Texte intégral
Monsieur le président,
Monsieur le directeur de l'Unesco,
Monsieur le directeur de l'OMS, Mesdames et Messieurs,
Je vous remercie d'être si nombreux aujourd'hui, vous honorez la France en l'ayant choisie comme lieu de perfectionnement, tout en nous apportant votre connaissance des pays dont vous êtes originaires.
Je tiens également à remercier les représentants des deux organisations des Nations unies, l'OMS et l'Unesco, qui ont bien voulu témoigner de leur intérêt pour cette manifestation par leur parrainage et leur active participation.
"La méthodologie de l'approche éducative des problèmes de santé", thème de cette réunion est à l'intersection de leurs champs d'intervention respectifs : l'éducation d'une part ; la santé d'autres part.
Ce rapprochement contribuera sans aucun doute à enrichir et à améliorer la compréhension des processus à développer.
Je remercie tout particulièrement l'Unesco qui en plus de son concours à la préparation intellectuelle et matériel de ces journées, a accepté de nous accueillir en ces murs.
Le thème qui nous rassemble aujourd'hui, peux paraître éloigné des préoccupations qui sont les vôtres. Pour la plupart d'entre vous, vous avez obtenu une bourse de l'OMS, de l'Unesco, du Conseil de l'Europe ou du Gouvernement français, pour vous perfectionner dans le domaine des soins ou de la recherche.
L'intérêt pour la démarche préventive peut, de ce fait, ne pas sembler prioritaire.
Pourtant l'histoire a montré que nombreux sont ceux, parmi vos prédécesseurs, qui ont été appelés, à occuper au retour dans leur pays des fonctions de haute responsabilité dans des postes stratégiques pour l'élaboration et la mise en œuvre des politiques de santé publique comportant en particulier d'importants volets préventifs.
Les progrès de la biologie ont permis la mise au point de produits, tels les vaccins, très efficaces pour enrayer l'extension de certaines maladies. Mais l'éducation demeure le moteur principal de l'action à mener pour promouvoir la santé.
Les quatre thèmes de prévention retenus pour ce congrès : prévention du sida, de l'alcoolisme, du tabagisme et des toxicomanies ont des caractéristiques communes. Dans ces domaines de prévention on ne peut, pour le moment, compter ni sur des vaccins ou médicaments efficaces, ni sur des procédés technologiques ouvrant sur l'environnement. La principale ressource est l'information et l'éducation des populations en cause. Il faut se battre inlassablement avec la seule force de la conviction.
Ce caractère commun n'est pas le seul point qui justifie de les rassembler aujourd'hui dans une même réflexion :
Ces quatre fléaux ont aussi le triste privilège de faire peser une mortalité lourde sur la plupart de nos pays. Ils concernent les tranches d'âge les plus vulnérables que sont bien souvent les jeunes.
Ces quatre fléaux ont aussi en commun de menacer l'ordre social, en véhiculant peurs, violences et déviances.
Vouloir changer les comportements, c'est atteindre, jusqu'aux racines, un individu ou un groupe social.
Ceci, à mon sens, conduit à une double approche :
- l'une méthodologique ;
- l'autre éthique.
Pour ce qui est de la méthodologie, il ne suffit pas de d'énoncer un conseil, aussi fondé scientifiquement soit-il, pour qu'il soit suivi. Les aptitudes culturelles ne se dissipent pas grâce au concours rationnel sur la maladie ou sur les risques liés à telle conduite. Les deux logiques, biomédicales et culturelles, peuvent se côtoyer mais plus souvent elles s'affrontent.
Pour réussir, il faut que les idées cheminent ; ajuster le message aux spécificités du groupe concerné est la condition pour qu'il puisse être entendu et accepté.
Une bonne préparation, pour connaître ces spécificités, est longue et difficile. La connaissance des opinions et des comportements nécessite des enquêtes sociologiques dans l'utilisation en santé publique méritent d'être développées. Parfois il faut attendre qu'une action éducative soit jugée recevable par l'opinion pour que les responsables décident de la faire.
Un exemple de cette maturation et de cette préparation peut être trouvé dans la campagne de prévention contre l'alcool menée en France en 1984, et symbolisée par le slogan "un verre ça va, trois verres bonjour les dégâts".
