Article de M. Pierre Zarka, membre du secrétariat du comité national du PCF, dans "L'Humanité" du 8 avril 1998, sur le rejet du libéralisme, la volonté de constituer une majorité politique à gauche sur le changement, intitulé : "Un élan majoritaire".

Texte intégral

La crise politique et institutionnelle n'est pas que la crise de la droite, elle touche toute la vie politique, gauche comprise. Elle est issue du libéralisme, qui, en faisant passer l'insupportable par tous les rouages institutionnels, les a décrédibilisés. Elle ne peut se résoudre qu'en s'en prenant à la domination des puissances financières. C'est elle qui fragilise aussi bien la société française que le gouvernement de gauche. La force de ce dernier dépend de sa capacité à être en phase avec la demande sociale. Contrairement à une vision classique qui veut que le pouvoir ne se partage pas, le développement des mouvements sociaux, du débat politique, est la seule chance de réussite du gouvernement face au libéralisme et aux contraintes extérieures. Ainsi, par exemple, il est utile que le conseil inter régional des Verts demande au gouvernement d'enrayer la progression du libéralisme ou que le Parti communiste s'oppose à la perte de souveraineté sur la monnaie qu'entraînerait l'euro.

Mais, au-delà, la dernière réunion de son comité national marque une étape importante de son évolution. Il prend acte que le rejet du libéralisme et la critique du libéralisme sont le fait d'une majorité de citoyens, mais que cela n'en fait pas une majorité constituée et encore moins une majorité politique : la gauche plurielle n'a obtenu qu'à peine 20 % des inscrits aux élections. Justement tout le problème est là : passer de cet état d'esprit à la constitution d'une majorité politique. Ancrer l'ensemble de la gauche dans un processus de transformations sociales implique de construire une alternative au libéralisme.

Le Parti communiste possède un atout : la proximité ; elle lui permet de faire remonter ce qui se dit en bas ; ses élus et ses ministres jouent un rôle de relais citoyen… mais cela ne suffit pas à ouvrir une issue. Il a conscience que l'image de l'échec économique et social à l'Est lui fait subir, à lui aussi, cette crise de la représentativité. Répondre à cette situation suppose de sa part qu'il dépasse un rôle de compassion sociale dans lesquels bien des sympathies le cantonnent. Son pari consiste à faire la démonstration que la promotion des besoins humains immédiats constitue un projet de société cohérent, porteur d'avenir. En retour, pensons à la force nouvelle des mouvements sociaux, s'ils avaient davantage conscience d'être porteurs non seulement exigences de justice, mais de relance de l'économie.

Le communisme des communistes français n'est pas un rêve lointain, abstrait ne concernant que des passionnés de systèmes. Le chômage, les inégalités, ne trouveront de solutions que si le monde du travail exige des mesures qui ne font plus que de l'argent la finalité de la société, mais au contraire le moyen de répondre au développement de celle-ci.

Au moment où l'opinion se lasse de l'inefficacité du pragmatisme ou déplore le manque de projet des partis politiques, le Parti communiste en élabore un, constitué par un ensemble de réponses concrètes aux problèmes urgents. Précision : il ne l'élabore pas enfermé dans une splendide solitude. Devant chaque problème – l'emploi, les salaires, l'éducation, les 35 heures, la protection sociale, les minima sociaux, etc… - peuvent se constituer sur le terrain des majorités d'idées. Majorités pour dire non. Mais surtout majorités pour définir ce qu'il faut changer, où trouver l'argent, comment l'utiliser, où trouver la force d'imposer de tels changements. Cela implique de créer les moyens de rencontre qui permettront le partage de savoirs, l'échange des opinions indispensables à l'élaboration des solutions et aux interventions efficaces.