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Le Quotidien : N'êtes-vous pas en contradiction avec Bernard Tapie quand vous déclarez qu'il n'y a pas de complot politique délibéré » contre lui ?
Jean-François Hory : Pas du tout. D'ailleurs, il dit la même chose que moi. Quand je dis qu'il n'y a pas complot, je veux dire qu'il n'y a pas eu de volonté délibérée ni de préméditation. Cela dit, il y a, à gauche comme à droite, beaucoup de gens qui ont intérêt à salir Bernard Tapie. Mais il y a une grosse différence en droit pénal entre un assassin et un meurtrier.
Le Quotidien : L'affaire ne prend-t-elle pas résolument une tournure politique ?
Jean-François Hory : Cela devient nécessairement politique : Bernard Tapie est député, ancien ministre... De plus, il a quelques projets pour la municipales et les européennes. Et pour clore le tout, le MRG, lors de sa convention nationale a initié le début d'un rassemblement à gauche. Ces projets ne conviennent pas à tout le monde. Donc si certains pensent qu'à la faveur d'une sombre affaire de football, qui correspond d'ailleurs, si j'ai bien compris, à des choses assez fréquentes dans ce milieu, et qu'ils peuvent mettre en cause Bernard Tapie, ils ne vont pas hésiter...
Le Quotidien : Ne craignez-vous pas que tout cela nuise au bout du compte au Mouvement des radicaux de gauche ?
Jean-François Hory : En réalité, je suis persuadé de l'inverse. D'abord parce qu'il n'est accusé de rien. Ensuite, parce qu'il suffit d'écouter ce que les gens disent. Ils parlent de déploiement de moyens policiers et judiciaires excessifs. Ils pensent qu'on est à la limite de la loi avec toutes les fuites, les gardes à vue systématiques... Je pense qu'ils ont au contraire une sympathie renforcée pour Bernard Tapie. Et ils vont s'apercevoir bientôt que cette affaire sert de rideau de fumée. Depuis deux mois on a augmenté tous les tarifs publics, on a 400 000 chômeurs de plus, c'est la régression sociale, le monde agricole est en perpétuelle ébullition...
Le Quotidien : Voilà qui expliquerait selon vous pourquoi la droite s'intéresserait à l'affaire. Mais à gauche, pourquoi « comploter » ?
Jean-François Hory : Le fait que le MRG ait remporté un beau succès d'étape avec sa convention et puisse nourrir quelques espérances pour les européennes en gêne certainement plus d'un. Et comme nos prévisions sont organisées autour de Bernard Tapie...
Le Quotidien : Ciblez-vous autant vos critiques que le patron de l'OM, qui parle de « l'entourage de Michel Rocard »?
Jean-François Hory : Je cible en effet à ce point-là. Certains socialistes sont venus nous voir et sont prêts à agir avec nous sur des bases partenariales. Dans l'entourage de Michel Rocard, c'est clair, on se réjouit des difficultés actuelles de Bernard Tapie.
Le Quotidien : Pourquoi ?
Jean-François Hory : Je pense que depuis que les européennes sont soumises au suffrage universel, c'est toujours le premier secrétaire du PS qui conduit la liste socialiste. Il est donc très difficile pour Michel Rocard d'exclure de conduire la liste. Or, en cas de score significatif du MRG, dans l'optique des présidentielles, il n'aimerait pas se retrouver avec un score de 14 ou 15 %. Et personne n'empêcherait qu'un candidat non socialiste, à gauche, soit présent au premier tour. Et là, la gauche pourrait n'être que spectatrice au second tour...
Le Quotidien : C'est du chantage...
Jean-François Hory : Pas du tout, Michel Rocard m'a dit, il y a quelques temps, qu'il voulait me voir. Je préférerais une rencontre très officielle entre deux délégations. Il était d'accord. À tel point que quatre jours avant, son entourage a rendu cette réunion publique. Mais la veille, ça ne leur convenait plus. Je n'ai pas de chantage à faire. Mon problème n'est pas d'arbitrer les conflits internes du PS, c'est de protéger les intérêts des radicaux.
Le Quotidien : Bernard Tapie se remettra-t-il, à votre avis, de cette affaire ?
Jean-François Hory : Quand on fait de la politique et qu'on a des espérances raisonnables, on ne peut pas s'attendre à ce que ceux qui ont des espérances concurrentes applaudissent les vôtres. Mais j'ai une très grande confiance dans la vitalité de Bernard Tapie.