Déclaration de M. Claude Evin, ministre de la solidarité de la santé et de la protection sociale, sur les objectifs concernant la thérapie thermale et les relations entre thermalisme et tourisme, Paris le 16 février 1989.

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Intervenant(s) : 
  • Claude Evin - Ministre de la solidarité, de la santé et de la protection sociale

Circonstance : Inauguration des huitièmes Thermalies Paris le 16 février 1989

Texte intégral

Mesdames, Messieurs,

Les "Thermalies" constituent un moment privilégié dans la vie thermale française ; les premières journées favorisent les rencontres entre professionnels, les jours suivants ouvrent au public un large panorama des possibilités thermales françaises. Aussi c'est avec un grand plaisir que j'ai accepté votre invitation à visiter et inaugurer les 8e Thermalies.

Le thermalisme français est actuellement en mouvement et 1992 est un rendez-vous que nous ne devons pas manquer car l'enjeu est d'importance.

Dès ma nomination comme ministre de la santé, j'ai pris connaissance de l'importance du thermalisme à la fois dans le domaine économique. Les intérêts de ces deux domaines ne sont pas forcément convergeant ce qui complique les choses. Il nous faut donc agir avec prudence, détermination.

Je ne peux en quelques instants évoquer tous les aspects du thermalisme. C'est pourquoi j'envisagerai aujourd'hui simplement 3 aspects ; l'hygiène en milieu thermal, l'enseignement de la thérapie thermale, l'analyse des relations entre thermalisme et tourisme.

Pour le ministre chargé de la santé, la vision du thermalisme français est celle du maintien d'un caractère médical marqué et même celle de son renforcement au travers de la recherche de la meilleure évaluation possible des effets réels des cures.

L'objectif prioritaire que je retiens pour 1989 est celui de l'hygiène en milieu thermal.

Le rapport de l'inspection générale des affaires sociales publié en 1987 insiste sur la nécessité d'adapter les règles existantes et d'innover en la matière pour tenir compte de la situation actuelle mais aussi prévisible pour le futur.

C'est pourquoi, j'ai demandé au conseil supérieur d'hygiène publique de France de mener une réflexion sur le problème de la qualité microbiologique des eaux minérales. Les résultats de ce travail se traduiront sous la forme de différentes règles et recommandations.

Pendant la saison 1989, les directions régionales et départementales des affaires sanitaires et sociales, à l'occasion des visites régulières qu'elles font des établissements, dresseront un bilan de leur situation du point de vue de l'hygiène. Ce travail permettra de mettre à jour la situation administrative et de disposer d'éléments d'information actualisés pour préparer une révision plus globale des textes règlementaires applicables au thermalisme. Cette révision est rendue nécessaire notamment pour l'application complète de la directive 80.777 du 15 juillet 1980 ; comme nous l'a demandé le Conseil d'État.

En matière d'enseignement les travaux entrepris seront poursuivis en 1989.

L'enseignement de la thérapie thermale, de l'hydrologie et de la climatologie médicales doivent répondre essentiellement à deux objectifs :

1° Former tous les médecins au bon usage de l'hydrologie et de la climatologie médicales en thérapeutique.

2° Former des médecins thermaux.

L'arrêté du 29 avril 1988 relatif a la règlementation des listes des capacités de médecine a créé la capacité d'hydrologie et de climatologie médicales.

Ce diplôme national est actuellement délivré par sept universités habilités :
- Toulouse III ; 
- Nancy I ;
- Montpellier I ;
- Clermont-Ferrand I ;
- Bordeaux II ;
- Aix ;
- Marseille II.

Peuvent être admis à s'inscrire en vue de cette capacité les candidats ayant accompli et validé la totalité de leurs études médicales, tous les médecins spécialistes et généralistes ont donc accès à cette formation.

Les enseignements théoriques comportent de 100 à 120 heures et traitent d'hydrologie et de climatologie. La formation pratique comprend des travaux dirigés, des visites de stations climatiques ou thermales et cinquante demi-journées de stage dans un établissement de cures thermales, climatique ou de thalassothérapie.

