Texte intégral
Conférence de Casablanca
Intervention du ministre des Affaires étrangères, M. Alain Juppé (Casablanca, 30 octobre 1994)
Sire,
Madame et Messieurs les Premiers ministres,
Mesdames, Messieurs,
Je suis heureux de prendre la parole, au nom de la France, à l'occasion de l'ouverture du sommet de Casablanca que le Royaume du Maroc, sous la sage autorité de Votre Majesté, a pris l'heureuse initiative d'organiser.
Nous sommes tous conscient du caractère hautement symbolique de cette conférence qui marque une nouvelle étape dans l'approfondissement de la paix au Proche-Orient, cette paix que nous avons attendu avec tant d'espérance et qui, grâce au courage de quelques hommes d'exception, est en train de changer la face de toute une partie du monde.
Vous avez voulu, Sire, favoriser la rencontre des responsables politiques des pays engagés dans le processus de paix, mais aussi de responsables maghrébin, européens, américains, asiatiques, avec des chefs d'entreprises susceptibles de participer au développement du Moyen-Orient et du Maghreb. L'objectif premier de cette conférence est de montrer que la paix, au-delà des indispensables accords politiques qui la fondent, entre aussi dans la réalité économique, c'est-à-dire dans la vie quotidienne des peuples.
Notre but est de convaincre l'homme de la rue, la femme de la rue, à Gaza, dans toute la Palestine, en Israël, en Jordanie, en Syrie, au Liban, qu'il vaut mieux suivre ceux qui ont le courage de faire la paix que ceux qui, par peur, veulent continuer la guerre.
La détermination de la France à participer à cette œuvre exaltante est totale. Les entreprises françaises, qui sont particulièrement actives en Afrique du Nord mais aussi au Moyen-Orient, sont très conscientes des enjeux. Elles ont déjà mesuré le chemin considérable qui a été parcouru dans le cadre du processus de paix au cours des dix-huit derniers mois. Soyez certains qu'elles ne ménageront pas leurs efforts pour participer au chantier de la paix. Elles sont décidées à créer les liens économiques et humains qui transformeront en profondeur les régions du Proche-Orient et du Maghreb et façonneront leurs physionomies rénovées de demain. Je les remercie de leur présence.
Nous sommes tous déterminés à faire en sorte que ce sommet ait des prolongements qui soient à la hauteur des défis qui nous sont lancés. Je voudrais signaler que nous ne partons pas de zéro. Nous pouvons déjà tirer bénéfice des travaux déjà conduits dans les enceintes du volet multilatéral du processus de paix. Les cinq groupes de travail qui relèvent de cet exercice multilatéral ont été créés à Moscou, en janvier 1992, pour fournir un complément et un appui aux négociations bilatérales lancées à la conférence de Madrid en octobre 1991. Ils ont fonctionné de manière très satisfaisante. Il convient désormais, alors que des progrès historiques ont été faits avec la mise en œuvre de l'accord « Gaza-Jéricho » et de traité de paix israélo-jordanien, de passer à une phase plus opérationnelle, afin, je l'ai dit, que les populations de la région perçoivent plus concrètement les dividendes de la paix.
Je pense en particulier, au groupe de travail sur le développement économique régional présidé par l'Union européenne et auquel la France a tenu, dès l'origine, à apporter sa contribution active en prenant la responsabilité des travaux réalisés dans le secteur des transports et des communications.
Ce groupe de travail fonctionne, comme vous le savez, depuis bientôt trois ans. Il a produit de nombreuses études, dont beaucoup arrivent aujourd'hui au stade de la faisabilité, dans tous les secteurs du développement économique. C'est par exemple le cas de l'étude d'axes de communications comme la route Aqaba-Eilat-Taba. C'est également dans le cadre de cette instance que se sont multipliés les contacts opérationnels entre responsables techniques de la région : il y a quelques jours à peine, nous recevions ainsi à Paris des spécialistes du secteur des transports routiers qui ont, de façon très concrète, étudié les moyens de parvenir à une harmonisation des normes du transport routier afin de permettre le développement des échanges.
Ce forum, qui regroupe la quasi-totalité des États du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord, ainsi que de nombreuses parties ou institutions internationales extrarégionales, fournit donc déjà le cadre naturel d'échanges d'idées et de projets ; il permet l'identification de programmes de développement prioritaires.
