Message de M. François Léotard, ministre de la défense, pour la Fête nationale du 14 juillet 1994.

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Circonstance : Fête nationale du 14 juillet 1994

Texte intégral

Il y a, dans l'histoire des hommes, des dates, des événements, des lieux qui laissent leur empreinte, qui imposent le respect. Bien vite, les faits eux-mêmes s'effacent, s'estompent et puis s'oublient. La mémoire collective l'emporte sur l'histoire ; les noms deviennent des symboles ; ils passent au mythe fascinant de ce qui ne change jamais.

Le 14 juillet est de ceux-là. Il appartient à la République, à la Nation et à notre peuple.

À ce peuple, s'il doute, s'il s'interroge, si le trouble lui vient, ce sont ces mots qu'il faut inlassablement lui répéter le jour de la fête nationale, c'est le jour de l'unité des Français, d'où qu'ils viennent, quoi qu'ils fassent, quoi qu'ils pensent. Le jour du peuple décidé, dressé, debout.

C'est notre peuple, qui, il y a cinquante ans, a refusé la défaite et l'humiliation, chassé l'occupant et ses séides, tendu la main à ses alliés. Résistants et libérateurs, civils et militaires, France Libre et France combattante, soldats de métropole et Armée d'Afrique. Ils ont, ensemble, composé une belle culture de la victoire. Ils ont, ensemble, prouvé par le sacrifice que la nation venait du sang reçu et du sang versé. Ils ont, ensemble, bien mérité de la patrie.

Aujourd'hui, la République, rassemblée autour de ses soldats, rend hommage à ceux qui, hier, l'ont libérée et ont rendu à la France son rang. L'histoire de la nation, l'histoire de l'État, l'histoire de l'armée, si souvent confondues dans leur commune origine, vivent et défendent la belle unité de la République. C'est la pérennité de notre peuple, c'est sa mémoire et son histoire qui nous réunit.

Demain, si par malheur l'épreuve survenait, le Peuple français saurait se dresser et, pour peu que le but soit noble et grand, vaincre à nouveau, car la défense de la liberté, du droit, de la dignité de l'homme valent tous les sacrifices. Tous les sacrifices et le sacrifice de tous c'est la grande leçon de 1944.

Il en est une autre, ardente nécessité qui rend juste notre cause, légitimes nos ambitions, impérieux, notre devoir la construction de l'Europe de la défense, au service de la paix.

Autour de ces valeurs universelles, que l'on doit, pour une bonne part, au génie de notre pays, se forme et se construit une belle identité européenne. C'est l'honneur de la France que de s'y consacrer, surtout quand les menaces, les tensions redoublent et nous assaillent.

En ce jour de la liberté, de l'unité, de la nation, cinquante ans après la résistance et la Libération, nous avons l'occasion de clamer, avec force et à bon droit, notre appartenance au monde libre ; d'œuvrer pour que notre continent, si souvent tourmenté dans son histoire, retrouve la paix d'unir dans une même volonté française le politique, le diplomate et le soldat.

Nous avons, aussi, le devoir d'exprimer avec fidélité une pensée reconnaissante et fraternelle à tous nos soldats, engagés au service de la paix, dans des opérations extérieures, en Afrique et sur tous les continents.

Ce n'est qu'au prix de cette fidélité, comme l'avait dit le Général de Gaulle à Oxford le 25 novembre 1941, que nous parviendrons à « ...construire un ordre tel que la liberté, la sécurité, la dignité de chacun y soient exaltées et garanties au point de lui paraître plus désirables que n'importe quels avantages offerts par son effacement. On ne voit pas d'autre moyen d'assurer en définitive le triomphe de l'esprit sur la matière. Car, en dernier ressort, c'est bien de cela qu'il s'agit. »