Texte intégral
Mercredi 29 septembre 1993
France 3
M. Autheman : Votre commentaire sur le départ de G. Marchais ?
A. Bocquet : G. Marchais avait annoncé que sa décision était prise, il en a donné la primeur au Comité Central de notre parti par une lettre qu'il nous a adressée, je pense que c'est naturel. G. Marchais est toujours là, puisqu'il va préparer, à la tête du parti avec nous tous, un congrès qui aura un caractère historique par le fait que nous voulons faire des avancées nouvelles pour que notre parti soit toujours plus en mesure d'affronter les grands défis de la fin de ce siècle.
M. Autheman : La succession est ouverte. Le nouveau leader doit incarner la nouveauté ou la continuité ?
A. Bocquet : Les dirigeants du PC seront désignés démocratiquement à l'occasion du congrès. Il n'y a, chez nous, ni poulains, ni écuries. Il n'y aura pas de tiercé, de quarte, ni de quinte plus. Ce sera une décision prise par les communistes eux-mêmes qui sont maîtres de leur parti, qui vont élire à tous les niveaux, dans la préparation de ce congrès, leur direction.
M. Autheman : vous êtes candidat ?
A. Bocquet : Non, non ! Au PC, il n'y a pas d'auto-proclamation de candidats. Ça se fait démocratiquement, il y a beaucoup de camarades qui sont capables de prendre des responsabilités.
M. Autheman : Quelle serait le meilleur profil du nouveau secrétaire général ?
A. Bocquet : Je refuse de rentrer dans ce petit jeu des pronostics. Nous discutons actuellement des problèmes de l'avenir de la société française, des grands problèmes qui touchent les gens. Le chômage, la vie de tous les jours qui est difficile. À partir de là, nous allons décider d'ure politique, de nouveaux statuts. Et qui seront mis en débat dans l'ensemble du parti. À partir de cette politique, nous allons élire une équipe, une direction. Cela se fait très simplement, démocratiquement. C'est les communistes qui décident.
M. Autheman : Le PC est à un carrefour ?
A. Bocquet : Le PC existe après toutes ces tourmentes que nous avons vécues à l'échelle internationale, voire au plan national, le PC est bien là, proche des gens. Il lutte avec eux pour que cette société change. Il a l'ambition d'être toujours plus moderne, toujours plus révolutionnaire. C'est dans cet esprit que nous préparons le congrès.
M. Autheman : Vous avez défendu les positions du PC, à l'Assemblée hier.
A. Bocquet : Ce qui sûr, c'est que ce n'est pas un plan pour l'emploi, il va aggraver le chômage. Ce projet est particulièrement dangereux pour le monde du travail. C'est une remise en cause des acquis du monde du travail, des acquis démocratiques conquis de haute lutte. On peut toujours rêver de faire en France, Taïwan ou la Malaisie, sauf que le peuple de France a gagné des acquis importants en 1936, en 1945, en 1968. Et ce sont tous ces acquis-là qui vont être remis en cause si on laisse faire le pouvoir en place.
Vendredi 1er octobre 1993
France Inter
A. Ardisson : Si je dis que vous êtes un communiste orthodoxe, ça vous choque ?
A. Bocquet : Je suis un communiste normal, commun.
A. Ardisson : C. Fiterman conteste l'élection du futur Secrétaire général. Il dit ce matin dans Le Parisien que "c'était moins démocratique que l'élection du Pape."
A. Bocquet : C'est sûr que chez nous il n'y a pas un conclave avec une cheminée de laquelle sort une petite fumée. Il y a un débat démocratique, collectif. G. Marchais a annoncé qu'il ne souhaitait plus être reconduit dans la responsabilité qui est la sienne au lendemain du XXVIIIe congrès. Il l'a fait quatre mois avant ce congrès, c'est dire qu'il a posé la question pour qu'elle soit discutée. Ce sera fait de façon tout à fait démocratique. Ce sont les délégués du congrès qui décideront de la direction de notre parti, mais nous le faisons avec nos nouveaux statuts, avec une forme nouvelle. Il y aura une discussion libre.
A. Ardisson : Vous avez prévu d'adopter différentes dispositions dont la plus spectaculaire est l'abandon du centralisme démocratique.
A. Bocquet : Si aujourd'hui nous voulons mettre au cœur de l'activité des communistes la démocratie, c'est que l'on peut parler du dépassement du centralisme démocratique. Notre ambition est de donner toute la souveraineté à chaque adhérent communiste, de lui donner la primauté, ainsi qu'aux organisations de base.
