Extraits de la déclaration de M. Jean-Marie Le Pen, président du Front national, sur l'esprit de résistance et le rassemblement des Français autour de la notion d'identité nationale, à Grenoble le 15 mai 1993, publiés dans "La Lettre de Jean-Marie Le Pen" de juin 1993.

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Circonstance : Clôture du 7e colloque du Conseil scientifique du Front national à Grenoble le 15 mai 1993

Média : La lettre de Jean-Marie Le Pen

Texte intégral

D'une résistance, l'autre

Pour son VIIe colloque, le Conseil scientifique du FN, en association avec la fédération de l'Isère, avait choisi de prendre à contre-pieds l'idée selon laquelle la droite nationale ne saurait se prévaloir de la période de la résistance. Or l'Histoire n'est pas si simple. En concluant les témoignages et les travaux du colloque, Jean-Marie Le Pen a rapproché le combat national actuel de celui mené contre l'occupant allemand en son temps ; il a aussi lancé un appel à la réconciliation des Français face à l'adversité. "La lettre" a choisi de vous présenter ci-après les principaux extraits de cette importante intervention.

En ces temps où le terrorisme intellectuel ambiant interdit toute réflexion sereine sur l'idée même de résistance, il fallait du courage pour oser bouleverser quelque peu l'ordre établi du "discours autorise".

Plus que toute autre période de l'histoire de notre pays, celle de la Seconde Guerre mondiale, de l'Occupation, de la Collaboration où de la Résistance, puis de la Libération et de l'Épuration semble condamnée à une présentation monolithique et souvent caricaturale, volontiers résumée par une formule sans appel : "Les heures les plus sombres de notre histoire". Toute réflexion approfondie et nuancée sur ces sujets, tout discours ne se bornant pas à répéter pieusement l'hagiographie officielle semble suspect a priori quand il n'est pas tout bonnement interdit.

Courageuse, l'initiative du Conseil scientifique était également nécessaire. Près d'un demi-siècle après la fin des hostilités, même si les bouleversements et les déchirements qu'elle a occasionnés dans de nombreuses familles françaises sont encore sensibles et si toute les blessures ne sont pas encore totalement cicatrisées, la Seconde Guerre mondiale appartient pleinement à l'histoire et nous devons pouvoir porter sur elle le même regard lucide qui nous est permis depuis longtemps sur des époques plus récentes et qui n'ont pas été exemptes de drames, celle par exemple de la décolonisation et des conflits meurtriers qui l'ont souvent accompagnée.

Un regard lucide

L'écrasante majorité de nos concitoyens n'a pas vécu la période de la guerre et de la Résistance. Or nous savons que l'engagement de nos ainés au cours de cette période, quel qu'il ait été, n'a jamais été un choir manichéen entre le Bien et le Mal, mais toujours le fruit d'un écheveau de raisons et de passions beaucoup plus complexe que ce que les propagandistes d'un bord comme de l'autre ont bien voulu laisser entendre.

Le recul que nous possédons nous permet sans doute de voir avec davantage de clarté les enjeux réels des combats et les forces qui étaient alors en présence. Comme dans tout conflit, ce n'est qu'a posteriori que le triomphe du vainqueur final semble inscrit de façon nécessaire dans la trame des événements. Et pourtant, nous savons qu'il n'en est rien, et c'est cela, sans doute, qui force à ce point notre admiration ou au moins notre estime pour ceux qui n'hésitèrent pas à entrer en résistance dès l'été 1940 ou même aussi longtemps que fut crédible la banderole apposée sur l'Assemblée nationale qui affirmait que "l'Allemagne était victorieuse sur tous les fronts".

Avant même toute considération idéologique, cette résistance à l'oppression a au départ été le fait d'hommes et de femmes qui jugeaient insupportable au sens strict du mot que pour la troisième fois en moins d'un siècle, leur pays se trouve attaqué et envahi par le même voisin belliqueux que leurs pères ou leur grands-pères avaient combattu. Les origines intellectuelles et souvent sociales de bon nombre de ces résistants de la première heure témoignent de l'importance de la donnée patriotique de leur engagement. Ne plus voir la France soumise ou condamnée à n'être qu'une province rurale dans une Europe germanisée leur semblait une cause digne de tous les sacrifices.

