Articles et interviews de M. Jean-Marie Le Pen, président du Front National, parus dans "La Lettre de Jean-Marie Le Pen" et "National Hebdo" des 1er et 15 septembre 1994, sur l'intégrisme islamique en France, la fête des Bleu-Blanc-Rouge, les prochaines élections présidentielles et municipales, la liberté de la presse, l'armée, la situation de la FORPRONU en Bosnie.

Prononcé le 1er septembre 1994

Intervenant(s) : 

Circonstance : Université d'été du Front National à La Baule du 29 août au 2 septembre. Fête des Bleu-Blanc-Rouge à Paris les 17 et 18 septembre 1994

Média : La lettre de Jean-Marie Le Pen - National Hebdo

Texte intégral

1er septembre 1994
La Lettre de Jean-Marie Le Pen – N° 202

Nis fis, ni FLN !

"Au nom de la liberté et de la démocratie, on donne asile aux ennemis de la liberté et de la démocratie". En ces termes, le Président tunisien Ben Ali affirmait début août que la France servait de base arrière au terrorisme intégriste.

Nous connaissons les responsables de cette situation. Tous les gouvernements, depuis la guerre d'Algérie, ont favorisé, puis toléré l'immigration algérienne en France. Nous n'avons cessé de prévenir les Français des risques que comportait cette folle politique. À cause de cela, nous avons été traînés dans la boue, diabolisés et même, par le biais d'un mode de scrutin scandaleux, exclus de la représentation parlementaire.

Aujourd'hui, le fait est là : les poudrières que les gouvernements successifs ont laissé s'installer sur notre sol sont à deux doigts d'exploser. Une redoutable menace terroriste pèse sur notre pays, doublée d'un risque d'affrontements sanglants entre partisans du FIS et du FLN dans des cités où, depuis longtemps, les forces de l'ordre sont persona non grata.

Il ne faut pas se leurrer : les contrôles d'identité dans Paris et l'arrestation du terroriste Carlos ne sont que gesticulations médiatiques, destinées à faire croire aux Français que le gouvernement prend des mesures fermes. Si le ministre de l'Intérieur voulait vraiment agir, alors pourquoi ne pas effectuer les contrôles "à la source", c'est-à-dire dans les cités où se concentrent les véritables menaces ? Pourquoi, sur les 600 étrangers contrôlés en situation irrégulière, n'en avoir effectivement expulsé qu'une vingtaine ? Pourquoi, si ce n'est par impuissance ?

Gesticulations médiatiques

Il faudrait également qu'on nous explique en quoi l'arrestation d'un ancien terroriste, "logé" comme on dit dans le jargon par tous les services secrets du monde, et donc réduit de fait à l'inactivité, peut empêcher les terroristes islamistes d'accomplir en France leur sinistre besogne.

Cela fait vingt ans que la DST court après Carlos. Faudra-t-il le même délai pour arrêter les terroristes d'aujourd'hui ?

Le vrai problème, celui dont découlent tous les autres, chômage, insécurité, …répétons-le sans nous lasser, c'est l'immigration.

Les enjeux de l'année politique qui s'ouvre sont considérables. Les élections, présidentielle et municipale, vont fournir aux Français une des toutes dernières chances d'en finir avec l'irresponsabilité de la politique menée depuis des décennies par les partis de l'Établissement. En ce qui nous concerne, nous nous lançons dans la bataille dès la rentrée, dès notre grande fête de Bleu-Blanc-Rouge qui aura lieu, comme l'année dernière, sur la pelouse de Reuilly à Paris, les 17 et 18 septembre. Il faut que cette manifestation prenne cette année une ampleur exceptionnelle. Je compte sur votre mobilisation et votre présence effective !

Jean-Marie Le Pen

 

15 septembre 1994
National Hebdo

Grande fête des Bleu-Blanc-Rouge

Samedi 17 et dimanche 18 septembre sur la pelouse de Reuilly

Les 17 et 18 septembre, pour la quatorzième fois, nous allons nous retrouver dans une ambiance de ferveur et de fraternité française à l'occasion de la traditionnelle fête des Bleu-Blanc-Rouge.

