Article de M. Alain Juppé, ministre des affaires étrangères et secrétaire général du RPR, dans "La Lettre de la Nation magazine" du 10 septembre 1993, sur l'attachement du RPR à soutenir l'action gouvernementale, intitulé "L'indispensable cohésion".

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Média : La Lettre de la Nation Magazine

Texte intégral

Les périodes de rentrée sont traditionnellement celles où, à défaut de prendre de bonnes résolutions, on tente du moins de dégager quelques objectifs prioritaires, quelques lignes de force à travers lesquelles on souhaite inscrire son action pour les mois à venir.

Les problèmes et les difficultés que nous aurons à surmonter s'annoncent nombreux.

C'est avec fermeté, contre vents et marées, que nous devrons tenir la barre et garder le cap des grandes orientations que nous avons prises car, dans bien des domaines, cette année sera décisive.

C'est vrai du Gatt, où se joue non seulement l'avenir de notre agriculture mais aussi celui de pans entiers de l'économie française.

C'est vrai encore de la politique économique et budgétaire que nous avons mise en œuvre, et qui, nonobstant la conjoncture internationale et la morosité des organismes de prévision, devra être poursuivie pour assainir durablement notre économie, rendre à nos entreprises leur compétitivité et créer des emplois. C'est vrai, enfin, des réformes de fond que nous avons engagées et qui doivent être menées à leur terme avec obstination, même si notre pays ne pourra en toucher tous les dividendes que dans quelques années. Dans la réussite de cette politique nous ne détenons pas bien-sûr toutes les clefs, et beaucoup dépendra notamment d'éléments extérieurs comme la reprise économique mondiale ou l'attitude de nos partenaires européens. Mais il nous faut aussi prendre conscience que nous avons à portée de main le plus appréciable des atouts et qu'il ne tient qu'à nous de le défendre et de le conserver. Je veux parler de notre cohésion. Elle est en effet notre bien le plus précieux. Et c'est à nous, et à nous principalement, militants et cadres de notre mouvement, comme élus et responsables de l'ensemble de la majorité, qu'il appartient de le préserver.

Car ne nous y trompons pas, si les Français ont compris et accepté les efforts et parfois même les sacrifices que nous leur avons demandés, parce qu'ils sont conscients que le redressement de notre pays passe par là, ils ne comprendraient pas et n'accepteraient pas que nous-mêmes, en retour, ne sachions faire bloc autour de cette politique.

D'ailleurs, si je ne devais retenir qu'un seul message, n'exprimer qu'un seul voeu pour cette rentrée, ce serait celui de la cohésion. Une cohésion exprimée aussi bien par nos actes, nos paroles que par nos projets. 

C'est mon souhait le plus profond. Comme secrétaire général de notre Mouvement d'abord, un Mouvement attaché et lié tout entier à la notion de rassemblement.

Plus que jamais, si notre ambition reste de rassembler le plus grand nombre de Français, nous nous devons nous-mêmes d'être exemplaires à cet égard, en sachant faire taire les querelles de personnes.

Comme ministre du gouvernement, ensuite : dans la fonction que j'occupe, je constate chaque jour davantage à quel point la France n'est entendue et respectée au-delà de ses frontières que lorsqu'elle sait parler et s'exprimer d'une seule voix. 

Comme gaulliste, enfin, je ressens profondément le besoin d'une cohésion nationale forte, inconcevable sans une grande ambition collective pour la France et pour son destin. Il est essentiel, je crois, que nos concitoyens puissent meure en perspective l'action aujourd'hui engagée et les efforts qui leur sont demandés, grâce à un projet à plus long terme de la société française, qui en serait l'indispensable et logique prolongement et qui dessinerait la France de l'an 2000.

C'est à nous, gaullistes, que revient historiquement cette responsabilité. C'est au premier d'entre nous, Jacques Chirac, qu'il incombe maintenant de jeter cette passerelle entre le présent et l'avenir et de définir les contours de ce projet pour la France de demain. C'est une tâche difficile, mais qu'il nous montre le chemin, et nous le suivrons.