Articles de M. Jean-Marie Le Pen, président du Front national, dans "La Lettre de Jean-Marie Le Pen" de juillet 1993 et "Le Figaro" du 19 août 1993, sur les méfaits de l'idéologie "mondialiste" et de l'ultralibéralisme, intitulés "Protégeons nos frontières" et "Pour un nouveau protectionnisme".

Prononcé le 1er juillet 1993

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Média : La lettre de Jean-Marie Le Pen - Le Figaro

Texte intégral

Juillet 1993
La Lettre de Jean-Marie Le Pen

Si le terme "protectionnisme" est aujourd'hui chargé d'un sens négatif, c'est parce-que les idéologues de l'ultra libéralisme ont depuis des décennies travaillé dans ce sens, et n'ont rencontré qu'une très faible opposition.

Le dogme du libre échangisme forcené se trouve pourtant chaque jour un peu plus coupé des réalités. Les conceptions planétaristes, aussi bien en économie qu'en politique, ont abouti dans notre pays à la crise la plus grave et la plus profonde que nous ayons connue depuis longtemps. On nous affirme que la crise est mondiale – ce qui est faux – et que la solution résiderait en un accroissement supplémentaire du libre échangisme – ce qui est coupable.

Aveuglés par leur dogmatisme, les gouvernements successifs se sont révélés incapables de prendre l'exacte mesure de la situation et d'envisager en temps utile les solutions qui s'imposaient.

Dès 1976, dans Droite et Démocratie économique, le Front national démontrait que la crise n'était pas conjoncturelle mais structurelle, et qu'elle tenait en une formule : la perte du monopole industriel par l'occident. Les gouvernements portent donc une responsabilité écrasante : au nom de la libre circulation des personnes et des marchandises, ils ont fait tomber nos frontières, ouvrant notre pays à toutes les importations sauvages de populations, de produits… et de drogue !

Dans le même temps, on "délocalise". C'est-à-dire qu'on favorise l'évasion des forces vives de notre pays, transférant les usines et les bureaux dans les pays où le travail coûte moins cher. Force est de constater qu'aujourd'hui nous exportons mieux nos emplois que nos produits.

Pour un nouveau protectionnisme

Aux politiciens du passé, dogmatiques et irresponsables, nous opposons la force du réel. Qu'on le veuille ou non, le débat essentiel de cette fin de siècle est bien celui de la protection de la frontière, expression concrète de la défense de la nation dans tous les domaines. Pour sauver l'emploi, il faut sauver nos entreprises. Pour sauver nos entreprises, il faut rétablir nos frontières et instaurer un "nouveau protectionnisme". Cette ligne d'action obéit à une idée simple, efficace et nécessaire, qui constitue le véritable fil directeur de la politique que nous proposons depuis vingt ans : la préférence nationale. Maintenir une capacité de production nationale dans les secteurs vitaux, faire consommer en priorité par les Français des produits français, n'a rien d'une aberration. Encore faut-il les y aider par la mise en place de membranes douanières permettant aux produits français de rivaliser avec leurs concurrents d'Amérique du Nord, d'Asie du Sud-est ou d'ailleurs. On ne peut pas dans le même temps prétendre sauver l'emploi, et assassiner nos entreprises en favorisant la concurrence étrangère.

Si les hommes qui nous gouvernent persistent à se révéler incapables de comprendre cette réalité simple, alors ils n'ont aucune chance d'enrayer la décadence de notre pays. Il est donc urgent de se préparer à la relève.

 

19 août 1993
Le Figaro

Le franc a subi une dévaluation déguisée. Ceci doit nous rappeler qu'une monnaie ne se décrète pas, mais se constate, et que sa valeur est le reflet de l'économie du pays concerné. Une économie saine et dynamique sécrète une monnaie solide et forte. M. Balladur, digne héritier de M. Bérégovoy, a "oublié" cette vérité première. Notre politique du franc fort était en carton-pâte.

Cette sortie de fait du SME consacre non seulement la déliquescence de notre économie, mais rend aussi patent l'échec de l'Europe économique de Bruxelles, et impossible toute application du Traité de Maastricht. C'était pour ce mythe monstrueux de Maastricht que la Banque de France dépensait, semaine après semaine, des fortunes pour soutenir artificiellement le franc. Les faits ont mis fin à cette gabegie et sont venus confirmer ce que nous ne cessons de dénoncer, dans le cadre du groupe des droites européennes à Strasbourg, ou en menant d'incessants combats contre les accords de Schengen ou le Traité de Maastricht.