Que de chemin parcouru depuis les premières éditions de ce rassemblement d'automne, alors que les socialistes venaient de s'installer à l'Élysée et que la vague rose déferlait sur la France pour son malheur et accélérait fortement les processus de décadence entamés sous le septennat précédent ! Le succès toujours grandissant de notre fête, le caractère institutionnel qu'elle a pris dans le calendrier politique de notre pays peuvent remplir d'une légitime fierté ceux qui ont été les inventeurs et les organisateurs de ce rendez-vous annuel de la France courageuse et volontaire.

Mais l'heure n'est pas aux bilans, aussi satisfaisants soient-ils, ni aux retours nostalgiques en arrière. C'est vers l'avenir qu'il faut résolument tourner nos regards et vers les combats qui nous attendent. Les mois qui viennent vont voir se dérouler deux élections capitales qui devront mobiliser toutes nos énergies. La présidentielle, qui est l'élection majeure de notre Constitution, et les municipales, qui sont les élections où la proximité directe et pour ainsi dire charnelle avec les élus est la plus évidente. Elles vont nous permettre de peser de tout notre poids sur les choix décisifs qui engageront notre pays pour les décennies à venir.

À la présidentielle, l'ampleur du vote en faveur du candidat du Front national confirmera de façon éclatante que nous n'avons pas chassé du pouvoir les socialistes en 1993 pour que la même politique soit continuée, sous une autre étiquette, par des hommes politiques plus polis, certes, mais tout aussi inaptes à résoudre aucun des immenses problèmes qui se posent à la France : chômage, immigration, insécurité, fiscalisme, laxisme généralisé, corruption politique, perte du sens des valeurs morales. Ne nous y trompons pas : l'immobilisme du gouvernement sur tous ces dossiers urgents n'est pas de la prudence, mais de l'impuissance. Et prenons garde : en perdurant, cet immobilisme se changera insensiblement en cet engourdissement qui précède la mort. Notre succès au printemps doit sonner le réveil.

Le chemin parcouru par notre mouvement depuis les précédentes municipales va nous permettre, au mois de juin, de renforcer notre présence dans toutes les villes où nous sommes déjà et sans doute d'en conquérir quelques-unes, mais aussi de faire une entrée en force dans les conseils municipaux des villes qui ne nous connaissent pas encore. Sans être parfait, le mode de scrutin de ces élections ne permettra pas aux magouilleurs de voler à nos électeurs des sièges auxquels ils auront droit.

C'est sans doute au niveau local que la démocratie peut le mieux résoudre les problèmes quotidiens des citoyens. Nous sommes bien décidés à en administrer la preuve.

Mais pour construire ces succès, il nous faudra, toute cette année encore, travailler, militer, convaincre, illustrer par notre vie et par nos actes la justesse de nos vues et de nos propositions. Tant il est vrai que toujours et partout, c'est l'exemple vivant qui constitue la meilleure éducation !

Samedi 17 et dimanche 18 septembre, au seuil de cette année bien chargée, nous allons tous ensemble, sur la pelouse de Reuilly, nous retrouver. Ce doit être plus qu'une simple veillée d'armes, et la joie et la fraternité doivent régner sans partage sur ces journées.

Venez-y les plus nombreux possible. Amenez-y votre famille, vos proches, vos amis, vos relations de travail ou de voisinage, tous ceux aussi qui ne partagent pas encore notre idéal mais dont vous pensez qu'ils souhaitent le renouveau de notre patrie. Et montrez-leur pendant ces jours de fête que le vrai visage de Front national n'est autre que le visage de la France.

J.-M. Le Pen

 

15 septembre 194
La Lettre de Jean-Marie Le Pen

Éditorial

Le sommet et la base

C'est vers l'avenir qu'il faut aujourd'hui tourner nos regards et tendre toutes nos énergies.

