Déclarations de M. Philippe Douste-Blazy, ministre délégué à la santé, sur les moyens d'une gestion améliorée des équipements médicaux, Gap le 16 septembre et Paris le 2 novembre 1993.

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Circonstance : Inauguration du plateau technique du centre hospitalier de Gap, le 16 septembre - 41e journée française de radiologie, à Paris le 2 novembre 1993

Texte intégral

16 septembre 1993
Inauguration du plateau technique – centre hospitalier de Gap

Monsieur le député et président du conseil d'administration,
Mesdames et Messieurs les élus,
Madame le directeur,
Mesdames et Messieurs,

Je tiens tout d'abord à vous remercier de votre invitation, et de l'occasion que vous me donnez d'être parmi vous aujourd'hui pour cette inauguration qui marque un tournant dans la vie de votre centre hospitalier.

Votre établissement achève l'opération de reconstruction de son plateau technique qui regroupe un service d'accueil et d'urgence, un service de radiologie doté d'un scanner, des blocs opératoires et salles de réveil, un laboratoire de biologie et un poste de transfusion sanguine.

Je me réjouis, en premier lieu, de voir que cette opération a été réalisée dans des conditions exemplaires.

J'ai pu observer en effet au cours de la visite que les locaux étaient bien agencés, et tout à fait agréable à vivre pour les personnels.

J'ai noté aussi que les travaux ont été réalisés rapidement en 18 mois, et que la maîtrise des coûts d'investissement avait été assurée.

J'ai constaté également avec satisfaction que l'organisation médicale mise en place s'est faite de façon tout à fait harmonieuse entre les différentes équipes.

Aussi, je voudrais adresser foutes mes félicitations à l'équipe de direction ainsi qu'à l'ensemble des personnels médicaux et techniques pour la manière dont ce dossier a été traité.

Cet ensemble est donc mis au service des patients dans les meilleures conditions possibles, ce qui me paraît capital.

Récemment, en effet, j'ai eu l'occasion d'insister sur l'importance de l'accueil dans les hôpitaux, qui reste trop souvent ressenti comme insuffisant, et pour lequel j'entends conduire une réflexion qui devrait déboucher sur les garanties d'un meilleur accueil, en particulier pour les urgences pour lesquelles des efforts importants restent à faire.

Je me réjouis, en second lieu, du fait que cette opération est le fruit d'une réflexion globale et cohérente conduite au niveau de l'établissement et de la région, et de savoir aussi que cette réflexion se poursuit.

Votre établissement souhaite en effet travailler en étroite collaboration avec les grands établissements de cette région que sont le CHU de Grenoble et le CHU de Marseille, mais aussi avec des établissements plus proches que sont les hôpitaux d'Embrun, de Briançon, et de Laragne.

Je partage pleinement ces orientations, et votre volonté de faire de l'hôpital de GAP un hôpital de proximité desservant les besoins locaux et travaillant en complémentarité, selon les cas, avec d'autres établissements de santé.

Ce souci de coordination est fondamental pour assurer une prise en charge cohérente et rationnelle des usagers.

Je voudrais saluer à ce propos le travail accompli par les autorités locales qui ont facilité le déroulement de cette opération en l'approuvant et en participant au financement du surcoût de l'investissement.

Je voudrais aussi profiter de cette circonstance pour vous livrer quelques réflexions auxquelles je tiens tout particulièrement en tant que ministre délégué à la Santé.

Personne n'ignore les investissements importants réalisés pour équiper les plateaux techniques des hôpitaux.

La France dispose aujourd'hui d'un équipement de haut niveau notamment en imagerie avec plus de 500 scanners, plus de 120 IRM, et plus de 570 angiographies numérisées.

Ce potentiel technologique traduit le formidable développement de ces techniques en l'espace de quelques années. Mais ce développement ne pourra se poursuivre que si une utilisation optimale de ces équipements est assurée.

Il n'est guère besoin de rappeler que la progression des dépenses de santé nous impose de gérer plus efficacement nos hôpitaux et leur plateau technique.