C'est pourquoi nous souhaitons qu'il soit associé d'aussi près que possible au suivi de ce sommet et puisse, lors de la prochaine réunion à Amman, faire des propositions précises sur les questions discutées ici, à Casablanca.
Le défi qui nous et lancé, je suis tenté de dire, tout spécialement à nous Européens, est historique : il s'agit de contribuer à la paix en favorisant le développement économique de la rive sud de la Méditerranée à laquelle tant de liens historiques, culturels, politiques, économiques nous unissent directement.
Mon collègue Klaus Kinkel, vient de vous faire part de la volonté de l'Union européenne de soutenir le processus de paix et de contribuer au développement de l'Afrique du Nord et du Moyen-Orient. J'appuie naturellement pleinement ses propos : l'Europe, premier partenaire économique de ces deux régions, continuera de mobiliser d'importants moyens en faveur de leur développement. Comme vous le savez, la France a d'ores et déjà proposé à ses partenaires qu'un crédit d'un montant équivalent à celui qui a déjà été consacré au développement des Territoires palestiniens, à savoir 500 millions d'écus sur 5 ans, soit affecté à des projets de développement régional en accompagnement du processus de paix. Je pense et j'espère qu'un tel geste manifestera de façon claire et concrète notre engagement en faveur de la paix.
Je tiens enfin à réaffirmer dans cette enceinte combien la France estime prioritaire la dimension méditerranéenne de la politique extérieure de l'Union européenne. Des orientations seront prises en ce sens au Conseil européen d'Essen. La présidence française, qui commencera le 1er janvier 1995, se montrera très active à l'égard d'une région qui est proche, voisine de l'Europe et dont la stabilité et le développement réunis sont pour nous des objectifs stratégiques. La nouvelle politique méditerranéenne que nous allons promouvoir visera à atteindre ces objectifs grâce à un effort financier nettement accru – le Président Delors l'a dit – à des avantages commerciaux renforcés, à un dialogue permanent sur les questions politiques et de sécurité. Une conférence impliquant tous les pays concernés jettera les bases de ce nouveau partenariat euro-méditerranéen en 1995. Les temps viennent où la Méditerranée peut redevenir ce qu'elle a été en maintes périodes de notre histoire, tout à la fois foyer de culture et de foi, un bassin de prospérité, un havre de paix.
Tous ensemble, saisissons cette chance avec ardeur.
Interview du ministre des Affaires étrangères, M. Alain Juppé aux radios (Casablanca, 30 octobre 1994)
Q. : M. le ministre, vous avez souligné tout à l'heure, la nécessité de faire entrer la paix dans la réalité économique de la région. De quelle manière la France peut-elle contribuer à faire entrer la paix dans la perspective économique ?
R. : D'abord par l'aide bilatérale qu'elle apporte à un certain nombre de pays. Je pense en particulier aux Palestiniens. Nous avons été depuis des années et tout particulièrement depuis la signature de l'accord Gaza-Jéricho très présents dans notre coopération. Ensuite, nous sommes membres de l'Union européenne. L'Union européenne qui est, car on a tendance à l'oublier, le premier donateur vis-à-vis des Palestiniens. La France compte pour 20 % dans tout ce que fait l'Union européenne. Et, enfin parce que nous sommes très présents dans la négociation elle-même. On a un peu oublié aussi les groupes multilatéraux qui ont été mis en place en 1992, dans le droit fil de la Conférence de Madrid. Ils ont pourtant beaucoup travaillé. Nous ne partons pas de zéro. Ces groupes ont réunis des experts qui ont élaboré des projets. Je pense tout particulièrement au secteur des transports et des communications, qui sera vital pour la région à l'avenir et où la France a apporté son savoir-faire, son expérience et ses conseils. On avait encore, il y a quelques jours, une réunion à Paris sur ce sujet.
Q. : Et pourtant on a l'impression quand même que la France, ici, par rapport aux Américains, par exemple, est assez peu présente ?
R. : On ne peut pas dire ça au Maroc, permettez-moi de vous le dire ! … Écoutez, je suis là, je pèse à priori autant qu'une secrétaire d'État américain ! Non ? En terme de protocole…
Q. : Non, je parlais des entreprises…
R. : Merci de me donner cette précision ! Les entreprises françaises sont présentes, le Président du CNPF est présent… Je suis sûr qu'au fil de la conférence, elles s'impliqueront tout à fait dans ce processus. Elles sont au Maghreb en général et aussi au Moyen Orient, très actives. Je crois qu'elles ont bien pris conscience aujourd'hui que ce processus de paix va déboucher sur une transformation économique de cette région. Et que les opportunités, comme on dit en mauvais français, sont considérables. Voilà ! … Alors, nous allons poursuivre la mobilisation.
