Article de M. Pierre Zarka, membre du secrétariat du comité national du PCF, dans "L'Humanité Hebdo" du 4 juin 1998, sur les relations du PCF avec le Gouvernement au sein de la majorité plurielle, la volonté du PCF de représenter le monde du travail, intitulé "Un communisme à usage immédiat".

Texte intégral

Un an gauche après la victoire des forces de gauche sur la droite, l'état de l'opinion présente plusieurs facettes. Un regard sévère sur la droite, sur le capitalisme (un sondage de l'Humanité révélait, le 14 mai dernier, que 53 % des Français éprouvaient de la peur ou de la révolte à son égard) ; un crédit de confiance à gauche mâtiné d'impatience et d'un avertissement à prendre au sérieux : on se souvient que le résultat des listes aux régionales n'atteint pas les 20 % des inscrits. Se mêlent une demande sociale profonde, des manifestations de doute vis-à-vis des partis politiques et - on le voit au sondage que publie cette semaine l'Humanité Hebdo – une attente de résultats concrets de la part de la gauche. Cette attente se mesure à travers une satisfaction de voir des communistes participer au Gouvernement qui coïncide avec le souhait qu'ils se montrent davantage critiques.

Cela renvoie à juste titre aux responsabilité de l'équipe au pouvoir et à la capacité du Parti communiste à porter certaines de ces attentes jusqu'au sein des institutions. Mais quand on sait combien les actes gouvernementaux sont le résultat d'un rapport de forces, d'idées, entre les différents partis de la majorité, certes, mais surtout entre les citoyens eux-mêmes, on mesure que les clés de la situation sont dans ce qu'ils pensent. Or les différences d'opinions porte moins sur la demande : lutte contre le chômage, les inégalités, etc., que sur les solutions à leur apporter. Et c'est de la définition et de l'expression de ces solutions que dépend la capacité du Gouvernement à prendre des mesures nouvelles. Changer la politique implique que les citoyens eux-mêmes se considèrent comme des partenaires incontournables des partis et mouvements et réfléchissent où prendre l'argent, comment créer des emplois, afin de préciser encore davantage ce qu'ils attendent des force de gauche et de progrès. Mais comment devenir de tels partenaires ? Il est de la responsabilité des forces politiques de ne pas prétendre seulement les représenter, mais de leur apporter dans la vie les moyens de connaître les réalités les plus cachées, de construire des solutions et d'agir pour les imposer. C'est cette responsabilité que veut assumer le Parti communiste, permettant au monde du travail d'être considéré comme une force politique à part entière.

Or il existe dans l'opinion deux mouvements contradictoires. Cohabitent le sentiment que le capitalisme est inhumain, mais - y compris à la lumière de l'effondrement de l'Est – qu'il est efficace. Ainsi, le doute s'installe s'agissant de la possibilité pour l'économie de répondre au besoin de justice sociale. Mais ce besoin et l'absence de réponse du libéralisme génèrent en même temps la quête d'une autre conception. Le sondage que publie cette semaine l'Humanité Hebdo révèle quelque chose de profond. Sept ans après la disparition de l'URSS et la mort annoncée du communisme, plus d'un Français sur trois considère que le communisme et le parti communiste français sont nécessaire ; 45 % des Français (49 % pour les plus jeunes, 65 % des électeurs de gauche) pensent que le communisme, en évoluant, a de l'avenir. On peut y lire à la fois une demande de contre poids aux débordements du libéralisme, une demande d'impulsion au sein des forces de gauche, mais aussi l'espoir que puisse exister une autre conception de la société qui ne nous enferme ni dans les drames du capitalisme ni dans ceux qu'ont connus les pays de l'Est. Cet espoir ne renvoie pas au seul domaine du rêve, mais à la recherche de justification de la demande sociale, au besoin d'offrir tout de suite au mouvement social la vision d'une perspective qui valide les raisons de se mobiliser aujourd'hui et, à travers elle, le moyen de fédérer les différentes motivations d'agir.

Or c'est indépendamment de l'existence ou non de l'URSS que les communistes français abordent les problèmes du présent. Leur regard constitutif du communisme part du fait que l'économie c'est d'abord l'homme, du travail, de la formation, de la consommation, de la santé, de l'initiative face aux problèmes, ce qui suppose de la démocratie. Ainsi, ce qui existe aussi bien dans l'opinion que dans les évolutions du Parti communiste français génère des possibilités de rencontres. Elles peuvent créer un dynamique permettant de passer de la victoire électorale de 1997 à des réponses concrètes tant espérées.