Déclaration de M. Bernard Kouchner, député européen président du mouvement Réunir et président délégué de Radical, sur l'association entre Réunir et Radical et les enjeux politiques de cette association, et sur les combats à mener pour l'Europe, la République, la jeunesse, la reconnaissance du droit d'ingérence, Paris le 28 janvier 1996.

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  • Bernard Kouchner - député européen président du mouvement Réunir et président délégué de Radical

Circonstance : Congrès de Radical à Paris les 27 et 28 janvier 1996

Texte intégral

Vous êtes, les radicaux, héritiers d'une grande tradition, et singulièrement française. La marque que vous avez imprimée à l'histoire de notre pays tient, certes, aux grands noms de la politique qui ont jalonné le siècle qui s'achève bientôt, mais elle se repère surtout à la place que vous donnez à l'homme, au centre du discours : l'homme, recours de toutes choses. C'est d'abord pour cela que je suis devant vous ce matin de neige. C'est pour cela que je viens à vous. Cet humanisme essentiel, votre exigence, nous devons le conforter et surtout, je crois, le recomposer avec des mots et des idées modernes. Car il nous file entre les doigts, cet humanisme, il se perd dans les dédales des rues grises de nos cités grises. Le poursuivre nous laisse le souffle court. On a souvent l'impression que la terre tourne vite. Trop vite.

Oui, un humanisme adapté aux transformations du monde, de nos esprits et de peurs, nous fait défaut. C'est la première de nos exigences communes. Retrouver l'homme, son combat et son rêve alors que tous les peuples évoluent et que les diverses concurrences peuvent se transformer en affrontements. L'immense moitié du monde nous envie nos richesses, alors pourtant que chez nous tous les rouages grincent et que des réformes nécessaires entraînent de fortes résistances sociales. Mais comment et qui, et a qui explique-t-on le sens des réformes aujourd'hui ? Il nous faut réinventer le débat national. Nous possédons de l'information, parcellaire, sporadique. Mais nous sommes en panne de compréhension, de contenu, de lien, on dit social. Je dis humain.

C'est pour cela que je viens ici vous rejoindre. J'ai longuement réfléchi à cette association de notre mouvement « Réunir » association de notre mouvement « Réunir » et du parti « Radical ». Je vais tenter brièvement de vous présenter « Réunir » et d'envisager ce que, à mon avis, nous pouvons faire ensemble. De nécessaire. De grand. De modeste aussi.

Radical est un symbole du refus des sectarismes. Radical doit représenter les valeurs républicaines, la laïcité et la tolérance, la neutralité de l'État et le dialogue avec les religions : les principes de la République moderne chers à Pierre Mendès-France.

Refuser le FN ne suffit pas, il faut s'opposer à lui et proposer une alternative politique, reconquérir les quartiers, les campagnes par le militantisme, par la présence et la proximité, par ce dialogue en action, dont Réunir a fait son slogan. L'association de Réunir et de Radical a l'ambition de constituer cet espace de liberté, d'imagination et d'action. C'est vital, ce ne sera pas facile.

Mais il est un mot auquel je tiens : le mot risque. La pensée molle règne un peu partout, avec l'esprit de sérieux et le costume fil à fil gris. Il faut oser le risque en politique : risque d'avancer des idées neuves, de ne pas rejeter les idées de l'autre bord parce qu'elles ne viennent pas de chez nous, risque de dire la vérité quelle qu'elle soit, risque du refus de la langue de bois.

Chers amis, vous et moi, vous et nous, sommes semblables et sommes différents.

Si nos horizons se rejoignent, nous n'avons pas pris toujours les mêmes chemins. Et je respecte votre parcours.

Mais tous nous voulons, au plus vite et pourquoi pas dans deux ans, la victoire d'une gauche rajeunie, fraternelle, inventive, ouverte et réunie. D'une gauche toute neuve, d'une gauche d'audace : celle du 21e siècle.

Ensemble nous voulons faire cesser le silence de la gauche. N'avez-vous pas été frappé, comme tous les Européens nous observant, par ce qui s'est passe en décembre dans notre pays ? Trois semaines de grève dures qui bloquent l'hexagone, un sommet social qui ne parle même pas de ce qui a provoqué le blocage, le plan Juppé sur la sécurité sociale et les départs en vacances de Noël. Pas une proposition de la gauche et certains, au contraire, qui se font taper sur les doigts. Ce n'est pas ma conception de l'opposition.

