Texte intégral
Monsieur le Président,
Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs,
Permettez-moi de vous exprimer ma satisfaction à l'occasion de la conclusion solennelle de la CSCE, événement important pour l'Europe tout entière.
Mes collègues de trente-cinq pays membres ont tenu à être présents ici-même pendant les trois derniers jours de la conférence. Chacun a voulu souligner les progrès accomplis dans tous les domaines de l'Acte final d'Helsinki, vivifiant par là même le processus de la CSCE. Tel était le voeu de la France comme celui de ses partenaires des Douze, ainsi que l'a éloquemment rappelé avant moi le président du Conseil des ministres de la Communauté, mon collègue et ami, M. Ordonez.
Monsieur le Président,
Lorsque s'est ouverte, le 4 novembre 1986, cette troisième réunion sur les suites de la CSCE, nous nous fixions, pour notre part, des objectifs conformes aux ambitions qui avaient inspiré la signature de l'Acte final en 1975. La réunion de Vienne devait ouvrir des perspectives plus larges de coopération et présenter une vision globale des rapports que doivent entretenir entre eux les participants à la CSCE ; elle devait le faire en respectant les principes de globalité, de cohérence, d'équilibre, qui, dès l'origine, caractérisèrent le processus de la conférence. Y sommes-nous parvenus ? Je le crois.
La sécurité, les droits de l'homme, l'information, la coopération économique, font désormais l'objet d'engagements précis ou d'une attention accrue. Des domaines nouveaux, tel l'environnement, vont être abordés de façon concrète. La Méditerranée reçoit, à juste titre selon nous, l'attention qu'elle mérite. Nous avions souhaité faire plus dans le domaine culturel notamment pour la préservation du patrimoine, notre héritage commun : nous en parlerons à Cracovie.
Ce résultat est aussi exemplaire par la démarche d'ensemble et la méthode retenues : chaque réunion de suivi constitue une étape conforme à l'Acte final d'Helsinki, et fait l'objet d'un mandat précis. La même cohérence s'applique aux négociations militaires qui, de l'Atlantique à l'Oural, vont affecter le continent dans son ensemble.
Enfin, le document final respecte les équilibres fondamentaux de l'Acte final dont doit dépendre, dans une large mesure, l'évolution des rapports entre les pays de l'Europe.
Ces nouveaux engagements (auxquels nous venons de souscrire solennellement) ne doivent pas rester lettre morte. Ils peuvent ouvrir la voie à une Europe réconciliée que la France appelle de ses voeux, mais à la condition qu'ils soient respectés par tous et dans tous les domaines.
Or, que constatons-nous ? Au moment où des évolutions spectaculaires ont lieu dans certains pays au nom de l'ouverture et de la transparence – progrès dont nous voulons souligner l'importance pour le développement des relations pacifiques en Europe –, au moment même où les trente-cinq pays de la CSCE sont réunis pour marquer une volonté commune, des événements se produisent ici ou là qui font douter de la volonté de certains et, qui, s'ils se reproduisaient, démontreraient la fragilité des engagements souscrits.
Dès lors, il convient de s'exprimer sans ambiguïté.
Nous voulons – mon pays veut – tendre la main à tous les pays d'Europe, une main fraternelle et loyale. Mais cette main ne saurait servir à voiler les graves manquements au respect des droits de l'homme qui subsistent ou certains comportements qui continuent de ternir notre continent. Ce ne sera pas une main complice.
En cette année où nous célébrons le bicentenaire de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen, la voix de la France se doit de s'élever avec la même force qu'il y a deux siècles pour affirmer que ceux qui défendent les libertés sous toutes les formes ne peuvent être maltraités à cause de cela, qu'ils ont droit à notre respect et à notre solidarité, car ce n'est pas ingérence dans les affaires intérieures d'un Etat que d'exiger le respect des principes auxquels nous avons souscrits en toute souveraineté.
La coopération en Europe ne peut pas être sélective. La France est disposée à développer les interdépendances dans le domaine économique, mais il lui faudra tenir compte du rythme des progrès accomplis dans les autres domaines.
Quels sont donc nos objectifs ? D'abord créer la confiance, première étape sur l'élaboration d'une Europe des solidarités. Or la confiance ne se décrète pas, elle ne peut se construire seulement dans le domaine de la sécurité. Il y faut une dimension humaine.
C'est pourquoi nous serons heureux d'accueillir à Paris la première réunion de la conférence sur la dimension humaine, du 30 mai au 23 juin prochains, voulant faire de cette rencontre un succès, nous en assumerons la responsabilité avec fierté et détermination.
Nous pourrons nous engager plus avant sur le terrain préparé à Vienne. Gardant à l'esprit que la conférence sur la dimension humaine cristallisera, pendant trois ans, l'attention de nos opinions, nous soulignerons la nécessité de progrès dans le respect des libertés.
