Texte intégral
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,
La journée que vous organisez aujourd'hui sur les centres sociaux et l'insertion témoigne de la dynamique du changement qui anime votre mouvement.
Elle n'est plus tout à fait de mise, l'image du centre social tranquille, offrant à une clientèle ciblée des ateliers choisis en fonction des qualifications disponibles : poterie, yoga, photo et micro-informatique, plus les consultations sociales périodiques. Non que je veuille minorer l'intérêt de telle ou telle activité d'animation ; toutes peuvent avoir leur utilité dans le cadre d'un projet social bâti par rapport à l'environnement local immédiat. Depuis quelques années, l'organisation des activités et des missions des centres par rapport à un projet d'ensemble a grandement facilité l'ouverture à de nouveaux publics, à de nouveaux modes d'intervention et a permis à de nombreux centres de développer et de diversifier leur intégration dans le tissu social local.
Travail sur la notion de de projet, ouverture aux usagers les plus démunis, conformément aux orientations tracées dans la circulaire du 13 mars 1986, évolution des profils et des qualifications des métiers de l'animation : ces évolutions construisent la nouvelle image des centres sociaux. Les 1 200 centres sociaux constituent plus que jamais le pivot d'une action sociale globale de proximité, un outil privilégié des politiques d'action sociale des caisses d'allocation familiale. Les centres sociaux ont acquis, dans le développement de leurs missions nouvelles, un savoir-faire en matière d'animation et d'échanges, d'aide aux projets, de développement de la vie sociale qui en font des partenaires précieux pour la mise en œuvre des actions d'insertion liées au revenu minimum d'insertion.
Les centres sociaux ont, dès l'élaboration du texte de la loi sur le RMI, démontré leur volonté de participer à la mise en œuvre de cette grande ambition, en gardant leur autonomie de jugement et de réflexion. Leur engagement s'est concrétisé par une multitude d'actions et de réalisations, dont quelques-unes sont présentées dans la revue de votre fédération consacrée à l'insertion.
Avec les centres d'hébergement et de réadaptation sociale, avec les grandes associations de solidarité, avec les centres communaux d'action sociale, les centres sociaux constituent l'un des instruments sur lesquels peut s'appuyer le développement des politiques d'insertion sociale, de reconquête de l'autonomie sociale.
Je développerai ce point de vue par deux remarques :
- nous avons un énorme besoin d'opérateurs tels que vous pour mettre en œuvre des actions de primo-insertion ou d'insertion sociale ;
- nous devons veiller ensemble au développement des qualifications nécessaires pour assurer ce type de missions.
Un énorme besoin d'opérateurs qualifiés en matière d'insertion sociale.
Les centres sociaux sont présents aux diverses étapes du processus : accueil et constitution du dossier, aide à l'élaboration du contrat d'insertion, réalisation des actions d'insertion avec les bénéficiaires.
Je saisis cette opportunité pour préciser, si besoin était, que l'intervention des associations ne se limite pas à la participation au dispositif institutionnel de l'insertion, même s'il est à mes yeux extrêmement important pour assurer le respect de "l'esprit de la loi", ni au rôle d'instructeur.
Sur ce dernier point, il peut y avoir parfois un malentendu. Certains responsables associatifs analysent, à tort, notre exigence d'une continuité, de l'instruction social du contrat, comme le du dossier de RMI. Au suivi social du contrat, comme le signe qu'il n'y a pas de place pour les associations, dans la mise en œuvre des actions d'insertion, hors le rôle d'organisme instructeur agréé.
Je reviens donc en quelques mots sur cette question. Les instructeurs, quels qu'ils soient, ont une responsabilité qu'ils doivent assumer : constitution du dossier, participation à l'élaboration du contrat d'insertion, suivi de sa réalisation. À aucun moment ils ne peuvent crier "Pouce ! J'arrête, j'en ai trop…", en "refilant", je ne vois pas d'autres termes, leurs responsabilités dans la suite du processus à d'autres institutions. Nous n'accepterons pas ce type de "ping-pong" administratif sur le dos des bénéficiaires du RMI.
Pour autant nous n'avons jamais dit, dit, ce serait absurde que l'organisme instructeur devait réaliser lui-même l'action d'insertion, le projet convenu avec le bénéficiaire… L'insertion fait appel à des opérateurs multiples, au premier rang desquels les associations. Les cellules techniques d'appui ont justement été mises en œuvre pour faciliter la mise en relation des organismes instructeurs et instructeurs et des divers opérateurs de l'insertion.
On peut donc jouer un rôle très actif sans être instructeur agréé. Nous avons particulièrement besoin des opérateurs associatifs pour la mise en œuvre d'actions de primo insertion à visée non immédiatement professionnelle. Je ne néglige pas l'apport des associations aux actions à visée professionnelle ; je suis persuadé au contraire que, dans ce champ là aussi, leur capacité d'adaptation et de personnalisation des actions sont un atout majeur. Mais si j'insiste aujourd'hui devant vous sur des actions de primo-insertion à caractère plus "social", c'est parce que, sans des opérateurs tels que vous, nous risquons de nous trouver face au vide.