A. Ardisson : Il y aura des courants, des tendances, plusieurs listes en présence pour l'élection des dirigeants ?
A. Bocquet : L'expérience montre, et dans d'autres formations aussi, que les courants et les tendances c'est le contraire de la démocratie. Je pense même que le PS s'interroge sur la nécessité ces courants.
A. Ardisson : Chez eux c'est le bazar, c'est pas pour cette raison qu'ils s'interrogent…
A. Bocquet : Je me souviens d'un article de M. Delebarre où il parlait des tendances comme des prisons. Je ne suis pas pour les prisons mais pour la démocratie la plus totale.
A. Ardisson : Mais est-ce que la pratique va vraiment changer ?
A. Bocquet : Bien entendu. Elle a déjà changé et elle changera encore. Notre ambition étant d'être un parti toujours plus démocratique.
A. Ardisson : Pourquoi refusez-vous toujours à changer de nom, d'identité ? Ça a pas mal réussi aux Italiens et aux Polonais.
A. Bocquet : Le mot communiste remonte très loin dans notre histoire, c'est un mot bien français.
A. Ardisson : S'il en reste qu'un ce sera le PCF ?
A. Bocquet : Le PCF restera un parti communiste toujours plus moderne, toujours plus révolutionnaire pour affronter les défis de la fin de ce siècle. Si nous voulons changer c'est pour être toujours plus un parti révolutionnaire. Il est tant de changer cette société et elle ne pourra changer qu'avec la mobilisation et la participation de notre peuple dans sa diversité.
A. Ardisson : Vous refusez tout dans le débat sur l'emploi. En ce qui concerne le partage du travail, vous êtes contre ?
A. Bocquet : Ce plan est un plan particulièrement dangereux car il bouleverse totalement tout ce qu'on a acquis du point de vue social dans ce pays depuis 50 ans. Ce plan ne règle pas le problème de l'emploi au contraire il va aggraver l'exploitation des salariés et le chômage. Si le partage du travail ça veut dire diminuer la réduction du temps de travail dans la semaine avec le maintien du salaire, évidemment nous y sommes favorables. Mais on ne s'engage pas dans cette voie, car il s'agit plutôt de partager le chômage aujourd'hui.
A. Ardisson : Est-ce qu'il vaut mieux avoir un emploi avec un chèque-service, un emploi même précaire que pas d'emploi du tout ?
A. Bocquet : Le problème de l'emploi, pour le régler, il faut commencer à utiliser l'argent qui existe, à l'investir dans les industries, dans le développement économique, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui puisque l'essentiel est utilisé pour la spéculation. Il faut choisir : ou spéculer ou investir. Nous, nous sommes pour l'investissement. De l'argent, il en existe, c'est évident.
A. Ardisson : Au parti on vous reproche d'être un peu manichéen, d'avoir une vision des choses trop volontariste et ça ne marche plus dans l'opinion. Car s'il y avait une recette miracle on le saurait…
A. Bocquet : Le problème c'est qu'on applique depuis près de 20 ans toujours les mêmes recettes, on exonère les charges patronales, on apporte des cadeaux fiscaux ou autres au grand patronat, aux grandes sociétés financières et industrielles et l'emploi ne fait que disparaître. Il faut faire autrement, autre chose et nous avons, nous, des suggestions qui partent d'abord des besoins des hommes, de l'intérêt national. À partir de là, nous pensons qu'il y a une autre politique, une autre logique à mettre en place. Même au sein des la majorité des voix demandent d'autres choix. On ne peut pas continuer dans cette voie qui veut qu'on abaisse le coût du travail au nom de la rentabilité, au nom des profits capitalistes, il n'y a pas de limite. Veut-on faire un jour de la France, la Malaisie ou Taïwan ? Nous, communistes nous disons non.
A. Ardisson : Qui a raison à Moscou ?
A. Bocquet : Ce que je constate, dans cette affaire, c'est que le peuple est absent.
A. Ardisson : Il est occupé à survivre.
A. Bocquet : On avait promis l'Eden dans ce pays et on voit où on en est aujourd'hui. En définitive, les transformations démocratiques, sociales, souhaitables en Russie comme ailleurs, ne peuvent se faire qu'avec la participation du peuple. C'est cela la question qui est posée.