C'est bien pourquoi ce mouvement ou cette période historique que nous qualifions par commodité de Résistance demeurent, au-delà de la particularité des événements, emblématiques de l'esprit même de résistance tel qu'il s'est manifesté de siècle en siècle tout au long de l'histoire de France. Cette France qui, au fil des siècles, s'est forgé une identité dont nous sommes aujourd'hui les dépositaires et pour laquelle nous nous battons avec la même ardeur que celle qui animait les combattants de l'ombre.

Nous assumons l'histoire de France dans son ensemble, avec ses grandeurs, ses déchirements et ses contradictions, et non pas seulement, comme nos détracteurs tentent de le faire croire, la partie de cette histoire qui satisferait le plus immédiatement nos préférences ou nos engouements. Nous ne cherchons pas à refaire l'histoire ; nous cherchons à la comprendre et nous l'étudions avec soin et honnêteté en vue d'en tirer des enseignements pour l'avenir. Sur l'ensemble des comportements humains qui ont façonné notre histoire, y compris ceux de la dernière guerre, notre position est donc totalement dépourvue d'ambigüité. Nous honorons la mémoire de tous ceux qui se sont engagés pour la sauvegarde de la France et de son identité et nous inscrivons notre action dans leur continuité. Nous combattons au contraire tous ceux qui, aujourd'hui comme hier, ont pour objectif de nous mettre sous la coupe de puissances étrangères, où qui cherchent maintenant à dissoudre notre Identité dans une idéologie mondialisante.

L'esprit de résistance

Il n'est pas inutile de rappeler que notre conception de la nation nous pousse non seulement à accepter mais à dominer les forces contradictoires qui la composent Nous concevons la nation comme une communauté de destin à l'intérieur de laquelle toutes les sensibilités, qu'elles soient religieuses, culturelles ou politiques, doivent pouvoir vivre et s'exprimer pourvu qu'elles n'aient pas pour but la destruction de l'édifice national. C'est dans cette synthèse d'essence sacrée que nous puisons nos énergies. C'est ce qui nous permet de nous fixer comme objectif le rassemblèrent du peuple de France, et non pas seulement d'une partie du peuple. Il n'est pas abusif de dire qu'aujourd'hui, mieux que quiconque, c'est le Mouvement national qui incarne l'esprit de résistance.

Résistance aux pouvoirs politiques, en premier lieu, qui depuis plus de vingt-ans s'acharnent, par un mode de scrutin et des découpages électoraux chaque fois un peu plus arbitraires et injustes, à fausser l'expression de la volonté populaire au profit d'une caste politicienne, creusant ainsi le fossé qui sépare le pays légal du pays réel. Résistance au pouvoir médiatique aussi, qui, par des campagnes de diabolisation alternées de silences absolus à notre égard, véhicule une image on ne peut plus fausse de ce que nous représentons et de ce que nous voulons. Résistance, toujours, à ce qu'il est de coutume d'appeler "nouvel ordre mondial", destiné avant tout à détruire le seul ordre à la fois naturel et culturel crédible, celui de la nation. C'est ainsi qu'il faut comprendre notre opposition à la pseudo-Europe de Maastricht. Certains ont tenté à cette occasion de nous faire passer pour anti-européens. Cela est évidemment faux. À cette Europe qui n'en est pas une mais plutôt un satellite du nouvel ordre mondial, nous préférons l'Europe des nations, c'est-à-dire une concertation des nations européennes en vue de défendre leurs intérêts vitaux.

Résistance au mondialisme

Résistance enfin, et surtout, à l'idéologie dissolvante de l'identité française qui, à grands coups d'intégration de sacs de riz pour la Somalie et de slogans simplificateurs, cherche à tuer dans les écoles l'émergence de tout sentiment national chez nos enfants. Au sommet de l'édifice, la religion des Droits de l'Homme interdit toute forme de référence à l'identité nationale sous prétexte qu'elle pourrait provoquer chez ceux qui ne sont pas concernés un sentiment d'exclusion.

Pour l'heure, nous nageons en pleine utopie mondialiste. Cette idéologie dévastatrice qui pousse à l'assimilation à tout prix, sans se préoccuper du fait que nous sommes en train d'y laisser notre âme, nous sommes les seuls à la combattre. C'est une force considérable et nos détracteurs ne s'y sont pas trompés, qui cherchent depuis des dizaines d'années à assimiler toute référence à la nation à une résurgence du fascisme où même de l'hitlérisme, au mépris de toute vérité et de tout bon sens.