Dans le domaine de la sécurité, nous avons beaucoup à faire. Je me réjouis de voir s'ouvrir début mars les nouvelles négociations du désarmement. La France fera tout pour qu'elles avancent à un bon rythme.
Parvenir à un nouvel équilibre de sécurité à des niveaux d'armements classiques inférieurs à ceux existants aujourd'hui : empêcher la possibilité d'attaque par surprise ou d'actions militaires de grande envergure, notamment par la disparition des asymétries existantes : établir de nouvelles mesures de confiance pour aller vers une Europe toujours plus sûre, tels sont les enjeux qui doivent nous mobiliser.
Nos pays attendent des résultats rapides, tangibles, durables. L'évolution récente des relations internationales, notamment le dialogue retrouvé entre les Etats-Unis et l'Union soviétique, a fait naître un grand espoir.
Fixons-nous pour priorité d'y répondre. Oeuvrons chaque jour à diminuer les tensions. Nous contribuerons ainsi au dépassement de la division artificielle de notre continent. Travaillons au rapprochement entre les deux Europes.
Monsieur le Président,
Voltaire écrivait : « J'ai toujours considéré l'Europe chrétienne comme une grande république, dont les parties se correspondent. »
L'Europe de la CSCE n'est pas une grande république, mais les pays qui la composent ont convenu de faire progresser partout les règles du droit et le respect des libertés, historiquement liés à la notion de « république ». Enfin, nos trente-cinq pays sont aussi des Etats souverains qui entretiennent les uns avec les autres des relations diverses. D'alliance ou de voisinage, mais qui entendent en maintenir ou en développer le caractère amical et les approfondir dans de nombreux domaines en ce sens, nous avons, entre nous, ces « correspondances » dont parle Voltaire et nous pouvons avoir conscience d'avoir, pendant ces deux années, contribué au bien commun des Européens.
Le rendez-vous que nous prenons aujourd'hui pour Helsinki, en mars 1992, nous permettra de vérifier si l'élan ainsi donné s'est concrétisé.
La CSCE faillirait à sa mission si n'étaient pas respectés les trois primats que sont :
- la protection de l'identité et de la souveraineté de chaque Etat, et ceci vaut d'abord pour le domaine de la sécurité où la politique de bloc à bloc doit disparaître ;
- le développement des solidarités ;
- l'exigence de la défense des droits de l'homme et des libertés.
C'est dans ce sens qu'oeuvrera la France dont chacun connaît l'attachement très ferme au processus et au cadre de la CSCE. Elle agira à cette fin aussi bien à titre national qu'en tant que membre des Communautés européennes, dont elle assumera après l'Espagne, la présidence du Conseil des ministres.
Mon pays attestera ainsi, à cette occasion, combien les Douze, unis par les mêmes valeurs humaines et démocratiques, les mêmes préoccupations de sécurité, restent ouverts sur le monde et en particulier vers leurs voisins européens, à quelque région qu'ils appartiennent.
Grâce à la réunion qui s'achève aujourd'hui, l'Europe et les Européens peuvent aller de l'avant dans leur marche vers une plus grande confiance, vers un avenir plus serein, et cela malgré les combats d'arrière-garde, les anachronismes qui pourront se manifester ici ou là.
Nous avons, nous Français – et nous ne sommes pas les seuls –, de grandes ambitions pour l'Europe. Nous osons à peine les formuler, pour n'effaroucher personne. Il faudrait, pour qu'elles puissent être entendues et mieux comprises, que la confiance entre nous soit encore mieux assurée. Conservons ces ambitions dans nos coeurs et travaillons sur la base du document de Vienne, à développer cette nécessaire confiance qui permettra de nouveaux développements de notre coopération et un avenir que nous ne pouvons pas encore imaginer.
Pour conclure, Monsieur le Président, je me permettrai de remercier à nouveau tous ceux qui ont contribué au succès de cette réunion : au secrétaire exécutif de la conférence, aux coordinateurs et aux pays non alignés qui ont accompli un ouvrage discret, tenace, mais dont nous apprécions aujourd'hui les effets bénéfiques à toutes les délégations qui, tout en négociant jusqu'au dernier moment, ont su montrer la souplesse indispensable pour accepter les compromis décisifs. Enfin, mes voeux vont au gouvernement et au peuple autrichien pour leur accueil et leur contribution à nos travaux, mais aussi au gouvernement et au peuple finlandais dont nous serons heureux, une fois de plus, d'apprécier la chaleureuse hospitalité. Montrons-nous dignes de l'espérance qui est mise en nous par l'humanité entière.
Je vous remercie, Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs, de votre attention.