Q. : Le processus de paix aujourd'hui est irréversible ?
R. : Je le crois. Je ne suis pas le seul à le croire ! Tout le monde l'a dit aujourd'hui autour de la table, l'accord israélo-jordanien est une nouvelle étape décisive dans ce processus. Il semble que les discussions avec la Syrie soient amorcées. La France souhaite qu'elle s'engage dès que possible avec le Liban. Donc, on voit bien aujourd'hui que la paix est contagieuse. Ce qu'il nous faut faire, c'est convaincre l'homme de la rue, comme je le disais dans mon discours, à Gaza, en Palestine, en Israël, en Égypte, en Jordanie, en Syrie, au Liban, qu'il a intérêt à la paix, concrètement, dans sa vie de chaque jour. C'est ça qui n'est pas encore fait. Et c'est ça qu'il faut faire.
Q. : Les économies de ces pays-là ne sont pas en pleine forme, si l'on peut dire ? Donc, il va falloir que les Occidentaux, les Européens, les Américains mettent la main au portefeuille ?
R. : C'est déjà fait ! Permettez-moi de le rappeler ! Et la France a proposé d'ailleurs qu'on double la mise. Les 500 millions d'écus qui sont été dégagés l'année dernière pour les territoires palestiniens devraient être, à notre avis, complétés puisque le processus la paix a fait tache d'huile. Mais je ne partage pas votre pessimisme sur les pays de la région. Prenez ici l'Afrique du Nord : eh bien vous avez le Maroc et la Tunisie qui ont des économies maintenant structurées et qui décollent. Vous avez également au Proche-Orient, l'économie israélienne elle-même, et d'autres économies ; l'économie égyptienne qui a fait énormément de progrès depuis quelques années. Donc, là encore on ne part de de zéro. Je suis persuadé que par le jeu de l'investissement privé, du développement des échanges, de l'ouverture des frontières, de la réalisation à terme d'un vaste marché dans cette région, les perspectives de développement sont considérables. Et je partage tout à fait le rêve de Shimon Peres qui veut faire dans cette région une sorte de nouveau marché commun prospère et dynamique.
Q. : Ne faut-il pas aller vite aujourd'hui pour éviter que l'intégrisme ne prospère justement au Proche-Orient et en Afrique du Nord ?
R. : Si, il faut aller vite. Mais il y a une chose qui m'inquiète dans le processus actuel. C'est qu'on est en train de multiplier les groupes, les comités, les institutions, alors qu'il y en a déjà beaucoup qui existent. Je le rappelais à propos des groupes multilatéraux, ce qui importe, vous avez tout à fait raison de le dire, c'est la rapidité. Il faut que les projets aboutissent, il faut aussi que les mécanismes de financement soient adaptés à la situation. Yasser Arafat ne cesse de dire, et il a raison, que ce dont il a besoin d'urgence, c'est des moyens de faire fonctionner une administration. Il faudra bien des routes, bien entendu, des ports, des aéroports. Mais, dans l'immédiat, c'est des écoles, des hôpitaux, la police, enfin tout ce qui fait la vie quotidienne dans les territoires. Et là, ça ne marche pas bien. J'ai d'ailleurs proposé récemment à Washington lorsqu'on a mis en place ce mécanisme très lourd avec la Banque mondiale. La Banque mondiale sait faire un certain nombre de choses ; elle ne sait pas tout faire. Donc, sans compliquer à l'extrême les choses je crois que c'est Jacques Delors qui le disait dans son discours tout à l'heure visons au contraire à l'efficacité, à la rapidité, d'une certaine manière à la simplification.
Q. : Que pensez-vous, Monsieur le ministre d'une banque régionale de développement. Est-ce que ça permettra d'aller vite justement ?
R. : S'il faut la créer d'abord, cela n'ira pas vite ! Première constatation ! Enfin, moi je n'ai rien contre a priori, nous sommes tout à fait prêts à examiner cette idée. D'ailleurs, je pense que cela figurera dans la déclaration de la conférence qui devra étudier les mécanismes de financement parmi lesquels une éventuelle banque régionale, s'il apparaît que cela peut faciliter les choses, pourquoi pas !
