Texte intégral
La déclaration de Jean-Marie Le Pen
Voici le texte intégral de la déclaration de Jean-Marie Le Pen à l'issue du scrutin :
Ce scrutin démontre que les partis de l'établissement ont subi un échec certain. C'est l'explosion du système que nous avions annoncée en d'autres temps, la désintégration des partis de l'établissement.
Beaucoup de forces se sont unies pour diaboliser soit ma personne soit le Front national lui-même. Mais elles ont été incapables d'endiguer la montée des idées dont nous étions les précurseurs et les porteurs.
Aujourd'hui, les valeurs sur lesquelles le Front national a fondé son action depuis plus de vingt ans conquièrent des parts entières de plus en plus nombreuses de l'opinion de notre pays. Et il faudra bien additionner ces voix-là pour se rendre compte de l'importance du scrutin d'aujourd'hui.
Ce qui est certain, c'est que la recomposition du paysage politique français est en train de s'accomplir sous nos yeux et que dans d'autres scrutins, avec d'autres atouts, avec d'autres moyens plus égaux que ceux de ce scrutin-là, le Front national montrera qu'il est capable d'organiser autour de lui le redressement de l'État et la renaissance de la France.
Interrogé ensuite par TF1 sur le résultat de la liste de Philippe de Villiers, Jean-Marie Le Pen a répondu : "Philippe de Villiers a été en quelque sorte notre représentant de commerce, notre VRP. Sa campagne était sur la défense des mêmes valeurs que celles du Front national. Son programme était pratiquement calqué sur celui du FN. Et il ne faut pas se tromper de perspective. Philippe de Villiers n'est pas un homme nouveau. Ce n'est pas un phénomène nouveau. Il faut analyser les résultats dans le cadre d'une désintégration des partis politiques de l'établissement, de l'UDF-RPR et du parti socialiste. Et ces résultats prouvent d'autre part l'implantation, l'enracinement du mouvement national dans la vie politique française. Les cartes vont être redistribuées, notamment pour l'élection présidentielle, où les rivalités de ces deux camps vont éclater de manière beaucoup plus visible, et où les Français pourront savoir quel est celui qui est capable de mener le pays sur la voie d'une nécessaire renaissance.
Juin 1994
La lettre de Jean-Marie Le Pen – N° 199
Au soir du 12 juin, depuis Saint-Cloud, Jean-Marie le Pen a remercié les millions de militants et d'électeurs d'avoir accordé leur confiance à la liste "Allez la France !". Désormais, 11 députés européens frontistes siègeront au Parlement de Strasbourg, contre 10 en 1989.
Éditorial : Recomposition
Le 12 juin au soir, il n'y a pas que les idées reçues qui ont volé en éclats.
Le PS, conduit par un fantomatique Michel Rocard, a été laminé. La liste chèvre-chou du Gouvernement emmenée par Dominique Baudis s'est piteusement affaissé bien au-dessous du seuil fatal des 30 %.
Le Parti Communiste, lui, poursuit son inéluctable déclin. Le Système, comme je l'ai déjà annoncé, continue de se décomposer, libérant des ambitions nouvelles et des percées aussi fulgurantes qu'éphémères.
Criblé de dettes et de procès, traînant mille casseroles qui tintinnabulent allègrement à ses basques, figure emblématique de la "gauche d'affaires", épigone de la non-France, Bernard Tapie, qui, depuis des mois, occupe la une de tous les médias, a momentanément évité le pire à la gauche en captant un électorat beur et contestataire. Culotté comme un marchand de poudre de perlimpinpin, comédien, acrobate, il est un cirque à lui tout seul et réussit à faire prendre aux gogos des vessies pour les lanternes. Numéro d'esbroufe qu'il ne peut cependant accomplir sans l'appui discret de l'Élysée, et surtout sans la complaisance des médias.
Cette bienveillance médiatique, Philippe de Villiers aussi en a été l'heureux bénéficiaire lui qui, outre les très gros moyens financiers mis à sa disposition, reçut dans les derniers jours de la campagne un solide coup de main de son ami Charles Pasqua, pas fâché de jouer les trouble-fête dans la majorité en perspective des présidentielles. Jouant à cache-cache avec Dominique Baudis, "un coup je suis dans la majorité, un coup je n'y suis pas", il a "surfé" sur l'ambiguïté. Mais son résultat prouve de manière éclatante à quel point les idées du Front national correspondent aux attentes du peuple français. En effet, et c'est probablement le principal enseignement de ce scrutin, les idées nationales ont d'ores et déjà conquis le cœur de 25 % de l'électorat. Subsistent néanmoins quelques questions. Philippe de Villiers siégera-t-il à Strasbourg ? Avec qui ? Comment votera-t-il ? Sera-t-il prêt à des alliances ? Quand lèvera-t-il le doute ? Plus tôt sans doute qu'on ne le croit, et qui lui-même n'y tient.
Garder le cap
Dans ce maelstrom, le Front national continue sa route en gardant son cap. Pour une fois, les journalistes ne sont accordés à nous reconnaitre un certain crédit. Éclipsés le soir des élections par les deux comètes Tapie et de Villiers, toutes deux parées des charmes de la nouveauté, et en dépit de l'occultation médiatique et de la diabolisation à outrance dont nous sommes les victimes, nous avons réussi le petit tour de force d'accroître le nombre de nos représentants au Parlement européen.