L'idéologie mondialiste, qui veut la fin des peuples et la mort des nations, se sert de l'ultralibéralisme comme outil de destruction. Maurice Allais, dans les colonnes du Figaro, a su, avec talent, montrer combien semblable attitude était suicidaire. Peu d'économistes ont le courage de dénoncer la raison première de la crise que nous traversons. On ne peut tout expliquer par les méchants spéculateurs ou les taux infernaux ! Depuis près de quinze ans, nous affirmons que cette crise n'est pas conjoncturelle, mais structurelle.

En s'évertuant à poursuivre une politique ultralibérale néfaste pour notre pays, les gouvernements successifs ont affaibli outrageusement notre économie. L'Occident a peu à peu perdu la maîtrise du monopole industriel, en cherchant à l'occasion des boucs émissaires avant-hier, le pétrole, supposé être la cause de tous nos maux, hier le dollar, aujourd'hui les taux d'intérêt. À présent, le roi est nu. Notre faiblesse apparait au grand jour.

Dans la guerre économique, nos pays ne peuvent lutter à armes égales avec les petits ou grands dragons des quatre coins du monde. Et pourtant, on ouvre inconsidérément les frontières. La quête exacerbée de gains toujours accrus de productivité débouche sur un chômage en croissance exponentielle. Les pays s'essoufflent dans des guerres fratricides, et à la récession ils n'opposent que des dévaluations à répétition pour essayer de rester dans cette course insensée. Cette logique infernale place monnaies et économies nationales sous la coupe des spéculateurs internationaux. Ceux-ci, pragmatiques, estiment maintenant le franc à sa vraie valeur.

La leçon

Que nous enseignent les événements survenus depuis la réunion de Bruxelles ? Tout d'abord que dans un couple déséquilibré, où l'un est fort, l'autre faible, la rupture est inévitable. Depuis la chute du Mur, en novembre 1989, l'Allemagne est préoccupée par sa réunification. C'est son intérêt premier. On la comprend. Mais ce n'est pas l'intérêt vital de la France. L'Europe de Jean Monnet se trouve battue en brèche par l'Europe de Bismarck. Le refus allemand de poursuivre les efforts pour soutenir le franc à un taux artificiel est logique. Il oblige les technocrates bruxellois à davantage de réalisme. Dorénavant, il faudra concevoir différemment le couple franco-allemand.

Mais c'est surtout le désaveu cinglant adressé aux sectateurs du Traité de Maastricht qui mérite d'être mis en évidence. Les masques sont tombés. Il y a un an, on nous susurrait que Maastricht serait synonyme de stabilité, de sécurité, d'emploi. Il a bien fallu déchanter. La suppression des frontières a un effet accélérateur sur notre décadence. Aucun pays, hormis le Luxembourg, n'est en mesure de remplir les critères exigés pour satisfaire à Maastricht. Les économies sont en récession, le chômage explose, l'immigration déferle, l'insécurité s'accroît, l'inquiétude règne dans des provinces ruinées…

Preuve si besoin était de l'insidieuse perversité de ce projet d'Europe supranationale au service du mondialisme.

Pour redresser notre pays, il y a pourtant des solutions. Encore faudrait-il que nos dirigeants acceptent de renoncer à leurs dogmes et leurs chimères. Nous sommes victimes de notre propre faiblesse, de notre incapacité à nous défendre. Redresser la tête implique que nous mettions en œuvre une politique basée sur l'intérêt national. C'est-à-dire que nous appliquions un nouveau protectionnisme susceptible de donner un regain d'énergie à nos industries et à notre agriculture à bout de souffle. Réhabiliter la frontière n'a rien d'infamant. Cette politique ne doit pas conduire à un repli frileux sur soi, mais doit faire office de membrane, c'est-à-dire laisser passer ce qui est bon et refouler ce qui est mauvais. Revoyons simultanément notre politique budgétaire, réduisons nos déficits chroniques, contenons le libre-échangisme, maîtrisons l'immigration. À ce prix, en ayant jeté par-dessus bord dogmatisme et idéologies, une renaissance sera possible.