Discours de M. Claude Evin, ministre de la solidarité de la Santé et de la protection sociale, sur la lutte contre la pauvreté et la politique d'insertion des exclus, Paris le 8 décembre 1988.

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Intervenant(s) : 
  • Claude Evin - Ministre de la solidarité, de la santé et de la protection sociale

Circonstance : Présentation des assises internationales sur les nouvelles solidarités le 8 décembre 1988

Texte intégral

Mesdames et Messieurs

J'ai un souci, j'ai une crainte : c'est qu'une fois refermé le dossier législatif du revenu minimum d'insertion, notre société n'en retourne à une certaine indifférence à l'égard des exclus, ce risque n'est pas mince, le risque n'est pas mince non plus, que, faute d'imagination ou faute d'une volonté de travailler tous ensemble, au-delà des clivages institutionnels ou idéologique, on se contente de mettre en place des aides financières aux exclus, certes indispensables, sans chercher vraiment à tirer profit d'une dynamique de l'insertion. Rien ne serait plus dommageable, pour la cohésion de notre société et d'avenir de ce pays, qu'une politique d'insertion au profil bas, visant la commodité plutôt que l'invention.

C'est la première raison pour laquelle, je crois qu'une initiative comme celle des assises pour de nouvelles solidarités est très prometteuse. Non, la promulgation de la loi instituant le revenu minimum d'insertion ne clôt pas le débat sur la pauvreté et la précarité. Au contraire, elle doit ouvrir de nouvelles perspectives.

Le gouvernement a fait très vite pour mettre en place concrètement un engagement essentiel du Président de la République. Sept mois après les élections présidentielles, le dispositif du revenu d'insertion se met en place, dans le cadre d'un texte législatif adopté dans des conditions de consensus remarquables. Je ne développerai pas plus ce point, sur lequel j'ai présenté hier une communication au conseil des ministres. 

Ce sur quoi je souhaite attirer votre attention, c'est que la mise en œuvre des actions d'insertion liées à ce dispositif exigera la conjonction des efforts et des initiatives de tous : État, départements, régions, communes, organismes sociaux, associations, organisations professionnelles, entreprises. Notre stratégie de lutte contre la pauvreté est une stratégie pluraliste. Le Gouvernement s'est battu pour préserver le pluralisme au plan des lieux d'accueil et d'instruction de la prestation ; il souhaite obtenir le concours de toutes les forces sociales pour mettre en œuvre une politique d'insertion, dans le cadre de programme départementaux d'insertion, élaborés au sein de commissions représentant les acteurs locaux de l'insertion et arrêtés conjointement par le préfet et le président du conseil général.

Là encore, l'absolue nécessité, pour la réussite d'une politique d'insertion, de conjuguer les efforts de tous, plaide en faveur d'une manifestation comme celle des assises. Saluons la diversité et la qualité des intervenants qui y participeront : il est encourageant de noter qui tant de talents, venus d'horizons très divers, pourront confronter leurs expériences et interpeller l'opinion sur les enjeux : l'insertion. 

Une troisième raison de marquer l'importance de ces assises, c'est qu'elles témoigneront de notre volonté de conduire une politique globale de lutte contre l'exclusion.

Le revenu d'insertion en est un instrument central, parce qu'il combine revenu de subsistance et démarche d'insertion, et que son attribution génère des droits nouveaux : 
- droit à l'allocation logement à caractère social pour ceux qui ne remplissaient pas les conditions relatives à l'allocation logement ou à l'APL ;
- droit à la protection sociale pour les bénéficiaires du revenu minimum non couverts par l'assurance-maladie.

Instrument central d'une stratégie de lutte contre l'exclusion, le revenu d'insertion doit être intégré dans une politique globale.

À cet égard il convient de prendre des initiatives sur bien des points qui conditionnent l'efficacité de notre politique :
- accompagner la mise en place des dispositifs d'insertion, en préparant les travailleurs sociaux, les associations, les forces économiques et sociales à jouer pleinement leur rôle dans la dynamique engagée ;
- être particulièrement attentif à la lutte contre l'échec scolaire et contre les processus d'exclusion au sein des systèmes de formation ;
- adapter en permanence nos réponses à l'urgence sociale. Nous avons capitalisé, depuis 1985, une expérience intéressante dans le cadre des programmes annuels de lutte contre la précarité et la pauvreté, qui ont pu mettre en place des éléments de réponse à l'urgence dans des domaines aussi divers que l'accueil, l'hébergement d'urgence, l'accès ou le maintien au logement, l'aide alimentaire, l'accès aux soins, et qui ont préfiguré à bien des égards les actions d'insertion à mener dans le cadre de la loi sur le revenu d'insertion. L'application de cette loi nous conduira à réexaminer ces actions, mais ne dispense pas d'une politique de traitement social des urgences, dans des conditions souples et rapides. Le programme pauvreté a été aussi reconduit pour la campagne 1988-1989, et il faudra nous interroger sur l'évolution à venir de ces programmes ;
- relancer la réflexion et les actions sur les entreprises intermédiaires et toutes les formules de "SAS" organisant une transition vers l'emploi dans des conditions ordinaires.

Tous ces points font partie du menu des assises. Je m'en félicite, car la nécessité de nécessité de prendre des initiatives sur tous ces fronts ne doit pas être occultée par l'actualité immédiate de mise en place de la prestation revenu minimum. Le moment choisi, à la mi-janvier, paraît à cet égard très judicieux, à une époque où s'installeront les commissions locales et départementales d'insertion.

Appuyer la dynamique de l'insertion, favoriser la conjonction des initiatives de tous les acteurs de l'insertion, et pas seulement celle des acteurs traditionnels de l'insertion social, marquer fortement l'inscription du revenu d'insertion dans une politique globale voilà trois raisons pour moi de penser que ces assises, apporteront leur contribution à la construction d'une France solidaire, le Président de la République et le Premier ministre, en participant à cette manifestation, témoignent de l'importance des enjeux de cette manifestation.