Les hasards du calendrier vont faire se succéder exceptionnellement, à quelques semaines d'intervalle, les deux élections capitales que connaît notre démocratie : celle qui permet de conquérir le pouvoir à la base ; celle qui, au sommet, confie à un homme le soin d'incarner la volonté du peuple français et de donner corps aux buts qu'il s'est choisis.

Le premier tour de l'élection présidentielle est fixé au 23 avril. Sauf imprévu, nous avons donc deux cents et quelques jours pour travailler à rassembler autour de nous tous les Français attachés à leur identité, pour les convaincre de donner leur suffrage au candidat du Front National. Nous n'avons pas chassé du pouvoir les socialistes en 1993 pour que la même politique soit continuée sous une autre étiquette, comme elle l'est aujourd'hui. Aucun des immenses problèmes qui se posent à la France : chômage, immigration, insécurité, fiscalisme, laxisme généralisé, perte du sens des valeurs morales, n'a encore trouvé de solution. Ne nous y trompons pas : cet immobilisme du Gouvernement n'est pas de la prudence, mais de l'impuissance. Et prenons garde s'il devait durer, cet immobilisme se changerait rapidement en cet engourdissement fatal qui précède la mort. Notre succès massif au printemps doit sonner le réveil.

Immobilisme = impuissance

Les élections municipales auront lieu au mois de juin. Elles vont nous permettre de renforcer notre présence partout. Avec elles, une chance extraordinaire s'offre à nous d'administrer la preuve que, contrairement aux partis de l'Établissement, nous sommes capables de résoudre de la façon la plus concrète les problèmes quotidiens qui accablent nos concitoyens.

Mais pour construire ces succès, il nous faudra, pendant les mois à venir, travailler, militer, convaincre. Il nous faudra faire preuve des vertus de l'homme d'action : l'énergie et le courage, bien sûr, mais aussi la fidélité et la discipline. Certains, peu nombreux, mais boursouflés de vanité ou avides d'avantages personnels, viennent de nous quitter, incapables de comprendre le sens et la noblesse de ces mots, incapables de l'abnégation que requiert le service du peuple de la France. Faut-il vraiment le regretter ? Comme un organisme qui croît se débarrasser de ses peaux mortes, un mouvement plein de vie doit savoir se séparer de ceux qui n'y mènent plus qu'une existence parasitaire. Qu'importe, puisqu'il a avec lui les rudes forces de la santé et de la jeunesse conquérante !

Tous ensemble, nous allons cette année inaugurer le Renouveau de la France.

Jean-Marie Le Pen


Entretien

La Xe Université d'Été du Front National portait sur le thème "Pour un septennat Le Pen". Le président du Front National s'est exprimé, pour "National Hebdo", sur "Les enjeux de la fin du siècle".

Nous en reproduisons ici quelques extraits significatifs.

National Hebdo : En consultant les thèmes de réflexion abordés au cours de ces journées, on voit que le premier de ces enjeux est pour vous la "mémoire". Or ce mot est sans doute aujourd'hui l'un des plus galvaudés, essentiellement porteur de négativité parce qu'il sert de moteur au dénigrement de notre passé proche et de notre histoire en général. Quel sens lui donnez-vous ?

Jean-Marie Le Pen : Lorsqu'on veut tuer un peuple, on le coupe de ses racines, on le pousse à l'oubli de son histoire, on détruit ses traditions qui sont autant de points d'ancrage dans son passé le plus profond, et on lui fabrique une mémoire artificielle. C'est précisément ce qui arrive aujourd'hui au peuple français.

Combien d'enfants dans les écoles savent que nous allons bientôt célébrer le quinzième centenaire de la naissance de la France en tant que nation ? Combien se retrouvent dans l'esprit d'aventure, de conquête, de dépassement de soi, qui a fait la grandeur des peuples européens depuis la plus haute antiquité ? Très peu, car les maîtres ne l'enseignent plus.

