Interview de M. Philippe Séguin, président du RPR, dans "La Dépêche du midi" du 4 juillet 1998, sur le projet de réforme du scrutin pour les élections européennes et le rôle du RPR dans l'opposition.

Prononcé le

Intervenant(s) : 

Média : La Dépêche du Midi

Texte intégral

La Dépêche. – Jospin vient de retirer son projet de réforme du scrutin des européennes. Quel est votre commentaire ?

Philippe Séguin. – L'un des grands problèmes de ce Gouvernement, on le sait depuis le départ, tient à l'absence de cohérence de sa majorité. Une coalition électorale efficace n'est pas forcément une coalition politique viable. Je ne voudrais pas que l'hôpital donne l'impression de se moquer de la charité mais, justement, ayant quelque expérience en la matière, je crois pouvoir discerner les ferments de division chez les autres…

La Dépêche. – Est-ce l'occasion d'une relance de l'opposition ?

– C'est au pied du mur que l'on voit le maçon. Ou qu'on on ne le voit plus. Or, même parmi les défenseurs les plus enthousiastes des fusions les plus insensées, dès qu'il s'agit d'avancer concrètement sur la voie de l'union de l'opposition, on ne trouve plus grand monde.
Il suffit que les prébendes, les titres, les statuts des uns et des autres paraissent menacés pour que les plus volontaires deviennent velléitaires. Nous avons, du coup, quelques difficultés à faire L'Alliance. Il y a des gens dont je pensais qu'ils allaient manier la truelle qui restent assis sur le bord du chemin. Ce n'est pas une raison pour ne pas continuer. Au contraire.

La Dépêche. – Comment, dans ces conditions, exercer son métier d'opposant ?

– En contestant et en contre-proposant. Mais nous ne sommes pas encore audibles. Je me réjouis beaucoup pour la France qu'il y ait une embellie économique. Mais il faut bien reconnaître cela ne nous crée pas des circonstances politiques favorables. D'autant que nous sommes devenus l'opposition en raison d'une erreur de diagnostic sur l'évolution économique. Nous avons perdu et les socialistes bénéficient de l'embellie. Cela exaspère doublement notre électorat.

La Dépêche. – Quelles sont vos perspectives les plus immédiates ?

– Puisque nous avons du temps devant nous, il faut en profiter pour s'organiser, se structurer et tenter de construire un mouvement politique moderne. J'entends par là, nous interroger sur le rôle que doit jouer un parti aujourd'hui. Est-ce un club de supporters ? Une machine à gagner des élections ? Ou est-ce d'abord un relai entre les responsables et les citoyens ? Quant au RPR, s'il veut survivre, il doit accomplir sa mue. D'autant qu'il y aurait quelque paradoxe à ce qu'il soit uniquement une machine à gagner les élections présidentielles. Alors que nous sommes dans des institutions où les présidentielles se jouent directement entre le candidat et le peuple.

La Dépêche. – Le RPR n'est pas toujours en phase avec le chef de l'État. Ressentez-vous le besoin de clarifier la règle du jeu ?

– Nous vivons une cohabitation d'un type nouveau. Un scénario pour lequel nous ne possédons aucune référence. Il s'agit en somme d'une cohabitation de croisière et non plus de transition. Cela n'est pas sans conséquences. Le chef de l'État est contraint de rechercher dans certains domaines des compromis, des positions communes avec le Premier ministre. Le devoir de l'opposition est, quant à lui, inchangé : il est de s'opposer. Il faut donc veiller à ce qu'il n'y ait pas de contradiction avec les positions du chef de l'État, que nous soutenons. Disons qu'il faut aller vers le même objectif mais pas forcément par le même chemin.

La Dépêche. – Vous avez évidemment constaté que Messieurs Chirac et Jospin se tirent l'un l'autre vers le sommet des sondages.

– Le caractère absurde de la situation est illustré par le fait que l'addition des cotes de popularité de l'un et de l'autre donne un total supérieur à cent. J'essaie de comprendre la satisfaction des Français. Les optimistes y voient l'expression d'un consensus. Moi, j'y verrais plutôt un effet de leur scepticisme vis-à-vis de la chose publique.

La Dépêche. – Croyez-vous à des législatives anticipées ?

– En matière institutionnelle, les conséquences de certains événements sont souvent durables. À ceux qui seraient tentés de manipuler les dates des échéances, je rappellerai que nous avons un électorat qui a pour la dissolution des sentiments dépourvus d'aménité… On a connu cela dans le passé.

La Dépêche. – Vous êtes un fin connaisseur de football. Ce Mondial est-il un événement exemplaire ou un divertissement surmédiatisé ?

– En dépit de ses débordements d'occasion – Toulouse sait de quoi je parle – le football est souvent la meilleure des choses. C'est une valeur universelle. Je fais souvent la comparaison entre la FIFA et l'ONU. Si l'ONU avait le quart de l'autorité de la FIFA, le monde serait en paix. Même l'Église catholique ne réussit pas cette unité. C'est pour ça d'ailleurs que je récuse l'utilisation de la vidéo par les arbitres ! Le foot est universel. Si vous avez la vidéo, vous n'aurez plus l'universalité. Ce qui est extraordinaire, c'est que la finale du Mondial au Stade de France et le petit match dans la prairie africaine, ce sont exactement les mêmes règles.