Mais le plus important n'est pas là. Il faut constater que des recompositions majeures sont en cours. Les grands appareils s'essoufflent, principalement parce que, en dépit des moyens colossaux mis à leur disposition, ils ne tiennent plus un discours crédible ni compréhensible par nos concitoyens. Les listes en marge de l'Établissement, au moins apparemment, se sont taillées un franc succès. Il leur reste maintenant à faire la preuve de leur hostilité réelle au système conspué. Comment se comporteront-ils dans les mois à venir ? Nous, nous attendons sereins que se lance la campagne présidentielle, seule capable d'opérer le vrai changement dont a tant besoin notre pays. En quelques mois, la situation peut s'accélérer, les événements se bousculer. L'Etablissement est en faillite. Mais sont-ce des personnages comme Tapie ou de Villiers qui sont susceptibles d'apparaître comme des recours crédibles aux yeux de nos contemporains ? Certes non. D'abord parce qu'ils n'ont ni programme, ni ossature militante. Le vote médiatique a ses limites. Les électeurs s'en apercevront vite. Et ils comprendront bientôt que seul le Front national incarne une authentique volonté et une vraie capacité de changement. Pour nombre d'entre eux, voter pour Tapie, de Villiers, les chasseurs et les pêcheurs, a constitué un acte de rupture avec l'ordre établi. Ils sont entrés dans un sas, ils ont franchi un pas. À nous d'aller les chercher pour les conduire au bout de leur raisonnement. Ils finiront bien par voter Front national. Il nous reste 10 mois pour les en convaincre. Notre progression sera à la hauteur de notre ténacité.
Décomposition politique
Les leçons du 12 juin
Plus aucune force politique ne dépasse seule les 15 % des suffrages. Tous les espoirs sont donc permis pour le 1er tour des présidentielles.
Le résultat des élections européennes a pu décevoir certains amis du Front National, qui attendaient mieux que la stagnation enregistrée. Plus que jamais pourtant, la France a besoin du Front National et de ses solutions et l'on ne peut être qu'impatient de voir enfin triompher les idées incarnées par Jean-Marie Le Pen, seules capables d'assurer la renaissance de notre pays.
Notre résultat électoral ne doit cependant pas être interprété avec pessimisme. Il est en effet le fruit de circonstances qui sont ailleurs pleine de perspectives favorables.
Concurrence
En premier lieu, il faut constater que le Front national a parfaitement résisté à la concurrence qu'il a subie de la part de la liste Villiers dans les milieux bourgeois et de la part de la liste Tapie dans les milieux populaires, alors même que ces deux challengers ont bénéficié de moyens financiers considérables et d'appuis médiatiques de premier plan. Dans ce contexte difficile, la liste de Jean-Marie Le Pen a même gagné un siège par rapport à 89 et a progressé dans 22 départements. Ce résultat démontre donc une fois de plus la solidarité de notre électorat qui reste fidèle en toute circonstance.
En second lieu, le Front National a connu lors de cette élection une progression tout à fait spectaculaire de l'audience de ses idées dans l'opinion publique. En effet le programme présenté par M. de Villiers pendant sa campagne n'est autre qu'une partie du programme du Front tel que nous le défendons depuis des années. Il convient donc d'ajouter aux voix du Front celles de la liste "L'autre Europe" pour mesure concrètement l'impact de nos idées nationale dans la société française. Celles-ci représentent maintenant près de 25 % de l'électorat.
25 % potentiels
Si M. de Villiers avait obtenu moins de 5 % des voix, cela aurait été très inquiétant pour la progression à venir du Front National, car cela aurait signifié que ses idées ne portent pas, même lorsqu'elles sont diffusées avec de gros moyens financiers et le soutien des médias et des institutions. Le score conjoncturel de M. de Villiers est donc la preuve que le Front National a bel et bien devant lui un potentiel électoral d'au moins 30 % des voix. Et le fait que 12 % de l'électorat du RPR et de l'UDF aient adhéré à ces idées le temps d'une élection européenne constitue un premier pas vers le ralliement à venir au Front National. M. de Villiers joue à cet égard le rôle de sas de passage entre l'UPF et le Front.
En troisième lieu cette élection aggrave considérablement la situation de la classe politique institutionnelle. Le RPR et l'UDF n'ont rassemblé dans ce scrutin qu'environ 13 % des électeurs inscrits et le PS guère plus de 7 %. Les profondes divisions qu'ont créées à droite et à gauche MM. de Villiers et Tapie marquent une nouvelle étape dans la désagrégation progressive de l'établissement. Or cette "balkanisation" de la classe politique ne peut être que profitable au Front National qui représente en dehors de la classe politique la seule force durable, enracinée et structurée capable d'incarner une authentique alternative.
Ajoutons en effet que le courant électoral provoqué par M. de Villiers au bénéfice de sa liste pourra difficilement déboucher sur une construction politique durable capable de répondre aux aspirations de ses électeurs. Si Villiers rompt avec l'établissement, il sera en but aux attaques virulentes et aux procès en diabolisation que celui-ci ne manquera pas d'engager contre lui. Et il ne sera pas suivi, loin de là, par la majorité de ceux qui ont voté pour lui aux européennes et qui restent encore pour beaucoup liés, par légitimisme mal placé, au RPR et à l'UDF.
"Balkanisation"
En revanche s'il reste au sein de l'établissement, l'ambiguïté, voir la duplicité de sa démarche, ne pourra qu'apparaitre clairement et provoquer la déconvenue chez ses sympathisants. Comment en effet le député de Vendée pourrait faire prévaloir ses idées telle la réforme du traité de Maastricht, en restant au sein d'une majorité qui conduit une politique exactement inverse ?
Ces élections européennes jettent donc les bases d'une évolution à l'italienne de la scène politique française : d'un côté la déstabilisation croissante d'une classe politicienne usée et corrompue, de l'autre la montée des idées nationales. C'est sur ses bases prometteuses que le Front National va lancer prochainement sa campagne présidentielle. Face à un système politique en voie d'implosion, notre puissance militante et nos convictions fermes nous ouvrent bien des perspectives…
Bruno Mégret, Délégué général du FN, Député européen