La mémoire courte

Les tenants de l'idéologie officielle de cette fin de siècle cherchent à nous imposer un "devoir de mémoire courte", dont l'horizon se limite aux événements qui ont déchiré notre continent, il y a cinquante ans. Un cinquantenaire chasse l'autre, de façon à occuper le terrain jusqu'au second tour de l'élection présidentielle, en mai 1995.

"L'enjeu de la mémoire" tel que nous le définissons vise à renouer avec la plus longue mémoire de notre peuple. Nous n'avons pas pour autant la volonté d'oublier notre histoire récente. Au contraire, nous l'inscrivons dans une perspective plus large, plus profonde, c'est-à-dire plus proche du réel.

En en faisant le premier thème abordé au cours de l'Université d'Été du Front National, nous donnons, à notre façon, la réplique à ceux qui revendiquent l'exclusivité du devoir de mémoire. Et nous affirmons bien haut que notre peuple n'a pas à rougir de son histoire…

National Hebdo : Passons maintenant à l'enjeu géopolitique.

Jean-Marie Le Pen : Oublier les leçons du passé est en politique, et principalement en politique internationale, une erreur impardonnable. Tant que nous avons été puissants en Afrique noire et dans le Maghreb, nous avons pu éviter de tels drames. Mais, à la suite d'une décolonisation bâclée, la puissance a cédé le pas à l'humanitaire. Il est clair que la France ne sait plus se faire respecter sur le continent africain et le gouvernement actuel n'a, dans ce domaine, rien à envier à ses prédécesseurs socialistes.

Voulons-nous une France forte et respectée ou une éphémère terre d'asile pour tous les affamés du monde ? Mon choix est fait…

National Hebdo : Enjeu démographique, enjeu culturel, n'est-ce-pas lié ? Plus de passé, un avenir bouché, la natalité devenue sur notre sol l'apanage des populations étrangères et considérée, hors frontière comme un critère de sous-développement : qui peut, dans ce contexte, avoir encore le désir de faire des enfants ?

Jean-Marie Le Pen : Je suis persuadé que la redécouverte par les Français de leurs véritables racines culturelles peut aider notre peuple à retrouver le chemin de la natalité. Face à l'idéologie du petit bonheur qui pousse de nombreux jeunes ménages à ne pas faire d'enfants sous prétexte que leur confort s'en trouve affecté, il y a la véritable nature du peuple gaulois, enfouie aujourd'hui sous l'idéologie dominante, mais qui ne peut manquer de resurgir à l'heure de la plus grande détresse.

La nature des Gaulois

Il est clair que la pérennité de notre culture est étroitement liée à la survie de notre peuple. Sans peuple, pas de culture. Sans culture pas d'identité, pas de peuple. Il est clair également que l'idéologie officielle, dont le rapport avec notre véritable culture est loin d'être évident, tend à provoquer le suicide démographique et culturel de notre peuple.

Si l'INSEE voulait bien se fendre d'une petite enquête sur la natalité des Français, je pense qu'on trouverait chez les électeurs du Front National un taux de natalité supérieur à la moyenne. Mais peut-être sont-ils non seulement plus lucides que les autres, mais aussi plus convaincus de la force de la volonté d'entreprendre. Quand il y a une volonté, il y a toujours un chemin. Peut-être aussi leur reste-t-il ce qui a disparu chez les autres, c'est-à-dire un vieux fond de notre véritable culture populaire…

National Hebdo : L'enjeu des médias et des libertés. Deux mots qui devraient aller de pair et qui, aujourd'hui, sont devenus antinomiques. Peut-on fixer des critères à l'objectivité ? Si vous étiez le Président de cette fin de millénaire, quelles mesures prendriez-vous vis-à-vis des médias ?

