Interview de M. Pierre Zarka, membre du secrétariat du comité national du PCF, à RTL le 11 septembre 1998, sur le jugement porté par les communistes sur la politique du gouvernement, notamment sur le projet de loi de finances pour 1999 et sur la nécessité d'élargir le lectorat du journal "L'Humanité".

Texte intégral

RTL : Grand rendez-vous populaire avec J. Clerc mais avec quelques innovations cette année dans cette fête à connotation politique : vous souhaitez, dit-on, donner la parole non pas aux seuls communistes. Cela veut dire que la Fête de l’Humanité ne veut plus être la voix du parti ?

Pierre Zarka : « Cela veut dire que nous mettons, au fond, en pratique une nouvelle conception de la politique qui consiste à ne pas se contenter de faire des discours mais, devant la complexité des problèmes, à chercher, à forcer des solutions nouvelles avec l’ensemble des citoyens tels qu’ils sont. »

RTL : Vous aurez des débats avec vos militants qui ne sont d’ailleurs pas toujours d’accord avec vous et vos orientations, comme la participation des communistes au Gouvernement.

Pierre Zarka : « Je crois que le débat devient une nouvelle culture pour le Parti communiste déjà depuis quelques années. Encore une fois, il me semble que c’est la solution si on veut trouver des mesures à prendre contre le chômage, pour réduire les inégalités sociales. »

RTL : Il y aura une importante délégation socialiste menée par F. Hollande et il y aura également, demain après-midi, un débat avec D. Strauss-Khan, le ministre de l’Economie et des Finances, sur le thème de la crise du capitalisme. Vous allez lui demander des réformes accélérées ?

Pierre Zarka : « Absolument. Vous savez, j’ai entendu, l’autre jour, D. Strauss Khan dire qu’il comptait faire en sorte que la croissance dans notre pays s’appuie sur la relance de la consommation et l’investissement dans les entreprises. Là, nous sommes tout à fait d’accord. Le problème, maintenant, est de dégager des mesures concrètes qui vont dans ce sens-là. »

RTL : Quant L. Jospin parle du budget 1999 comme étant un budget gauche, c’est également un avis que vous partagez, que vous allez discuter ?

Pierre Zarka : « Ce que je disais tout à l’heure caractérise, je crois, ce que nous pensons du budget : les intentions déclarées sont bonnes, sont positives, sont effectivement de gauche, mais j crois que les moyens n’y sont pas encore, et il fut faire un effort. Nous revenons à l’utilité du débat. Cela n’est pas un débat entre communistes et socialistes, c’est un débat qui regarde des millions de citoyennes et de citoyens. »

RTL : Et quand L. Jospin déclare que le Gouvernement ne cédera pas sur les sans-papiers, vous allez accepter sans rien dire ?

Pierre Zarka : « Si, nous continuons à discuter. Nous pensons que la vie démocratique, c’est la discussion. Le fait que la gauche soit la gauche plurielle - pour reprendre maintenant une expression qui est passée dans le langage courant - est un atout supplémentaire pour l’ensemble des gens qui ont mis leurs espoirs en elle. C’est de savoir que c’est de la confrontation d’idées seulement que peut sortir quelque chose de positif. »

RTL : Partons pour l’étranger, à Moscou : l’arrivée de Primakov au poste de Premier ministre, c’est le grand bond en arrière ?

Pierre Zarka : « Je ne pense pas. Je ne sais pas exactement ce qu’il a derrière la tête. Je suis comme vous, je regarde. Mais je ne pense pas que la solution pour la Russie soit de revenir en arrière. En tout cas, nous venons de vivre aussi une période qui monte que la solution pour la Russie, l’alternative au stalinisme ne devait pas être le libéralisme. »

RTL : Et un Président des Etats-Unis menacé d’impeachment ?

Pierre Zarka : « Je trouve que c’est un petit peu triste quand même. Parce que réduire la vie politique à ce niveau-là, en dessous de la ceinture, c’est quand même quelque chose d’un peu dommage. En même temps, je ne crois pas que la crise que nous connaissons, les fluctuations de la Bourse soient dues seulement à une femme. Depuis Eve, on n’accuse pas les femmes de tous les maux. Le problème est de nous rendre compte vraiment que ce système qui pose sur la volatilité de l’argent, sur le fait qu’au niveau de la planète le volume de l’argent représente 70 fois le volume des services ou des productions réelles, est quelque chose qui ne peut pas continuer. »

RTL : Venons-en à la fête de l’Humanité : on dit que votre journal ne se porte pas très bien. Est-ce pour cette raison que vous préparez une nouvelle formule ?

Pierre Zarka : « C’est vrai. D’abord, toute la presse écrite et confronté à un problème de lectorat, d’adaptation à ce quel y a de nouveau dans les demandes, ou de fabrication. Il y a de réels problèmes pour l’ensemble de la presse écrite ; nous n’échappons pas à ces problèmes ; ils doivent être certainement liés aussi à une certaine désaffection de l vie politique. Il nous faut essayer d’entendre, de comprendre, de décortiquer quelle sont les attentes des citoyens pour avoir un journal qui corresponde davantage à eux. »

RTL : Comment allez-vous y prendre pour ouvrir votre lectorat ? L’Humanité, c’est quand même une grosse connotation communiste.

Pierre Zarka : « Evidemment. Ca le restera, nous ne voulons pas nous en cacher. Mais notre conception du communisme n’est pas une secte : c’est d’essayer de trouver des solutions concrètes, précises, qui permettent au pays de se dynamiser. Je crois que ça ne concerne pas que les communistes. Comme nous ne pensons pas avoir la vérité toute faite, nous avons besoin nous aussi du débat, de confronter nos opinions. C’est dans ce sens-là qu’évolue le journal. »

RTL : D. Cohn-Bendit, tête de liste des Verts, veut essayer de faire un meilleur résultat que les communistes aux européennes. Est-ce qu’il vous inquiète ?

Pierre Zarka : « C’est son droit de se fixer cet objectif. Je ne suis pas sûr que Cohn-Bendit corresponde exactement à ce qu’il y a de plus nouveau dans les attentes de la vie politique. De ce point de vue, le Parti communiste en raison des efforts dans les mois qui viennent peut faire mieux. »