Texte intégral
L'attente d'une évolution à l'occasion de ce Congrès risque d'être déçue. Aux promesses de l'été succèdent les crispations. Le débat sur les options politiques ne se noue pas. La responsabilité de la direction est certaine. Le secrétaire général déclare vouloir se battre pour poursuivre sa ligne engagée depuis vingt ans alors que le monde s'est métamorphosé ? Chaque effort de changement est contredit par les coups de boutoir en arrière, de sorte que cela apparaît comme une concession face aux réalités qui s'imposent, et non pas comme une novation tournée vers l'avenir.
Le risque que le choix de la future direction et du secrétaire nationale ne traduise qu'un compromis de pouvoir entre des dirigeants rivaux est considérable. Ceux qui tiennent les cartes doivent les donner aux communistes.
La société malade a besoin d'un changement profond. Les communistes ont peur de la critique de la ligne passée, mais je suis convaincu qu'ils aimeraient tourner la page et se rassembler dans une dynamique nouvelle de création et d'action.
Il y a urgence. C'est maintenant, à la veille du congrès, que doit se nouer le débat sur les options à prendre.
1. Le Parti communiste dispose d'un atout majeur. Il est le seul parti qui prétende œuvrer à transformer la société dans une visée de dépassement du capitalisme. Cet atout n'est pas vraiment utilisé, car nous n'avons pas pleinement assumé la nouveauté des enjeux et la rupture avec les modèles du passé. Les communistes pourraient se retrouver dans la fierté d'une nouvelle identité : contribuer à la mise en mouvement des êtres humains pour qu'ils prennent leurs affaires en main et organisent une société au chacun participe aux décisions et cogère pour un développement mutuel. Cela suppose de faire appel à des valeurs foncièrement nouvelles de responsabilité et de solidarité.
2. L'utilité du PCF pour la démultiplication du mouvement social n'est pas évidente. Elle peut prendre corps. La société pourrait nous solliciter beaucoup plus dans son combat pour l'emploi et l'insertion. Aux côtés de tous ceux qui aident les exclus, les chômeurs, nous pourrions partout aider les salariés à affirmer leur rôle pour l'emploi en intervenant systématiquement dans la gestion. Cela peut paraître aujourd'hui irréaliste. Mais il n'y a pas le choix. Seule cette intervention peut imposer d'évaluer l'efficacité sociale des capitaux mis en œuvre et de redéfinir les responsabilités dans une société mixte transformée. Le PCF est aujourd'hui le seul parti qui tente de lancer le défi d'une autre gestion des entreprises et de l'État. Maintenant, et non pas dans un mythique socialisme futur. Nous pourrions rencontrer partout des interlocuteurs, y compris des dirigeants d'entreprise, avec qui la confrontation publique des options est nécessaire. Mais la direction a empêché que cela devienne une dimension fondamentale de notre politique. C'est ce qui doit changer maintenant.
3. La France est-elle capable d'un nouveau projet social et d'une politique autonome dans le monde d'aujourd'hui ? Le doute est énorme. La politique de l'État pousse à accepter le déclin national. Mais avons-nous la solution ? La notion ne se défend pas telle qu'elle est. Elle doit se refonder, par une démocratie plus riche, une maîtrise de l'information et des ressources, une nouvelle identité dans le monde.
Elle ne peut le faire qu'en liaison avec une construction européenne active. Nous le savons, mais nous ne [mot illisible]. C'est typiquement [mot illisible] que fait le Parti aux réalités. Il est temps de transformer cela en une ardente ambition. Je ne crois pas que la double référence négative : non à Maastricht, non au nationalisme, soit pertinente. Nous avons besoin d'un investissement systématique du terrain, pour contribuer à former un mouvement capable d'imposer des changements concrets en même temps qu'une vision nouvelle. Pour servir un projet social, deux questions sont décisives : une maîtrise sociale du marché et un autre cadre d'UEM ; une union politique fondée sur l'association des nations et la participation directe des peuples aux décisions. Sur cette ligne, une liste rassembleuse pourrait aller aux élections européennes prochaines.
4. Le problème de l'union devrait être abondamment discuté par les communistes. Face à la politique de la droite, l'exigence d'un changement de politique devrait se forger le plus vite possible. Des options neuves crédibles, particulièrement sur les enjeux économiques et internationaux, ne s'imposeront pas toutes seules. Nous avons un devoir de méthode : clarifier nos propres choix, ce qui est impensable sans leur confrontation avec les autres ; nous mettre en initiative politique constante pour faire apparaître une construction alternative. Nous devons nous réinsérer dans un débat national dont nous avons été évincés en raison de notre propre faiblesse de direction.
Comment nous adresser aux socialistes, aux écologistes, aux autres ? Rien d'évident. Cela suppose un intense travail collectif. La participation aux Assises de la transformation sociale est une occasion. Utilisons-la pleinement et suscitons-en d'autres. La gauche ne se décrédibilisera que sur une nouvelle conception du pouvoir, pour servir une démocratie beaucoup plus vivante. C'est urgent, ce doit déjà être au cœur de l'élection de 1995.
5. Sans décisions précises de congrès, la direction risquerait d'être l'objet d'une bataille de clans et serait inefficace. La direction nationale doit être une équipe consultant systématiquement les communistes. Elle devrait être élue non pour un accord unanime sur les orientations, mais pour un accord de travail dans la pluralité, tourné vers toute la société et préparant les échéances. Le secrétaire national animerait un véritable travail collectif, il devrait être élu par le congrès. Dans cet esprit, je suis candidat à cette fonction. Si d'autres propositions existent pour redynamiser le Parti et accroître son influence, il serait bon qu'elles s'expriment maintenant. C'est pourquoi je dis aux candidats actuels et potentiels – ils existent – : parlez, découvrez-vous, confrontons avec tous les communistes les options de travail.