Texte intégral
Monsieur le maire,
Mesdames, Messieurs les conseillers,
Chers amis,
Rassurez-vous ! Je ne vais pas vous infliger par ce beau soleil un de ces longs discours ministériels qui marquent tant notre tradition républicaine.
Je voudrais simplement vous remercier très sincèrement de votre accueil si sympathique et si chaleureux. À vrai dire, et vous ne m'en voudrez pas de tomber dans ce cliché facile, la rencontre de la commune de Saint-Coulitz et de son nouveau Maire, M. Kofi Ymamane m'évoque irrésistiblement deux bandes dessinées célèbres qui, synthétisées dans un épisode inédit et porteur d'espérance, décriraient comment dans un village d'irréductibles gaulois s'est installé un homme, originaire d'Afrique… pour le plus grand bien de ses concitoyens.
Et j'ai envie de dire que l'histoire de cette commune bretonne et de son nouveau maire ressemble aussi à une fable dont la morale nous enseignerait en cette année du bicentenaire de la révolution le dernier et peut-être le plus beau volet de notre devise républicaine, la fraternité.
Il ne s'agit pas ici d'une fraternité préfabriquée ou préméditée. Il s'agit d'une fraternité au quotidien qui s'est nouée naturellement autour de l'intelligence du cœur et de l'ouverture d'esprit d'hommes libres et égaux.
Il s'agit ici d'une fraternité concrète qui, si l'on y regarde bien, représente une sorte de révolution tranquille.
C'est pourquoi Monsieur le maire, Mesdames, Messieurs les conseillers, je voudrais aussi vous remercier simplement de la leçon que vous nous donnez et de l'exemple que vous représentez. C'est pourquoi je ne doute pas que vous fassiez, Monsieur le maire, un long et beau chemin avec vos administrés.
Je suis sûr que ce compagnonnage sera fécond. Il m'était d'ailleurs déjà parvenu, Monsieur le maire, que vous souhaitiez mieux associer les anciens à la vie de la commune, en installant ce conseil des anciens.
Et vous avez touché là, à un des vrais problèmes qui se posent à nos sociétés modernes. La place de chacun dans notre société dépend aujourd'hui encore de son rôle dans le processus de production, et l'arrivée à l'âge de la retraite qui marque le début de l'inactivité professionnelle comporte alors le risque réel d'une certaine marginalisation. Écartées du processus productif, ces personnes retraitées se voient aussi souvent exclues des lieux de décision.
Vous le savez, cette mise à l'écart a un coût social élevé. Elle est d'abord durement ressentie par ces hommes et ces femmes qui se sentent parfois brutalement dévalorisés dans l'image qu'ils ont d'eux-mêmes, car ils craignent qu'inactivité se confonde avec inutilité. Mais le coût pèse également durement sur la collectivité tout entière car les savoirs, les savoirs-faire, l'expérience de nos anciens demeurent, faute de pouvoir être retransmis, trop inutilisés par l'ensemble de la société.
Vous avez compris, Monsieur le maire, que la richesse d'une commune réside aussi dans ses hommes, et ses femmes, jeunes et moins jeunes, et que d'un échange entre les générations, qui est là aussi un échange de cultures, peut naître une forme de progrès, de sagesse, de cohérence et de tolérance.
Je suis heureux, Monsieur le maire, que cette fraternité qui symbolisait votre élection, s'incarne aussi dans une vraie solidarité entre les générations. C'est pourquoi l'État, je peux vous l'annoncer, marquera son intérêt pour votre initiative que je souhaite voir reproduire ailleurs en vous aidant financièrement à mettre en place ce conseil des anciens.
C'est ainsi que l'on pourra avancer vers une solidarité plus saine de tous les membres de la collectivité nationale.
Encore merci et bravo Monsieur le maire.