Tous ensemble nous voulons redonner un sens aux combats épars, un sens à nos vies. La politique doit éclairer notre chemin, indiquer une direction, donner une signification à nos actes qui soit fondée sur plus de justice, plus de morale, Nous voulons moins de souffrances, de pauvretés, de guerres. Nous voulons la vie plus belle, pour nous, nos familles, les Français. Mais nous savons que cela dépend aussi de l'état de l'Europe et de l'Europe dans le monde. La France comptera à nouveau, si elle indique un horizon aux habitants de la terre. Aujourd'hui la France est muette. Le seul bruit qu'on entende est celui d'une bombe...

Si j'ai pris ma décision seule, la démarche fut collective. Réunir est un mouvement qui a, en quelques mois, grâce à des réunions organisées à travers le pays, trouvé un élan et une audience. Notre originalité, et nous y tenons, c'est le dialogue en action. C'est joindre le geste à la parole. Écouter dans les villes, les quartiers, les campagnes, les problèmes, certes, mais surtout les expériences des autres, associatives et politiques, et lorsqu'elles ont une valeur d'exemple, les proposer ailleurs. C'est fou ce qu'on invente et ce qu'on se remue dans ce pays réputé déprimé. Et, première conclusion : si la politique sonne parfois le creux, les Français, eux, parlent haut et clair.

Voilà bien une des exigences du siècle qui vient. En politique, nos concitoyens n'acceptent plus les décisions trop abruptes et balancées du sommet.

À Réunir, nous avons choisi, dans une charte qui se trouve à votre disposition, sept axes de réflexion et d'action qui témoignent de nos convergences. Les voici, trop sommairement énoncés.

1) Conforter la République. Il nous faut aimer la République, la faire aimer à nouveau. « Jamais, disait Pierre Mendès-France, la lutte pour la République n'a perdu de sa nécessité ou de sa vérité. »

2) Réapprendre à vivre ensemble. Oser l'utopie, celle qui peut seule changer la vie. Semaine de quatre jours. Redécouvrons les zones rurales. Désengorgeons nos villes. Adaptons le travail à la vie et non le contraire. Retrouvons les solidarités familiales et personnelles. Démolissons les villes si elles sont inhumaines.

3) Réinventer le travail. Faisons déboucher le traitement social du chômage sur des activités nouvelles. Fixons nos axes de développement.

4) Faire de la jeunesse notre priorité. Repensons pleinement notre système d'éducation. Proposons un vrai statut social pour les jeunes.

5) Bâtir l'Europe fédérale. Notre avenir s'y inscrit.

6) Imposons le droit d'ingérence pour la prévention des conflits.

7) Luttons contre l'extrême droite.

Naturellement, les adhérents de Réunir restent libres de rejoindre ou non Radical, de prendre ou non leur carte du parti. Et quoiqu'il arrive, la structure, les activités, les propositions de Réunir demeurent plus vivaces encore. Mais dès aujourd'hui, des dizaines de militants de mon mouvement viennent rejoindre la lutte radicale. Et ils sont nombreux, ce matin, dans cette salle. Je souhaite, de Réunir à Radical, et pourquoi pas de Radical à Réunir, que le va et vient soit fructueux pour les idées, les inventions, les actions, pour rendre notre pays meilleur à vivre pour les Français.

Ici, nous sommes tous des militants. J'aime ce mot, lorsqu'il ne sonne pas sectaire. Les Radicaux sont des militants. Fermes, convaincus, ils se dressent lorsque les libertés sont menacées. Ils sont de gauche, c'est-à-dire qu'ils agissent, au-delà des lois du marché pour plus de justice sociale et pour les droits de l'homme. Ils ne sont pas intolérants. Ils sont décidés, et pourtant ouverts à tous les bruits du monde. J'aime cela.

Depuis les luttes anticoloniales des années soixante, nous n'avons cessé de défendre les mêmes causes. Pour moi, dès 1968, ce fut l'humanitaire, aux quatre coins du monde. Et personne au début de MSF ou de MDM ne croyaient à l'ingérence, cette violation féconde du droit international. À qui appartiennent les victimes ? Aux gouvernements qui les abritent, ou qui les cachent, ou qui les produisent ? Non, avons-nous affirmé, le malheur des hommes appartient aux autres hommes, à nous tour. Nous avons inventé le devoir d'ingérence, affaire de morale individuelle. Et il est devenu un peu plus évident de s'intéresser aux guerres des autres. La prochaine étape, ce sera le droit d'ingérence. Je sais, il y a encore du travail. Et le Rwanda, la Bosnie, demain, hélas, le Burundi, nous rappellent que le chemin sera encore long.