Ce contexte nous impose aussi de revoir nos méthodes de travail trop soumises jusqu'à présent à des considérations quantitatives illustrées notamment par la carte sanitaire.

C'est pourquoi, dans ce contexte marqué par la nécessaire maîtrise de l'innovation, trois thèmes me paraissent essentiels.

Premier thème : L'amélioration du traitement de l'information des plateaux techniques.

C'est volontairement que je commence par le thème des informations dont l'importance dans le domaine des soins n'a cessé de croître durant ces dernières décennies.

Or nous sommes bien obligés de constater que le problème actuel et principal du plateau technique est celui de la gestion des informations qu'il produit.

Savons-nous exploiter ces informations, les archiver, les transmettre ? La réponse n'est pas sûre.

Combien de fois recommence-t-on un examen fait peu de temps auparavant ? Très souvent.

Combien d'heures ont été perdues par nos personnels à chercher des résultats d'examens qui n'ont pas suivi la bonne voie ? Beaucoup.

Si nous savions archiver et transmettre, les stratégies diagnostiques gagneraient en efficacité, les examens inutiles seraient évités, et les rapports avec les malades en seraient améliorés et rendus plus humains.

Or il se trouve que techniquement l'archivage et la transmission des informations du plateau technique deviennent aujourd'hui possible à des coûts tout à fait raisonnables.

La France dispose en ce domaine d'une avance technologique certaine avec le minitel et le réseau Numéris. Il serait dommage que cet acquis reste aux portes de l'hôpital.

Je considère pour ma part qu'il est indispensable de mettre à profit ces techniques, car elles constituent une des voies de l'avenir qu'il n'est plus possible d'ignorer tant l'enjeu en ce domaine est essentiel.

Deuxième thème : L'évaluation de la qualité des prestations du plateau technique.

Jusqu'à présent, la politique française en matière d'équipement a reposé pour l'essentiel sur l'homologation et l'autorisation d'installation des équipements. Cette approche ne suffit plus.

Il est essentiel, qu'à côté des procédures réglementaires en cours de définition sur l'évaluation et le renouvellement des autorisations, les professionnels réfléchissent et définissent les critères leur permettant de s'assurer d'une utilisation optimale des appareils tant vis à vis des usagers qu'au regard de la mobilisation des moyens.

J'ai la conviction profonde, en effet, qu'une politique de l'évaluation ne peut réussir que si les professions de santé deviennent les moteurs de son développement.

À cet effet, j'ai récemment indiqué que la création de comités d'évaluation dans les établissements pouvait constituer la réponse appropriée.

Troisième thème : l'introduction de la notion de substitution.

La loi hospitalière, en effet, si elle a prévu des formes originales de substitution dans le domaine des lits et des places, n'a rien envisagé de semblable dans le domaine des équipements lourds et des technologies de pointe.

C'est pourquoi le Parlement sera invité dès la prochaine session à se prononcer sur une disposition qui, si elle est votée, permettra même lorsque la carte sanitaire est saturée, d'installer de nouveaux équipements sous réserve que ces nouvelles installations soient gagées par la suppression d'autres moyens, à un coût identique pour les dépenses sociales.

Cette idée doit permettre à mon sens de poursuivre le mouvement absolument indispensable de modernisation des équipements et des plateaux techniques tout en respectant la contrainte économique qui pèse sur nous, et qu'il nous appartient tous de prendre en compte.

Cette idée doit être aussi l'occasion d'introduire de nouveaux modes de relations basées sur le contrat entre les établissements, l'administration et les financeurs, et sans lesquels il serait vain d'espérer des solutions profondes et durables pour la gestion de notre système de santé.

Permettez-moi une fois encore de vous remercier de vôtre invitation et du plaisir que j'ai à partager cette inauguration.

Je vous remercie

 

2 novembre 1993
41e journée françaises de radiologie

Monsieur le président,
Chers collègues, chers confrères,
Mesdames et Messieurs,

Je tiens tout d'abord à vous dire mon plaisir d'être parmi vous aujourd'hui.

