Texte intégral
Lettre ouvert aux socialistes
Chère Camarade, Cher Camarade,
Après l'échec du 28 mars, aucune analyse politique ne nous a été proposée par nos dirigeants. Au lieu de chercher les causes de cette grave défaite dans la politique suivie – soumission au libéralisme et au monétarisme, fascination pour la puissance de l'argent – politique qui a gonflé le chômage, creusé les inégalités et nous a coupés de notre électorat naturel, nos dirigeants se tournent vers nous avec une feinte humilité ; ils nous disent : "C'est à vous de juger. À vous de nous faire des propositions". Ils oublient le message de Jaurès : "Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire". Ils se dérobent à leurs responsabilités.
Ils ne se sont divisés, le samedi avril, que sur la direction et sur le calendrier de son renouvellement. La seule chose qui les intéressait était de savoir si un clan remplacerait l'autre et qui manipulerait à son aise ce qu'ils osent appeler des "États généraux". Refusant de changer quoi que ce soit à l'orientation qui a conduit à l'échec, ils ne s'intéressent qu'au pouvoir : le pouvoir pour le pouvoir, si dérisoire soit-il aujourd'hui.
Tragique spectacle d'un parti, qui était déjà mort de ses renoncements, mais qui ne trouve dans l'adversité, nul ressort pour rebondir avec dignité.
Chers camarades, vous n'êtes pas des serfs attachés à la glèbe, qu'on pourrait s'adjuger avec le domaine, ou des esclaves qu'on vendrait à la criée, des "encartés" à la merci d'un vote effectué à la sauvette, par une nuit sans lune, au sein d'un comité soi-disant directeur, né d'un congrès tenu il y a trois ans, et sans représentativité.
Vous êtes des militants responsables !
Certes vous l'êtes moins que d'autres, en vertu d'un principe simple : si la responsabilité de la défaite est collective, comme le répètent nos dirigeants, elle n'est pas également partagée. Elle est d'autant plus grande que les fonctions exercées étaient éminentes, et que ceux qui les exerçaient n'ont rien fait pour contrecarrer les choix de renoncement qui ont conduit au désastre que nous voyons.
Mais aujourd'hui, c'est vous qui avez la responsabilité, de par la démission intellectuelle et morale de ceux qui vous dirigent. Vous ne pouvez pas éluder cette responsabilité. Certes vous n'avez pas l'information dont disposent les dirigeants.
Mais j'ai confiance dans ce bon sens de chacun d'entre vous :
- Comment en est-on arrivé là ?
- Et y a-t-il une chance pour que, demain, les mêmes causes ne produisent pas les mêmes effets ?
Ne cautionnez donc pas la manipulation d'États généraux qui seront, sous une parodie de démocratie, un vrai-faux congrès.
N'acceptez pas la transformation du parti, fondé il y a 22 ans à Épinay, en un parti démocrate à l'américaine où vous seriez réduits demain à jeter des confettis sous les pas d'un candidat imposé par l'Establishment. Ce parti démocrate à l'américaine sera en effet un parti de l'Establishment au service d'un projet néo-libéral, dans lequel la droite dite centriste pourra se retrouver.
La gauche c'est un autre projet privilégiant la citoyenneté plutôt que la "société civile", l'État républicain plutôt que le marché, le suffrage universel plutôt que les sondages, les élus du peuple plutôt que les créatures médiatiques.
Dans l'univers impitoyable du capitalisme avancé, où les conquêtes sociales et démocratiques des générations précédentes se trouvent toutes remises en cause, il faut reconstruire un grand parti de gauche, un parti populaire, porteur des aspirations de tous ceux qui produisent et qui créent. Il faut créer un contrepoids politique à la puissance de l'Argent.
Pour jeter les bases d'un nouveau pacte républicain, pour la France du XXIe siècle, comme il y a cinquante ans avec le programme du Conseil National de la Résistance, il faut reconstruire la gauche en répondant aux immenses problèmes que la France doit résoudre : le chômage, en premier lieu, mais aussi la construction d'une démocratie citoyenne, d'une Europe des Peuples et de rapports Nord-Sud moins bestiaux.
Le Mouvement des Citoyens tiendra ses Assises Nationales les 1er et 2 mai prochains. Venez nombreux à la Mutualité à Paris. Constituez des comités dans les communes et dans les départements. Tenez conférences de presse et réunions publiques. Tournez-vous vers la jeunesse et le monde du travail. On ne reconstruira pas la gauche à partir du Parti socialiste, tel qu'il est devenu : le peuple n'en veut plus. Il a raison. Il faut faire du neuf. Avec des idées neuves.
Certes, le chemin sera difficile. Mais il le sera moins si militants et élus de terrain sont nombreux à franchir le pas. Certes, le choix n'est pas sans risque. Nous le savons. Mais seule la mort est sans risque.
Choisissez donc le chemin de la vie.
Autonomisez-vous dans vos sections et fédérations ! Rejoignez le Mouvement des Citoyens pour faire gagner du temps à la gauche, et offrir aux générations qui viennent, à vos enfants, un autre héritage que celui d'une gauche échouée el d'une génération faillie !
Il n'est pas trop tard pour que la base, au moins, sauve l'honneur du socialisme. Le Mouvement des Citoyens sera une étape. Un catalyseur des recompositions futures, plus larges, qui permettront la construction d'un grand parti de toute la gauche. Comme son nom l'indique, il partira d'une exigence de citoyenneté, la vôtre.
"N'abdiquez pas ! Résistez ! Aidez nous !"