Q. : Vous avez d'autres mécanismes possibles ?
R. : Je pourrais vous citer la liste de tous ceux qui existent déjà. Des banques, il y en a un peu partout, des fonds aussi. Donc, moi je crois moins aux institutions nouvelles qu'à l'amélioration des procédures et au caractère concret des projets qui doivent maintenant être mis sur pied.
Q. : En parlant de ces autres organisations, M. Delors, hier soir, critiquait assez vivement toutes les autres organisations en expliquant que l'Union européenne avait été la première à payer et effectivement à mettre de l'argent. Est-ce que vous partagez ses critiques ? Vous parlez de tous les autres qui parlaient, qui ne faisaient pas grand-chose.
R. : Nous ne critiquons pas les autres. Ce qui est vrai, c'est que l'Union européenne a fait vite et mieux. Et d'ailleurs, il a fallu, je voudrais le rappeler, que le Conseil des ministres insiste beaucoup en ce sens. Car, dans les procédures classiques de la Commission, on ne savait pas financer, par exemple, les frais de fonctionnement de la police palestinienne. C'est parce que nous avons pris une décision politique qui était celle du Conseil des ministres, à plusieurs reprises, que la Commission a débloqué les fonds pour plusieurs dizaines de millions d'écus. Et c'est vrai que ça a donné un ballon d'oxygène, très important dans les territoires.
Q. : Dernière question M. Juppé. Quand quittez-vous le Maroc ?
R. : Maintenant !
Q. : Pourquoi justement restez-vous peu de temps ? Vous disiez que la France était tout à fait présente. Pourquoi ne restez-vous pas aussi longtemps que M. Kozyrev, M. Christopher ?
R. : Ils ont plus de loisirs que moi, je n'en sais rien ! Il faut leur demander. Je veux simplement vous rappeler que demain matin à 9 heures se tient à Luxembourg une réunion des douze pays de l'Union européenne, plus les quatre futurs adhérents au 1er janvier, pour – c'est cela qui est très important – les six pays d'Europe centrale et orientale qui vont un jour ou l'autre nous rejoindre. Nous serons 22 autour de la table. Je crois que c'est une réunion extrêmement importante. Ici, j'ai dit ce que j'avais à dire. Je suis très bien représenté par des experts beaucoup plus compétents que moi et donc la France, n'en doutez pas, sera extrêmement active jusqu'au bout de la conférence.
Interview du ministre des Affaires Étrangères, M. Alain Juppé, à TV5 (Casablanca, 30 octobre 1994)
Q. : À ce sommet, en évoquant l'importance des engagements de la France, on peut dire que le niveau des hommes d'affaires n'est pas extrêmement étoffé. Alors vous êtes déçu ?
R. : Non pas du tout. Nos hommes d'affaires sont venus. Ils sont de très haut niveau et je pense qu'ils sont très conscients de l'importance de ce qui va se passer. La France a voulu marquer par sa présence d'abord, son engagement pour le processus de paix qui continue d'avancer, après l'accord israélo-jordanien, et puis surtout notre conviction que signer des accords, c'est bien, mais ce qui compte le plus c'est de changer la vie quotidienne. Pour cela, il faut penser, après les accords signés, à la prospérité organisée. Il faut donc que l'on investisse dans cette région qui a connu des temps de prospérité extraordinaires et qui peut redevenir une zone de très grand développement économique. La France et l'Europe sont ses premiers partenaires.
Q. : C'est possible tout à la fois d'avoir des diplomates, des hommes politiques de haut niveau et des hommes d'affaires ? Ce n'est pas un peu tout mélanger ?
R. : C'est une première ! Je crois que c'est une idée originale mais très positive, parce qu'en général les hommes politiques sont dans les chancelleries, dans les réunions diplomatiques, les hommes d'affaires sont de leur côté. Il n'y a pas synergie entre les deux. Je pense que ce qui est très important, je le répète, c'est de faire rentre la paix dans la réalité économique quotidienne. Et pour cela, il faut des entreprises. Je crois que ce processus est extrêmement prometteur.
