Texte intégral
P. Marchelli : Nous sommes dans un système complétement absurde. Un système où on prend un a salarié, on le transforme en chômeur, on le casse en petits morceaux et ensuite, on lui fait faire un parcours de chômeur et puis on le reconstruit pour essayer de le réinsérer sur le marché du travail. Il faut être tombé sur la tête pour travailler ainsi ! Il y a vraiment quelque chose qui ne va pas dans notre pays. Si on imaginait un instant de garder ce salarié dans l'entreprise, même s'il faut financer l'entreprise pour ça, de façon à ne pas le casser, on arriverait sans doute à le réinsérer plus vite. Qu'est-ce que c'est que cette ânerie enfin !
S. Paoli : L'Europe de l'emploi va-t-elle se jouer au couteau ?
P. Marchelli : Elle se joue déjà au couteau. La France est en train de perdre la bataille. Nous nous sommes battus sur le Franc fort mais on a oublié de se battre pour l'emploi. On s'aperçoit qu'il y a des entreprises qui délocalisent à l'autre bout du monde et il y a des entreprises qui délocalisent à l'intérieur de l'Europe. On est en train de s'apercevoir qu'on nous a raconté des histoires. Nous n'avons pas fait la vraie Europe : on a fait l'Europe des patrons, des marchands mais on n'a pas fait l'Europe des hommes. On n'a pas fait l'Europe sociale puisque la règle commune n'est pas appliquée. Le jour où les salariés en auront marre et iront voir ensemble P. Bérégovoy en lui disant que ça suffit, ce jour-là, peut-être que ça ira mieux.
S. Paoli : Que faut-il faire alors ?
P. Marchelli : Les syndicats écossais en sont à chercher l'emploi de manière désespérée. C'est l'emploi que l'on a mis à l'écran. Et bientôt, on va vous demander de payer pour pouvoir travailler. On ne peut pas continuer comme ça ! Il faut prendre en considération le paramètre humain et d'abord le droit au travail. Hier, j'ai regardé P. Bérégovoy et F. Léotard en train de discuter aimablement pour préparer une cohabitation sans heurts et ils ont encore une fois discuté sur le dos des chômeurs et des salariés. C'est honteux !
S. Paoli : Mais on voit bien que c'est chacun pour soi en Europe.
P. Marchelli : Il y a deux solutions. La première consiste à ce que nous pleurions ensemble sur la crise mondiale et attendre. Il y a une autre solution qui consiste à dire qu'on se prend par la main et la crise, on va la briser. Nous avons des capacités. Ça fait un an et demi que je me bats pour faire repartir l'économie française. P. Bérégovoy hier soir a dit "oui, je reconnais, j'ai fait une erreur, il aurait fallu faire redémarrer le bâtiment et les travaux publics", mais ce monsieur devrait aller cultiver des fraises, c'est scandaleux !
S. Paoli : Qu'est-ce que vous avez l'intention de faire à la CGC ?
P. Marchelli : D'abord, je voudrais dire à P. Bérégovoy qu'il se réveille encore une fois trop tard. Il intervient après coup et nous en sommes au point où argent de l'Europe, notre argent, sert à fermer des usines en France pour trouver du travail aux Écossais. Beau travail, félicitations ! Tous les Français vont un jour descendre dans la rue. Pour les années qui viennent, il faut exiger une nouvelle déontologie pour les chefs d'entreprise, ils doivent être responsables. Quand un chef d'entreprise se rend responsable de la condamnation d'hommes et de femmes au chômage, il doit être condamné lui-même.