Jean-Marie Le Pen : Je ne crois pas à l'objectivité en matière de presse. Tous les journalistes le savent, il n'y a pas de traitement objectif de l'information. Ce qui manque à la majorité de la presse française, à défaut d'objectivité, c'est l'honnêteté.

La presse française vit sous une triple tutelle : économique par le biais de la publicité, politique par le biais des subventions gouvernementales, et juridique avec les lois liberticides Pleven et Gayssot.

Pour l'affranchir de sa tutelle économique, il faut limiter la publicité, non pas, comme c'est le cas actuellement, à un pourcentage par rapport à la partie rédactionnelle qui conduit les journaux de l'Établissement à publier n'importe quoi pour "faire du volume", mais à une surface fixe. Outre qu'elle permettrait une meilleure répartition de la manne publicitaire sur l'ensemble des titres, y compris les nôtres, cette mesure provoquerait une augmentation de la qualité des journaux, pour le plus grand profit des lecteurs comme des annonceurs.

Il faut également vendre la presse à son prix. Il n'est pas normal qu'un journal soit vendu à la moitié de son coût de fabrication. Qui paye commande. C'est le lecteur qui doit commander et non les quelques directeurs des centrales d'achat publicitaires.

La tutelle politique ne peut être levée que par la suppression des subventions gouvernementales directes ou indirectes. Ces subventions ne parviennent même pas à maintenir en vie une presse qui n'est plus adaptée aux besoins de ses lecteurs. Elles sont payées par les contribuables, et je dois dire que je ne suis pas très heureux, en payant mes impôts, de contribuer au financement de journaux communistes ou mondialistes.

Il faut enfin rétablir la liberté d'expression en abrogeant les lois Pleven et Gayssot.

National Hebdo : Enjeu économique, enjeu social, là encore l'un ne va pas sans l'autre. Quelle place reste-t-il à la France, en Europe et dans le monde ?

Jean-Marie Le Pen : La forme d'organisation socio-économique en vigueur chez ceux qui prétendent gouverner le monde vise à broyer les peuples par l'instauration de la division internationale du travail. La technique est simple diviser pour régner. Si aucun pays au monde n'est capable de fabriquer une voiture par ses propres moyens, celui qui règne est celui qui maîtrise les échanges internationaux de composants. C'est ainsi que l'on détruit des pans entiers de notre économie, pour favoriser des importations dont nous aurions fort bien ça nous passer.

Retour à la nation

Le retour à la prospérité n'est possible que dans le cadre de la nation. Il faut retrouver les équilibres sociaux détruits par une politique industrielle alliant gigantisme et irresponsabilité. Nos "300 mesures pour la renaissance de la France" apportent dans ce domaine un éclairage que les médias se sont bien gardés de commenter lors de sa parution.

National Hebdo : L'enjeu des présidentielles, enfin, qui nous renvoie au titre : "Pour un septennat Le Pen". Les thèmes que vous défendez, ceux du Front National, ont profondément imprégné la vie politique de ces dix dernières années. Pensez- vous que les Français en tireront la leçon ?

Jean-Marie Le Pen : En politique, les basculements semblent s'opérer brutalement mais sont toujours le résultat d'un très long travail d'imprégnation. La situation semble souvent longtemps stagner, parfois régresser, à tel point que certains perdent confiance, et subitement un événement surgit qui modifie en profondeur, le cours de l'histoire.

Il est vrai qu'au cours des dix dernières années, nos idées ont profondément imprégné la vie politique, ou plutôt la façon de voir d'une partie importante de la population française, car les gouvernements et les partis, eux, n'en tiennent compte qu'en période électorale. Le chemin parcouru est peut-être encore supérieur à ce que nous pouvons imaginer. Nous sommes probablement à la veille de bouleversements considérables, et nous sommes prêts pour la relève.

Propos recueillis par M.-C. Roy

 

15 septembre 1994
National Hebdo

Le Pen : refaire une armée pour la France

L'opinion publique rejoint la politique traditionnelle du Front national sur la nécessité d'une armée de métier. Et le président du Front national insiste surtout sur la nécessité de définir des missions militaires en fonction d'une diplomatie nationale cohérente.

