Texte intégral
Monsieur le Rédacteur en chef,
Un article paru dans Le Figaro d'hier donne des informations inexactes sur la politique spatiale de défense, qui me paraissant induire vos lecteurs en erreur sur l'effort réel que nous déployons dans ce domaine.
C'est la raison pour laquelle il m'apparaît nécessaire de vous apporter quelques précisions.
Lorsque j'ai pris mes fonctions, le gouvernement précédent avait pris la décision de lancer le programme Hélios 1, qui devait aboutir au lancement du premier satellite en orbite en mars 1995, le second devant être disponible pour 1996 pour être lancé en tant que de besoin.
Un tel programme, très ambitieux sur le plan technique, se déroule sur plusieurs années et ne pouvait être accéléré. Son calendrier sera respecté. Hélios 1 permettra d'obtenir des images toutes les 36 heures, qui pourront, en cas de crise, être complétées par des images en provenance des satellites Spot. C'est un premier pas qui conférera à notre pays comme à nos partenaires espagnols et italiens une réelle indépendance dans le domaine du renseignement optique d'origine spatiale. Vous observerez d'ailleurs que les Américains ont largement utilisé les images procurées par Spot durant la guerre du Golfe, ce qui montre la pertinence des choix français en cette matière.
Le spatial a été clairement affirmé comme une des toutes premières priorités de la politique de Défense, d'abord dans le livre blanc, puis dans la loi de programmation militaire votée au printemps dernier. J'ai ainsi décidé le lancement du programme Hélios 2, comme le lancement en 1997 du programme de satellites radar Osiris. Pour ces deux programmes, des coopérations sont recherchées. Mais de toutes les façons, la loi de programmation permettra à la France de financer seule Hélios 2 en totalité si aucune coopération ne s'avérait possible. Hélios 2 se fera donc, comme prévu, avec sa capacité infrarouge.
Sur le plan budgétaire, enfin, les crédits consacrés au domaine spatial ont augmenté de 12 % en 1994 et augmenteront de 23 % en 1995, soit une progression de 35 % en deux ans.
Ces quelques éléments démontrent clairement, s'il était nécessaire, que, loin d'observer une régression, notre effort spatial est au contraire en très forte augmentation.
Vous comprendrez que je ne puisse partager l'analyse que Jean-Paul Croizé développe dans vos colonnes, et que je souhaite que vos lecteurs puissent prendre connaissance de ces précisions.
Je vous prie de croire, monsieur le Rédacteur en chef, à l'assurance de mes sentiments les meilleurs.
François Léotard
[Loin de nous l'idée de nier que la France mène un réel effort dans le domaine du renseignement spatial. Mais il n'en reste pas moins évident que celui-ci n'atteint pas l'ampleur que l'on pouvait espérer au lendemain de la guerre du Golfe. Et en particulier, comme nous l'écrivions la semaine dernière, que le deuxième exemplaire des satellites Hélios ne sera pas lancé aussi rapidement qu'il serait techniquement possible de le faire. À moins que l'on nous cache de graves problèmes de développement technique ... Jean-Paul Croizé]