Interview de M. Claude Goasguen, ancien secrétaire général et porte-parole de Force Démocrate, dans "Le Figaro" du 29 mai 1998, sur son entrée à Démocratie libérale, sa position sur le centre, notamment les alliances de "La Droite" avec le Front national et les affaires à la mairie de Paris.

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Le Figaro : Vous qui prêchiez l’union et la clarté, ne craignez-vous pas d’ajouter par ce geste à la dislocation de l’opposition et à la confusion des esprits ?

Claude Goasguen : J’aurais couru ce risque s’il n’y avait désormais l’Alliance pour la France, dans laquelle va se fondre Démocratie libérale. L’Alliance va permettre de reconstruire, à condition qu’elle ne soit pas une fin en soi, mais le début d’un processus tendant à la création d’un parti moderne de la droite. C’est dans ces moments-là – quand le paysage change – qu’il faut oser prendre des positions lourdes. Nous avons besoin de clarté. Nous vivons depuis plus de trente ans sur le même schéma politique, qui opposa en 1965 Jean Lecanuet au général de Gaulle. La création de l’UDF reposait sur l’idée force de la construction européenne. Désormais cette construction est irréversible. Je ne vois donc pas comment on peut maintenir un clivage dépassé, encore moins comment on peut le renforcer en créant un nouveau centre. Ou alors, je voudrais que l’on m’en explique les fondements – ce que François Bayrou n’a pas su faire.

Le Figaro : Le sentiment d’appartenance à des familles politiques différentes – centriste, libérale, gaulliste – n’est-il pas encore très fort chez les militants ?

Claude Goasguen : C’est vrai. Et aussi dans les états-majors. Mais justement. Si ceux-ci ne savent pas se renouveler, si l’on prend les mêmes pour recommencer, la déception de l’électorat de droite sera encore plus vive. Il faut nous unir autour d’un projet. Qu’on le veuille ou non, celui-ci ne peut être que le libéralisme. En même temps que nous devons accepter l’Alliance de la droite, nous devons assumer notre modèle libéral, qui nous différencie de la gauche. Or la stratégie du centre cherche à gommer ces différences. Cela crée un problème de lisibilité politique et pousse les électeurs vers l’extrême droite. Voilà pourquoi je suis hostile à l’idée d’un parti du centre. Elle me paraît complètement dépassée.

Le Figaro : Certains de vos amis ne vont-ils pas effectuer une démarche inverse – passer de Démocratie libérale à Force démocrate ?

Claude Goasguen : En effet. Cela sera le cas de François Léotard et Gilles de Robien. J’espère que ces nouveaux positionnements ne vont pas contribuer à la désunion.

Le Figaro : Comme tous les divorces, le vôtre posera des problèmes d’argent : qui va recueillir les fonds publics ? Plus un sou pour l’UDF et des querelles de chiffonniers entre DL et FD pour se répartir la manne à 40/60, un peu plus, un peu moins, selon les ralliements que chacun aura réussi à susciter ?

Claude Goasguen : Je me refuse à parler de divorce. Pour moi, cela a été un déchirement d’annoncer ma décision à François Bayrou et à René Monory.

Le Figaro : Vous employez de plus en plus souvent le mot de « droite ». Que pensez-vous de l’initiative de Charles MilIon ?

Claude Goasguen : L’homme est respectable. Mais sa position n’est pas acceptable. Qu’on le veuille ou non, il est entre les mains du FN. Celui-ci le laissera tomber quand il en décidera. Plus grave encore : Millon a donné une crédibilité au FN. Or Jean-Marie Le Pen n’a toujours pas renié ses thèses racistes et antisémites, comme l’a fait Gianfranco Fini en Italie. La recomposition totale de la droite ne pourra se faire qu’à cette condition. En attendant, l’engouement de certains de nos électeurs pour la droite de Millon est un signe : ils sont prêts à tout – y compris à accepter le FN tel qu’il est ou à se tourner vers une gauche qui paraît mieux à même de se renouveler – tant ils désespèrent de nous voir nous unir au sein d’une formation moderne et transparente. En somme, mon combat national relaie mon combat à la mairie de Paris.

Le Figaro : Bernard Pons, qui avait lancé l’offensive contre Jean Tibéri, semble s’être effacé, Jacques Toubon a dû mal à s’imposer. Certains parlent d’un « troisième homme »… qui pourrait être Claude Goasguen (riant). Vous vous verriez maire de Paris ?

Claude Goasguen : Pas du tout ! Je n’ai pas d’ambitions parisiennes, mais des ambitions nationales. Je vais m’investir dans le courant libéral. Je voudrais qu’il ne se limite plus aux problèmes économiques, mais s’intéresse davantage aux problèmes de société. Je ne vous cache pas non plus que je garde des ambitions ministérielles. J’ai été un peu frustré d’avoir dû quitter au bout de cinq mois mon ministère de la réforme de l’État dans le gouvernement Juppé. Il y a beaucoup de sujets qui me passionnent : notamment l’éducation nationale.