Interview de M. François Fillon, ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, dans "Les Échos" du 6 décembre 1993, sur les programmes de recherche européens.

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Média : Les Echos

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Les Échos : Quelles sont les priorités de la France au sein du programme-cadre ?

François Fillon : Notre première priorité est de garantir, grâce au quatrième PCRD, un effort soutenu pour la recherche européenne pour la période 1994-1998. Il est essentiel d'éviter toute rupture ; c'est pourquoi nous menons des négociations pour conclure avant les élections européennes. À l'intérieur de ce cadre, la France privilégie les actions de recherche à proprement parler, avec un accent particulier sur la recherche technologique à retombée industrielle : technologie de l'information et des communications, technologie industrielle et des matériaux, recherche nucléaire.

Les Échos : Le dogme d'une recherche communautaire uniquement précompétitive et générique est-il encore adapté aux enjeux de la compétitivité industrielle ?

François Fillon : C'est vrai que le principe d'une approche horizontale – ce que la commission appelle technologies génériques – et pré concurrentielle a été choisi pour la recherche communautaire. La raison en est simple : certains États redoutent que des interventions sectorielles ne nuisent au sacro-saint principe du respect de la concurrence. Le programme-cadre ne répond sans doute pas, à lui seul, aux enjeux de la compétition industrielle mais d'autres instruments, notamment Eurêka, sont là pour le compléter.

Les Échos : Bruxelles n'a pas tenu ses promesses sur l'aide à l'automobile (volet interne de l'accord CEE – Japon) et à l'aéronautique (compensation de l'accord CEE – États-Unis. Comment l'aider, avec son budget actuel, à tenir ses engagements ?

François Fillon : C'est exact. Nous craignons que l'industrie européenne ne prenne du retard dans ces secteurs stratégiques. C'est pourquoi j'ai obtenu, avec l'accord des Allemands et des Britanniques, que l'aéronautique ainsi que l'automobile puissent bénéficier d'un traitement privilégié en matière de recherche industrielle.

Les Échos : Comment concilier la volonté des États de contrôler l'utilisation des fonds européens avec la nécessité d'alléger les procédures administratives très lourdes qui entourent l'obtention des aides européennes par les industriels ?

François Fillon : Vous mettez le doigt sur une difficulté réelle à laquelle nous réfléchissons en concertation avec les milieux industriels français. Retards et lourdeurs ne sont pas le fait du contrôle des États mais de la technocratie bruxelloise. Il faut simplifier et clarifier tout cela : nous allons nous y employer. Je note que le commissaire Ruberti partage ces préoccupations.

Les Échos : À structure constante le budget évoluera peu par rapport au précédent PCRD. Faut-il mettre plus d'argent dans la recherche européenne ?

François Fillon : Votre question semble impliquer que l'effort de recherche communautaire serait remis en cause. Je ne suis pas d'accord avec cette présentation. D'abord le nouveau programme sera plus cohérent que le précédent : il regroupera toutes les activités scientifiques de l'Union. Mais surtout, dans une période difficile, l'effort sera maintenu et même accru dans les domaines les plus importants pour la préparation de l'avenir.

Les Échos : L'Union européenne doit-elle participer plus qu'elle ne le fait aux programmes Eurêka ?

François Fillon : Absolument, et nous venons de progresser en ce sens La France a proposé à ses partenaires un texte prévoyant une participation accrue de l'Union à Eurêka et les industriels impliqués dans Eurêka seront incités, par une meilleure articulation des deux procédures à mieux tirer bénéfice du programme-cadre.