Devant les enjeux colossaux qui nous attendent, l'heure est à la réconciliation nationale. Les déchirements qui ont émaillé le vingtième siècle sur notre sol, qu'ils soient dus aux deux guerres mondiales où aux confins liés à une décolonisation bâclée ont, cernes, laissé des traces. Aujourd'hui, de nombreuses passions s'apaisent et il est de notre devoir d'apaiser celles qui sont encore tenaces. Il nous appartient de combler les fossés artificiels que des politiciens coupables ont creusé entre les Français. Il nous appartient de réintroduire durablement la notion d'unité nationale dans la vie politique française.

Unité nationale

C'est, pour notre pays, une question de survie. Nous retrouverons notre identité ou nous serons balayés par le nouvel ordre mondial. Retrouver notre identité, c'est retrouver le chemin de la puissance, seul rempart possible contre la vassalisation totale de notre pays à l'ordre mondial que l'on cherche à nous imposer. IL n'y a pas d'alternative.

Je suis de ceux qui pensent que l'histoire dont nous vivons aujourd'hui une fantastique accélération, réserve bien des surprises aux manipulateurs coupables qui tentent de nier le fait national. Tous leurs efforts n'ont pas réussi à tuer l'identité française, mais à peine à l'endormir. Il nous appartient de la réveiller, de dissiper les rêves chimériques qu'entretiennent aujourd'hui ses fossoyeurs, et de la rendre à l'incontournable réalité nationale.

Qu'on le veuille ou non, le service de la nation est le seul ciment qui puisse unir durablement les énergies de notre peuple. Nous n'avons pas vocation à diviser les Français, ni à entretenir leurs vieilles querelles, mais au contraire à les rassembler en vue d'un projet grandiose : la renaissance de la France en tant que nation forte, respectée et pacifique. La tâche est herculéenne, mais je sais que nous y parviendrons car il n'y a pas d'autre solution.

En vertu de quelle partisannerie coupable obligerions nous nos enfants à prendre position en fonction des dramatiques événements qui ont déchiré leurs grands-parents ? Au nom de quoi accepterions nous d'être complices de ces divisions artificiellement entretenues jusqu'à nos jours ?

Il est des moments dans la vie des peuples où la menace qui pèse sur leur identité et sur leur survie est telle qu'elle excède toute riposte limitée où partisane. Alors, ceux qui veulent demeurer eux-mêmes, ceux qui possèdent encore l'énergie et l'audace savent oublier les vieilles querelles, faire taire leurs divisions et s'unir.

Face au danger perse, ce n'est pas seulement Sparte qui se couvre de gloire en combattant à mort aux Thermopyles. C'est la Grèce tout entière qui, avec elle, refuse de devenir une satrapie comme les autres et que l'originalité radicale de la culture occidentale naissante retombe dans l'immense indifférenciation de l'Orient.

Face aux cavaliers des steppes qui viennent, au galop de leurs petits chevaux, ravager tout établissement sédentaire et porter la menace jusque sous les remparts de Lutèce, il faut certes les prières d'une Sainte et la bonté de la Providence, mais il faut aussi le sursaut de tout un peuple qui sait que son destin se joue et que l'esclavage ou la mort le guettent.

Face à d'autres cavaliers qu'une foi nouvelle et conquérante conduisait à soumettre, après l'Orient et l'Afrique, une Europe chrétienne que ses divisions pouvaient présenter comme une proie facile, le courage et l'énergie d'un chef hors de pair mais aussi la cohésion du peuple qu'il avait rassemblé dans la lutte, nous ont permis de continuer à vivre à l'ombre de nos clochers et non sous celle des minarets.

Notre responsabilité

Aujourd'hui, face aux ferments de dissolution et aux germes de mort que les idéologies cosmopolites et mondialistes inoculent à notre peuple, nous vivons l'amorce d'un de ces moments cruciaux de l'histoire. Il est de notre responsabilité envers nos enfants de mener cette lutte pour la préservation de notre être avec une énergie et une audace dignes de ces grands exemples. Il nous faut donc, en premier lieu, faire taire les discordes et réussir cette tache de réconciliation nationale. Les enjeux titanesques du XXIe siècle appellent dès maintenant une réponse à leur mesure. Nous y sommes prêts et déterminés.

Reconstruire la nation française en puisant dans son histoire les racines de son identité, elle est la mission qui nous incombe aujourd'hui. Pour cela, nous avons besoin de toutes les énergies, de toutes les compétences et de tous les sacrifices.