National Hebdo : Selon un sondage récent, 85 % des Français se déclarent ouvertement en faveur de l'armée de métier. Cet alignement de l'opinion publique sur les thèmes du Front national en matière de sécurité et défense vous semble-t-il positif et riche d'enseignements ?

Jean Marie Le Pen : Oui, sans aucun doute, car il prouve que les Français considèrent avec sérieux l'apparition de nouvelles menaces sur l'avenir de leur pays. La multiplication des interventions sur les théâtres d'opérations extérieures ces dernières années, l'effondrement de l'empire soviétique et l'apparition de nouvelles puissances difficilement contrôlables ont accru le sentiment d'insécurité dans le monde dangereux qui est le nôtre.

Aussi, dans son programme de gouvernement intitulé "300 mesures pour la renaissance de la France", le Front national a clairement mis en évidence que face aux menaces permanentes et aux menaces nouvelles auxquelles elle a à faire face, seule une armée puissante peut être garante de notre souveraineté. Or, à l'évidence, l'armée française est à reconstruire et la conscription est aujourd'hui pervertie dans son esprit, ne correspondant plus à un besoin réel pour la défense de notre pays. À ce sujet, toutes les interventions extérieures auxquelles la France a eu à faire face ces trente dernières années ont montré les limites de la conscription.

Le sondage auquel vous faites allusion prouve qu'il convient d'envisager au plus vite un réaménagement du service national. À cet égard, permettez-moi de souligner que les prétendues réformes dont notre armée est l'objet depuis la fin de la guerre d'Algérie n'ont résolu en rien les questions essentielles. De "livre blanc" en "restructurations", l'armée française n'en finit plus avec ses cures d'amaigrissement et de restrictions. Le résultat en est un essoufflement certain de nos meilleures troupes professionnelles, constamment sollicitées, pendant que les appelés font pour l'essentiel un service relevant plus de la "corvée" médiévale que de l'apprentissage au métier des armes. Il est temps de mettre fin à cette mascarade qui, sous prétexte de patriotisme et pour voiler en réalité un accroissement du chômage, fait perdre son temps aux jeunes et coûte de l'argent inutilement au pays.

C'est pourquoi, le Front national propose que nos armées soient enfin dotées des moyens de leurs missions, qu'une réflexion sérieuse soit engagée sur le thème du service national et que le budget soit adapté aux impératifs de la sécurité du pays.

National Hebdo : Que pensez-vous de la situation de nos soldats en Bosnie ?

Jean-Marie Le Pen : Elle est plus que délicate, pour employer un euphémisme. C'est le résultat de l'absence complète de ligne politique cohérente définie par nos gouvernements, empêtrés dans leur logique onusienne et humanitariste. Leur soumission aux médias et aux mots d'ordre des pseudo-intellectuels en quête de publicité risque d'avoir de tragiques conséquences. La vérité est que la France, qui a déployé inconsidérément le plus fort contingent de casques bleus sur le terrain, se trouve aujourd'hui prise au piège. On peut même dire que cela n'a rien d'étonnant étant donné l'extraordinaire faculté qu'a l'ONU de transformer en imbroglio inextricable toute situation géostratégique un tant soit peu subtile.

Depuis le début de l'éclatement de l'ex-Yougoslavie, nous ne cessons de dénoncer la valse-hésitation des gouvernements français successifs qui faute de suivre une ligne de politique étrangère fondée sur la défense des intérêts nationaux, voguent au gré des modes et des journaux télévisés et se laissent entraîner sur la pente dangereuse de l'interventionnisme à tout crin, sous l'égide d'une ONU dont l'impuissance n'a d'égale que l'incompétence.

