Interview de M. Claude Evin, ministre de la solidarité de la santé et de la protection sociale, à Antenne 2 le 2 février 1989, sur le dépistage de la toxicomanie et sur la cherté de certains médicaments.

Prononcé le

Intervenant(s) : 
  • Claude Evin - Ministre de la solidarité, de la santé et de la protection sociale

Média : Antenne 2

Texte intégral

Q. : Sur le principe, êtes-vous pour ou contre le dépistage de la drogue de certaines entreprises ?

R. : Sur le principe je ne suis pas favorable au dépistage de la drogue systématique. Je viens d'ailleurs de saisir mon collègue du travail pour attirer son attention sur les conditions qui doivent entourer tout dépistage dans les entreprises. La 1re condition, c'est l'accord de l'individu mais aussi la garantie de l'anonymat et que l'on donne le résultat à l'individu lorsqu'il est connu. Il y a au moins conditions à respecter mais un tel dépistage doit s'entourer de conditions liées au code du travail.

Q. : Réserver un médicament même cher à un dialysé sur 10 amène les malades les plus fortunés à s'approvisionner en Suisse. Trouvez-vous ça normal ?

R. : Sur l'ensemble des dialysés de notre pays on compte à peu près 18 000 dialysés en France, seuls 10 % ont un besoin urgent. Il a d'abord été décidé de donner à ceux qui en avaient le plus besoin. Mais une évaluation médicale sera faite, les conditions de distribution de ce médicament seront médicales. Il s'agit de répondre à la demande de santé de la population. C'est ma priorité. Il est nécessaire d'entourer cette priorité de précautions sur le plan économique. Mais je veux d'abord répondre aux besoins de santé de la population.

Q. : Mais est-ce que ça veut dire que si un médicament est très cher seuls certains malades pourront en profiter ?

R. : C'est déjà le cas en ce qui concerne l'AZT, la cyclosporine, les hormones de croissance et c'est vrai que c'est un des problèmes de notre société dont nous allons avoir à traiter au cours des prochaines années. Je ne veux pas d'une médecine de riches et d'une médecine de pauvres, c'est-à-dire que ce médicament soit mis sur le marché dans une libre concurrence et qui ferait que la sécurité sociale ne pourrait pas garantir la prise en charge de ce médicament.