Le petit nombre d'universités habilitées et leur localisation est lié à l'existence ou l'absence de postes de professeurs d'université – ou de maîtres de conférences des universités – l'obligation de stages dans des établissements spécialisés intervient également dans la répartition géographique des sites de formation. 

Un effort doit être fait pour étendre progressivement l'enseignement sanctionné par la capacité d'hydrologie et de climatologie médicales, notamment dans les régions ou les établissements de cure sont nombreux. Ce qui implique une volonté affirmée des universités et la création ou le redéploiement des postes d'enseignants. Je m'attache à faire progresser cet aspect des choses. 

Malheureusement vous savez comme moi l'intérêt limité pour le thermalisme de la part de certains universitaires. 

La capacité d'hydrologie et de climatologie médicales ne s'adresse qu'à une minorité. L'information et la sensibilisation des médecins dans le domaine du thermalisme n'est donc pas assurée.

Le manque d'enseignants et la localisation des établissements de cure rendent difficile voire impossible l'introduction de l'hydrologie et de la climatologie médicales comme matière obligatoire dans le 2e cycle des études médicales. Cette formation durant le 2e cycle et le 3e cycle des études médicales ne peut être envisagée que dans les universités citées précédemment, la situation est donc bloquée à ce niveau. C'est pourquoi une autre possibilité est de recourir à la formation continue, et là aussi il nous faut convaincre.

Le problème de la formation initiale en thérapie thermale devra être étudié avec les directeurs des unités de formation et de recherche médicale et les associations de formation continue.

Pour progresser sur les points que je viens d'évoquer et sur d'autres, le ministre que je suis attend un concours actif et important du haut comité du thermalisme et du climatisme. C'est un outil et je prends ici le mot "outil" dans un sens noble, en effet le haut comité constitue un lieu de travail commun permanent qui regroupe les administrations, organismes, professionnels et experts concernés. Le haut comité doit faire des propositions permettant au ministre d'être éclairé et de décider dans de bonne conditions.

Outre les réflexions menées par les groupes de travail, lors de l'étude des dossiers ponctuels, le haut comité prend des orientations, crée une forme de jurisprudence : ces acquits doivent être enregistrés et transformés à chaque fois que cela est possible en action administrative.

J'ai demandé à la direction générale de la santé d'y veiller : une des premières applications doit conduire à une définition plus précise de la composition des dossiers soumis au Haut Comité.

L'année 1989 doit être une année importante dans le fonctionnement du Haut Comité du climatisme, année qui devrait voir se concrétiser nombre de ses réflexions.

Au début de mon intervention, j'ai parlé du thermalisme à caractère médical. Nous sommes ici dans l'enceinte des Thermalies qui sont organisées en même temps que le salon du tourisme. Cette situation traduit bien le fait que, du point de vue du développement des stations thermales, mais également pour l'agrément des cures, thermalisme et tourisme ont des points communs et peuvent se compléter. Cette complémentarité sera d'autant plus efficace que le thermalisme reposera sur des bases saines.

C'est pourquoi en accord avec Monsieur Olivier STIRN, ministre délégué chargé du tourisme, j'ai décidé de confier à des personnalités éminentes dans le cadre du Comité national du tourisme et avec l'aide du Haut Comité du thermalisme et du climatisme une mission qui a pour but de réactualiser le rapport de 1980 mais aussi de préciser la place respective du tourisme thermal et du thermalisme de santé en plaçant cette mission dans l'orbite de l'ouverture de l'Europe 1992.

J'attends beaucoup des propositions d'action qui me seront faites au terme de cette mission. 

J'estime que les journées professionnelles de ces Thermalies vont être fort intéressantes et les conférences qui accompagnent l'exposition doivent constituer l'occasion de discussions et de confrontations d'expériences. 

Pour ma part, je souhaite que ces Thermalies 1989 remportent le succès qu'elles méritent et que dans les prochains jours, de nombreux visiteurs découvrent les larges possibilités du thermalisme français.