Ce résumé de vingt ans de militantisme pour affirmer que l'humanitaire fut productif. Mais qu'est-ce que l'humanitaire sans un humanisme ? Certes des activités chaleureuses et utiles, et exaltantes. Mais insuffisantes. Nous avons construit des instruments, un esprit, des associations humanitaires qui rayonnent partout. Venues de France, elles sont connues dans le monde entier et constituent notre meilleur passeport. Sur cette image généreuse, celle du risque accepté de l'aventure utile, du combat contre l'injustice, de la morale, c'est la France politique maintenant qui est en retard. C'est cela que je suis venu aujourd'hui vous proposer de bâtir ensemble. Rattrapons ensemble le retard de la France.

Projetons-nous, projetons-la à nouveau au premier rang dans la construction d'une planète harmonieuse. Décrétons la nécessité de l'ingérence intérieure, chez nous, auprès des jeunes et des chômeurs et de tous ceux qui se trouvent en difficulté. Réapprenons à vivre ensemble.

Cela dépasse l'engagement individuel, fraternel, associatif, cela s'appelle la politique. Je n'y suis pas un débutant : j'ai passé cinq ans dans les gouvernements de François Mitterrand, avec Michel Rocard, avec Édith Cresson avec Pierre Bérégovoy. Je suis député européen. Mais je n'avais jamais adhéré à un parti politique.

Je suis et je reste proche des socialistes. Ceux de la liste européenne commune, avec Michel Rocard, les députés européens et les autres. Je les ai naturellement tenus au courant de ma démarche. Nos rapports pourront être parfois concurrentiels, mais jamais inamicaux. La gauche ne se résume pas au parti socialiste. Le parti socialiste ne sera jamais majoritaire tout seul. La gauche doit le redevenir. Aussi dans mon esprit, s'agit-il, m'associant avec vous, d'une addition et non d'une division.

Inventons une nouvelle aventure, collective. Inventons surtout une aventure pour la jeunesse. Le conservatisme et la réaction sont des adversaires de l'aventure. Être un militant c'est entreprendre de penser différemment.

Tournons le dos à cet excès d'individualisme, au chacun pour soi, au recroquevillement sur soi-même. Renforçant la vie associative sous toutes ces formes. Réapprenons à vivre ensemble, à être solidaires, dans les difficultés comme dans l'espoir. Ne laissons personne à l'écart, à l'abandon.

Reprenons le combat contre toutes les injustices et d'abord les diverses formes d'un racisme qui s'amplifie.

Le politique n'est que le représentant de ceux qui l'ont élu. Ce doit être son seul pouvoir provisoire. Il ne peut et doit l'exercer que dans ce cadre, c'est-à-dire en concertant, consultant, dialoguant. Et non pas à partir d'un pseudo regard savant et d'un savoir technocratique. Regardez ce qui se passe aujourd'hui avec des gens réputés si intelligents et tellement diplômés ! D'ailleurs, je me méfie des gens trop intelligents : ils sont parfois incapables de comprendre les choses simples.

Promesses non tenues et vrais mensonges, affaires, valses de ministres comme seul remède, reculades, etc. Tout ça ne sert ni la République, ni la démocratie. Il y a presque un demi-siècle, PMF exigeait le langage de la vérité. Et l'on s'en souvient encore...

« Les hommes politiques devaient-ils chercher, avant toute chose, à s'adapter aux sentiments fréquents chez leurs concitoyens (ou leurs électeurs), ménager et flatter toujours les tendances qu'ils leur attribuaient, rechercher les faveurs (et leurs votes), moyennant des concessions et des dissimulations continuelles ? Ou bien devaient-ils se battre pour ce qu'ils estimaient être les choix les plus importants, les plus déterminants, les plus graves pour l'avenir ? »

La réputation des politiques est en baisse dans notre pays. Et pourtant nous avons besoin de la politique. La France a besoin de la politique.

