Texte intégral
J.-M. Lefebvre : Selon votre prédécesseur vous êtes un gestionnaire et un homme de dossier, est-ce que ça suffit en cette période de crise ?
M. Vilbenoît : Je ne crois pas qu'il ait dit cela. Dans le poste de secrétaire général bien entendu, on a un rôle effacé, un rôle de second actif important, plus tourné vers l'intérieur que la médiatisation. Mais je suis un militant de 25 ans, je connais les problèmes et l'organisation. Et je voudrai montrer à nos chefs d'entreprise, qu'un homme de plus de 55 ans peut être porteur d'un projet, se battre pour un projet au service de l'encadrement du pays et aussi au service de l'emploi. C'est la première des priorités : agir pour l'emploi et aussi pour l'encadrement dans les entreprises.
J.-M. Lefebvre : Mais les cadres sont de plus en plus mal à l'aise car ils sont de plus en plus touchés par le chômage. Ils recherchent leur rôle dans une entreprise ?
M. Vilbenoît : Complétement, mais ce n'est pas uniquement parce qu'ils sont touchés par le chômage. Ils sont aussi désillusionnés par le comportement de leurs entreprises. Ils sont pleins d'interrogation sur les politiques qu'ils ont dû conduire. Ils sont pleins d'interrogation sur les choix économiques ou financiers des entreprises qui se font toujours au détriment de l'emploi. Ils s'interrogent sur les raisons des délocalisations. D'aucuns leur disent qu'ils n'existent plus aussi. Nous voulons leur apporter des réponses. Nous voulons leur permettre aussi de s'exprimer. Le rôle du syndicalisme est un rôle contre poids.
J.-M. Lefebvre : Mais la CGC n'est pas en très bon état. Aux dernières élections prud'homales, vous étiez en baisse.
M. Vilbenoît : Pas aux dernières. Nous nous sommes maintenus. Notre problème a été en 87. Mais toutes les organisations syndicales ont eu des difficultés au cours des dernières décennies. Mais la nôtre pas plus que les autres. Et la nôtre comme les autres. Mais justement, c'est le troisième volet du projet. Je crois qu'on nous a beaucoup institutionnalisé. Nous sommes aussi beaucoup médiatisés. Il ne faut pas quitter ce terrain. Institutionnaliser, cela veut dire que nous essayons de peser partout sur les choix économiques, médiatiser c'est aujourd'hui une nécessité dans la société de communication. Mais il faut retourner aussi au terrain et c'est la troisième partie du projet : reconcentrer tous nos moyens pour, comme on dit en termes de projet d'entreprise, penser adhérents.
J.-M. Lefebvre : Mais la politique du gouvernement vous déçoit plutôt ?
M. Vilbenoît : Elle nous déçoit. Je ne pense pas le problème en termes politiques, je juge des comportements et des résultats. Oui, je crois qu'on est là dans les dernières limites des politiques qui ont été conduites depuis 15 ans, c'est-à-dire la baisse du coût du travail, la flexibilité, la chasse à la représentation syndicale. De ce côté-là, c'est décevant. Les signes d'espoir, ce pourrait être le message du Premier ministre parlant de cohésion sociale et de négociation sociale. Je mise sur une large généralisation de la négociation sociale dans les entreprises, dans les branches, dans les bassins d'emploi. C'est là qu'on pourra faire œuvre d'imagination. Mais à condition que l'on nous envoie des armes. Et les armes, ce sont les fonds qui peuvent permettre de trouver des solutions imaginatives dans l'organisation du travail, dans la réduction du temps de travail, l'annualisation. Tout cela en respectant les statuts particuliers de l'encadrement.