Les ravages de l'alcoolisation existent en France depuis des siècles ; mais les Français ne semblaient pas considérer ce problème comme primordial. Certains considèrent encore que l'alcool est bon pour la santé. Les tentatives d'éducation préventive s'enlisaient dans un relatif échec. Il a fallu le choc provoqué par le rapport du professeur Jean Bernard en 1980 pour que l'opinion s'alarme et aspire — les sondages en témoignent — à une campagne d'envergure. Le Parlement porté par ce profond courant social vote le budget nécessaire. Néanmoins une longue période fut indispensable pour préparer l'action. Moyennant quoi, elle connut un fort succès d'impact coïncidant à un infléchissement des courbes de consommation.
Faut-il pour autant suivre les indications d'une opinion parfois versatile, quand la réalité des faits, et les prévisions des experts, imposent, comme c'est le cas pour le sida, une intervention d'urgence ?
Certes non, mais la menace d'une épidémie mortelle ne doit pas faire négliger, dans la construction d'une action d'éducation, la consultation ainsi que la concertation préalable avec tous les groupes impliqués.
L'urgence n'excuse pas la précipitation, source quasi certaine d'inefficacité et de gâchis des moyens.
Il faut tenir compte de la complexité du tissu social. Cette dépendance entre les professionnels de l'éducation pour la santé, et les individus, exige la connaissance et le respect par les premiers pas des opinions des seconds. Sinon, le message éducatif ne passe pas.
À côté de l'approche méthodologique, il y a une seconde exigence, celle d'une réflexion éthique dont personne ne peut prétendre faire l'économie.
Explorer ce champ revient obligatoirement à poser le problème délicat de la coexistence nécessaire entre liberté individuelle et sécurité collective, entre droits et devoirs, entre initiative privée et contrôle social.
Mais il convient aussi de savoir s'opposer à des discours qui présentent les actions de prévention com conduisant à une société aseptisée où tout danger, toute liberté, toute joie de vivre auraient disparu.
Le contrôle des maladies ne représente pas des gains obtenus aux dépens d'initiatives créatrices, mais au contraire des facteurs de cette liberté ! Il faut savoir distinguer le risque formateur et le risque inutile.
C'est dans la mesure où nous saurons trouver les mots justes pour faire accepter ce qui peut apparaître comme des contraintes, que nous éviterons des situations qui pourraient atteindre encore plus profondément les libertés.
La participation active de tous – professionnels et usagers de la santé publique – dans l'acceptation de leurs différences – assurera à la fois l'efficacité de l'action, et le respect des droits de l'Homme.
Une de mes préoccupations éthiques est le souci de répartir les chances d'accès à l'éducation pour la santé de façon équitable entre toutes les catégories sociales. Ce souhait est parfois difficile à concrétiser. En effet, les réalités du terrain comportent de nombreuses cloisons et inégalités entre les groupes, notamment entre ceux qui possèdent l'information et ceux à qui il faudra la transmettre.
Des stratégies variées pour {illisible} ces problèmes existent.
Ces journées ont pour but de refléter cette diversité en donnant à des orateurs, venus d'horizons et de discipline très différents, la possibilité d'exprimer leurs idées et de confronter leurs expériences. J'invite tous les boursiers à participer largement à ce débat, sachant qu'il sera parfois animé puisqu'il concerne des faits de société et de cultures différentes. Je suis persuadé que toutes les opinions méritent d'être débattues et cette confrontation d'idées ne peut qu'être enrichissante.
Monsieur le président, Mesdames, Messieurs, la France est très attachée à la coopération médicale qu'elle entretient avec les autres pays, notamment dans le cadre des coopérations multilatérales des organismes internationaux. Cette coopération est l'une des manifestations les plus anciennes de la solidarité que nous éprouvons si fortement avec les autres peuples.
Ma conviction profonde c'est qu'au-delà de nos différences, existe entre nous une grande détermination commune, celle de promouvoir la santé pour tous.
Nous avons beaucoup à apprendre les uns des autres et pour cela ces journées sont une occasion privilégiée.
Je souhaite le plus grand succès pour les travaux par groupes et je remercie vivement les boursiers qui ont accepté d'en être les rapporteurs.
Ils introduiront ainsi un débat qui sera largement ouvert à toutes les interventions.
Le grand succès rencontré par les premières journées des boursiers me permet de prédire sans grand risque, un succès plus grand encore pour ces deuxièmes journées. Chacun en sortira plus riche et plus apte à se battre pour l'amélioration de la santé de tous.
Je vous en remercie.