. Je sais que des gens ici dans la région parisienne ont parlé de déportations, je suis très choqué en tant que provincial d'entendre parler ainsi. C'était une bonne politique de la part du gouvernement socialiste et il faudrait la poursuivre.

J.-P. Elkabbach : C'est une manière d'aménager le territoire aussi ?

P. Vasseur : Oui. On assiste aujourd'hui à un déchirement du tissu social dans ce pays. On n'a jamais fait attention à ce qu'il se passait sur le territoire.

J.-P. Elkabbach : Dans le Nord, il y a des banlieues qui s'agitent avec l'insécurité, que faire ?

P. Vasseur : On fait ce qu'on peut, ce n'est pas grand-chose. Il faudra un jour ou l'autre avoir le courage d'aller très loin, casser ces ghettos. Il faudrait raser un certain nombre de ces cités et reloger les gens ailleurs, construire de nouvelles villes.

J.-P. Elkabbach : Comme on a fait aux Minguettes ?

P. Vasseur : Par exemple. Il y a des germes de révolution urbaine, qui existent en France aujourd'hui. Si nous n'y prenons pas garde, nous aurons de graves déconvenues.

J.-P. Elkabbach : Si on vous donne les moyens, vous raseriez ces cités ?

P. Vasseur : Oui. Il y a un urbanisme coupable. Il faudrait reconstruire des villes plus accueillantes, qui permettent aux jeunes de vivre d'une façon coupable.

J.-P. Elkabbach : Un urbanisme coupable qui date de Pompidou ?

P. Vasseur : Chaque urbanisme a répondu à une époque et des besoins, je ne cherche pas des responsabilités politiques.

J.-P. Elkabbach : B. Pons est réservé sur la question de la suppression des allocations familiales aux familles de délinquants, qu'un député UDF avait lancé.

P. Vasseur : Je suis plus réservé. C'est ce qui fait la diversité de notre part. Il y a des mesures de rétorsions qu'il faut prendre. Prenons garde, avec ce type de décisions, à ne pas pénaliser des familles entières et à précipiter dans la délinquance des gens qui n'y sont pas encore. Si vous supprimez des allocations, car il y a une brebis galeuse dans la famille, vous risquez de mettre toute la famille en difficulté. Il faut admettre que l'lorsqu'on se retrouve dans la situation de P. Cardo, il est normal que l'on cherche tout type de solutions.

J.-P. Elkabbach : Il y aura des idées comme cela sui vont fuser ?

P. Vasseur : C'est ce qui fera notre charme, on va alimenter le débat de façon permanente.

 

14 avril 1993
Le Figaro

Vasseur : "Nous ne sommes pas sur un rail"

"Si la majorité était monolithique, elle serait vraisemblablement amenée à s'effondrer" nous déclare le nouveau secrétaire général du PR.

Le Figaro : Les appareils partisans sont discrédités dans l'opinion, aucune échéance électorale n'est en vue, le risque plane pour les partis de la majorité de n'être que des "godillots"… Votre rôle de secrétaire général n'est-il pas particulièrement difficile ?

Philippe Vasseur : Ce rôle est sans doute difficile à tenir, mais j'ai toujours appris que, quand on voulait faire fructifier un patrimoine, il fallait acheter les actions à la baisse C'est vrai, il n'y a pas immédiatement d'élections en vue, les personnalités du PR sont au gouvernement et s'attacheront à le faire réussir, les partis sont un peu discrédités. Mais je crois que c'est un beau défi à relever. D'autant qu'il y a des choses à faire. Il y a tout un vivier de gens formidables à animer : 105 députés PR, ce n'est pas rien. Il y a un rôle à définir : ce sera de soutenir le gouvernement, bien entendu, mais d'une façon innovante et exigeante.

Le Figaro : Innovation et exigence, en l'occurrence, qu'est-ce que cela signifie ?

P. Vasseur : Pour les législatives, nous avons fait campagne sur un programme. C'est à nous de faire en sorte qu'il soit appliqué. À nous aussi de l'enrichir, d'apporter une valeur ajoutée à l'action gouvernementale. Notre rôle de courroie de transmission est de faire remonter tout ce que nous ressentons, toutes nos aspirations, vers le gouvernement, inversement, nous rendrons au gouvernement le service d'expliquer sa politique sur le terrain. Nous avons aussi des élections qui se profilent à l'horizon, et les mois qui viennent ne seront pas de trop pour les préparer. En 1994, nous aurons les élections cantonales, qui sont importantes, compte tenu des lois de décentralisation et du poids des départements. Nous aurons aussi les européennes, dans un cadre géographique probablement changé : il va falloir que nous en tenions compte, nous qui sommes porteurs de fortes valeurs régionales. Puis il y aura les élections municipales, en 1995. Je n'oublie bien sûr pas le rôle que nous entendons jouer, de façon décisive, au moment de l'élection présidentielle. Il est important d'avoir un parti bien structuré, solide et animé, au moment de cette grande échéance. Grâce à Gérard Longuet, nous avons depuis deux ans considérablement renforcé notre influence. Au sein de l'UDF, nous avons pratiquement doublé notre nombre de députés. Dans les deux ans qui viennent, il s'agira de fortifier encore notre parti, qui correspond à quelque chose de différent dans la vie politique française.

Diversité

Le Figaro : Mais allez-vous vraiment faire entendre votre différence dans la majorité ?

P. Vasseur : Oui. Si la majorité était monolithique, elle serait vraisemblablement amenée à s'effondrer. Ce qui fait la force de la nouvelle majorité, c'est sa diversité. Il n'y a pas un tempérament français, mais une variété de tempéraments. Nous tenons au nôtre, ce qui ne met naturellement pas en cause notre appartenance à la majorité.

Le Figaro : Votre liberté d'action sera-t-elle réelle pour les prochains rendez-vous, notamment pour la présidentielle ?

P. Vasseur : Tous les cas de figure sont envisageables, sachant que notre objectif est de travailler, au maximum, dans l'Union. Aujourd'hui, il est très difficile de dire ce qui se passera au moment de l'élection présidentielle. Nous avons un devoir de loyauté à l'égard de nos partenaires, j'espère que ceux-ci ont un devoir de loyauté à notre égard ! Nous verrons bien. Nous serons, en tout cas, en position de faire gagner quelqu'un. Aucun candidat de la majorité ne pourra être élu président de la République sans nous.

Le Figaro : Alain Juppé a rappelé que le RPR travaillerait à la victoire de Jacques Chirac. Vous, quel est votre candidat ?

P. Vasseur : Nous avons un éventail de possibilités. Nous avons d'abord la possibilité d'avoir à l'élection présidentielle un candidat issu du Parti républicain. Nous avons aussi la possibilité d'avoir un candidat qui n'est pas nécessairement issu du Parti républicain. Nous avons enfin la possibilité de militer pour une candidature unique de la majorité, qui ne soit pas forcément issue de l'UDF. Nous, nous ne sommes pas sur un rail. Nous n'avons pas le déterminisme politique qu'Alain Juppé a logiquement exprimé. Toutes les options sont ouvertes. Ce qui est sûr, c'est que nous pèserons de façon déterminante pour la victoire d'un des nôtres.