Je disais tout à l'heure que l'Union européenne était le premier partenaire de la région, du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord. J'ai proposé il y a peu de temps, à Bruxelles, que l'Union européenne ajoute aux 500 millions d'écus qu'elle a déjà consacrés au développement des territoires palestiniens, une nouvelle aide de 500 millions d'écus pour le développement global de la région. Cette proposition est actuellement à l'étude. J'espère qu'elle aboutira parce que ce serait une fois de plus la marque de notre attachement à ce qui est notre région. N'oublions pas que la France est une puissance méditerranéenne, et qu'elle veut donner à l'Union européenne une dimension méditerranéenne plus forte que par le passé.
Q. : Précisément, Monsieur le ministre. Lorsqu'on regarde ce qui s'est passé au cours des derniers mois, on note une grande présence de la diplomatie américaine. Est-ce que cela veut dire que l'Europe, singulièrement la France, n'ont pas tenu le rang que l'on pouvait attendre d'elles ?
R. : Vous savez, on est toujours masochiste en France. On dit qu'on n'est pas là, qu'on n'est pas au premier rang. C'est vrai que le processus de paix de la Conférence de Madrid a été sous les auspices des États-Unis et de la Russie. On a tendance parfois à l'oublier. Mais la France a été néanmoins très présente. Je ne sais pas vous rappeler le nombre de voyages que Arafat, Shimon Peres, Itzhak Rabin ont fait à Paris. Je parlais tout à l'heure des groupes multilatéraux, vous savez que la France y a été très présente. C'est l'Union européenne qui préside le groupe multilatéral sur le développement économique régional, la France est chargée des questions de transport et de communication dans ce groupe. Les experts se sont réunis à Paris, récemment encore, et là nous avons parlé dans le concret. Notez qu'on ne vous voit pas sur les pelouses au moment où on signe les accords, mais nous savons, en effet sur le terrain, avec les experts, essayé de préparer la solution.
Q. : Monsieur le Ministre, c'est peu de dire que cette région reste extrêmement incertaine. On peut penser à l'Algérie toute proche. Est-ce que vous pensez que pour les capitaux privés, il est réellement possible de venir ici dès maintenant ?
R. : J'en suis convaincu. D'ailleurs, le Maroc en donne l'exemple. Fort heureusement on investit au Maroc et la Tunisie a également un développement économique très satisfaisant. L'Algérie reste aujourd'hui dans la course à cause des événements qui s'y déroule. Mais soyons un peu visionnaires. Ce bassin méditerranéen qui est notre mer, a été depuis la nuit des temps un foyer de culture et de foi, un bassin de prospérité. Elle doit le redevenir. Elle doit aussi redevenir un havre de paix. Donc cela qu'il faut faire tous ensemble. Et j'ai trouvé dans toutes les interventions, de la russe à l'américaine en passant par les européennes beaucoup de conviction, beaucoup d'enthousiasme, beaucoup de détermination. Soyons confiants !
Q. : Monsieur le ministre, on a entendu ici un certain nombre de déclarations d'espoir, etc…, mais les réalisations concrètes, vous les attendez à court terme ?
R. : Il y en a déjà. L'Union européenne est sans doute le donateur vis-à-vis des territoires palestiniens qui a le plus décaissé. Nous avons mis sur la table 500 millions d'écus. Nous en avons déjà payé plus de 90 millions au cours de l'exercice actuel. Et c'est en grande partie grâce à l'Union européenne que la police palestinienne peut par exemple fonctionner. Ce n'est pas seulement des paroles en l'air. Je souhaite que ça suive aussi, sur tous les sujets que nous avons abordés ce lundi. On a parlé d'un nouveau mécanisme financier. Il faut y travailler de façon qu'il soit examiné avant la conférence d'Amman prévue en 95.
Q. : Vous étiez au Gatt à Marrakech, vous êtes ici ce soir. C'est une sorte de consécration du rôle du Maroc en terme diplomatique, en terme économique ?
R. : C'est pour le Maroc un grand moment. Parce que c'est le Maroc, et S. M. Hassan II qui a pris cette initiative. Il faut en souligner le caractère original. C'est un succès déjà de voir le nombre de ministres, de chefs de gouvernement qui étaient autour de la table cet après-midi, l'importante participation d'hommes d'affaires aussi. Je ne veux pas anticiper sur les travaux de la conférence qui vont se poursuivre jusqu'à mardi mais, d'ores et déjà, on peut dire qu'il y a eu une mobilisation et pour le Maroc et pour ses invités.