Déclaration de Mme Simone Veil, ministre des affaires sociales de la santé et de la ville, sur l'importance de la presse médicale notamment pour la formation continue des professionnels de la santé, Paris le 28 juin 1994.

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Intervenant(s) : 
  • Simone Veil - Ministre des affaires sociales, de la santé et de la ville

Circonstance : Assemblée générale du syndicat national de la presse médicale et des professions de santé, à Paris le 28 juin 1994

Texte intégral

Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs,

Je suis particulièrement heureuse d'être présente parmi vous à l'issue de vos travaux annuels. Vous avez, Monsieur le Président, indiqué l'importance de votre syndicat, par le nombre, la qualité et la variété, quant à leur objet et à leur périodicité, des publications qu'il rassemble et qui ont en commun la lourde tâche d'informer les professions de santé.

D'informer et de former, avez-vous d'emblée judicieusement ajouté, tant il est vrai que l'information ne trouve sa véritable noblesse que par la volonté dans laquelle elle s'inscrit, d'éclairer ses lecteurs, en développant leur capacité de réflexion et en favorisant le progrès des connaissances.

Ce qui est vrai pour la presse d'information générale l'est à fortiori pour une presse spécialisée comme la vôtre, s'adressant à tous ceux qui œuvrent quotidiennement, par leurs activités de soins, d'enseignement et de recherche, à préserver au mieux la santé de leurs concitoyens et à permettre à d'autres qu'eux, demain, de prendre le relais en médecine de ville ou à l'hôpital.

L'accélération du rythme des progrès de la science, la complexité et la spécialisation croissantes des connaissances, la nécessité pour tous les acteurs du système de santé de mieux se comprendre et de mieux comprendre les enjeux économiques et sociaux et leur profession, dans le cadre de la maîtrise médicalisée des dépenses, n'ont fait que renforcer le rôle des publications que vous représentez.

Leur contribution à la diffusion des découvertes des chercheurs et des médecins de notre pays, en France et à l'étranger, comme à l'échange d'informations entre collègues sur les pratiques médicales et paramédicales au quotidien, à leur synthèse et à leur évaluation, est essentielle.

Vous avez fort justement distingué les revues de mise au point et les revues scientifiques spécialisées. Les premières s'adressent à tous les médecins français et francophones : elles jouent un rôle primordial dans la formation continue et dans la diffusion de la médecine française dans les pays francophones et leurs responsables doivent en être remerciés.

En dépit de leur très bon niveau, reconnu par la communauté scientifique dans notre pays, les secondes, qui sont le support de la recherche biomédicale, clinique et fondamentale, son insuffisamment reprises par l'index international des citations. L'anglais est en effet devenu la langue scientifique véhiculaire parlée, ou au moins lue, dans tous les pays : on peut le déplorer, mais c'est ainsi.

Je salue donc l'initiative, réaliste et efficace, prise par certaines revues, de publier une édition bilingue, qui permet aux travaux de recherche français de bénéficier ainsi de la plus large diffusion à l'étranger.

Dans tous les pays francophones ou proches de la culture française qu'il m'a été donné de visiter, la demande de journaux français, écrits dans notre langue, m'a été faite de façon pressante, que ce soit au Vietnam, en Afrique subsaharienne, au Maghreb, en Amérique latine, dans certains pays d'Afrique de l'Est ou au Moyen-Orient.

Il faut donc faciliter cette diffusion, aujourd'hui pénalisée par des considérations économiques. Vous venez de m'exposer les efforts que vous déployez pour les surmonter et je m'engage à vous apporter mon soutien dans toute ces initiatives, pour résoudre au mieux les difficultés que vous rencontrez.

Mais je voudrais revenir sur un sujet qui vous est qui m'est particulièrement cher, celui de la formation continue médicale. Un récent rapport de l'Inspection général des Affaires sociales a – comme c'est son rôle – souligné les imperfections et relevé les dysfonctionnements de cette formation, telle qu'elle est actuellement organisée sur un mode conventionnel.

Ce constat est d'ailleurs partagé, semble-t-il, par l'ensemble des parties concernées. Il appartient évidemment à la Profession de réformer ce qui doit l'être : mon ministère ne peut que s'efforcer de rapprocher les points de vue.

C'est ainsi que j'ai souhaité que plusieurs tables rondes, organisées ces derniers mois à mon initiative, permettent ce rapprochement autour de quatre objectifs : l'unification des associations de formation en une fédération qui soit l'interlocuteur unique du ministère ; la clarification et la transparence de la validation et de l'agrément des actions de formation ; le rééquilibrage de la représentation de chacune des parties intéressées dans les instances existantes ; enfin, la mise au point de mécanismes propres à inciter le plus grand nombre possible de médecins libéraux et hospitaliers à suivre une telle formation.

Cet effort de concertation n'a pu, à ce jour, aboutir à des solutions acceptables par tous : je ne peux que souhaiter que ces rencontres reprennent et que, dans les semaines qui viennent, les médecins mesurent l'importance d'une telle réorganisation.

En tout état de cause, la presse médicale a un rôle essentiel à jouer dans la formation médicale continue, tant du généraliste que du spécialiste.

Comme vous je souhaite que la rédaction d'articles pédagogiques, de mises au point diagnostiques ou thérapeutiques, soit prise en compte au même titre que les articles scientifiques dans l'évaluation des candidats à un poste hospitalier ou hospitalo-universitaire.

La rédaction de tels articles doit faire partie de la charge d'enseignement de nos universitaires. Elle ne saurait être négligée et doit venir en complément de l'enseignement théorique et pratique dispensé à l'hôpital et à la faculté.

Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs, je sais pouvoir compter sur vous, dans cette mission qui vous incombe, et que, comme M. Jourdain faisait de la prose, vous exercez si naturellement au quotidien : je forme aujourd'hui le vœu que vous l'accomplissiez demain délibérément, dans un cadre plus vaste, et avec une vision plus claire des objectifs à poursuivre. Pour ma part, croyez bien que j'entends continuer à m'employer à dégager de ce qui l'entrave une voie essentielle, celle de l'information et de la formation des professions de santé.