Déclaration de M. Philippe Douste-Blazy, ministre délégué à la santé, sur le rôle de la médecine du travail dans le système de santé, Nice le 27 septembre 1993.

Prononcé le

Intervenant(s) : 

Circonstance : Ouverture du 27e congrès international de la santé au travail, à Nice le 27 septembre 1993

Texte intégral

Madame la Présidente,
Monsieur le représentant de l'OMS,
Monsieur le représentant du Bureau International du Travail,
Monsieur le Président du comité de parrainage de ce congrès,
Messieurs les parlementaires,
Monsieur le Vice-Président du Conseil Régional,
Mesdames, Messieurs,

C'est avec beaucoup de plaisir que j'ai accepté d'ouvrir ce 24ème congrès international de la santé au travail en ce lieu prestigieux de l'Acropolis de cette magnifique ville de Nice.

Plaisir tout particulier de venir partager avec vous cet événement inédit : la tenue de l'une de vos rencontres internationales dans notre pays.

Depuis 1906 en effet, et bien que cette manifestation ait lieu tous les 3 ans, nous l'accueillons pour la première fois en France.

Au-delà d'un simple résultat de conjonctures diverses, je veux y voir le signe d'un renouveau de la médecine du travail française, le point de départ d'une dynamique nouvelle.

Ce sentiment est conforté par le travail remarquable effectué par les organisateurs, et le succès éloquent qu'elle remporte. Je tiens ici à souligner le dynamisme et la volonté qui les ont guidés, tout autant que la réussite auquel ils ont contribué.

Mais je voudrais saluer chaleureusement ceux qui, parmi les 3 400 participants, nous font l'honneur de représenter plus de 88 pays différents.

Je leur souhaite au nom du Gouvernement français la bienvenue dans notre pays.

La qualité scientifique des 1 200 communications témoigne de l'importance de cette manifestation pour la médecine du travail.

J'espère que vous aurez malgré tout l'intérêt de vos échanges, le temps de profiter un peu des charmes de la Côte d'Azur, dont le nom même illustre la beauté.

Mais il est important de souligner un autre événement également inédit. Pour nos confrères étrangers ici réunis, la présence du ministre de la Santé lors de l'ouverture d'un congrès de médecine du travail n'a certainement rien d'étonnant.

Pourtant c'est la première fois, depuis la création de la discipline en France qu'un ministre de la Santé s'adresse aux médecins du travail.

En effet, dans notre pays, la médecine du travail dépend du ministère du travail et de l'emploi. Et j'en profite pour saluer mon collègue et ami Michel Giraud, ministre du Travail, de l'Emploi et de la Formation Professionnelle qui a souhaité ma présence parmi vous aujourd'hui.

Elle témoigne de la volonté, d'associer les médecins du travail français à la politique de santé publique que je mets en place depuis 6 mois avec Madame Simone Veil, ministre d'État chargé des affaires sociales, de la santé et de la ville.

Et, c'est donc en tant que ministre de la Santé, mais aussi en tant que médecin de santé publique, que je souhaite souligner ici le rôle essentiel de la médecine du travail dans notre système de santé.

La médecine du travail ne prend-t-elle pas en charge en France quelque 19 millions de salariés sur 24 millions d'actifs ?

Et l'homme ne passe-t-il pas au quotidien la majorité de son temps sur son lieu de travail ?

L'action du médecin du travail, votre action, à la fois individuelle et collective est donc un élément indissociable de toute politique efficace de santé.

Vous avez tout d'abord la grande force de pouvoir établir une relation individuelle avec l'homme au travail, de savoir l'appréhender dans sa globalité et d'assurer un suivi médical sur le long terme.

Le thème de votre congrès : « La Santé au travail partout et pour tous », illustre bien cette position stratégique pour le bien des travailleurs. Nous savons tous en effet, que vous représentez pour de nombreux salariés leur unique contact avec le système de santé.

On comprend donc bien, le résultat de ce sondage, exprimant le souhait de plus de 90 % des salariés de voir la médecine du travail jouer demain un rôle encore plus important qu'aujourd'hui.

Ceci explique également la diversité de votre exercice : tantôt cliniciens, à qui l'on demande de véritables compétences d'omnipraticiens et tantôt spécialistes de l'environnement du travail, de qui l'on attend des compétences en ergonomie, en toxicologie, ou même en psychologie.

