Texte intégral
C'est ici que la guerre froide a commencé. Ici, à Berlin, en 1948. Pour s'achever ici, à Berlin, en 1989. À quarante ans de distance, il est hautement symbolique que nous nous retrouvions devant ce monument, qui commémore la plus formidable cassure qu'il ait connue depuis l'empire romain. Symbole d'autant plus fort, que nous sommes ici, à peu de distance de l'endroit où se dressait le mur, sa figure de pierre, jusqu'à ce jour du 9 novembre 1989 où la nuit allemande a pris fin.
Le blocus de Berlin, le monde en connaît les prémisses. Afin d'encourager et d'accélérer la constitution d'un État allemand à l'Ouest, les alliés américains, britanniques et français ont préparé une réforme monétaire dans les trois zones occidentales de Berlin. Le Deutsche Mark voit le jour ; cette réforme a des conséquences politiques ; la Russie soviétique perd toute influence sur l'Allemagne, à l'exception de sa zone propre.
Dès le 23 juin 1948, les Soviétiques bloquent les routes entre l'Allemagne de l'Ouest et Berlin-Ouest. Le blocus de Berlin commence. Il durera onze mois.
Le pont aérien, on en connaît l'extraordinaire réussite humaine et technique. Deux allers et retours et une tonne de vivres, par jour et par avion. À la fin de l'année 1948, 4 500 tonnes par jour. Au printemps 1949, 8 000 tonnes. Un avion toutes les deux minutes ! Le souffle des avions, c'était le souffle de la liberté, le regard des pilotes, l'action des contrôleurs, le rôle des Berlinois, c'étaient des actes de liberté.
Le pont aérien galvanisa véritablement des opinions publiques occidentales en proie au doute, à la peur, au manque et qu'on croyait bien à tort au bord du renoncement. Berlin devenait le symbole du monde libre. Berlin, dans laquelle survivaient deux millions 300 000 Allemands libres était, véritablement, redevenue une ville occidentale.
Ce sont, d'ailleurs, les Berlinois eux-mêmes qui contraignirent les Soviétiques à mettre fin au blocus. Travaillant vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sans une heure de répit, parcourant à pied une ville en ruines, les Berlinois firent, de leur ville conquise, une cité élue.
Staline s'était trompé. Il s'était trompé sur la capacité de riposte de ses anciens Alliés. Il s'était trompé sur la capacité de résistance et de courage des Berlinois. Il s'était peut-être, plus simplement, trompé sur lui-même.
La victoire du pont aérien fut définitive le 12 mai 1949. Le président Truman pouvait dire – je le cite : "Berlin avait servi de leçon à tous". Un nouvel État allemand, l'engagement décisif des États-Unis d'Amérique pour la sécurité de l'Occident, le Pacte de l'Atlantique nord sont nés, directement, de la crise de Berlin. Enfants de la guerre froide, ils sont, surtout, les résultats du courage, de l'audace, de la ténacité. Berlin a été pendant ces huit mois le lieu d'une résistance ; à Berlin a commencé ce que d'autres ont poursuivi plus tard, en refusant la terreur et l'oppression du monde totalitaire.
De cette ère qui s'ouvrait, ici, en 1949, et qui s'est achevée quarante ans plus tard, l'histoire retient, déjà, quelques signes. Pendant toutes ces années, nous avons été unis, pour défendre et protéger cette ville unique, cette ville frontière, cette ville insulaire. Le monde sait que l'Occident aura été fidèle, à Berlin, à la parole donnée.
Berlin n'est plus, aujourd'hui, une capitale de l'Allemagne en attente – eine deutsche Hauptstadt im Wartestand – mais elle est redevenue, par la volonté du peuple allemand, la capitale de l'Allemagne unie. La capitale d'un État libre, démocratique, européen.
Ce peuple et cette ville, ce sont le peuple et la ville qui, en ces mois si longs, ont donné au monde une belle leçon de volonté et d'espoir, au nom de ces millions d'hommes au-delà du mur qui ne pouvaient plus l'exprimer.
En ce jour où les armées alliées quittent une ville qu'ils ont défendue, qu'ils ont protégée, qu'ils ont aimée, la France partage aujourd'hui la joie de ses amis allemands.
Elle avait ressenti comme sa propre blessure le blocus de cette grande ville d'Europe. Elle ressent comme une fête, de mémoire et de courage, la belle rencontre d'aujourd'hui.
Il n'y a plus de blocus, mais il reste une fraternité à proposer ensemble autour de nous.
Il n'y a plus de mur, mais il reste en Europe des conflits qui nous assaillent.
Il n'y a plus de servitude, autour de Berlin, mais il reste une Europe, plus large et plus forte à construire.
Pour chacun d'entre nos pays, pour chacun d'entre nos peuples, la liberté reste un combat. Et ce combat n'est jamais achevé.
C'est le sens de la belle phrase de Goethe lorsqu'il disait : … "das wir nicht enden können, macht uns gross !"