Point de presse de M. Alain Juppé, ministre des affaires étrangères, sur les positions françaises et russes sur le conflit yougoslave, le contrôle de l'armement irakien et le développement d'un partenariat entre la Communauté européenne et la Russie, Paris le 17 novembre 1994.

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Circonstance : Entretien de M. Juppé avec M. Andrei Kozyrev, ministre russe des affaires étrangères, en visite à Paris le 17 novembre 1994

Texte intégral

Mesdames et Messieurs, c'est avec grand plaisir que j'ai accueilli, ce matin, mon ami Andrei Kozyrev pour cette première séance de travail Je dis bien première séance de travail, puisque nous avons tellement de choses à nous dire que nous avons décidé de nous revoir ce soir, vers 19 h 30, avant le dîner que je donnerai ce soir en l'honneur de monsieur Kozyrev et de sa délégation.

Nous avons ce matin abordé pour l'essentiel deux grandes questions: la question de la Bosnie et la question de l'Irak

Sur la Bosnie, tout d'abord, nous avons constaté la très grande proximité de nos analyses et également échangé nos raisons d'inquiétude. Il nous apparait nécessaire de clarifier la situation pour savoir si nous sommes tous toujours sur la même ligne, à savoir celle d'un règlement pacifique du conflit par l'acceptation du plan de paix élaboré à Genève. Dans cette perspective, il nous est apparu utile, je dirais même nécessaire, que le groupe de contact puisse se réunir au niveau ministériel dans les prochains jours ou les prochaines semaines, en tout cas dès le début du mois de décembre

En ce qui concerne l'Irak, nous avons constaté, pour la Russie comme pour la France, que la récente décision de Bagdad de reconnaître le Koweït dans les termes prévus par la résolution 833 du Conseil de sécurité constitue un fait nouveau et important dent la communauté internationale doit tenir compte.

Nous pensons également que si la coopération de l'Irak avec la Commission spéciale du Conseil de sécurité pour l'application des plans de contrôle de l'armement irakien à long terme se poursuit, il faudra, là aussi, progresser et envisager à terme, après une période de quelques mois, les conditions dans lesquelles pourraient être appliqué le paragraphe 22 de la résolution 687.

Voilà les deux grands sujets de discussion que nous avons eus ce matin et je voudrais dire à nouveau combien je me suis réjoui de cet échange de vue très amical avec monsieur Kozyrev.

Q. : Avez-vous discuté de la cohabitation entre l'OTAN et la CSCE ? Cette cohabitation ne se présente pas sous son meilleur jour. Avez-vous discuté de la possibilité de modifier les structures existantes ? Avez-vous réfléchi aux moyens de mettre en place une structure nouvelle dans le cadre d'un vaste modèle de sécurité sur notre continent ?

R. : Je voudrais simplement dire que la France attache une importance tout à fait essentielle à l'instauration et au développement d'un partenariat entre la Russie et la Communauté Européenne. Il ne doit pas y avoir – Andrei Kozyrev a raison de le dire – de césure, de séparation, de nouveaux partages entre blocs. C'est dans cet esprit que nous assumerons notre présidence pour faire vivre l'accord de partenariat qui a été signé. Nous sommes également disposés, cela va bientôt arriver, dans les premiers jours du mois de décembre, à soutenir des propositions permettant de renforcer le rôle de la CSCE. Nous pensons, enfin, que l'Alliance atlantique garde tout son rôle et toute son actualité à condition qu'elle fonctionne, là aussi, dans un esprit d'ouverture comme nous l'avons montré dans le partenariat pour la paix.

Il nous faudrait énormément de temps pour approfondir toutes ces questions, donc je suis sûr que nous allons vous décevoir en vous disant que maintenant nous sommes obligés de nous séparer. Je reverrai donc ce soir Andreï Kozyrev et vous signale que nous nous reverrons également, vendredi matin, c'est à dire demain matin, avec Douglas Hurd qui est à Paris pour le sommet franco-britannique qui se tiendra à Chartres. Nous aurons un petit déjeuner de travail à trois, ce qui nous permettra d'approfondir un certain nombre de questions que nous avons évoqués aujourd'hui et que nous évoquerons ce soir.


Propos du ministre des Affaires étrangères, M. Alain Juppé, à l'issue du petit-déjeuner avec le ministre russe des Affaires étrangères, M. Andreï Kozyrev, et le secrétaire britannique au Foreign Office, M. Douglas Hurd (Paris, 18 novembre 1994)

Mesdames et Messieurs, j'ai été très heureux de profiter de la présence simultanée à Paris de Douglas Hurd et d'Andreï Kozyrev pour organiser ce petit déjeuner qui nous a permis d'aborder deux points essentiellement. Tout d'abord, vous vous en doutez, la situation dans l'ex-Yougoslavie et tout particulièrement en Bosnie. Nous sommes tombés d'accord pour souligner l'absolue nécessité de garder l'unité du groupe de contact, de réaffirmer notre détermination à faire accepter par toutes les parties le plan de paix que nous avions élaboré à Genève. C'est dans cet esprit qu'il nous apparaît maintenant nécessaire d'organiser dans les jours ou les semaines qui viennent, une nouvelle réunion au niveau ministériel du groupe de contact, précisément pour réaffirmer notre unité de vues sur la ligne que je viens de rappeler.

Nous avons aussi abordé la question de la sécurité sur le continent européen, tout particulièrement dans la perspective du prochain Sommet de la CSCE à Budapest au début du mois de décembre et nous sommes convenus qu'il importait de renforcer cette organisation qui est le seul Forum paneuropéen associant des puissances, d'ailleurs, extérieures à l'Europe, vous le savez. Nous allons donc travailler ensemble dans les prochains jours pour voir quelles. propositions concrètes nous permettront de donner à la CSCE une existence renforcée et des moyens renforcés dans le rôle qui est le sien de contribuer à la paix, à la stabilité de notre continent. Voilà un résumé rapide mais, comme vous le savez, je dois dans un instant prendre la route avec Douglas Hurd pour rejoindre Chartres où va se tenir le Sommet franco- britannique. Vous comprendrez donc que nous avons très peu de temps pour répondre à vos questions

Q. : Les Américains continueront-ils à participer aux travaux du groupe de contact ?

R. : Comme vient de le dire Douglas Hurd, les informations ou les contacts que nous avons eus avec les Américains depuis quelques jours nous donnent à penser qu'ils sont toujours sur cette ligne. J'ai reçu hier, vous le savez, M. Tamoff qui avait été dépêché à Paris par Warren Christopher et qui m'a redit la même chose : les États-Unis n'ont pas changé, m'a-t-il assuré. Ils continuent de rechercher d'un règlement pacifique dans la ligne de ce qui avait été décidé à Genève.