Mais il est un troisième domaine où vous pouvez intervenir et qui me tient particulièrement à cœur ; celui de la prévention.

Il suffit de se reporter à la loi d'octobre 1946, qui définit la médecine du travail avant tout comme une médecine préventive pour en avoir la preuve.

En termes de prévention primaire, vous occupez un rôle primordial dans l'information des salariés sur les risques liés à leur environnement.

Informations, qui peuvent également permettre aux employeurs d'aménager les conditions de travail de manière à les rendre compatibles avec une meilleure santé des travailleurs.

En France, notre approche plus médicale, se situe plus souvent au niveau de la prévention secondaire. Et vous me pardonnerez de m'adresser plus particulièrement quelques instants à vos collègues français.

Notre médecine du travail privilégie plutôt la recherche de signes précoces d'altération de la santé, et d'éléments d'appréciation sur l'aptitude et l'orientation du salarié.

Mais, confrontée aux nouvelles technologies, aux nouvelles pathologies et aux nouvelles aspirations de notre société, la mission des médecins du travail évolue vite.

Aussi, les travaux de l'Organisation Mondiale de la Santé sur le programme « la santé pour tous en l'an 2000 » et ceux de l'Organisation Internationale au Travail sur la maîtrise des risques, ont permis le passage très important de la notion de « médecine du travail » à celle de « santé au travail ».

Cette évolution est en effet un défi important pour les années à venir, mais repose sur 3 enjeux.

Le premier est sans doute cette fantastique potentialité que représente le suivi de 19 millions de personnes pour la mise en place d'études épidémiologiques de grande envergure.

Quelle chance en effet, pour la mise en œuvre d'études prospectives que d'avoir accès aux cohortes d'individus que vous suivez avec un risque de perdu de vue si faible. À ce titre, il serait souhaitable de rapprocher vos équipes des équipes d'épidémiologistes afin de mettre en place des études internationales à partir de notre pays où du continent européen, ne pouvant pas toujours, pour des raisons socio-culturelles appliquer les conclusions tirées d'étude nord-américaines où japonaises.

Le second enjeu est certainement votre participation à des campagnes nationales de prévention comme par exemple celle que nous allons mener sur le cancer. Et cet enjeu est à mes yeux primordial pour améliorer l'efficacité de ces campagnes.

Quant au troisième enjeu, c'est tout simplement de mettre en place avec vous, de véritables programmes d'éducation pour la santé.

Ces programmes nationaux concerneraient notamment les risques liés au travail, mais pourraient, s'intégrer à la lutte contre tous les fléaux qui ne sont pas directement liés à l'exercice professionnel.

Je suis bien conscient que toutes ces démarches ne s'intègrent pas encore suffisamment dans vos missions, et que la réussite d'une telle évolution dépendra autant de votre implication personnelle que de la participation des entreprises à ce grand défi.

Mais je suis optimiste puisque des actions de ce type sont déjà en cours notamment pour la sclérose en plaque et les maladies cardio-vasculaires.

La médecine du travail est donc potentiellement un puissant outil de santé publique que nous devons développer ensemble, avec vous, avec les entrepreneurs, et avec le ministère du travail.

Mais nous ne saurons tenir un tel pari sans une meilleure coordination des administrations dont vous dépendez.

C'est dans ce sens que j'ai souhaité que les ministères de la Santé et du Travail poursuivent leurs efforts de rapprochement afin de mieux coordonner leurs actions.

À cette fin, il me parait important de mettre en place une structure commune chargé d'établir un lien permanent entre ces deux administrations.

Il s'agit là je crois d'une condition d'efficacité.

Je souhaite par ailleurs que dans le cadre de grands thèmes annuels de santé publique, soient organisées au niveau régional, des rencontres régulières entre médecins du travail et médecins inspecteurs de la santé publique.

Comme vous le voyez, je serai attentif à apporter la contribution de mon ministère aux importantes mutations de votre exercice car je suis persuadé des gains importants qu'elles représentent pour la santé de nos concitoyens.

Je suis persuadé que, comme à l'accoutumée, ces journées seront un véritable carrefour d'échanges et de réflexions. Prévoir, maîtriser, informer, oui M. le Président du Comité de parrainage, nous partageons tous ici cette philosophie.

Je vous remercie.