Article de M. Jean Gandois, président du CNPF, dans "la Revue des entreprises" de mai 1997, sur les priorités du CNPF pour les élections législatives 1997 notamment la reprise de la croissance, la compétitivité et la cohésion sociale.

Intervenant(s) :

Circonstance : Elections législatives des 25 mai 1997 et 1er jun 1997

Mots-clés :

Prononcé le 1er mai 1997

Texte intégral

La mobilisation politique ouverte par la campagne des législatives anticipées impose au CNPF la neutralité. Mais elle n’interdit pas – au contraire – de rappeler nos priorités et certaines réalités que les bâtisseurs de programmes électoraux ont trop souvent tendance à oublier.

D’abord et avant tout, rien ne peut se faire dans un pays libre, aucune promesse ne peut être tenue, si les entreprises ne sont pas toniques, nombreuses et rentables. Elles seules sont en effet en mesure de créer de vraies richesses. Aujourd’hui, en France, leur moral est médiocre. Le décalage croissant entre l’Europe qui avance à petite vitesse et l’activité forte du monde, une certaine absence de vitalité collective pèse sur le climat général et l’envie de retrousser ses manches.

Le patronat doit se convaincre et convaincre les pouvoirs publics qu’il faut agir dans trois directions : retrouver la croissance, retrouver la compétitivité, retrouver l’optimisme et la cohésion sociale.

Retrouver la croissance. Tout ne dépend pas de nous dans la langueur qui nous affecte. Les marchés financiers imposent leurs lois et attendent des entreprises une rentabilité financière sur fonds propres qui ne favorise pas  notamment dans l’industrie  le pari sur l’investissement à long terme. D’autres composantes de l’activité sont plus à notre portée. Je considère ainsi que nous ne sommes pas assez exigeants en matière d’exportation. Même si notre excédent commercial s’accroît, il n’est que le quart de celui de l’Allemagne, le tiers de celui de l’Italie. En réalité, nous perdons des parts de marchés par rapport aux principaux pays de l’OCDE pour deux raisons au moins :

    - les PME exportatrices ne sont pas assez nombreuses. Le tissu n’est pas assez dense comparé à nos principaux compétiteurs. Nous devons développer les réseaux. Mieux, nous faire les uns et les autres la courte échelle. Les systèmes d’aides publiques à l’exportation doivent être plus efficaces ;
    - l’innovation et la création fonctionnent au ralenti. Un exemple pour frapper les esprits. Je le tire d’une étude récente de É. Barral sur l’industrie pharmaceutique. De 1975 à 1994, 1 061 produits nouveaux ont été diffusés sur au moins l’un des sept pays les plus significatifs. La France était, de 1975 à 1979, deuxième derrière les États-Unis avec 15 % de production de ces nouveaux médicaments ; de 1979 à 1994 : septième sur sept avec 3 % ! Et pourtant, l’industrie pharmaceutique française, avec tous ses laboratoires, reste, en chiffre d’affaires, au premier rang européen. Pour libérer l’initiative, la création, la créativité, il faut certainement dépenser les rapports sociaux, laisser plus de champ à la liberté individuelle, baser le dialogue, sur moins de méfiance réciproque, mais il faut également mieux contrôler nos dépenses collectives, affecter plus utilement nos ressources.

Retrouver la compétitivité, c’est d’abord et avant tout baisser les frais généraux de la maison France. La décentralisation n’a pas entraîné, au niveau national, la simplification et la rationalisation indispensable. Une réflexion sur la réforme de l’État doit être conduite dans ce pays. Elle doit s’accompagner d’une contraction des dépenses publiques, d’une maîtrise des dépenses sociales. Dans ce domaine, malgré une avancée sur les régimes retraite, des progrès encore timides sur l’assurance maladie, nous ne sommes qu’au début des réformes à faire. Nous ne devons pas hésiter à nous poser toutes les questions sur la manière la plus sûre de sauvegarder l’essentiel, tout en gérant plus efficacement l’énorme masse financière que nos systèmes brassent.

Retrouver l’optimisme. Depuis plusieurs semaines, j’en suis persuadé en observant de près, nos concurrents, nous ne courons pas assez vite. Nous avons besoin d’agir plus fort pour retrouver la croissance et l’emploi. Les prochaines décisions européennes sont pour nous tous capitales. La levée de l’hypothèque d’une année électorale incertaine peut donner au gouvernement plus de marge de manœuvre. Mais il ne s’agit pas de courir tout seul sans se préoccuper du reste du peloton. Le rôle du patronat c’est de convaincre et d’entraîner, d’aider ce pays à retrouver l’optimisme et la combativité. Ce sera notre troisième priorité. La campagne pour l’emploi des jeunes est l’une des poutres maîtresses de ce que nous devons bâtir ensemble sur le plan économique et social : un projet de société qui valorise l’initiative, l’innovation, la prise de risque, qui donne aux Français plus de dynamisme, plus de confiance en eux et dans l’avenir.