Rétablissons le dialogue entre ceux qui gouvernent et le peuple par l'exigence de véracité, de sincérité, d'honnêteté. N'escamotons pas les difficultés présentes et à venir, traçons des lignes claires et efforçons-nous de nous y tenir.

Je suis d'ailleurs inquiet sur les dérives anti-politiques des Français qui font à merveille le jeu du Front national dont les discours ressemblent de plus en plus au national fascisme des années d'avant-guerre. Et qu'il nous faut combattre.

La démocratie s'exerce par les partis politiques. Imparfaite et belle démocratie. Pour mettre en œuvre nos idées, pour lutter contre les injustices, l'élection est nécessaire. 1998 appelle une majorité pour une gauche nouvelle, différente où le progrès, l'idée de progrès, ne sera peut-être plus la même, modifiée par la notion de partage.

Pour cela, à partir d'ici, ensemble, nous devons parvenir en deux arcs à redonner le goût de la politique pour construire notre avenir et lutter contre les extrémismes. Être moderne aujourd'hui c'est faire de la politique, c'est redonner du sens à la politique, redonner à la morale sa place en politique. Refuser que la gestion de la collectivité ne soit confisquée par des intérêts personnels.

Parce que l'État est nécessaire, il doit être propre. Parce que la concurrence sans règle crée l'action politique est indispensable mais doit être irréprochable et intègre.

Mais évitons d'hurler avec les loups. Les affaires témoignent tout autant de l'émancipation d'une justice enfin capable de tenir tête au pouvoir politique que des turpitudes d'une République en déroute. Notre démocratie rejette l'affairisme, tant mieux. Il faut d'autant plus la respecter. Douter de la République, c'est faire le lit du Front national.

Notre pays tourmenté de chômage attend un nouveau contrat social. Vous connaissez les pistes. Construire, au cas par cas, sans dogmatisme, le rythme de 4 jours de travail dans la France de l'an 2000. Cela ne dépend pas que des entreprises mais aussi des écoles, des mairies, des associations.

Investir dans le travail en réduisant les charges sociales, en mettant en place le guichet unique de la création d'entreprises, en imposant aux services publics de gérer les formalités administratives.

Faire de la formation une composante à part entière de la vie professionnelle, un droit permanent à l'innovation et la mobilité sociale et professionnelle. Aller vers le droit à l'année sabbatique tous les 10 ans.

Je ne vais pas énumérer tous les projets que je vous propose de faire partager nos concitoyens. Il y en a trop. Nous y consacrerons le temps des réunions que nous tiendrons ensemble. Nous voulons donner un nouvel élan à la France.

Je ne crois pas être suspect de chauvinisme. On m'a si souvent reproche d'être plus là-bas qu'ici. Mais voulez-vous que je vous dise, j'en ai assez de voir et d'entendre cette France frileuse, honteuse, presque coupable ! De quoi serait-on coupable    ? Notre pays est beau, inventif, entreprenant. Son potentiel économique est fort, sa créativité aussi. Il a inventé les Droits de l'homme et le Droit d'ingérence. Il a imposé une République laïque et tolérante. Il a porté un modèle d'intégration, malgré les difficultés actuelles. Il est un exemple de qualité de vie, entre concurrence sauvage et planification stérile, entre coteaux et vallées, entre Voltaire et Rousseau.

Notre jeunesse, nos concitoyens, doivent retrouver cette image valorisante que les autres peuples d'Europe ont d'eux-mêmes. La France est un beau pays. C'est le nôtre. Il doit sortir de sa mauvaise conscience datant de la décolonisation, de ses complexes de grande puissance déchue. Il doit construire l'Europe, cette part de nous-mêmes ou nous retrouverons, avec audace et confiance, avec humilité, mais aussi fierté.

Nous ne ferons bien l'Europe qu'en aimant notre France autant que les Espagnols aiment leur Espagne, les Allemands leur Allemagne, les Britanniques leur Grande-Bretagne et tous les autres leurs pays.

Parlons de cette Europe au sein de laquelle je travaille depuis deux ans, cette ingérence indispensable, cet unique bouclier pour nous défendre contre le monde comme il tourne, démographie aidant.

Je ne suis pas de ceux qui adorent les eurocrates, mais je suis de plus en plus fédéraliste.

