Interview de M. François Fillon, ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, à RTL le 28 octobre 1993, sur les problèmes rencontrés par les universités françaises notamment les inscriptions massives d'étudiants dans certaines disciplines et la "moralisation" de l'allocation logement pour étudiant (ALS).

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J.-J. Bourdin : Prenons l'exemple de Tours : trop de monde en psycho, que faire ?

François Fillon : C'est le résultat des retards qui ont été pris par les gouvernement précédents sur Université 2000. Et grâce à l'emprunt d'État que le gouvernement a lancé, je vais pouvoir rattraper ces retards et, à la fin de 1995, tous les bâtiments qu'il était prévu de construire dans le cadre d'Université 2000 le seront. Pour le moment, je suis bien obligé de faire avec les bâtiments et les projets non réalisés qui m'ont été légués. C'est le cas à Tours.

J.-J. Bourdin : Prenons le cas de la psycho, pourquoi tant d'étudiants ?

François Fillon : Deux choses : d'abord, il y a des erreurs voire des fautes qui ont été commises par ceux qui sont chargés de l'orientation et notamment dans le secondaire. On a fait croire aux étudiants que la psycho était une bonne voie pour préparer aux carrières d'enseignants et notamment aux instituts universitaire de formation des maîtres. La réalité est autre puisqu'on le voit dans les concours, ce ne sont pas les étudiants qui ont une licence de psycho qui sont les mieux armés pour préparer ces concours. Donc problème d'orientation et j'ai demandé au ministre de l'Éducation nationale de revoir le système d'orientation des étudiants. Deuxième raison : devant le chômage, les difficultés d'insertion des jeunes, beaucoup de jeunes vont se réfugier d'une certaine manière dans des formations longues, en se disant "tant qu'on sera à l'université on ne sera pas confronté au chômage". Alors qu'il y a aujourd'hui des places disponibles dans les filières qui sont les plus porteuses en termes d'emplois et notamment dans les IUT. Pour la première fois depuis que les IUT existent, nous avons, en nombre important, des places disponibles dans les IUT. Les formations délivrées par les IUT sont très prisées par les employeurs. S'orienter dans des filières qui ne débouchent sur rien c'est un gâchis pour tout le monde : pour l'État mais surtout pour ceux qui seront en difficulté dans quelques années de ce fait.

J.-J. Bourdin : Pas de changement sur l'allocation logement pour les étudiants ?

François Fillon : Nous sommes en train de la moraliser. Cette allocation est servie aujourd'hui à tous les étudiants quels que soient leurs revenus ou les revenus de leur famille. C'est une prévision de charges pour l'État de plus de huit milliards de francs, près du quart du budget de l'enseignement supérieur, c'est intolérable et ça n'existe dans aucun pays au monde. Nous proposons donc de soumettre cette allocation à des critères sociaux, de concentrer les aides de l'État vis-à-vis des étudiants qui en ont le plus besoin. Les boursiers, tous ceux dont les familles ont des revenus inférieurs à 20 000 francs par mois, continueront à toucher cette allocation logement et au-delà, nous proposons que les familles aient un choix entre l'allocation logement et au-delà, nous proposons que les familles aient un choix entre l'allocation logement ou l'avantage fiscal que donne la demi-part qui correspond à la déclaration de l'étudiant sur la déclaration de revenus de la famille. Si la famille choisit d'abandonner l'avantage fiscal, l'étudiant devient fiscalement indépendant, et alors il aura droit à l'allocation logement en tenant compte de ses revenus propres à condition que ces revenus soient les revenus normaux d'un étudiant, en général un mi-temps.

J.-J. Bourdin : À propos de la famille, pourquoi ne pas allonger le versement des allocations familiales jusqu'à 22 ans, comme le propose C. Codaccioni dans son rapport ?

François Fillon : Ce serait, du point de vue du ministre de l'Enseignement supérieur, une excellente chose. Ça reste à mettre au point sur le plan financier. J'insiste sur le fait que, contrairement à ce qui est dit dans les universités aujourd'hui par plusieurs syndicats étudiants, les étudiants fiscalement indépendants continueront de toucher l'allocation logement à condition qu'ils n'aient pas un revenu très confortable, mais avec un revenu normal d'étudiant, un mi-temps, un poste de surveillant. Non, pas à 300 francs par mois mais à un taux plus élevé.

J.-J. Bourdin : Vous avez appelé à voter non à Maastricht. Au sujet du GATT, on n'entend plus le mot veto, pourquoi ?

François Fillon : La France a réussi à convaincre ses partenaires de demander la renégociation de l'accord. Le veto sera de nouveau à l'ordre du jour si jamais la négociation échoue. Et le Premier ministre est bien déterminé à utiliser tous les pouvoirs que lui donnent les règlements de fonctionnement de la CEE pour défendre les intérêts français.

J.-J. Bourdin : Est-ce que la grève d'Air France a été bien gérée par B. Bosson ?

François Fillon : B. Bosson a dû faire face à une situation très difficile, avec un plan social qui a été préparé dans des conditions qui ne sont pas les meilleures, qui n'était pas le premier, je le rappelle à ceux qui aujourd'hui volent au secours des personnels d'Air France mais qui ont accepté dans les années précédentes les plans sociaux précédents. Face à une situation très difficile, il a choisi l'apaisement et il a eu raison.