Les programmes départementaux d'insertion n'ont pas, dans l'ensemble, développé une approche très structurée de ce type d'actions, hors la reprise de quelques actions connues au plan local et dont l'intérêt avait déjà pu être éprouvé. Or ces premières étapes de l'itinéraire d'insertion, du moins pour une partie très importante des bénéficiaires, constituent un enjeu essentiel pour la réussite de l'insertion.
Ce besoin d'opérateurs qualifiés, cette nécessité de développer un large mouvement, enraciné dans les terrains locaux, se définit par rapport à quelques thèmes dont je suis heureux de voir qu'ils sont très présents dans l'analyse que vous faites de vos actions :
- réponses locales à l'urgence sociale ;
- remotivation des individus, remobilisation de leurs aptitudes et de leurs compétences, expression individuelle ou collective dé bouchant sur l'aide à l'élaboration d'un projet d'insertion ;
- réapprentissage de l'autonomie sociale et civique, souvent liée à une démarche de formation primaire ou de lutte contre l'illettrisme : savoir lire et écrire, savoir aussi comment effectuer une démarche administrative, ouvrir et gérer un compte en banque, lire un horaire de chemin de fer, savoir à quoi servent les élections municipales et ce qu'on peut trouver à la mairie etc. ;
- information sur la consommation, sur le logement, sur l'ensemble des droits des individus et des familles ; aide à la gestion des budgets familiaux ;
- socialisation des enfants, aide aux devoirs, travail éducatif mené avec les enfants et les familles à partir d'activités périscolaires ;
- aide à la réalisation de micro-projets collectifs conçus par les intéressés eux-mêmes : coopératives de consommation ou d'échanges ; petites structures de production ou d'insertion par l'économique, services ou groupes d'entraide divers… ;
- recherche des liens à établir entre les insertions individuelles (par exemple dans une activité d'intérêt général ou une association intermédiaire) et le développement des prestations effectuées dans le cadre d'un service de proximité offert aux familles d'un quartier, ou aux personnes âgées ou handicapées. Sur ce point aussi des institutions telles que les centres sociaux peuvent jouer un rôle positif pour faciliter la conjugaison entre l'insertion des personnes les plus défavorisées, la recherche d'une qualification, le maintien et développement de la qualité de service rendu à la population.
La liste peut être longue ; il s'agit d'action multiformes totalement dépendantes de ce que peut être l'analyse locale des besoins et des ressources. Mais c'est justement parce que cette approche ne peut être que locale, qu'elle ne résulter d'un corps d'instructions administratives ou d'un programme national, qu'elle reste encore largement étrangère aux habitudes de travail et de pensée de beaucoup de responsables administratifs locaux, que l'engagement d'opérateurs sociaux tels que vous est indispensable à la réussite de l'insertion. Il est dans le droit fil de vos missions : action sociale globale, animation sociale et services de proximité.
La deuxième remarque que je souhaitais formuler, c'est que nous devons tous ensemble reconnaître et développer les qualifications requises pour ce type d'interventions ; l'État, les employeurs, les diverses collectivités publiques et institutions sociales. Ce n'est pas parce que les qualifications nécessaires relèvent de la pédagogie sociale ou de l'animation qu'elles doivent restées ignorées.
Nous sommes confrontés là, depuis quelques années déjà, à un chantier important pour l'évolution du travail social, celui du développement de formes nouvelles d'intervention et des qualifications qu'elles requièrent. En dépit des bonnes intentions de tous, ou en tout cas de beaucoup, les méthodologies d'aide au projet, ou les formes de travail social avec des groupes, ou de travail éducatif en réseau, restent tragiquement sous-développées en France. On note quelques exceptions, par exemple dans certains domaines thérapeutiques pour le travail avec des groupes, mais le constat global reste celui d'un déficit. L'apprentissage de ces méthodes suppose pourtant un réel professionnalisme, de même que la maîtrise et l'organisation d'un travail avec des bénévoles.
Nous avons certes accompli un bout de chemin : réforme du diplôme d'État aux fonctions de l'animation, création d'une option relative à l'insertion dans le cursus de formation des directeurs d'établissements et services sociaux, sous l'égide de l'E.N.S.P., diffusion des analyses du conseil supérieur du travail social sur la méthodologie de l'intervention sociale d'intérêt collectif, ouverture des formations initiales et permanentes à ce type de préoccupation. Il reste encore beaucoup à faire, et qui nous concerne tous : centres de formation initiale, employeurs locaux et grandes fédérations nationales, État et collectivités territoriales, caisse d'allocations familiales, fonds d'assurance-formation...
Il me reste, avant de vous adresser mes vœux pour la réussite de cette journée de travail, à vous dire à quel point j'estime utiles des réunions telles que celles d'aujourd'hui. Échange d'analyses, circulation des informations, valorisation des projets, ce sont des éléments essentiels pour une pédagogie du concret sur les actions d'insertion. C'est un stimulus pour l'imagination de tous, en particulier dans les champs les moins couverts par des formules toutes prêtes. C'est aussi l'un des éléments susceptibles de concourir à l'évolution des qualifications que j'évoquais tout à l'heure.
Nous avons appuyé cette initiative de la fédération ; nous continuerons de vous soutenir pour des actions de ce type.
Bonne chance à tous…