Texte intégral
Mon séjour parmi vous se termine. Demain, malheureusement, je dois m'en aller. Je dis malheureusement, parce que cela a été une grande joie pour moi d'être de nouveau au Salvador et parce que j'ai trouvé ici une population très chaleureuse.
Et que suis-je donc venue faire au Salvador ? Eh bien, vous le savez, je suis ministre des Droits de l'homme en France. Je m'occupe de tout ce qui a trait aux violations des Droits de l'homme dans tous les pays du monde et je vois, dans les différents pays, ce que la France peut faire pour que la démocratie puisse être respectée dans ces pays.
Si vous le voulez bien, et pour qu'il vous soit plus facile de me comprendre je vais me présenter.
Je suis avocate et j'ai exercé cette profession pendant plus de 30 ans. Je me suis énormément investie dans diverses associations consacrées aux enfants et j'ai été chargée également d'examiner les problèmes d'Haïti. Cela signifie que, m'étant beaucoup consacrée à des associations d'assistance diverses et multiples, j'ai une expérience professionnelle très étendue dans tout ce qui touche à l'action humanitaire et aux Droits de l'homme.
Au cours de mon séjour au Salvador, j'ai rendu visite à trois associations: une qui s'occupe des handicapés, une autre qui s'occupe de la fabrication de prothèses et une troisième qui s'occupe de la réinsertion des enfants abandonnés. Je ne vais pas vous dire voilà, j'ai donné telle somme d'argent à telle ou telle association; je n'aime pas dire les choses de cette façon. En revanche, je tiens à vous faire savoir que mon ministère a apporté un soutien financier à chacun de ces associations, effectivement; mais je ne dirais pas je vais lancer une opération, pour ensuite m'en aller sans assurer aucun suivi.
Je veux pouvoir suivre ce qui est lancé. À mon sens, toute opération a besoin d'un suivi ; il est effectivement important de continuer à aider les enfants handicapés, les victimes de la guerre et de la violence.
Il est important de penser que les enfants qui reçoivent aujourd'hui une prothèse en auront besoin d'un autre demain. Cela, il faut donc le prévoir et aider ces enfants pour qu'ils ne se retrouvent pas demain à la rue.
J'ai donc donné une aide à ces trois associations aux fabricants de prothèses, à une jeune coopérative qui se charge de la réinsertion des victimes de la guerre et de la violence, et je continuerai cette action à l'avenir.
J'ai reçu récemment à Paris le procureur chargé de la défense des Droits de l'homme au Salvador qui s'était rendu dans notre pays pour s'inspirer un peu de ce que nous faisons en matière de Droits de l'homme.
Le travail que réalise le procureur des Droits de l'homme est un travail important, parce que très approfondi. Il y a effectivement au Salvador une agence des Droits de l'homme où peuvent aller frapper tous les Salvadoriens qui le désirent, c'est à dire où ils peuvent déposer des dénonciations, recevoir une aide judiciaire ; s'ils ont besoin de quelque chose, ils y vont, ils s'expliquent et on les aide.
Vous allez me dire que le système n'est pas encore parfait. Je le sais, je suis avocate et je sais que ce genre de chose ne peut, loin s'en faut, être parfait dès le départ.
Mais c'est un début, c'est déjà un lieu où l'on écoute les citoyens et où ils peuvent déposer une plainte ou une dénonciation. Cela signifie qu'il existe un dialogue entre le citoyen et les institutions, et cela va permettre que demain, règne la justice.
Pour faciliter la tâche du procureur des Droits de l'homme, la France apporte une contribution financière. Je n'en dirai pas le montant, comme je l'ai expliqué précédemment, mais cette contribution va permettre au procureur de mieux travaille encore.
J'ai pu constater que des efforts très nombreux sont réalisés. Il faut reconnaître que le Président Cristiani, au Salvador, a été l'artisan de la paix.
Si l'on examine les forces armées, on constate que de très nombreux changements ont déjà été introduits pour remplacer dans votre pays un encadrement militaire par un encadrement de policiers chargés du maintien de l'ordre.
Il n'est pas normal en effet que ce soit l'armée qui se charge de rétablir l'ordre lorsque cet ordre est perturbé ; normalement, ce devrait être la police comme dans tous les pays du monde. Or, c'est ce qui est en train d'être fait dans votre pays, une aide étant toutefois encore nécessaire pour la formation des policiers.
Après ces quelques mots sur les institutions, je vais parler un instant de la préparation des élections.
Nous avons vu que les élections se préparent sous le contrôle d'organismes internationaux tels que l'ONUSAL. La France et la Communauté économique européenne apportent une aide financière et en ressources humaines.
J'ai eu l'occasion, ce matin 3 décembre, de participer à une réunion de travail consacrée à l'organisation et à la préparation des listes électorales. C'est-à-dire en ce qui concerne le recensement.
Je sais que la préparation des élections ne va pas être facile, mais je comprends qu'elles sont préparées de la même façon que dans n'importe quel pays démocratique. Le recensement existe, les gens peuvent se faire inscrire sur les listes électorales, et tous les citoyens vont pouvoir participer au vote lors de la prochaine élection.
