Texte intégral
P. Caloni : Alors vous avez décidé de piquer un coup de gueule contre le chômage ?
A. Santini : Oui, parce que j'entends au sommet du G7 à Tokyo qu'on va s'occuper de l'emploi. C'est le dernier gadget de B. Clinton et ça devient vraiment grotesque. Déjà au sommet de Copenhague j'avais entendu avec stupeur qu'on allait s'occuper des PME-PMI. Vous vous rendez compte, quel cadeau pour la maffia. Comment voulez-vous que l'argent arrive ? La macro-économie, pour être sérieux, a complètement échoué en terme d'emploi et de chômage. On peut créer les conditions mais on ne créé pas l'emploi. En tant que maire, en tant que député comme tout mes collègues, je reçois des dizaines de gens qui viennent me dire voilà j'ai 45 ans, je viens de perdre mon emploi, monsieur le maire je n'ai rien demandé. Et puis on lit dans leurs yeux qu'ils pensent qu'ils ne retrouveront rien. L'INSEE confirme ce que nous nous vivons sur le terrain. Plus de 400 000 chômeurs avant la fin de l'année alors il faut bouger et au plus petit niveau. Et ce sont les maires qui sont seuls capables de mobiliser les gens. Bien sûr il faut créer les conditions économiques de la reprise mais il faut surtout redonner aux gens de l'espoir et on peut créer des emplois.
P. Caloni : Comment fait-on pour créer des emplois ?
A. Santini : Ce n'est pas facile. Nous avons créé une entreprise de travaux publics dans ma commune pour nettoyer les bancs publics, les réverbères, les tags, les panneaux d'affichage. Ce n'est pas un secteur qui intéresse une entreprise. Donc, avec quelques subventions cette fois, c'est l'un des rares cas, on achète des machines. Et on a créé deux entreprises de 20 jeunes. Je viens de créer un service original pour que les gens aient une nourrice à domicile. Quand vous voyez ce que payent les gens dans les crèches, 130 francs par jour, si moi je rajoute 500 francs au titre de la commune alors que j'économise 340 francs par jour, si la CAF rajoute de l'argent, si on déduit des impôts les 12 500 francs. Vous créez un véritable emploi.
P. Caloni : Mais ce qui est valable pour Issy-les-Moulineaux n'est peut-être pas valable pour d'autres communes ?
A. Santini : Nous allons réunir pour la semaine prochaine tous les députés qui ont fait des choses et on va préparer des fiches. On va dire voilà comment ça se passe, comment il faut faire, combien ça coûte. Et on va envoyer ces fiches à tous nos collègues. Je crois que c'est une bonne manière d'accompagner l'action du gouvernement.
P. Caloni : Vous comptez créer combien d'emplois comme ça ?
A. Santini : Moi j'en ai déjà créé 200 et si les 600 députés en font autant, je vous laisse faire le calcul. En tout cas ça montrera que l'on est mobilisé, qu'on est à l'écoute des gens, que l'on fait des choses. Il faut redonner de l'espoir.
P. Caloni : Ce n'est pas nous qui le disons, ce sont tous les économistes…
A. Santini : Ils font leur travail. Mais nous nous devons faire le nôtre en montrant qu'on est à l'écoute des gens et qu'il y a des solutions. Et je vous garantis qu'il y a des solutions.
P. Caloni : Vous voulez démontrer que le chômage n'est pas inéluctable et qu'il ne faut pas banaliser ça dans notre cerveau ?
A. Santini : Absolument. Nous en sortirons de la crise. Le tout est de savoir dans quel état et quand. Aujourd'hui, les maires, les élus ont un rôle irremplaçable à jouer au service de leur population.
P. Caloni : Actuellement c'est la mode de tirer le bilan des 100 premiers jours du gouvernement d'E. Balladur. Vous avez votre bilan à vous ?
A. Santini : Je crois que le gouvernement à fait ce qu'il devait faire pour rétablir les équilibres, pour nous engager sur la voie du redressement. Il reste maintenant à montrer aux Français que nous ne faisons que de l'économie. Nous faisons aussi de l'humain, du social. Et à ce moment-là, je crois que les Français donneront leur adhésion pleine et entière.
P. Caloni : Sur B. Tapie, vous pensez vraiment qu'il y a une chasse à courre contre lui ?
A. Santini : Je ne sais pas très bien si B. Tapie est quelqu'un qui ne laisse pas indifférent comme on dirait chez vous.
P. Caloni : Vous avez de la sympathie pour lui ?
A. Santini : Moi, c'est paradoxal, j'ai plutôt de la sympathie pour les gens qui bougent. Alors évidement dans mon camp, ça la fiche mal. Je préfère quelqu'un qui bouge. Vous savez Sartre disait « pendant que l'intelligent réfléchi, le con lui marche ». Ni voyez aucune allusion à Tapie.
P. Caloni : Issy-les-Moulineaux ça marche de mieux en mieux. C'est devenu la banlieue chic et snob ?
A. Santini : On a beaucoup de mal parce que le gouvernement actuel veut parait-il vraiment aménager. Alors évidement on va matraquer l'Ile-de-France et les communes qui réussissaient assez bien.