Sans compter que la multiplication des factions et des milices, des bandes armées et des réseaux, tous sous influence de mafias diverses et de services secrets, facilite de manière inouïe les possibilités de provocations et d'attentats de toutes sortes. On retrouve ainsi à moins de 1 000 kilomètres de la frontière française, la même poudrière propice à l'explosion de tous les drames que nous avions connue il y a plus de dix ans au Liban, avec les tristes résultats que l'on sait. Je tiens, par exemple, à rappeler que l'obus de 120 mm tiré sur l'aéroport de Sarajevo où arrivait l'aide humanitaire, le 18 août dernier, venait, selon l'enquête diligentée par la FORPRONU, des rangs bosniaques eux-mêmes. En outre, l'implication de pays étrangers dans le conflit est patente et prouve à l'évidence que l'embargo est un leurre puisque cet obus de 120 mm était, selon les mêmes sources, de fabrication israélienne. La complexité de la situation, les haines, les intérêts en jeu sont tels que nos troupes se trouvent dans la position impossible d'un tétraplégique qui se verrait assigner pour mission de mettre fin à une bagarre entre trois boxeurs.

Ce qui est grave à mes yeux, au bout du compte, c'est que ce sont probablement nos soldats qui feront les frais de cette aventure inconsidérée. La nasse risque fort de se refermer sur nos troupes, car avec le rejet par les Serbes de Bosnie du plan de paix, il est possible que Bill Clinton lève bientôt l'embargo sur les armes, ce qui aurait inévitablement pour conséquence un embrasement ouvert et général de la région. Et dans ce cas de figure, l'exfiltration de nos troupes sur un terrain particulièrement hostile, risque de se révéler très difficile.

National Hebdo : À la fin du mois, se tiendra à Séville, une réunion de I'OTAN où, pour la première fois depuis des années, se rendra un ministre de la Défense français. Qu'en pensez-vous ?

Jean-Marie Le Pen : Quel paradoxe que ce soit un gouvernement dirigé par un prétendu gaulliste qui prône, en plein accord avec un président de la République, le retour de la France dans le giron de l'OTAN ! Lors même que la menace principale qui justifiait l'existence de I'OTAN, la toute-puissance d'une Union soviétique à une poignée d'heures de la frontière française, semble s'estomper sous sa forme traditionnelle, la France semble avoir clairement choisi de s'enrôler comme supplétif privilégié du Nouvel ordre mondial.

Cela ne doit guère nous étonner dès lors que le gouvernement français a choisi en 1991, d'intervenir en Irak pour le compte des lobbies anglo-saxons. Il s'agissait là d'un tournant capital dont nous fûmes les seuls en ce temps à dénoncer l'aberrante logique. Les responsables politiques qui ont pris à l'époque la décision d'intervenir pour le compte de l'ONU en Irak n'ont sans doute pas mesuré à quel point ils mettaient le doigt dans un engrenage fatal. Nous l'avons vu trop souvent ces derniers temps, en Somalie, au Cambodge ou au Rwanda pour ne citer que des exemples connus, les troupes françaises font le travail sur le terrain pendant que les Américains récoltent les fruits médiatiques de nos efforts.

Je reste convaincu que la conduite de la politique étrangère d'une nation comme la France doit être uniquement guidée par la défense de nos intérêts. La règle d'or que devraient suivre nos gouvernants devrait être à la défense tout prix de notre souveraineté, laquelle n'existe que si elle se trouve garantie par la puissance.

Hélas, je crains que M. Léotard, dont l'allégeance ou pour parler franc la docilité à l'endroit du Nouvel ordre mondial n'est plus à démontrer, ne soit pas prêt à respecter cette exigence de bon sens. Que notre ministre de la Défense siège fin septembre aux côtés des autres ministres de la Défense de l'OTAN, ce qui ne s'était pas fait depuis 1966, lorsque la France décida de sortir des structures du commandement intégré de cette organisation, prouve à l'évidence un grave renoncement dans la conduite de notre politique étrangère et de notre ligne géostratégique.

Propos recueillis par Muriel Plat