Le représentant de l'ONUSAL m'a dit que l'information sera suffisante pour permettre aux citoyens d'aller voter en toute connaissance de cause. Pour qu'ils puissent, en d'autres termes, exprimer leur opinion.
Nous avons pu constater que vous êtes sur la voie de l'égalité des chances. Cela nous est apparu dans la répartition des terres. La répartition n'est certes pas chose facile dans votre pays du fait de l'absence de cadastre ; il faut rechercher les propriétaires des terres et c'est parfois très difficile.
Néanmoins, en ce qui concerne la répartition des terres, trois mille anciens combattants ont déjà pu en bénéficier ; naturellement, tous veulent que les choses aillent beaucoup plus vite, que la procédure soit accélérée, mais elle est en bonne voie et je tenais à le souligner.
Je voudrais vous dire que la situation du logement a commencé à s'améliorer ; nous nous sommes permis de donner certains Conseils au ministre du Plan, en indiquant que le Salvador pouvait avoir recours aux divers organes de la CEE qui seraient certainement en mesure de l'aider sur le plan du logement.
Dans le secteur de l'agriculture, il faut faire tout ce qui est possible pour que les gens qui vivent à la campagne puissent y rester. Par conséquent, il faut ouvrir des crédits à ces gens-là. Nous avons dit à ce sujet au gouvernement salvadorien que nous pourrions l'aider à recourir à un fonds de la CEE qui peut offrir une aide en matière de crédits agricoles.
En ce qui concerne l'éducation, qui représente la deuxième chance car il est très important pour un enfant d'avoir la possibilité d'aller à l'école et de recevoir une éducation, j'ai pu observer qu'elle est gratuite jusqu'à la neuvième année; c'est important puisque dans d'autres pays cela n'existe pas. En outre, les repas sont gratuits. Des efforts considérables sont donc déployés dans le secteur de l'éducation. En outre, j'ai constaté qu'il existe une volonté de mettre en pratique un certain civisme, je vois cela dans le fait que Mme le ministre de l'Éducation a réussi, sous les auspices de l'UNESCO, à faire du Salvador le premier pays où soit enseignée la culture de la paix.
Je crois que c'est là quelque chose de fondamental, parce que vous allez devenir un exemple. Un exemple qui m'intéresse énormément, parce que je suis convaincue qu'il est nécessaire pour le monde entier que les enfants, dès leur plus jeune âge, apprennent à vivre en paix et en apprécient toute la valeur.
Je dirai pour terminer que la France va souscrire avec le Salvador, très prochainement, plusieurs accords culturels, et je souhaite rappeler à cet égard qu'un groupe folklorique de ma région est venu ici et a remporté, assurément, un vif succès. Il me semble que ma région est à quelques kilomètres d'ici seulement et que nous pourrions envisager de signer des accords en matière de formation, de sports, en matière culturelle.
En conclusion, puisse le Salvador vivre en paix.
En matière de Droits de l'homme des progrès considérables ont été faits. D'ailleurs, des représentants de la presse sont ici présents et nous nous exprimons en toute liberté. Mais il reste encore beaucoup à faire.
En ce qui concerne les deux ou trois incidents qui se sont produits ici, je tiens à préciser que l'ONUSAL mène actuellement une enquête très approfondie.
En outre, le gouvernement, en accord avec le FMLN, est en train de créer une commission chargée d'enquêter sur les circonstances de ces incidents préoccupants.
Mais bien sûr, n'oublions pas que vous venez de traverser une très longue période de violence. La démocratie demande du temps, énormément de temps pour atteindre la quasi-perfection, ne l'oublions pas.
Je ne pense pas que ces incidents auront des conséquences quant à l'expression démocratique de la population aux prochaines élections. Ce serait réellement catastrophique si ces élections n'étaient pas proches, très proches, je dirais même si elles ne devaient pas être le reflet de la volonté populaire du peuple salvadorien.
Lorsque la France apporte une aide financière, elle le fait toujours pour un projet déterminé, elle ne fait pas ça en l'air, sans trop savoir ce que deviendra cette aide. C'est toujours pour un projet concret. Eh bien cette fois-ci, il s'agit de la fabrication de prothèses pour les handicapés. Nous estimons qu'il est nécessaire d'aider les ateliers de fabrication pendant quelque temps afin d'offrir une réponse à la tragédie vécue par ces enfants handicapés.
Allocution prononcée par le ministre délègue à l'Action humanitaire et aux Droits de l'homme pour la remise du "prix des Droits de l'homme" (San Salvador, le 3 décembre 1993)
Durant de longues années, le Salvador a été le théâtre d'un conflit meurtrier, déchirant la population, détruisant son économie.
Alors que la famille salvadorienne est profondément unie, la haine et la violence ont balayé tous les sentiments fraternels qui unissaient les salvadoriens entre eux.
Chapultepec, à Mexico, fût le haut lieu de la signature des accords de paix.