Les journées françaises de radiologie sont une manifestation d'une très grande importance :  importance liée à la qualité scientifique des intervenants, cet illustrée par le nombre des participants.

Et il faut souligner la qualité du travail réalisé par les organisateurs que je tiens à saluer ici. Mais c'est aussi l'occasion pour de très nombreux professionnels, qu'ils soient d'exercice privé ou public de confronter leurs pratiques, leurs préoccupations, leurs projets.

Il s'agit donc aussi d'un véritable forum de la radiologie française.

Nous le savons, notre société change, les progrès médicaux et les besoins de la population évoluent, dans un contexte de crise économique qui met en danger le financement de notre protection sociale.

Nous devons, professionnels de santé, faire évoluer notre système de soins, nos techniques, parfois nos habitudes, afin de faire face à ces défis.

Au centre de ces enjeux, illustration de l'extraordinaire évolution technologique de notre médecine, se trouvent bien sur les plateaux techniques, et les compétences sans cesse accrues que nécessitent leur utilisation, afin de faire pleinement profiter nos concitoyens des progrès médicaux.

Car le plateau technique, c'est certes des machines, mais c'est surtout des hommes et des femmes et c'est pourquoi je suis heureux de vous rencontrer ici, car vous représentez les forces vives de l'imagerie française.

Comme vous le savez, nous vivons en ce moment une véritable révolution.

Les performances des appareils s'améliorent de jour en jour alors que leurs coûts d'installation et d'exploitation se stabilisent ou même baissent en francs constants.

Le plus souvent, ce n'est plus le prix de l'appareil qui est le facteur dominant de son coût social, mais bien ses conditions d'utilisation.

Ce n'est plus pour l'essentiel un problème technique, mais il s'agit désormais d'un problème médical, de stratégie d'utilisation. Ce n'est plus seulement un problème de machines, c'est un problème d'hommes.

Et pour cerner précisément et équitablement les éléments décisionnels de l'installation de ces équipements, nous avons besoin de critères aussi stables que possibles.

Ma conviction est que les critères purement techniques sont très insuffisants et surtout très vite dépassés. Par contre les critères médicaux sont plus stables, plus près des besoins des patients, donc plus utiles, mais aussi plus difficiles à mettre en œuvre. C'est pourquoi il faut trouver ensemble les solutions permettant de faire avancer les choses.

Je souhaiterai aborder ici 3 points qui sont au centre de nos préoccupations aujourd'hui.

La qualité des prestations, la gestion de l'information, la substitution.

Tout d'abord, et parce qu'il s'agit, en tant que professionnel de santé, de notre priorité commune.

La qualité des prestations :

Nous l'avons dit, les machines sont de plus en plus performantes, et ceci quel que soit l'agent physique que vous utilisez :

353 gamma caméra sont installées en France et vous concernent bien sûr du fait de la complémentarité des techniques.

Les rayons X, votre domaine d'élection, évolue intensément avec le développement du scanner ou de la radiologie numérisée. Aujourd'hui, 505 scanners et 571 angiographes numérisés sont installés.

Les ondes de radiofréquence de l'IRM, véritable révolution de ces 10 dernières années, est en passe de pouvoir devenir une technique de routine, 118 imageurs sont déjà installés ou autorisés.

L'échographie, autre révolution de notre époque a pris une place considérable dans les techniques diagnostiques et le suivi de certaines affections. À cette occasion, j'ai le plaisir d'annoncer ici la promulgation très prochaine de la nomenclature de l'échographie qui permet d'actualiser la tarification d'une technique en évolution constante.

Certains d'entre vous se sont spécialisés dans une de ces techniques voire hyper spécialisés dans une partie d'entre elles, ils ont largement participé à faire avancer les techniques rapidement, mais cette approche ne peut pas être la seule, nous y reviendrons.

Parler de qualité doit évidemment nous faire évoquer les critères médicalisés d'un examen efficace, donc bien réalisé.

Ce sont des critères de type scientifique, qui peuvent être publiés et qui doivent être consensuels.

