Interview de M. Hervé de Charette, ministre des affaires étrangères, à France 3 le 24 janvier 1996, sur la situation politique en Russie, la préparation de l'élection présidentielle et les relations franco-russes.

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Circonstance : Audition de M. de Charette par la Commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat le 24 janvier 1996

Média : France 3 - Télévision

Texte intégral


France 3 : Monsieur le ministre, vous rentrez de Moscou, est-ce que vous avez abordé votre rencontre avec M. Primakov devant les sénateurs ?

Hervé de Charrette : Oui, bien entendu. J’ai rendu compte devant la Commission des Affaires étrangères du Sénat de mes entretiens à Moscou aussi bien avec le président Eltsine qu’avec le nouveau ministre des Affaires étrangères, M. Primakov, et avec beaucoup d’autres personnalités dont le Président communiste de la Douma.

France 3 : Est-ce que vous avez expliqué aux sénateurs pourquoi vous avez renouvelé votre confiance à M. Eltsine ?

Hervé de Charrette : Je crois que ce n’est pas comme cela que la chose se présente. Dans les relations internationales, on ne demande à personne de faire de pareilles choses. La France n’a pas comme vous dites, à renouveler sa confiance au président Eltsine. Ce sont les Russes qui doivent donner leur confiance au président Eltsine et d’ailleurs il y a des élections présidentielles au mois de juin. Je peux vous dire qu’elles seront certainement l’occasion d’un vif débat dans l’opinion publique russe et que personne ne connaît les résultats d’avance. Nous sommes un pays ami de la Russie.

Nous les regardons comme des partenaires et par conséquent nous discutons avec les autorités russes que le peuple russe veut bien mettre en face de nous. Maintenant j’ai bien compris ce que vous vouliez dire, voyez-vous je crois vis-à-vis de la Russie il faut avoir une démarche ouverte, et plutôt que d’être assis sur la colline et de porter des jugements généralement sévères des donneurs de leçon, peut-être serait-il plus juste de regarder le chemin formidable que les Russes ont parcouru au cours de ces dernières années. On vote en Russie. On vote librement. On peut écrire, publier, parler à la radio, à la télévision librement. Et vous pouvez observer que les Russes ne se privent pas d’user de cette liberté, c’est un vrai progrès dans la démocratie. Ils ont cheminé vers l’économie de marché et, franchement, à coup de dures épreuves. Peut-être n’ont-ils pas toujours pris les bonnes décisions ! C’est probable. Toujours est-il que le coût humain et social est très élevé et donc il ne faut pas s’étonner qu’il y ait des débats en Russie, qu’il y ait des tentations de freiner, d’aller moins loin, voire de faire un peu autrement. Oui, bien sûr ! Quelle est la bonne attitude de la France ? Elle est, je crois, plutôt de dire à la Russie que nous avons, pour ce grand peuple, amitié, respect, considération, pour ce peuple qui souffre d’incompréhension.

Alors, ayant dit cela, cela ne veut pas dire qu’on doive couvrir n’importe quoi. Il faut dire ce qu’on pense et je n’ai pas manqué de le faire.

France 3 : Est-ce que vous avez évoqué la polémique sur la sécurité du site de Mururoa ?

Hervé de Charrette : Non. Nous n’avons pas parlé de cette question sur laquelle je n’ai pas été interrogé mais puisque vous le faites, je vais vous répondre.

Ce sont les informations anciennes qui reviennent aujourd’hui, qui n’ont aucun rapport avec les essais nucléaires qui ont eu lieu depuis six mois, qui d’ailleurs vont très bientôt s’achever.

France 3 : Avez-vous abordé la question de l’ex-Yougoslavie ?

Hervé de Charrette : Non. Nous ne l’avons pas abordée aujourd’hui. C’est un sujet naturellement qui reste très présent dans la politique étrangère française, et vous savez qu’il y a là-bas dix mille de nos soldats, que nous apportons donc une contribution extrêmement importante, plus importante que celle des Américains, proportionnellement beaucoup plus, pour contribuer au retour de la paix. Les choses vont vaille que vaille mais globalement elles vont dans la bonne voie, dans le bon sens et de façon positive. Soutenons les efforts menés par l’ensemble des pays qui interviennent mais aussi par les Serbes, les Bosniaques, les Croates, non sans mal et nous les encourageons.