Le Président Cristiani a été l'homme du dialogue, le Président de la réconciliation du peuple salvadorien.
Au moment où son mandat de Président va arriver à son terme, en vertu de votre Constitution, je veux lui rendre cet hommage d'avoir engagé le processus de paix dans son pays.
Que de résultats positifs se sont depuis dégagés :
- l'insertion des anciens combattants est en cours bien que ce dossier connaisse encore des difficultés,
- la redistribution des terres est amorcée,
- l'éducation est facilitée, notamment par la gratuité des repas scolaires, mais surtout, le Salvador aujourd'hui lance la culture de la paix sous l'égide de l'UNESCO.
L'essentiel, le respect de l'individu constitue actuellement le sens profond de l'action du gouvernement.
M. le Procureur des Droits de l'homme a ouvert la voie de la démocratisation en matière judiciaire, notamment par des audiences accordées aux citoyens, par l'enregistrement des doléances et la formulation de recommandations.
La défense des droits de citoyens, mais surtout l'égalité du citoyen devant la justice est indispensable.
Il reste beaucoup à faire, il restera toujours beaucoup à faire tant l'action des hommes politiques est de bâtir des édifices de bonheur pour les citoyens de demain.
La France se réjouit que le processus démocratique, la procédure de l'expression du peuple s'exercent dans de bonnes conditions.
La France a en outre enregistré avec satisfaction les projets culturels en cours et apportera son soutien de coopération comme elle le fait déjà au travers des instances de l'Union européenne.
Je voudrais rappeler que depuis 1987, la commission nationale française décerne chaque année un prix destiné à distinguer des actions portant sur la promotion des Droits de l'homme.
Je tiens à saluer la mémoire des deux dirigeants de la commission des Droits de l'homme du Salvador Mme Marianella Garcia Villas et M. Herbert Anaya Sanabria pour leur travail remarquable effectué dans ce domaine.
Le prix que je décerne aujourd'hui est celui du jury français composé des ONG de mon pays attentives aux Droits de l'homme.
Ce prix est, pour moi, le symbole de votre réconciliation, le symbole d'une ère nouvelle de progrès, la foi des salvadoriens dans les institutions démocratiques et l'espoir que vous allez ensemble bâtir et mettre en œuvre, le développement économique et le bonheur de votre peuple.
10 décembre 1993
Monsieur le Président,
Mesdames, Messieurs les Ambassadeurs,
Chers amis,
Permettez-moi de vous faire part de la joie que j'éprouve en cette journée internationale des Droits de l'homme, qui marque le 45e anniversaire de la déclaration universelle des Droits de l'homme adoptée à Paris tout près d'ici, au Palais de Chaillot la joie de me trouver parmi vous pour me soumettre à l'agréable devoir et je dirais à l'honneur, de remettre au nom du Premier ministre, le prix des Droits de l'homme.
Ce prix, remis chaque année par la Commission nationale consultative des Droits de l'homme depuis 1987, a pour objet "l'attribution de bourses destinées à distinguer des actions de terrain, des études et des projets portant sur la protection et la promotion effective des Droits de l'homme dans l'esprit de la déclaration des Droits de l'homme".
L'opération de sélection des candidatures puis du choix des lauréats exige un énorme travail de la part des membres de la Commission nationale. Je sais la rigueur et le sérieux avec lesquels ils accomplissent cette tâche et je tiens à les saluer.
Cette année, les grands thèmes retenus pour ce prix étaient l'éducation et la formation aux Droits de l'homme, l'aide à la réhabilitation des victimes de tortures et traitements inhumains et dégradants et la lutte contre l'impunité des auteurs de violations graves des Droits de l'homme. Il s'agit dans tous ces cas de thèmes de la plus haute importance et de la plus brûlante actualité. Aussi on ne s'étonnera pas que le nombre des candidats ait été particulièrement élevé, 68, émanant de 38 pays.
Je note que cette diffusion toujours croissante de ce prix illustre bien à quel point, dans le monde entier, notre pays est associé au concept de Droits de l'homme. "France, patrie des Droits de l'homme" : Cette noble devise est, à la fois, un légitime objet de fierté et l'emblème d'une exigence toujours d'actualité. Cette exigence, et cette fierté, tous les Français qui se déplacent à l'étranger les ressentent avec une vive acuité.
La semaine dernière, j'ai procédé au Salvador à la remise par anticipation d'un des prix des Droits de l'homme à la Commission non gouvernementale des Droits de l'homme du Salvador. J'étais venu dans ce pays, à l'invitation de son gouvernement pour apporter le salut et l'appui de la France.
Le Salvador est engagé dans une phase délicate mais exaltante de son histoire. J'ai pu percevoir d'une manière tangible les attentes et l'espérance formidable de ce peuple, qui sort d'une longue guerre civile et qui doit réapprendre la culture des Droits de l'homme. Mais quelle énorme responsabilité nous incombe pour y répondre ! N'oublions pas, en effet que le retour à l'état de droit, au respect des Droits de l'homme, à la démocratie, est toujours difficile, semé d'embûches et n'a rien d'irréversible.