Je souhaite que nous réfléchissions ensemble à une nécessaire présidence de l'Europe, aux institutions qui en découlent et surtout à la fin de la loi de l'unanimité. Sans la loi de la majorité, on ne pourra pas construire l'indispensable politique étrangère et de sécurité commune sans laquelle l'Europe ne sera pas aimée ni aimable. Souvenons-nous de ce passé récent et honteux en Bosnie, de cette purification ethnique que sans les Américains nous aurions définitivement laisse faire.

L'Europe fédérale sera aussi l'Europe des régions. Il faut que les fonds européens allient directement aux régions sans passer par l'État. Il faut impérativement mettre en place un vrai protectionnisme européen : intelligent, équilibré mais fort.

L'Europe est le seul quartier du monde qui se défende si mal. Il faut lutter contre le dumping social. Il faut cesser de céder notre technologie aux quatre coins du monde. À propos, savez-vous ces chiffres-là : un ingénieur Boeing 25 $ de l'heure, un ingénieur Airbus 32 $ de l'heure, un Chinois, mêmes diplômés, 50 $ par mois ! Et puisque ce débat sur la monnaie unique fait rage à l'intérieur même du gouvernement, affirmons la nécessité, au moment où l'Allemagne connaît des difficultés, d'établir dès maintenant des parités fixes entre le franc et le mark, au moins en envisager le calendrier. Même Philippe Séguin y vient Matignon vaut bien une messe européenne. À quand Charles Pasqua ?

L'Europe, c'est notre protection, notre instrument d'attaque dans le monde dangereux qui nous attend. Pas n'importe quelle Europe, pas l'Europe des seuls marchés financiers, l'Europe sociale qui va si lentement.

Sans nous, l'Europe sera sans âme. Sans l'Europe, nous nous éteindrons.

Rêvons, proposons, bougeons ! Alors que notre société réclame des réformes profondes, on ne propose aujourd'hui que des ajustements pépères. Dans un monde toujours plus concurrentiel, il nous faut imaginer les transformations nécessaires et ne pas hésiter à les initier. C'est une réforme de l'assurance-maladie, plus ample et plus égalitaire que celle avancée par le gouvernement. C'est convaincre d'une véritable réforme de l'enseignement supérieur et non de quelques replâtrages ponctuels chaque année à la rentrée ; c'est repenser nos villes et nos campagnes en terme d'habitabilité et non en terme d'espace industriel et pour cela, parfois, si c'est nécessaire, cassons la ville ; c'est défendre et faire progresser l'Europe notre avenir et notre force ; c'est enfin aussi lutter ouvertement et pleinement contre les extrémismes de tout bord et surtout contre le Front national. Transformer c'est gêner parfois, déranger souvent mais progresser toujours, pour le bien commun.

C'est pour oser tout cela et pour passer à l'acte que je suis venu, que Réunir s'associe à vous.

On appellera cela l'ingérence sociale.

L'ingérence, cette responsabilité du militant, cette prise de conscience, cette action nécessaire la même ou elle semble impossible.

Je ne peux évoquer l'ingérence sociale et clore cette première rencontre sans revenir sur ce qui me tient le plus à cœur : la jeunesse de notre pays.

« La jeunesse est impatiente et sévère dans ses jugements, probablement plus en France qu'ailleurs, certainement aujourd'hui plus qu'avant. Ce n'est pas moi qui vous en blâmerais, vous les jeunes, car vous avez de fortes raisons d'être inquiets, d'être critiques. Je n'ignore pas ces raisons. Mais je sais aussi qu'il dépend de vous que votre critique demeure vaine et votre impatience stérile, ou qu'elles soient, l'une et l'autre, et dès maintenant, des ferments d'énergie et d'action.

On dit souvent selon une formule un peu banale, mais vraie, que vous êtes le sang nouveau qui peut revivifier la nation. Si, demain, les responsabilités doivent vous incomber, il n'est pas trop tôt pour en assumer d'ores et déjà une part, et plus importante que vous ne croyez – mais il faut le faire très vite. Sinon, un jour, vous trouverez écrasante la charge des hypothèques que vous aurez laissé accumuler sur vous ».

Ainsi parlait Pierre Mendès-France, dans son message à la jeunesse, en décembre 1955, il y a tout juste quarante ans. Pas un mot à retirer. La tâche à accomplir. On ne voit bien les choses qu'à travers une morale.

Le 19e fut le siècle de la liberté, le 20e celui de l'égalité, faisons du 21e siècle, le siècle de la fraternité.