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Jean-Louis Debré : pas de "recette miracle"
Le secrétaire général adjoint du RPR croit davantage, pour réduire le chômage, entre autres, à l'efficacité de mesures comme le développement des emplois de proximité.
Le Figaro : Êtes-vous pour ou contre le partage du travail ?
Jean-Louis Debré : Ce qui m'intéresse, c'est la création d'emplois.
Le Figaro : Pensez-vous que la semaine de trente-deux heures pourrait créer des emplois ?
Jean-Louis Debré : Je demeure sceptique sur les effets sur l'emploi, dans des périodes de crise et de compétition économique, d'une réduction du temps de travail. Est-ce en travaillant moins, alors que nos concurrents travaillent plus, que l'on fera face à nos difficultés ? L'exemple du Japon et celui des États-Unis ne nous incitent pas à réduire le temps de travail. Une entreprise ne peut réduire la durée du travail et embaucher que si cela n'entame pas sa compétitivité. Or la France, au palmarès de la compétitivité des entreprises, se trouve au douzième rang mondial. Bref, une réduction du temps de travail risque de nous placer à un rang encore moins flatteur, et cela n'améliorera pas la situation de l'emploi.
Le Figaro : Plusieurs responsables politiques trouvent pourtant des avantages à la réduction du temps de travail…
Jean-Louis Debré : Si l'idée du partage du temps de travail séduit aujourd'hui certains bons esprits, c'est peut-être parce qu'ils n'arrivent plus à imaginer que nos sociétés modernes soient capables de créer des emplois. Je ne partage pas leur pessimisme. L'allocation parentale, le développement des emplois dits de convivialité, mais surtout la diminution des charges des entreprises ou du coût de la main-d'œuvre, la recherche d'une meilleure flexibilité du temps de travail ou, au niveau européen, la restauration de la préférence communautaire me semble être des mesures qui auront plus d'impact sur l'emploi que le passage à trente-deux heures.
Le Figaro : Ces trente-deux heures seraient, selon vous, une nouvelle lubie ?
Jean-Louis Debré : Si l'on veut vraiment créer des emplois, il faut, en tout cas, éviter de rêver et de faire rêver avec des recettes déjà utilisées et qui n'ont pas eu les effets escomptés. Cette idée de la réduction du temps de travail, présentée comme une recette miracle, ne doit surtout pas se faire au détriment du développement de l'apprentissage ou de la formation professionnelle. Il s'agit de faire de l'apprentissage une filière de formation attractive que l'on choisit par vocation et non par dépit. C'est en ayant des jeunes mieux formés que nous les aiderons à avoir un métier. La France manque actuellement trop souvent d'ouvriers qualifiés et de cadres bien formés. Alors que la France forme environ deux cent mille apprentis par an, l'Allemagne en forme un million six cent mille. Nous avons encore du chemin à parcourir.
Le Figaro : Le débat sur le partage du travail est un débat franco-français. Les partis politiques ne se livreraient-ils pas déjà à une guerre de position dans la perspective de l'élection présidentielle ?
Jean-Louis Debré : J'espère que non. Si tel était le cas, ce serait indécent. Le chômage, le développement de l'exclusion, sèment de tels traumatismes que l'on ne peut pas aborder ces questions de façon électorale. Après l'échec des politiques initiées par les socialistes et face à cette montée du chômage, et notamment du chômage de longue durée, il nous revient la mission d'imaginer des mesures qui permettront aux jeunes d'espérer en l'avenir et aux exclus de croire en la solidarité.
C'est pour cela que, malgré mon scepticisme sur les effets sur l'emploi d'une diminution du temps de travail, la méthode du gouvernement d'expérimenter cette idée n'est pas dénuée de bon sens. Au niveau du RPR, nous ne cessons, dans nos groupes de réflexion, de chercher de nouvelles voies pour sortir de la crise et mettre un frein au développement du chômage. C'est notre responsabilité majeure.