Ils font certes appel aux caractéristiques techniques des machines utilisées, car toutes les machines ne sont pas bonnes pour tous les examens. Mais ils font surtout appel à la façon dont elles sont utilisées par vous, médecins, dans un souci de qualité médicale.

Nous avons besoin de ces critères de qualité.

Deuxième point : la gestion des informations.

Les machines produisent aujourd'hui un nombre d'informations considérable, techniquement très élaborées, et dont la qualité ne cesse de progresser.

Mais l'information produite ne résume pas un examen.

Les informations fournies même avec toutes les garanties de qualité ne sont qu'un élément d'une chaîne complexe.

Vous en êtes conscients depuis longtemps car c'est bien ce qui a amené beaucoup d'entre vous à ne plus raisonner en professionnels de machines, d'agents physiques, mais en spécialistes d'organes, spécialement, dans plusieurs domaines : neuroradiologie, radiologie cardio-vasculaire par exemple. Il s'agit d'une démarche de recherche de performance, positive, mais qui ne peut nous faire oublier, en tant que médecin la nécessaire approche globale du patient.

C'est pourquoi, il faut que vous ayez connaissance des examens déjà réalisés, pour pouvoir bien poser l'indication et bien réaliser l'examen de complément nécessaire. Il faut aussi que vous puissiez conclure qu'un nouvel examen n'est pas utile. C'est une responsabilité purement médicale, et je crois que notre devoir est de tout faire pour l'assumer.

Dans cet esprit, l'accès au dossier d'un patient pour la réalisation d'un examen me parait primordial. Mais pour que vous disposiez de toutes les données techniques, par exemple d'examen antérieurs, les informations du plateau technique doivent être correctement archivées et correctement transmises.

C'est un domaine nouveau d'une importance majeure, et je tiens à vous assurer de mon intention d'appuyer cette démarche.

Troisième et dernier point : la substitution.

Des examens de qualité avec références médicalisées de cette qualité. Des examens convenablement archivés et transmis. Voilà ce que nous devons essayer de promouvoir ensemble.

Mais, les chiffres sont têtus, l'économie incontournable et nous ne pourrons développer les techniques modernes que si leur coût social se substitue à d'autres coûts qui doivent simultanément disparaitre.

Cette substitution est de deux ordres :

D'abord elle est interne, dans vos techniques elles-mêmes, et vous devez savoir éviter les examens les moins utiles pour pouvoir réaliser ceux qui le sont vraiment.

Ensuite elle retentit sur l'ensemble de la pratique médicale, car c'est en grande partie grâce à vos techniques que l'on peut raccourcir l'hospitalisation classique et développer les alternatives à l'hospitalisation.

Il s'agit bien de promouvoir des stratégies diagnostiques et thérapeutiques nouvelles, plus efficientes pour le patient et économiquement supportables.

Il s'agit d'un véritable défi, que nous devons relever ensemble.

Je suis bien conscient que pour ce faire, il vous faut des moyens et je suis bien conscient également des limites du système actuel basé sur les indices de la carte sanitaire.

Mais nous ne pouvons pas agir sans précaution dans un domaine aussi difficile. C'est pourquoi j'ai choisi d'avancer de façon pragmatique grâce à des expériences ciblées.

C'est le sens de l'article 21 du projet de loi actuellement en discussion à l'Assemblée.

Cet article va permettre de mettre en place des équipements soumis à autorisation alors même que la carte sanitaire est saturée mais sous réserve que l'on puisse pratiquer la nécessaire substitution que je viens d'évoquer.

Il faut déterminer ensemble les critères de cette substitution.

Ce sera, entre l'État et les professionnels, une véritable contractualisation médicalisée, que je crois indispensable.

Ensemble, nous allons développer, aussi bien dans le domaine public que dans le domaine privé, des incitations claires à aller dans le sens, des stratégies médicales les plus efficientes, pour l'intérêt de nos patients, de la collectivité et pour l'intérêt de nos pratiques.

Je vous remercie.